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mercredi 28 octobre 2020

Profession peintre : c'est Clerc maintenant.

Evoquée dans la gazette spéciale éditée à l'occasion du festival BD d'Ambierle 2020, et de la venue de Serge Clerc pour une exposition rétrospective riorgeoise mettant entre autre en avant ses travaux roannais, la précédente exposition roannaise de l'artiste, datée 1982, avait été injustement localisée à la maison des métiers d'arts lors de notre entretien. La mémoire joue parfois des tours, et n'ayant pas eu la brochure produite à l'époque dans les mains à ce moment là, je n'avais pas pu vérifier.

C'est fait désormais, et l'on peut donc la localiser au musée Déchelette. Resterait à évoquer le nombre d'oeuvres qui y ont été exposées...

Je ne poste que la page consacrée à l'artiste, la préface et la dernière page, sachant que le reste du document est présenté de la même manière pour chaque peintre exposé.





lundi 12 octobre 2020

Square Eyes par Anna Mill et Luke Jones

Pavé grand format carré au papier épais et à l'esthétisme revendiqué, Square Eyes pose un jalon supplémentaire dans l'univers "réservé" des beaux livres graphiques. Une oeuvre moderne chic et choc.

Fin est une jeune femme ingénieur, dans un futur que l'on devine plus ou moins proche. Dans ce monde ultra connecté, les relations sociales ne se font plus qu'au travers du réseau. Or, inexplicablement, elle est retrouvée hagarde par son ami George, peu vêtue, et sans possibilité de se reconnecter.
Que lui est-il arrivé ? Quelques jours plus tôt, elle travaillait encore sur une application révolutionnaire  devant permette la matérialisation d'objets à partir de la seule pensée. Malgré la difficulté et les dangers, elle va enquêter et tenter l'impossible pour découvrir ce qui se joue autour d'elle, et dans sa tête. Dur d'être un paria dans un monde quasi virtuel...


Anna Mill et Luke Jones sont deux architectes ayant développé une plateforme commune nommée Eflux (1). Avec d'autres artistes, ils travaillent sur les relations étroites mêlant urbanisme, esthétisme et réseaux, en essayant d'élaborer des passerelles entre le vivre ensemble physique et virtuel. Ce sont ces recherches qui les ont amenés, semble t-il à construire ce récit ambitieux, où l'aspect visuel proéminent, et typé art contemporain, avec la ville au coeur du sujet, se déploie dans une ambiance science-fictionnelle et polar très Dickienne. 



On entre avec une certaine difficulté mêlée de curiosité dans cet ouvrage, à la forme envoûtante. Les passages noir et blanc - de la vie physique - au trait, employant une technique de grisés rappelant les trames, et pouvant évoquer le travail d'Ivan Brun, alternent avec des pages couleur aux tons chauds apaisant, évoquant le style "à la craie" de Miles Hyman, mais surtout le bien être d'un liquide amniotique, symbole du réseau "décérébrant". 



La surabondance de "textos" en pleine page, de moments muets, de fuite en avant...dans une atmosphère angoissante, s'ils participent intrinsèquement à appuyer le propos complexe de l'enquête et du sujet, déstabilisent cependant quelque peu. Trouvant des parallèles avec l'oeuvre de Philippe k Dick et son Do Androïds dream of Electric Sheeps, mais aussi certains titres papier abordant ces thématique de la ville, tel le manga Amer Béton, ou concernant les IA, le plus récent Carbone et Silicium, on croirait se sentir en terrain connu, et pouvoir abonder. Cependant, le grand format et les larges cases jouant à fond l'esthétisme emmènent Square Eyes à la limite du beau livre et de la narration, nous faisant osciller sans cesse entre contemplation et réflexion. N'est-ce pas le propre d'un flux, que de varier ? 
Comme à l'héroine, il nous faudra aussi des lunettes carrés (des Square Eyes), afin de "voir" les choses telles qu'elles sont vraiment, et les comprendre. Une oeuvre déstabilisante, mais envoûtante, qui devrait faire date. 

FG


Square Eyes, par Anna Mil et Luke Jones

Éditions Delcourt (27, 95 €) - ISBN : 9782756042060



dimanche 11 octobre 2020

Ambierle BD spécial 10 ans : "clercment" une réussite ?

Le 10eme festival d'Ambierle est terminé, plié, mais la pluie qui l'a accompagné, parfois avec intensité (véhémence!?) continue de nous gêner. Il faut dire que de l'automne, nous n'allons pas tarder à passer en hiver...
Alors, que dire, que retirer de ce qui s'impose quand même, aux yeux de nombreux festivaliers, comme une exceptionnelle édition ? Pas que celle de l'an passé n'ait démérité. On se souvient de la belle affiche, mais cette dernière a quand même mis les petits plats dans les grands, en se mettant la pression et en développant deux expositions à l'extérieur de la salle principale : que dis-je deux ? Trois !! Celle consacrée à Alexis Chabert, celle consacrée aux comics, et celle, clou du spectacle : consacrée à Serge Clerc, carrément délocalisée en 3 points : château de Beaulieu de Riorges, pièce maîtresse, grâce au service culturel de la commune, mais aussi à l'Office du tourisme de Roanne, ayant bien voulu jouer le jeu, avec intérêt, et la galerie Dalbe, nouveau partenaire officiel. Une exposition ayant attirée 250 personnes, et rendant l'hommage (définitif ?) à l'auteur originaire de Roanne, apprécié par de nombreux amateurs. De l'avis général, cette exposition était bienvenue, réussie, et a permis de révéler concrètement la patte graphique exceptionnelle d'un dessinateur que peu savaient être originaire de la commune roannaise.


Sorti de cet événement exceptionnel, voulu spécifiquement pour cet anniversaire, on notera la présence affirmée des comics par le biais de la présence de Thierry Mornet et Paskal Millet, venus présenter, tous les deux, les derniers numéros de la série du Garde républicain, éditée en fascicules chez Hexagon comics, et pour le premier, une exposition de planches originales tirées de sa collection personnelle. L'occasion samedi soir, à 17h, d'un échange chaleureux et très intéressant sur le médium comics et sa spécificité française, au travers de l'expérience et des rencontres de l'auteur, devant une dizaine de personnes.



photo ci-dessus : MP Alizay

Exposition située dans les galeries du majestueux prieuré roman et gothique, bien caché, mais à voir absolument, qui voisinait celle consacrée à Alexis Chabert. De superbes reproductions couleur grand format permettaient de réaliser le talent graphique de ce grand dessinateur de la BD française, ci-dessous avec Serge Clerc.



Deux projections cinéma à l'Espace Renoir de Là où poussent les coquelicots, jeudi soir 24/09 et vendredi matin 25/09 pour les scolaires, ont permis de mieux faire connaître le travail des studios Kanari, dirigés par Laurent Segal. Celui-ci était là pour parler de son travail de mise en lumière documentaire de la bande dessinée, au travers de superbes films, consacrés à la guerre de 14-18 donc, mais aussi pour le reste du catalogue, à Jean Van Hamme et Largo Vinch, François Boucq et la série Bouncer, JC Mézières et l'élaboration d'un case de Valerian... L'IUT de Roanne recevait de son côté les auteurs Régis Hautière, Hardoc, Xavier Fourquemin, et de nombreux élèves afin d'échanger autour de La Guerre des Lulus et Le train des orphelins, séries familiales de qualité. 
Quant à la salle des sports d'Ambierle, respectant au mieux les consignes sanitaires, elle a été rapidement envahi, des la première heure, par 200 visiteurs, qui avaient "hâte d'en découdre", ce festival brillant dans la nuit Covid tel un phare perdu au milieu d'un océan d'annulations. La queue pour Serge Clerc, certes, n'a pas désemplit, mais celles devant Philippe Luguy, Jacques Terpant, Francis Valles, Alexis Chabert, pour ne citer qu'eux, étaient aussi denses. On comptait 900 visiteurs en fin de weekend.





On regrettera l'absence des auteurs Italiens, qui, covid oblige, n'ont eu d'autre choix que d'annuler, s'ils ne souhaitaient pas pâtir d'un confinement obligé à leur retour. Les éditions Mosquito, les représentant, auront eu à coeur cependant de présenter leur catalogue pour la première fois ici, Capucine Mazille dédicaçant de belles aquarelles à quiconque a su s'arrêter sur leur stand à elle et Michel Jans. C'était d'ailleurs le principe du weekend, et celui de la plupart des festivals qui font le pari d'inviter un large éventail d'auteurs et d'éditeurs, grands et plus petits : s'arrêter, découvrir et échanger. 

Les éditions stéphanoise Jarjille, habituées du festival, auraient aimé un peu plus de curiosité le dimanche, néanmoins, dans l'ensemble, la plupart des éditeurs/auteurs présents ont apprécié l'accueil, et la bonne ambiance du festival. Tous sont prêts à revenir. Si tous les bouquinistes n'ont pas réalisé un gros chiffre, ceux qui avaient un stock et des tarifs adéquats ont bien fonctionné. 

Il y aurait bien d'autres images à partager, et tant et tant à raconter en anecdotes... Peut-être celle de l'anniversaire des vingt ans de la série Les Profs, de Pica (Pierre Tranchant), où l'auteur s'est vu présenter samedi soir au restaurant le Lancelot, un beau gâteau orné d'un dessin original hommage de Hardoc, en pâte à sucre, entouré de tous les festivaliers, restera l'un des moments les plus sympathiques.

Il reste des leçons à tirer, des choses à revoir,une équipe certainement à étoffer, des partenaires publiques à davantage convaincre et embarquer, mais l'édition 2021 (ou 2022 ?) est dores et déjà en réflexion. 

Texte et toutes photos sauf où indiqué : © Hectorvadair