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mercredi 30 décembre 2020

Chroniques amerindiennes, de Gustavo Schimpp et Enrique Alcatena : puissant comme l'oiseau tonnerre !

Inédites en français, ces histoires permettent non seulement de mieux connaitre un duo Argentin talentueux, mais d'ajouter aussi un bel album à la thématique légendes indiennes d'Amérique du nord. Du miel pour l’esprit et les yeux.

Dix histoires tirées de légendes, dont : Kyehe et le Windigo : Kyehe est un vieil indien, faisant profiter de ses expériences au papooses. Il va leur conter comment il a perdu son œil, en combattant le terrible Windigo, des années auparavant, alors qu’il cherchait à devenir un homme, un guerrier. L’homme qui n’était pas : décrit l’expérience étrange et fantastique de Mishe-Mokwa (grand ours des bois), enfant trouvé par le guerrier Iagoo, qui va grandir au sein de son village, puis ressentir le besoin de parcourir les bois, attiré par les ours, jusqu’à les rejoindre, définitivement...



Dans Quatre Iroquois, ce sont quatre guerriers qui se racontent l’histoire la plus fantastique de leurs chasses passées,afin de pouvoir s’approprier l’unique fusil échangé avec les blancs plus tôt le matin. Quelle histoire va remporter le lot ? ; Le faux visage nous fait découvrir la société des faux visages, et la terrible aventure de Nekumonta, devant rejoindre le monde fantomatique de ces derniers, pour toujours... ; Le vol du corbeau conte l’expérience chamanique d’Atotarho, jeune garçon mal traité par son père, qui va néanmoins battre un Chenoo, géant dévoreur de chair, grâce au concours d’un corbeau lui donnant l’ubiquité. Ce dernier est cependant bien plus que cela. D’autres récits tout aussi fantastiques suivent, tels : Un mince espace ; face tachetée ; chasseur au cœur sombre ; conséquences et responsabilités ; les murmures des bois.


Gustavo Schimpp (1966) est un auteur Argentin surtout connu en France pour le diptyque Berzarek avec Horacio Lalia, paru chez Albin Michel en 1999. Enrique Alcatena, bien qu'un peu plus ancien de onze années et davantage présent en termes de bibliographie, a surtout pu être apprécié avec l'étonnant gros volume de 179 pages Borlavento face au vent, paru en 2019 aux éditions Warum. C'est là que son dessin noir et blanc ciselé est apparu comme l'un des plus formidables de la grande tradition des classiques "hispaniques". Les éditions Ilatina nous font la surprise de traduire et proposer ces chroniques améridiennes, élaborées dans les années quatre-vingt dix pour les revues des éditions Eura : Lanciostory et Skorpio. 10 récits fantastiques puisant dans les légendes indiennes de tribus des cinq nations : Iroquois, Abnaki, Micmac, Oneida, Hurons, Mohicans, que le scénariste a été dénicher dans de nombreux ouvrages de référence, cités dans son avant-propos. Des ambiances rappelant certaines autres histoires, par des auteurs BD amoureux aussi des sous bois et des mocassins, ayant produit des classiques du genre, tels Hugo Pratt, Blanc-Dumont ou Derib, avec : Fort Wheeling, Court-métrages ou Premières Chasses (Buddy Longway).
Cependant, rarement cette thématique aura bénéficié d'un tel traitement, que ce soit au niveau de la pagination, de la présentation et avouons-le, artistiquement aussi. Précisons que les deux auteurs sont aussi responsables de l'histoire Daniel Boone dans les numéros 25 à 28 de Lanciostory, encore inédit en français cependant.

Au niveau scénaristique, Gustavo Schimpp parvient, au rythme de 8 à 14 pages par récit à nous immerger dans les vies, souvent dures, de membres de le communauté. Ces indiens ont à faire avec la nature, ses habitants et ses esprits. Si une certaine poésie est présente, et des moments de tendresse parviennent à émerger, comme lors de l'épisode Face tachetée et ces complices castors, la vie et la mort reprennent à chaque fois leurs droits, apportant la touche dramatique à l'ensemble. Et comme sombre est parfois le cœur des hommes, dure est la vie, et sans pitié sont les esprits vengeurs, souvent l'horreur fera son apparition dans les paysages sauvages des grandes forêts de l'est. Que ce soit sous la forme de monstres (Windigo, Chenoo : géant dévoreur de chair humaine, esprits fantômes, les  Odhowas, L'oiseau tonnerre…), ce peut-être aussi plus dramatiquement la coutume sanguinaire des Ottawas, torturant leurs ennemis jusqu'à l'aube, ce que, par honneur, ira constater Thayenda dans l’épisode Un mince espace.



Graphiquement, Enrique Alcatena donne pleinement vie à ces hommes et ces esprits, ces animaux et les grands espaces angoissants de ces forêts profondes et sombres, propices à toutes ces légendes. Son dessin, réalisé au pinceau et à la plume, mélange fluidité et hachures, magnifiant les tuniques mais aussi les esprits et les morts-vivants. Il offre des cases et des planches magiques, dignes souvent des meilleurs récits d'horreur. Parfois, dans un esprit carte à gratter, les hachures fines émergent d'un noir profond, et à d'autres moments, les tâches noires du pinceau explosent du fond blanc, tels les casses-têtes sur le crâne de Thayenda, au petit matin nuageux. Majestueux.
Vraiment, il était impensable que ces chroniques amérindiennes restent inédites. On ne remerciera jamais assez Thomas Dassance pour cette initiative.

FG

Chroniques amerindiennes, de Gustavo Schimpp et Enrique Alcatena
Éditions Ilatina (24 €) - ISBN 978-2-491042-02-8

Paru en 2019

© Toutes images : G. Schimmp/E. Alcatena/ Ilatina éditions 2019


jeudi 24 décembre 2020

Mon année 2020

Comme l'année dernière, un petit bilan rapide de cette année pas comme les autres, marquée par beaucoup, beaucoup de décès de grandes personnes, et d'autres moins connues, et des mauvaises nouvelles... mais quelques bons plans aussi.

Floriège, et remerciements à tous les éditeurs qui continuent à me faire confiance, à savoir : Délirium, Tanibis, Jarjille, L'employé du moi, Ca et là, Ici même, Misma éditions, Actes Sud, Ilatina, Mosquito, Mr Toussaint Louverture, Denoël, Ankama, Les Requins marteaux, Akiléos, Hexagon comics, Cornélius, et Delcourt, Urban comics ou Panini comics à l'occasion ;-). Rendez-vous en 2021 !


BD

Lectures marquantes :

Red Rover Charlie chez Komics initiative

Walking Dead 33, chez Delcourt comics

La Vague gelée, par EMG, chez Tanibis

Nocturne vénitien de Luca Russo chez Mosquito

Gousse & Gigot (Les contes du Marylène) par Anne Simon chez Misma

Connexions de Pierre Jeanneau, chez Tanibis

Murky World de Richard Corben, chez Délirium

Réédition en intégrale de Moon Shadow par John De Matteis et John Muth chez Akileos

Mortis Ghost, chez l'Employé du moi

Passe misère, chez les Requins marteaux

Carbone et Silicium, par Mathieu Bablet, chez Ankama

Alvar Mayor par Alberto Brecia aux éditions Ilatina

Intégrale Parker, par Darwin Cooke, chez Dargaud

Dragman de Steven Appleby, chez Acte Sud

Kent State de Derf Backderf, chez Ca et là

Dr Avalanche de Mortis Ghost chez l’Employé du moi

La Fange de Pat Grant chez Ici même

Quitter la Baie de Bérénice Motais de Narbonne, chez Actes sud

Omnibus Tomb of Dracula, de Gene Colan et Marv Wolfman, chez Panini

Achat de l’autre volume du seigneur de la jungle 70’s : Tarzan of the Apes, chez Williams (1974), grâce à Pascal Millet, sans qui je l’aurais oublié.


Musique

Découverte (enfin) de Cooking with Elvis, le groupe (défunt) du cousin parisien

The Slift Ummon lp

Découverte (fortuite) en occasion des Naked Prey (1986)

Humble contribution à la parution du morceau « Punk » des roannais Electrobus, sur la compilation Caméléon Thesaurus vol. 4

1er lp de Chateau Lagourde, chez Dangerhouse Skylab

Découverte de Bert Sommer, ex Left Banke, par hasard.

Redécouverte de Courtney Pine, saxophoniste de jazz génial.

 

Cinéma /séries TV

1917 de Sam Mendes

L’ombre de Staline

Découverte de la série The It crown

Mandalorian, petit plaisir simple mais efficace


Divers :

Intégration de le sympathique équipe Planete BD

Mon interview de Matt Kindt, pour ce même site, malheureusement réalisée par mail, Quai du polar subissant le premier confinement :-(

Angoulême : davantage marqué par l’expo Yukio Kushiro (Gunm), Yoshiharu Tsugue et Nicole Claveloux, que Wood, dont j’avais déjà le catalogue, même si c’était très bien.

Découverte approfondie des éditions québécoises Pow Pow

Découverte (mais pas encore acheté) de The Mighty Millborough, Les choses de la vie, par Christoph Mueller aux éditions Six pieds sous terre. Des éditions que je connais depuis longtemps, mais vers lesquelles il faut vraiment que je revienne.

Le décès de Sergio Tisselli et le bon moment passé avant, avec l’équipe Mosquito, au restaurant à Angoulême.

La découverte d’Antoine Marchalot, grâce à son exposition à l’Alpha, Angoulême

Mise en sommeil (au moins cette année), du projet BD journal 1814, avec l’ami Rob. Glup.

Découverte d’Orléans et de l’expo "antique" de Delaperche

Rencontre téléphonique avec Yves Bordes

Reprise de contact avec Ben (Benoit Jehan), que j’avais eu plaisir à côtoyer sur les stands de festivals, à l’époque de notre zine roannais Onabok. (Early 2000…)

Seconde visite des châteaux de la Loire (Chambord, Chenonceaux, Blois), et Espace Game dans le château d'Amboise, avec ma femme et nos deux filles. Cette année sera d'ailleurs marquée par beaucoup de présences et d'échanges avec elles, confinement oblige...
Les 20 ans de Flora.

Découverte de Toulon et du dessinateur Pierre Letuaire

Ma contribution au festival BD d’Ambierle, et montage de l’expo Serge Clerc à Riorges/Roanne, plus parfaite tragédie jamais vécue. Lorsque le meilleur, côtoie.. le pire.

Ambierle Bd toujours, et l’excellente soirée passée avec Pascal Millet, Thierry Mornet et Laurent Segal et... la petite médiation très agréable de l’expo de Thierry Mornet et ses planches de comics.

1er article dans Scarce, le fanzine des comics, en mars. Accueil plus que chaleureux.

Mon article sur Daniele Mourain et les contes de Wild Loch, sur 40/30/30. Heureux d'avoir pu prendre contact avec cette artiste "oubliée" ayant marqué mon enfance.

Revue Formule 1 1977-78 : Rajout des récits Histoires vraies sur le site dédié de Bernard Baral. (En cours)

Début d’une réflexion et d’écriture pour un projet de livre

Arrêt de l’hébergement du site Rockaroanne sur 1&1 et rapatriement au long cours sur Blogger

Rando montagne à l’Etang des Camporels (66) en juillet
Narbonne : visite de la cathédrale et de l’expo colonialisme, au top et la maison familiale de Charles Trénet.


Découverte de Château de Bouthéon (42).

Exposition Yves Chaland à la médiathèque Tarentaize de St-Etienne : fait ! ;-)

Mon premier article chez Bruce Lit, avec Alvar Mayor, et celui sur Murky World de Richard Corben

Décès de mon « beau » père, Robert Vanel :-( (10 juin 1943- 06 octobre 2020)

La maladie de ma sista :-(

Scannage de tous mes fanzines Here, et de quelque photos de concert 90’s, pour un futur livre consacré à la Mod scene française. 

Nouvelle du décès de Richard Corben, un de mes héros. Objet de deux articles à venir... 


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That's all ? Keep on Rollin in 2021 !

dimanche 13 décembre 2020

Richard Corben : in memoriam


Un hommage plus complet, sur l'auteur auquel je voue une passion sincère (et dévorante ?) depuis le début des années quatre-vingt (40 ans !) suivra, ici, ou sur une autre site, mais je ne pouvais laisser absent de ce blog une image ou un mot pour Richard Corben, superbe artiste qui m'a tant donné de joies et qui a accompagné mes lectures jusqu'à cette année 2020 et son album ultime : Murky World, dont Délirium a proposé entre autre une si belle édition limitée. (Voir ma chronique sur le Bruce Lit blog).

Deux images : une issue de Den, et l'autre, création tirée du compte Facebook de Carlos Alberto Santos Lopez.
Reste en paix Richard, pensées à toute ta famille, et merci pour tout cela.


 Richard Corben : 01 octobre 1940 - 02 décembre 2020

 

 




samedi 12 décembre 2020

Omnibus Tomb of Dracula : Marv Wolfman et Gene Colan réveillent la force !

Attendu comme le Graal depuis les années soixante-dix où il avait été publié en fascicules chez Arédit, et jamais réédité depuis, Tomb of Dracula fait partie des monuments d’un sous genre de la bande dessinée américaine qui a eu son heure de gloire et a fait école depuis : l’horreur. Bienvenus dans un festin de roi !

Frank Drake vient d’hériter d’une belle somme d’argent à la mort de son père, et du château transylvanien de son ancêtre le comte Dracula. Accompagné de son amie Jeanie et de son copain Clifton Graves, ex de cette dernière, ce trio a décidé d’aller procéder à un repérage dans cet endroit semble t-il oublié, dans le but de le transformer en musée. Bien que refroidit un tant soit peu par la crainte des habitants du village voisin, ceux-ci accèdent à propriété et commencent la visite. Surpris par un plancher pourri, Clifton est cependant englouti dans une cave et tombe nez à nez avec une tombe. L’ouvrant, il réalise qu’il s’agit de celle de l’ancêtre, duquel il décoche le pieu fiché dans le squelette, ce qui a pour effet de réveiller le vampire, endormi depuis trois ans. Clifton deviendra le serviteur de Dracula, tandis que l’ensemble des protagonistes vont se déplacer sur Londres, ramenant avec eux la malédiction ancestrale. Ce sont dans les ruelles et les landes de l’île d’Albion que la peste vampirique va se répandre, tandis que Rachel Van Helsing, petite fille du fameux pourfendeur de vampires, aidée par le géant indien Taj et Frank Drake, vont s’enquérir d’autres acolytes afin de stopper le projet morbide du seigneur de la nuit. Les rejoindront Quincy Harker, le scientifique paraplégique spécialiste de la traque de vampires, ainsi que Blade, le chasseur black indépendant. Les allez-retours entre l’Angleterre et la Transylvanie alterneront, et Jack, le Loup Garou, entrera aussi en scène, avec son amie, tout comme d’autres protagonistes secondaires. Le vampire mourra, et renaitra encore, souvent par la bêtise et la cupidité des hommes...

Pouvoir lire ou relire cette bande dessinée, 46 ans après sa première parution, est assez incroyable, tant il était devenu difficile de pouvoir se lancer dans une lecture en continue de ces aventures, réparties sur plus de 25 petits formats pockets français originaux noir et blanc, (Dracula), parus de 1974 à 1979, sans compter les 11 albums grand format, en couleur (Dracula le vampire) parus de 1980 à 1983, et d’autres dispersés. La bonne tenue de ce premier volume Omnibus de 786 pages, regroupant les 31 premiers épisodes américains (sur 70), plus Werewolf by Night #15 (1972), Giant Size Chillers #1 (1974), et Giant Size Dracula #2 à 4 (1974) donne l’occasion de se régaler de pages grand format en couleur, avec les couvertures originales, plus des bonus de crayonnés, encrages sans bulles et divers dessins couleurs d’éditions américaines, et de savourer à l’avance la suite et la fin de cette saga exceptionnelle, puisqu’il est prévu qu’un tome deux comprenant les épisodes jamais parus en France complètera ce tome. Alors, l’aura mythique qui l’entoure est-elle justifiée ? 


C‘était un temps où l’on usait de beaucoup d’adjectifs, de formules descriptives et d’un ton bien spécial, fait de phrases longues et d’accents littéraires aujourd’hui disparu dans la bande dessinée. Un temps où l’on succombait autant à ces formules quasi magiques qu’au dessin majestueux d’artistes hyper doués, amenés à devenir culte. Un temps où les auteurs se lançaient en équipe sur des récits en série pouvant durer des années, publiés dans des comics en kiosque que les enfants s‘arrachaient. Des enfants ? pas vraiment, car ce temps des années soixante-dix avait vu enfin se déchirer la fameuse et terrible contrainte du comics code, interdisant la violence et le sang dans la bande dessinée durant plus de quinze ans, et l’horreur, reprenant ses droits, avait permis à des lecteurs de comics déjà adultes de se délecter de ces histoires. Chez Marvel, Stan Lee se dit que la période serait parfaite pour remettre au goût du jour un récit classique issu des grandes heures du fantastique : Dracula. Aussi fit-il appel à des artistes non pas de premier plan, ni de ceux dont les noms étaient les plus adaptés au challenge, mais à des créateurs de talent qui verraient cependant leur nom gravé à jamais sur cette œuvre amenée à connaitre un succès quasi immédiat : Gene Colan au dessin, Gerry Conway, puis Archie Goodwin, Chris Claremont, et enfin Marv Volfman au scénario, et les encreurs Vince Colletta, Ernie Chan, Jack Able, Frank Chiaramonte et enfin Tom Palmer.

Marv Wolfman et Gene Colan, artistes principaux de cette aventure, font partie de ces duos qui ont marqué l’industrie, et surtout celle des années soixante-dix. Ce style de narration, encrée dans une époque, a gardé tout son charme, et s’adapte encore davantage à cette figure mythique du vampire transylvanien. Pour toutes celles et ceux qui ont un attachement particulier avec cette créature, créée par Bram Stoker en 1897, il est important de signaler que si le scénariste a choisi de situer son action dans les années 70 certes, il a gardé un caractère très nuisible à celle-ci. Le comte Dracula est tenace, assoiffé, à la fois de sang et de vengeance, à l’encontre de ses ennemis, autant déterminés d’ailleurs à détruire cette engeance diabolique. Cela provoque une suite de poursuites et de traquenards incessants au long des chapitres, qui aurai pu fatiguer à force. C’était sans compter sur les bonnes idées de notre scénariste, qui, alternant pouvoirs du vampire : faculté à se transformer en chauve-souris (bons moments assez monstrueux doit-on le préciser) ou en vapeur… n’hésite cependant pas à le rendre vulnérable, à l’occasion d’un empoisonnement lui permettant de gouter à une transfusion le laissant exsangue. Son réveil dans une église sera cocasse. D’autres passages mettant en scène un monstre gentil rappelleront un peu une autre créature créée à l’époque par Len Wein : le Man Thing. 

La modernité avec laquelle Marv Wolfman dépeint ses héros, jeunes et engagés dans une lutte pour l’extinction du mal, apporte de son côté la touche adulte et politique à ce comics, dans un contexte, où les Etats-unis rappelons-le, étaient à l’époque engagés dans une guerre avec le nord Vietnam particulièrement sanguinaire, aux ordres d’un président empêtré dans des scandales décisifs pour sa carrière. Que dire de Blade, le chasseur de vampire Black, faisant son apparition tonitruante dans le numéro 10, et qui, c’est évident, est en phase, par son caractère indépendant et rentre dedans avec les mouvements d’émancipations raciaux secouant le pays depuis le milieu des années soixante. Quant au dessin de Gene Colan, s’il est quelque peu « effacé » ou diminué, par les encrages successifs de ses collègues, c’est surtout la colorisation qui ne lui rend pas vraiment justice, bien que celle-ci ait été préférée, on l’imagine, pour des raisons exclusivement pratiques, l’édition Omnibus américaine étant déjà en couleur. Néanmoins, le dynamisme et l’inventivité des cadrages et traitement des personnages par le dessinateur, apporte effectivement le punch et la classe que l’on reconnait à la série.


…C’était un temps où le papier sentait bon l’imprimerie bon marché, et où le lecteur, baigné dans une prose presque lancinante et hypnotique, semblait lui aussi succomber au pouvoir du maitre des ténèbres. Le papier bon marché a laissé la place à un Omnibus imposant et à des pages glacées... nous n’attendons plus la suite des épisodes le mercredi dans nos kiosques préférés, mais la magie opère toujours, prête à nous happer. Ne résistons pas à la magie de Tomb of Dracula !



FG

© Toutes images : Marvel/GeneColan, Marv Wolfman/ Panini comics 2020.

 
The Tomb of Dracula : La Nuit du vampire, par Marv Wolfman, Gene Colan…

Éditions Panini comics (70€) - ISBN : 978-2-8094-9152-4
 

dimanche 15 novembre 2020

Spirou chez les Soviets : un train d'enfer

J'avais promis de revenir sur le dernier Spirou, malgré que l'on trouve déjà bien d'autres articles sur ce seizième album de la série parallèle de notre groom belge préféré, entre autre sur ActuaBD, avec un avis que je partage entièrement (1), mais voilà quelques mots.

Spirou chez les Soviets est du Neidhardt pur jus avec tout ce que cela implique de déconnade, de piques et d'acidité.  On ne pouvait attendre de l'auteur de Monsieur Tue tout un Spirou classique. Et il ne l'est pas.  Le scénariste, en plus de proposer une vision modernisée du Tintin au pays des Soviets, avec tous les éléments de la culture populaire  du XXeme siècle implémentée au passage : un peu de James Bond, du Blake et Mortimer, s'amuse à inscrire des références à la guerre froide ou l'actualité géo politique actuelle. Voir à ce sujet une des dernières scènes montrant le départ des "migrants" du château de Champignac, où ils étaient hébergés (par erreur, glup). Dur de rigoler à ce moment là.



Fred Neidhardt a déroulé un récit à cent à l'heure durant 53 pages, multipliant les bonnes blagues et la moquerie de deux systèmes opposés : capitalisme et communisme à l'ancienne, mais il n'oublie pas son sens cynique et punk, tout en parsemant au fil de l'histoire quelques bonnes cases clin d'œil aux classiques de la BD belge. L'occasion de revenir aux bureaux Dupuis, de voir les collègues de Gaston, De Mesmaeker, Mr Dupuis lui-même, devenu "M" au passage, et Gaston en personne, devenu présentateur commercial, ou de montrer une couverture du Petit vingtième ou bien un dessin parodique de Pif le chien, réalisé à quatre mains par Spirou et Fantasio, à l'attention de leurs geôliers soviets un peu tatillons. Le tout illustré dans un style tout a fait adapté par Fabrice Tarrin, l'auteur bien connu des séries Maki et Violine. Celui-ci nous ravit d'ailleurs de cases succulentes, que je vous laisse savourer plus bas. 





De quoi comparer le travail de ce duo avec l'autre, déjà cultissime, constitué par Yann et Olivier Schwartz. Hommages et repères -clins d'oeil sympas, déconnage, goût du risque dans les dénonciations, action...cette histoire montre une fois encore l'intérêt de cette collection parallèle, proposant bien plus de satisfactions que la série classique, au moins dans certains de ces derniers tomes. Elle ne révolutionne certes pas la bande dessinée franco belge, mais il faut lui reconnaître un potentiel fun et calibré permettant de passer un bon moment. Ajoutez un dessin réalisé avec passion, respectueux du lecteur, plus une colorisation réussie, et vous obtenez un album que l'on a plaisir à garder au chaud entre les bons tomes de la série. Pas mal non ? 


FG


Spirou chez les Soviets, édition classique ou grand format dos rond.

Éditions Dupuis. Paru le 04 septembre 2020.


(1) https://www.actuabd.com/Nerveux-et-caustique-le-Spirou-chez-les-Soviets-de-Tarrin-Neirdhardt



De superbes cases de Fabrice Tarrin




Un beau quatrième de couv mettant en scène le marsupilami, pourtant absent de l'histoire... La Turbo est elle bien présente ;-)





Les éditions flamandes des derniers Spirou de Yann et Schwartz, magnifiques, et si denses. Les amateurs d'Yves Chaland ne s'y tromperont pas :






mercredi 11 novembre 2020

Lucky Luke : solitude accompagnée dans un champ de Coton

La série Lucky Luke, pour qui la suit sérieusement, a connu au moins quatre « saisons » successives depuis sa création par Morris en 1947. En effet, ses premiers albums ont d’abord paru en format souple aux éditions Dupuis sur 31 tomes, (dont 8 réalisés seul avant d’être rejoint au scénario par René Goscinny, jusqu’en 1967, avant de passer chez Dargaud, avec le succès que l’on connaît, jusqu’au tome 46 (1977), année où Goscinny nous a quitté. S’en est suivit une myriade d’albums, scénarisés par pléthore d’auteurs pas tous très inspirés, jusqu’au tome 72, paru quelques mois après la mort du dessinateur créateur, en juillet 2001. Depuis, la licence Lucky a été assaisonnée à toutes les sauces, dont « Kid Lucky », par le talentueux Achdé, dés 2011 (5 tomes), mais surtout, et à l’instar de la série Spirou corollaire : « Lucky Luke, les aventures de » par, là encore, une pléiade d’auteurs, depuis 2011, avec Laurent Gerra et le même Achdé sur les premiers tomes de cette « reprise ». Au bout du troisième, le duo a laissé néanmoins la main sporadiquement à d’autres auteurs, pour des réussites, on dira, mitigées. Depuis le tome 7 (2016), le scénariste/dessinateur Jul a cependant repris le flambeau, pour une qualité qui ne s’est pas franchement démentie depuis, avec des sujets intéressants. 


Ne serait-ce que pour une belle mise en abime montrant, sous forme de tableaux, les différentes étapes de créations du héros et ses dessins évolutifs, lors de la première visite de Lucky dans "son" ranch d'héritier, ce tome 9 vaut le coup. Bien dessiné (c'est bluffant sur pas mal de cases), pas bête, et plutôt marrant, avec de bons clins d’œil à la culture du sud et l’esclavagisme, (il ne manquerait qu'un bon Muddy Waters, mais je ne l'ai soit pas vu, soit il avait déjà été évoqué dans "En remontant le Mississippi"), "Un Cow Boy dans le coton" surfe en prime sur l'actualité américaine. Le personnage de Bass Reeves, premier shérif noir ayant relevant vécu, est de plus l'un des plus intéressants de la série, depuis longtemps. Les autres caricatures à reconnaitre au fil de l’album, participent au jeu habituel. Bref, un tome à ranger auprès des bons de la série.

FG

 

Lucky Luke T9 : un Cow Boy dans le Coton, par Jul et Achdé
Editions Dargaud ISBN : 9782884714655


jeudi 5 novembre 2020

Rebels, on ne choisit pas toujours son côté : de la guerre d'indépendance au Vietnam...


Profitons de l'actualité des élections américaines pour remettre en avant quelques comics à haute teneur historique : Rebels, de l'excellent Brian Wood, paru en 2016 et De l'autre coté de Jason Aaron et Cameron Stewart paru en 2018, tous deux chez Urban Comics.

Indépendance des contrées de l'est des jeunes Amériques, contrôlées au 18e siècle par la Couronne d'Angleterre tout d'abord, par Brian Wood, pour nous confirmer qu'il n'y a pas qu'Hugo Pratt capable de bien traiter cette période...

Fin 2014, lorsque j'ai vu passer en dernière page d'un comics VO acheté dans une boutique spécialisée cette annonce pour un comics consacré à l'indépendance des États Unis, j'ai été immédiatement séduit et me suis promis de suivre cette série. La couverture superbe, et intrigante à la fois, rappelant évidemment Ticonderoga d'Hugo Pratt, et le nom de Brian Wood, sont restés gravés en moi. Le temps a passé...je n'ai pas eu l'occasion de lire cet album une fois les dix épisodes recueillis dans un volume cartonné chez Urban, mais je savais ce que je manquais, ayant pu découvrir approximativement au même moment l'incroyable travail du scénariste, sur l'autre série historique Northlanders, dont le premier recueil venait de paraître chez le même éditeur (série de 26 épisodes débutée en 2008 que tout admirateur de la série TV Vikings se doit de connaître (1).


Brian Wood est un patriote, mais un de ceux qui connait bien l'histoire de son pays. Il nous interpelle, nous, français, sans le vouloir spécifiquement, sur notre propre patriotisme, grâce à d'excellents moments à déguster dans ce beau recueil de chapitres suivant les pas de Seth Abbott, engagé volontaire des Green Moutain Boys. Ceux-ci rappellent comment les Etats-Unis se sont construits et nous avons bien plus de choses en commun que l'on pourrait croire. Merci à lui de nous le rappeler de si belle manière. Ce ne sont en tous cas PAS les valeurs que défend le président sortant des Etats Unis d'Amérique aujourd'hui. Brian Wood : un scénariste toujours entouré de superbes dessinateurs : Andrea Mutti, Matthew Woodson, Ariela Kristantina et Tristan Jones, mis en valeur par les subtiles colorisations de Jordie Bellaire.
" A la fin de ma vie , je saurai que j'ai été aussi loin que possible, et que j'ai vécu dans le respect de ces choses qui nous dépassent tous. La vie, la liberté, l'unité, le bien commun."


(1) On pourra aussi citer du même scénariste, les récits Aliens, ou Terminator, d'assez bonne qualité, édités actuellement chez Vestron, mais le scénariste réserve bien d 'autres surprises...


De l'autre côté : une putain de dénonciation du conflit vietnamien, vu par les yeux de deux soldats des camps opposés : GI et soldat du vietnam sud. Un parti pris et une tonalité "rentre dedans" qui ne vous laissera pas de marbre. Encore plus fort que Vietnam Journal (Don Lomax, chez Délirium), est-ce possible ? Oui, avec un autre style, mais tout aussi bon. Et tout cela en grande partie grâce au cousin de l'auteur : Gustav Hasford, correspondant de guerre et combattant dans le corps des marines, inspirateur puissant et co scénariste de la plupart des grands films consacrés au conflit Vietnamien. Jason Aaron a fait du bon boulot en ajoutant son carnet de voyage au Vietnam en fin de volume. Le genre d'auteur donnant vraiment confiance en l'Amérique. Cameron Stewart, pour sa part, délivre un trait à l'encrage épais, plutôt cartonny, mais qui permet de bien (mieux) faire passer les horreurs montrées.
Dark Horse et Image comics : What Else !? > Go for it !!






Rebels par Brian Wood, Andrea Mutti, Jordie Bellaire...
Éditions Urban comics (21,33 € ) - ISBN : 9782365778275


De l'autre côté,
par Jason Aaaron et Cameron Stewart
Éditions Urban comics (nouvelle édition) (18,01€ ) - ISBN : 9791026815334

mercredi 28 octobre 2020

Profession peintre : c'est Clerc maintenant.

Evoquée dans la gazette spéciale éditée à l'occasion du festival BD d'Ambierle 2020, et de la venue de Serge Clerc pour une exposition rétrospective riorgeoise mettant entre autre en avant ses travaux roannais, la précédente exposition roannaise de l'artiste, datée 1982, avait été injustement localisée à la maison des métiers d'arts lors de notre entretien. La mémoire joue parfois des tours, et n'ayant pas eu la brochure produite à l'époque dans les mains à ce moment là, je n'avais pas pu vérifier.

C'est fait désormais, et l'on peut donc la localiser au musée Déchelette. Resterait à évoquer le nombre d'oeuvres qui y ont été exposées...

Je ne poste que la page consacrée à l'artiste, la préface et la dernière page, sachant que le reste du document est présenté de la même manière pour chaque peintre exposé.





lundi 12 octobre 2020

Square Eyes par Anna Mill et Luke Jones

Pavé grand format carré au papier épais et à l'esthétisme revendiqué, Square Eyes pose un jalon supplémentaire dans l'univers "réservé" des beaux livres graphiques. Une oeuvre moderne chic et choc.

Fin est une jeune femme ingénieur, dans un futur que l'on devine plus ou moins proche. Dans ce monde ultra connecté, les relations sociales ne se font plus qu'au travers du réseau. Or, inexplicablement, elle est retrouvée hagarde par son ami George, peu vêtue, et sans possibilité de se reconnecter.
Que lui est-il arrivé ? Quelques jours plus tôt, elle travaillait encore sur une application révolutionnaire  devant permette la matérialisation d'objets à partir de la seule pensée. Malgré la difficulté et les dangers, elle va enquêter et tenter l'impossible pour découvrir ce qui se joue autour d'elle, et dans sa tête. Dur d'être un paria dans un monde quasi virtuel...


Anna Mill et Luke Jones sont deux architectes ayant développé une plateforme commune nommée Eflux (1). Avec d'autres artistes, ils travaillent sur les relations étroites mêlant urbanisme, esthétisme et réseaux, en essayant d'élaborer des passerelles entre le vivre ensemble physique et virtuel. Ce sont ces recherches qui les ont amenés, semble t-il à construire ce récit ambitieux, où l'aspect visuel proéminent, et typé art contemporain, avec la ville au coeur du sujet, se déploie dans une ambiance science-fictionnelle et polar très Dickienne. 



On entre avec une certaine difficulté mêlée de curiosité dans cet ouvrage, à la forme envoûtante. Les passages noir et blanc - de la vie physique - au trait, employant une technique de grisés rappelant les trames, et pouvant évoquer le travail d'Ivan Brun, alternent avec des pages couleur aux tons chauds apaisant, évoquant le style "à la craie" de Miles Hyman, mais surtout le bien être d'un liquide amniotique, symbole du réseau "décérébrant". 



La surabondance de "textos" en pleine page, de moments muets, de fuite en avant...dans une atmosphère angoissante, s'ils participent intrinsèquement à appuyer le propos complexe de l'enquête et du sujet, déstabilisent cependant quelque peu. Trouvant des parallèles avec l'oeuvre de Philippe k Dick et son Do Androïds dream of Electric Sheeps, mais aussi certains titres papier abordant ces thématique de la ville, tel le manga Amer Béton, ou concernant les IA, le plus récent Carbone et Silicium, on croirait se sentir en terrain connu, et pouvoir abonder. Cependant, le grand format et les larges cases jouant à fond l'esthétisme emmènent Square Eyes à la limite du beau livre et de la narration, nous faisant osciller sans cesse entre contemplation et réflexion. N'est-ce pas le propre d'un flux, que de varier ? 
Comme à l'héroine, il nous faudra aussi des lunettes carrés (des Square Eyes), afin de "voir" les choses telles qu'elles sont vraiment, et les comprendre. Une oeuvre déstabilisante, mais envoûtante, qui devrait faire date. 

FG


Square Eyes, par Anna Mil et Luke Jones

Éditions Delcourt (27, 95 €) - ISBN : 9782756042060



dimanche 11 octobre 2020

Ambierle BD spécial 10 ans : "clercment" une réussite ?

Le 10eme festival d'Ambierle est terminé, plié, mais la pluie qui l'a accompagné, parfois avec intensité (véhémence!?) continue de nous gêner. Il faut dire que de l'automne, nous n'allons pas tarder à passer en hiver...
Alors, que dire, que retirer de ce qui s'impose quand même, aux yeux de nombreux festivaliers, comme une exceptionnelle édition ? Pas que celle de l'an passé n'ait démérité. On se souvient de la belle affiche, mais cette dernière a quand même mis les petits plats dans les grands, en se mettant la pression et en développant deux expositions à l'extérieur de la salle principale : que dis-je deux ? Trois !! Celle consacrée à Alexis Chabert, celle consacrée aux comics, et celle, clou du spectacle : consacrée à Serge Clerc, carrément délocalisée en 3 points : château de Beaulieu de Riorges, pièce maîtresse, grâce au service culturel de la commune, mais aussi à l'Office du tourisme de Roanne, ayant bien voulu jouer le jeu, avec intérêt, et la galerie Dalbe, nouveau partenaire officiel. Une exposition ayant attirée 250 personnes, et rendant l'hommage (définitif ?) à l'auteur originaire de Roanne, apprécié par de nombreux amateurs. De l'avis général, cette exposition était bienvenue, réussie, et a permis de révéler concrètement la patte graphique exceptionnelle d'un dessinateur que peu savaient être originaire de la commune roannaise.


Sorti de cet événement exceptionnel, voulu spécifiquement pour cet anniversaire, on notera la présence affirmée des comics par le biais de la présence de Thierry Mornet et Paskal Millet, venus présenter, tous les deux, les derniers numéros de la série du Garde républicain, éditée en fascicules chez Hexagon comics, et pour le premier, une exposition de planches originales tirées de sa collection personnelle. L'occasion samedi soir, à 17h, d'un échange chaleureux et très intéressant sur le médium comics et sa spécificité française, au travers de l'expérience et des rencontres de l'auteur, devant une dizaine de personnes.



photo ci-dessus : MP Alizay

Exposition située dans les galeries du majestueux prieuré roman et gothique, bien caché, mais à voir absolument, qui voisinait celle consacrée à Alexis Chabert. De superbes reproductions couleur grand format permettaient de réaliser le talent graphique de ce grand dessinateur de la BD française, ci-dessous avec Serge Clerc.



Deux projections cinéma à l'Espace Renoir de Là où poussent les coquelicots, jeudi soir 24/09 et vendredi matin 25/09 pour les scolaires, ont permis de mieux faire connaître le travail des studios Kanari, dirigés par Laurent Segal. Celui-ci était là pour parler de son travail de mise en lumière documentaire de la bande dessinée, au travers de superbes films, consacrés à la guerre de 14-18 donc, mais aussi pour le reste du catalogue, à Jean Van Hamme et Largo Vinch, François Boucq et la série Bouncer, JC Mézières et l'élaboration d'un case de Valerian... L'IUT de Roanne recevait de son côté les auteurs Régis Hautière, Hardoc, Xavier Fourquemin, et de nombreux élèves afin d'échanger autour de La Guerre des Lulus et Le train des orphelins, séries familiales de qualité. 
Quant à la salle des sports d'Ambierle, respectant au mieux les consignes sanitaires, elle a été rapidement envahi, des la première heure, par 200 visiteurs, qui avaient "hâte d'en découdre", ce festival brillant dans la nuit Covid tel un phare perdu au milieu d'un océan d'annulations. La queue pour Serge Clerc, certes, n'a pas désemplit, mais celles devant Philippe Luguy, Jacques Terpant, Francis Valles, Alexis Chabert, pour ne citer qu'eux, étaient aussi denses. On comptait 900 visiteurs en fin de weekend.





On regrettera l'absence des auteurs Italiens, qui, covid oblige, n'ont eu d'autre choix que d'annuler, s'ils ne souhaitaient pas pâtir d'un confinement obligé à leur retour. Les éditions Mosquito, les représentant, auront eu à coeur cependant de présenter leur catalogue pour la première fois ici, Capucine Mazille dédicaçant de belles aquarelles à quiconque a su s'arrêter sur leur stand à elle et Michel Jans. C'était d'ailleurs le principe du weekend, et celui de la plupart des festivals qui font le pari d'inviter un large éventail d'auteurs et d'éditeurs, grands et plus petits : s'arrêter, découvrir et échanger. 

Les éditions stéphanoise Jarjille, habituées du festival, auraient aimé un peu plus de curiosité le dimanche, néanmoins, dans l'ensemble, la plupart des éditeurs/auteurs présents ont apprécié l'accueil, et la bonne ambiance du festival. Tous sont prêts à revenir. Si tous les bouquinistes n'ont pas réalisé un gros chiffre, ceux qui avaient un stock et des tarifs adéquats ont bien fonctionné. 

Il y aurait bien d'autres images à partager, et tant et tant à raconter en anecdotes... Peut-être celle de l'anniversaire des vingt ans de la série Les Profs, de Pica (Pierre Tranchant), où l'auteur s'est vu présenter samedi soir au restaurant le Lancelot, un beau gâteau orné d'un dessin original hommage de Hardoc, en pâte à sucre, entouré de tous les festivaliers, restera l'un des moments les plus sympathiques.

Il reste des leçons à tirer, des choses à revoir,une équipe certainement à étoffer, des partenaires publiques à davantage convaincre et embarquer, mais l'édition 2021 (ou 2022 ?) est dores et déjà en réflexion. 

Texte et toutes photos sauf où indiqué : © Hectorvadair