vendredi 23 septembre 2022

Nos ombres d'Algérie : la couleur d'un pays en perspective...


Hier au soir se déroulait à l'Espace Renoir de Roanne, salle classée art et essai, l'ouverture du 12eme festival BD d'Ambierle avec la projection du film Nos ombres d'Algérie, réalisé par Vincent Marie. Celui-ci était proposé au grand public après avoir été montré en matinée à 250 élèves roannais et 110 de Charlieu.
C'est la deuxième fois que Laurent Segal, co-réalisateur et producteur vient à Roanne, où il avait présenté en 2020 le film La colline aux Coquelicots traitant de la guerre de 14-18.
Le principe des éditions Kanari est original et de qualité : proposer une vision d'un sujet, souvent historique, mais pas que, mettant en lumière des auteurs de bande dessinée. A plusieurs voix, comme ici, ou en solo comme dans "Page 52", où feu Jean-Claude Mézières nous immergeait dans une des pages de son Valérian et Laureline en cours.

Vincent Marie filme les relations entre la France et l'Algérie avec une grande pudeur mais sans fards non plus, laissant parler les auteurs, tous ayant une relation intime avec le pays et où la guerre, par le biais de leurs familles. Qu'ils soient "pieds noirs" comme Jacques Ferrandez, (originaire via ses grands-parents à la fois d'Alsace et d'Afrique), Jeanne Puchol, dont les parents venaient d'Algérie, tout comme Jöel Alessandra, ou algérien comme Mourad Boudjellal ou Kamel Khélif. Quant à Gaétan Nocq, il interview et a adapté en bande dessinée le parcours d'appelé d'Alexandre Tikhomiroff, fils d'émigré russe et de mère castillane ayant écrit à 21 ans "Une caserne au soleil" (l'Harmatan) sur son expérience lors de la guerre d'Algérie. Il nous emmène aussi au camp de rétention de Rivesaltes, dans les Pyrénées orientales, où un superbe musée propose de rendre tangible la vie dramatique de milliers d'immigrés passés par là entre la guerre d'Espagne et celle d'Algérie, sans occulter la seconde guerre mondiale. 

© Kanari Films, 2022

Les témoignages dans leurs ateliers ou en extérieur, de ces hommes et femmes artistes, sont émouvants, car le réalisateur, ayant gagné entièrement leur confiance, recueille leurs souvenirs - cela confinant parfois à la limite de la psychanalyse - certains les évoquant d'aileurs tout en dessinant. Mourad Boudjelal aborde de son côté la relation à "l'arabitude", comparant son statut à un immigré africain arrivé récemment dans sa ville. Un simple "bienvenue en France" à l'attention de ce dernier le fait se sentir alors français, alors qu'il s'interroge sans cesse sur sa propre identité. Rarement la bande dessinée n'est filmée avec autant de vérité et de rapport à l'intime, mais aussi à la matière (il faut voir les travaux de Kamel Khélif, dont l'encre délavée fait apparaître ses œuvres, comme par magie, telles des daguerréotypes), ou le témoignage de Jeanne Puchol expliquant l'attrait du noir dans une représentation des actes violents intervenus lors des évènements policiers du métro Charonne le 08 février 1962 à Paris (1). Les aquarelles majestueuses de Jacques Ferrandez ou Joel Alessandra (expliquant l'importance des tons de couleur), apportant la lumière nécessaire à ces évocations d'un pays meurtri, aux passages d'histoire tabous, mais qui continue à inspirer les artistes, comme aux premiers jours... de conquête.

Un film beau et émouvant, à retrouver en DVD. 

 

 Alger vu par Jacques Ferrandez

 

La séance a été suivie d'échanges avec Laurent Segal et Jeanne Puchol, cette dernière se prétant avec grande gentillesse au jeu des dédicaces. (Photo ©F.Guigue)

(1) Dessins à retrouver dans Charonne- Bou Kadir (éditions Tiresias, 2012)








Fiche technique
Nos ombres d'Algérie
Documentaire 52 minutes – 2022
HD – 16/9
En coproduction avec France Télévisions
Avec la participation de TV5 Monde
Avec le soutien du CNC, de la Procirep et de l’Angoa, du ministère des Armées – Secrétariat général pour l’administration – Directions des patrimoines, de la mémoire et des archives, de l’ONACVG et de l’Institut français en Algérie.

https://www.kanarifilms.fr/


dimanche 18 septembre 2022

La revanche des bibliothécaires, de Tom Gauld

Revoilà l'écossais Tom Gauld avec un petit bijou d’humour, recueil de strips consacrés aux livres, aux auteurs, et...un peu aux bibliothécaires.
So british !?

"On les croyait vaincus, mais on les avait seulement repoussés sous terre. Puis un jour, les bibliothécaires revinrent...dotés de compétences organisationnelles supérieures, ils s'emparèrent rapidement du pouvoir. Chaque bâtiment devint une bibliothèque, chaque mur une étagère, chaque passeport une carte d'abonnement. Le monde entier fut structuré sur le système de classification décimale Dewey. On aurait jamais du déconner avec les bibliothécaires..."
"Chut !"


C'est sur ce constat ironique et à l'humour ouvertement troisième degré que Tom Gauld ouvre son nouveau recueil de strips. Ceux ci étant méticuleusement réalisés chaque dimanche dans le cahier littéraire du quotidien anglais The Guardian. Si la communauté des bibliothécaires donne son titre à ce beau volume in Octavo cartonné de 160 pages, ils ne sont pas les seuls à en être le sujet, bien au contraire. Et ils ne sont pas vraiment "moqués", cela serait d’ailleurs ne pas rendre justice à la finesse de l'auteur, qui se sert exquisement de sa connaissance du milieu de l'édition, pour s'amuser et nous amuser avec des pensées anecdotiques pleine de saveurs. Les auteurs par contre n’étant pas les derniers dont il se moque gentiment ; bien qu'à ce jeu là, les éditeurs passent aussi de nombreuses fois pour de vrais goujats. Deux couples de fermiers observant d'une colline quelques personnes rassemblées plus bas dans un grand enclos, se mouvant au sein de tables et de chaises : "on est en mars Brian, et aucun d'entre eux n'a envoyé le moindre chapitre à son agent. On aurait du s'en tenir aux vaches". (Un point.)
Autre strip : une femme s'adressant à son mari, une feuille en main et ayant lu le texte manuscrit écrit dessus : " ...un monstre informe, tout droit sorti de l'ombre qui jacasse horriblement dans une langue chaotique et inintelligible "
- j'en ai la chair de poule, dit-elle.
Mais tu n'écrivais pas  un roman d'amour
?
Lui : - C'est le cas. C'est l'avis de mon éditeur sur le manuscrit ". (Égalité).



Tom Gauld nous offre aussi l'avis des livres eux-mêmes, comme dans ce strip façon Contes de la crypte, nous montrant l'intimité d'un papa livre avec ses deux enfants, dont l'histoire du soir se termine par le pilonnage d'un ouvrage, comportant des coquilles... Les acheteurs compulsifs ou collectionneurs sont aussi brocardés, comme Les différents genres d'écriture, abordés brillamment, permettant des clins d’œil à de nombreux noms fameux du policier, de la poésie, de la science-fiction, du roman d'amour, de la philosophie. Des jeux sont même proposés :  suggestions de rééditions improbables (« Avec de plus modestes ambitions », « les livres d'images pour milliardaires », ceux « audio soporifiques pour insomniaques »...), ainsi que des générateurs de romans thématiques. 

 

Bref, si Tom Gauld a été révélé depuis 2005, entre autre aux États-Unis grâce à la revue spécialisée Kramers Ergot, son premier petit roman graphique Vers la ville a été proposé en France dès la même année chez le petit éditeur Bülb Komics. Depuis, l'éditeur l’Association a proposé Goliath en 2013 avant que les éditions 2024 ne l'invitent dans leur catalogue. C'est donc son septième album français, et il fait partie de ces auteurs dont on n'hésite pas à prêter le dernier ouvrage tant il est attachant (et toujours de petite taille), à sa famille ou son meilleur ami. Et vous, resterez-vous sans un livre de Tom Gauld dans votre bibliothèque ? 

FG

Toutes images : photos d'après le livre © Tom Gauld/éditions 2024

La revanche des bibliothécaires, de Tom Gauld
Éditions 2024 (17€) - ISBN : 2383870234



mardi 13 septembre 2022

Nekradamus, une série d'Oesterheld et Horacio Lalia inédite en France

Nekradamus (ou Nekrodamus en espagnol) est une série fantastique horrifique créée par les auteurs argentins Hector Oesterheld et Horatio Lalia (dessin) en 1976 dans la revue argentine Skorpio. Elle a été proposée dans la version italienne de la revue en 1978, à partir du numéro 45 (décembre 1977) et annoncée dans le précédent sur deux pages. Le personnage principal, un démon, ayant un bossu défiguré : Gor, fossoyeur de son état, à son service, dans un cimetière du XVIIIème siècle, prend dans le premier épisode, l'apparence d'un jeune et beau noble venant de mourir. Tous deux vont être amenés à chercher fortune dans le monde des vivants. Si Nekradamus ressemble physiquement au personnage de Janus Stark, c'est bien les ambiances sombres et horrifiques qu'Horacio Lalia développera plus tard en adaptant les grands auteurs fantastiques (Lovecraft, Poe, traduits chez Albin Michel), qui font l'intérêt de cette série, inédite en France.
40 épisodes ont été réalisés entre 1976 et 1981 dans la revue. Carlos Trillo, Guillermo Saccomanno et De los Santos ont succédé à Oesterheld au bout de la première année, jusqu'en 1978, avant que Ray Collins n'assure à son tour le scénario entre 1981 et 1982, puis qu'il ne laisse sa place à Gustavo Slavich en 1989.


Un bel album de 270 pages, entre autre, a été édité en Argentine en 1993 avec nos deux premiers auteurs originels (d'autres éditions italiennes de poche existent ainsi qu'une réédition numérique Argentine chez Ediciones Record (http://edicionesrecord.com). Aussi, quand pourra t-on lire ce petit trésor chez nous ? Editions ILatina, ou Mosquito, on compte sur vous ! ;-)

Ci-dessous, petits chanceux, rien que pour vous : l'annonce du numéro 44 de Skorpio, en plus de la couverture et de la page titre de l'album argentin, en ouverture de note.
 

 
> Lire l'intégrale (en italien) des 188 pages de l'album numérique publié par un blogger à partir de ses numéros de Skorpio sur Archive.org : https://archive.org/details/Nekradamus/page/n1/mode/2up

samedi 23 juillet 2022

L’album aux écureuils. Ou comment j’ai fait ma réserve de recueils Spirou.




Les Trois lacs : origines

C’est l’heure, avec les autres enfants, nous savons que c’est l’heure. Est-il 13 h ? 15 h ? est-ce après la sieste légendaire que chaque enfant en bas âge a connu durant une période de sa vie ? Je ne me souviens plus. Nous, nous avons une dizaine d'années, savons bien sûr lire, et nous précipitons de tous les coins du camping, vers son centre, sur le grand terrain central en herbe où se dresse le petit chalet, sur son côté droit, à l’ombre. C’est là que, après avoir grimpé quelques marches en bois branquignoles, nous allons accéder au graal : la bibliothèque du club des cinq ! Enfin, c’est ce à quoi elle pourrait ressembler dans mon imaginaire de jeune pré ado lecteur, habitué depuis mes sept ans des revues catholiques de bande dessinées familiales Perlin Pinpin, Fripounet, Formule 1, et des récits de Rahan, des Pieds nickelés, Bibi et Fricotin, de Lucky Luke, Tanguy et Laverdure, ou Pif gadget, que je découvrais chez mes grand parents lors de nos voyage familiaux en Savoie-Isère. La scène se passe justement là-bas, au camping des trois lacs, dans la commune de Belmont Tramonet (jouxtant Pont de Beauvoisin), où nous étions ma famille et moi en vacances en 1980.


Le propriétaire, Mr Abeille, en plus de bien d’autres inventions de son cru (*), met à disposition ce chalet bibliothèque, tout en bois, gratuitement à l’ensemble de ses campeurs pour le bonheur de tous et surtout des enfants. Imaginez : dans mon souvenir : des murs entiers d'étagères garnies de bande dessinées et de livres en tout genre, une banque d’accueil et de prêt, et au moins un divan hors d’âge, afin de commencer la lecture, pour ceux qui n’auraient pas la force de se retenir. Je me souviens repartir avec des Spirou et Fantasio millésimés fin des années soixante – années 70, des génial Olivier, des Bouloubouloum et Guili Guili sans doute, et plus certainement des Barbe noire et le vieux Nick, ultime découverte et satisfaction garantie à l’époque. Des éditions souples Dupuis pour ces derniers, de celles qui marquent la rétine et les sentiments.


Ma relation charnelle avec les albums recueils de Spirou remonte donc à cette expérience, à ce souvenir. Une originalité, une aubaine et des sensations qui sont restées profondément gravées dans ma mémoire. Nous devions, avec les autres lecteurs, choisir puis signaler au bibliothécaire vacataire qui s’occupait à certaines heures de cette bibliothèque peu commune les albums que nous avions choisi. Il s’agissait pour beaucoup d’albums brochés ou cartonnés, des grands classiques franco-belges. Et, si je me souviens bien, nous n’avions le droit que de consulter sur place (cela se comprend un peu après recul), les fameux recueils Spirou, que je feuilletais avec goût et frénésie, installé dans le vieux canapé défraichit posé à l’entrée.
... Après deux années â venir dans ce camping, plus jamais je n’y remis les pieds. Dommage. Il a depuis changé de propriétaire, et a complètement évolué. Qu’est devenu la bibliothèque après l’installation d’une piscine au milieu du parc ? mystère...

Ce souvenir est seulement l’un de ceux qui ont jalonné mon enfance, puis mon adolescence, avant que je ne décide volontairement de faire de la bande dessinée un élément essentiel de ma vie d’adulte. Je suis né le 07 août 1969 à Grenoble, Isère, et mes parents, originaires tous deux de Savoie Isère - mon père de Domessin et ma mère de Pont de Beauvoisin - émigrèrent tous deux à Roanne, après un bref passage à Lyon en 1970, pour raisons professionnelles. Nous allons retourner assez régulièrement en Savoie à l'occasion des petites vacances, de la Toussaint et des fêtes de Noël... occasions où nous aurons l'opportunité, mes frère et soeur, de profiter à deux reprises des bienfaits de la marraine de mon frère aîné Patrick. En effet, réalisant régulièrement des extras dans un restaurant situé à proximité de chez elle, elle eu l'occasion de récupérer des dizaines de bandes dessinée Dargaud, qui avaient été jetées à la poubelle par une famille dont les enfants ne semblaient porter que peu d'attention à leurs affaires. Je réalisais que celles-ci étaient en effet en mauvais état pour la majorité, mais bien des années plus tard, alors qu'enfant, je n'avais rien remarqué, occuper à me gaver de ces histoires et albums, (certains sans couverture) tombés du ciel. Après on se demande d'où vient cette propension à accumuler et en vouloir toujours plus...
(Les plus curieux liront ma précédente note de septembre 2016 concernant cette occasion incroyable de découverte d'albums franco-belges dans mon enfance :  )



Collège
Après une relation adolescente avec Spirou grâce à la lecture d’une grosse collection de fascicules des années quatre-vingt du papa d’un copain de collège (années 81-82 - Aaah le Spirou de Chaland ! Aaah les petits tickets à collectionner pour avoir le lot de cartes postales reproduisant justement les couvertures de recueils...aaah le poster western de Jijé à monter en quatre parties...) - puis mon propre abonnement à la revue en 1985 (numéros 2475 au 2502), avant de m'en désintéresser, je ne retrouvais le contact de ces albums recueils particuliers seulement qu’en 1994, à l’occasion de mon année de formation professionnelle à Saint -Etienne, comme agent de développement culturel.

La Banque du livre
Là, à chiner en fin d’après-midi dans les ruelles du quartier des hauts de la place du peuple, je découvrais la Banque du livre, une caverne d’Ali baba pour tout amateur de vieux papiers. Des reliures Spirou, il y en avait, mais tellement et de toute époque que je n’ai pas su où commencer et quoi prendre, d’autant plus que je n’avais sans doute pas le budget pour des ouvrages, pensais-je réservés aux (vrais) collectionneurs... Entendons-nous : à 25 ans, j’étais déjà acheteur régulier de BD et de disques, mais pas encore l’amateur éclairé que je suis devenu. Ces appels (du pied) de reliures sont donc restés lettre morte pour moi, qui leur ai préféré les plus rock’n’roll et vintage revues Vampirella, que j’ai commencé à rassembler, entre autre grace à cette boutique dans les années 2000, et une partie sur le web. Dans une petite pièce réservée aux amateurs, par laquelle il fallait accéder par un escalier en colimaçon, le patron mettait en effet à disposition un U d’étagères remplies de ces revues des années soixante-soixante-dix.
...Internet fit le reste.


Emmaüs
Et puis...c’est arrivé un dimanche matin j’imagine, ou un samedi de 2013 ?, soit environ dix ans plus tard, où nous nous étions fixés, ma petite famille et moi une petite balade découverte dans le capharnaüm rigolo de cette grande brocante couverte qu’est l’Emmaüs Roanne-Mably. Et là, alors que je rentrais dans la pièce consacrée aux livres et revues : bing, une reliure du journal Spirou qui me tend les bras. Et pas n’importe laquelle, la 88, de 1963. Celle avec le manège et Spirou regardant son ami Fantasio comateux en train de tomber de son cheval Carrousel. Autant dire une sacrée trouvaille, pour... 4 malheureux euros.



Je ne sais si mon deuxième achat de recueil s’est fait à peu près à la même période ou pas, à deux trois ans près, mais la seconde occasion s’est trouvée dans une boutique éphémère de notre ami Gérard Marchand, disquaire libraire d’occasion bien connu des roannais ayant chinés au centre-ville ou sur les salons entre les années 90 et 2017. C’était rue de Beaulieu et sur une étagère haute derrière son comptoir, aux cotés de bacs de vinyles et de bacs de BD où des histoires du monde de chez Larousse m’avaient fait de l’œil, cet album 139 de 1975 avec la Ribambelle en couverture finit dans mon sac, pour 8 euros. Un recueil symbolique, car correspondant presque pile poil à mes lectures d’enfance de la revue.



« Et puis je vous dis... Zut ! » la piqûre de rappel.

En 2016 ( ?), une autre occasion exceptionnelle me fit me replonger dans cette quête un peu particulière. Un professeur collègue de ma sœur Christine déménageait, et se séparait gracieusement d’une collection de veilles revues Tintin. Il me proposait donc de passer afin de les récupérer. Rendez-vous pris chez le collègue, me voilà avec une malle en balsa remplie de revue des années...60 !! Quelle aubaine. Et au milieu de cette belle collection de fascicules Tintin, déjà improbable en soit, une reliure presqu’intact de Spirou. Et pas n’importe laquelle : la 70 avec superbe couverture de Franquin, représentant le conte de Champignac, en pyjama de soirée, devant le portail de son château, face à une voiture tous phares allumés, une masse en bois à la main. (Le fameux épisode « Peur au bout du fil » de 1959). Rien que pour cette couverture cartonnée aux tons rouges et bleus, j’aurais vendu mon âme 😉 Alors certes, la reliure était séparée des fascicules, qui eux-mêmes n’étaient pas tous complets - seulement à une page près - que je pu reproduire en impression. Non, le souci était juste que, par un hasard que l’on retrouve assez souvent dans des collections qui ont « vécues », c’est que la couverture ne correspondait pas aux numéros présents, à part deux trois fascicules éparpillés de l’année 59, qui avaient par je ne sais quel hasard, survécu à ce charivari 😊

J’avais donc concrètement une couverture 70 avec un contenu de fascicules correspondant à la reliure... 45 de 1953 !! Encore mieux, en fait, car plus ancienne de 6 ans !! Il me suffit de sortir à l’impression le bon premier plat de la couverture, la placer dans le revêtement plastique que j’avais opéré juste avant, et le tour était joué.
... Je retrouverai le vrai 70 un peu plus tard, en TBE pour le prix d'un album de bd courante neuf.


Et si on allait plus loin ?
La formidable volupté des années cinquante...
J’aurais pu en rester là, mais, cela commença à me turlupiner. Je me dis que ces vieilles revues au papier épais découvertes fortuitement à cette occasion auraient pu être complétées sur cette année-là, au moins afin d’avoir l’histoire complète de Spirou... Et puis d’autres séries un peu plus récentes, difficilement disponibles sous forme d’album cartonnés à prix corrects (édités, épuisés... comme Isabelle de Will et Franquin par exemple, ou les Guérilleros de Jesus Blasco), auraient pu aussi en profiter. Je me fis donc la réflexion qu’il ne serait sans doute pas plus bête d’acheter d’autres recueils de la revue, où ces histoires avaient été prépubliées, ce qui me permettrait par la même occasion d’avoir sous la main d’autres histoires inconnues (ah le plaisir de la totale découverte), et de compléter aussi au passage d’autres séries d’enfance dont je n’avais jamais lu la suite et fin. Je commençais donc, grâce à internet et les sites spécialisés autour de la revue et ceux de ventes d’occasion : Le bon coin, Ebay, Rakuten... une chasse en bonne et due forme.


Démarrage avec le 117 de 1970 (pour les Guerilleros), le 129

(superbe couverture Natacha), le 151 ( ...) Puis, fortuitement, au cœur de l’année 2020, l’information

comme quoi le « nouveau » site Vinted, spécialisé dans la vente de vêtements d’occasion permet aussi la vente de livres et de BD pour pas cher me provient via les réseaux sociaux. Ni une ni deux : je m’enquiers de ce que l’on peut y trouver, (vieux Tintins, que je collectionne déjà avec des éditions des années cinquante, cherchant à davantage remonter le temp en édition « originale », puis recueils Spirou donc...etc.). Et là, effectivement, c’est le jackpot, puisque d’anciens se délivrent de leurs collections, ou bien des enfants se séparent de celles de leurs parents/grands parents. Et la Belgique est assez présente, avec quelques pièces intéressantes à des prix tout à fait abordables. La chasse est ouverte, et elle ne va s’arrêter que lorsque les années 51-64 auront été rassemblées, tout du moins en partie.



Reliure, pages de garde, suppléments, édition belge, française ?...
Au départ : que choisir ? de belles couvertures de Franquin à prix épatant ? ou bien des recueils me permettant effectivement de compléter mes séries, quelle que soit la couverture ? Le dilemme est prégnant, et il va falloir une organisation sans faille pour arriver à collecter les informations, repérer les albums essentiels, comparer les meilleures offres, vérifier les états à distance de ces recueils, comprendre la signification des suppléments, la différence entre journaux seuls (plus grands car non massicotés, et si agréables au toucher (en tous cas pour les plus anciens des années 40-50), ou compilés en recueils (fascicules invendus au départ et donc souvent sans suppléments ou pages spéciales)... etc.

Une formation en accéléré qui a pu se faire grâce à certains sites très bien fait, d’amateurs éclairés et partageurs, et ma passion combinée du médium et de l’informatique. (1)


Roanne caverne d'Ali baba ?
Et puis, en fréquentant mes amis bouquinistes locaux, une autre belle opportunité se fait jour le 16 juin 2021 : un très beau spécimen de recueil #44 (année 1952), en état magnifique, vendu à un prix tout à fait correct vu les cotes pratiquées ailleurs. Et pour aller avec : un carton complet d'une collection de numéros suivis allant de 1947 à 1953 !
De quoi se régaler, là encore à prix "d'ami" comparé aux cotes des professionnels habituels.
C'est dans une de ces boutiques que je fais aussi la connaissance en octobre de la même année de "Globus", un trentenaire roannais venant de débarrasser avec un ami un papi décédé, et qui vient proposer un tas de revues BD anciennes, des années trente à 70, dont des Spirou. Bien que laissant passer un peu de temps, j'ai pris tout de même contact, et quelques mois plus tard, le 24 décembre exactement, coup de fil pour me proposer le carton restant, de 280 numéros de Spirou, des années 50 à 70. Et cela en plein centre de Roanne, c'est à dire à deux pas de chez moi. Je ne ferai pas l'affront de dire le prix du Lot avec lequel je repare, mais disons que les revues, en bon état, me reviennent à moins de vingt centimes pièce et que la plupart ont leur supplément, dont les posters 70's non détachés !! L'acquisition d'un autre bon lot de 1976, à la même période, en super état avec suppléments, ravit aussi ma collection.



Au final, en allant à l’essentiel et en axant sur les couvertures les plus belles de Franquin, le maitre incontesté du personnage de Spirou, et en se limitant à un budget moyen de 15/20 euros pièce par album chiné, (je ne veux pas de déchet ultime), ou 60 euros maximum pour le plus ancien de 1953, TBE, après négociation, en état très bon, je peux aligner dans ma bibliothèque les tomes suivants, (qui sont les parties immergées d’une collection plus globale comprenant aussi des fascicules en nombre des années 70, 80 et 90 - 2000, ma plus jeune fille ayant aussi été abonnée deux ou trois années de suite lors de cette dernière décennie).


Recueils Spirou :


(23) (recueil reconstitué avec l'équivalence des fascicules de l'année 1947).

(32) (recueil reconstitué avec équivalence fascicules 1950)

(35) (recueil reconstitué avec équivalence fascicules 1950).

(43), 44, 45 (1953)

(46), (47) 1953
(48), (49) (recueils reconstitués avec équivalence fascicules 1954)
51


(56), 57, 58, 59, 60, (1956)

(61, 62) (recueils reconstitués avec équivalence fascicules) 1957

63, 64, 65, 66, 67 (1957-1958)
dont le 64 et le 65 lus à l’époque dans mon camping d’enfance...

70 (1959)

80, 81, 87, 88 (1961-1962, 1963)



89, 90, 91, 93, 94, 98 (1963, 1964, 1965)


105 (1967)
116, 117, 129, 135, 136, (137), 139, 140, 141, 147, 151
(années soixante-dix)

166 (1982)

(181), (182) équivalents 1985.





Nb : mes premiers Spirou en fascicule datent des années 1966 et 1975. Un cadeau d’un ancien voisin de mes parents lorsque nous habitions en immeuble à Riorges (42153).
J’ai lu ensuite des albums cartonnés de chaque histoire via la bibliothèque municipale de Roanne, étant enfant, et cela correspondait à peu près aux éditions du milieu-fin des années 70. Ma Madeleine de Proust se situe donc dans ces années-là.

(*) Ce propriétaire excentrique avait une faculté à plaire aux enfants et un côté "Géo Trouvetou" qui lui faisait inventer et fabriquer tout un tas de gadgets sympas. Par exemple, un petit train parcourait les allées du camping à un moment de la journée, que chaque enfant connaissait, car dès lors que Mr Abeille démarrait du haut du camping où se situait son bureau d'accueil et descendait vers les emplacements pour ramasser les ordures accumulées, dans un wagon ouvert special, chacun avait le droit de monter dans les quelques autres accrochés pour profiter de la ballade. Il fallait y penser !
Il mettait aussi à disposition, sous le grand préau en bois à l'entrée du camping, vers les aires de jeux traditionnels, une table de billard rustique si je ne m'abuse, et des échasses en bois pour s'entraîner à marcher avec.

(1) Références : 

http://www.spirou.free.fr

https://alex002braun.wixsite.com/archives-spirou/accueil

http://www.inedispirou.com/forum/index.php

mercredi 13 juillet 2022

Village du livre en cote roannaise : 20 ans de passions (partagées).



Samedi soir 02 juillet, le Village du livre d'Ambierle réunissait ses fidèles adhérents et amis au restaurant le Lancelot, afin de fêter ses vingts ans d'existence. J'y étais et ai passé un très agréable moment. Cette association, née en 2002 sur le modèle des villages du livre existants en France et belgique, a été créée par Jo Taboulet, Nathalie Berthel, alors libraire à la librairie Forum de Roanne et Christine Kibkalo, travaillant à la poste de Saint Romain la motte, et bénévole à la bibliothèque communale jouxtant ces locaux . L'époque était au derniers feux du festival de science fiction créé par Jo 25 ans plus tôt à Roanne, et c'est dans ce village de St Romain, au dessus de Roanne, que ces trois-là ont fait germer une idée. Quelques animations autour du livre, de la bande dessinée et de la SF, passions de Jo, y ont en effet été organisées, avec entrain et bonne ambiance, et j'ai eu pour ma part l'occasion d'y être associé avec l'association locale de bande dessinée Ikon & Imago, créée seulement deux ans auparavant. Nous étions d'ailleurs présents aux dernières éditions (2000-2001) du festival Rhône Alpes SF, ce qui nous a permis aussi d'inviter le dessinateur et ami Reed man, figure du fanzinat comics punk regional rencontré à cette époque à Angoulême. Avec les amis dessinateurs dont Christian Chavassieux, Olivier Paire, Patrick Biesse, Rob Ellias, Cedric fernandez, Thibaut Mazoyer, nous avons participé aux premières manifestations qui allaient devenir les marchés du livre. C'est à ces occasions que j'ai entre autre fait la connaissance de Michel Jacquet, collectionneur de bande dessinée de Villerest, qui allait devenir une cheville ouvrière de l'association et créer ensuite, avec son collègue dessinateur Serge Prudhomme,(alias Deloupy), la structure d'édition indépendante associative Jarjille, après son déménagement sur Saint-Etienne. Malheureusement, l'expérience Saint-Romain-la-motte fit long feu, comme l'explique Jo Taboulet dans la brochure épaisse qu'il a publié avec l'aide de l'association ce mois de juillet ; la structure devant s'expatrier Ex abrupto à Ambierle, village de caractère, où finalement, la municipaltié accueillit bien plus chaleureusement l'idée d'un village du livre que sa voisine.

De mon côté, ayant aménagé de Roanne vers la campagne renaisonnaise en 2000 (village situé au bas de la côte roannaise, et allant jusqu'à la plaine), je me suis impliqué dans le milieu associatif local, intégrant le bureau du conseil de parents d'élèves FCpe, puis étant élu au conseil municipal en 2008 dans l'équipe de Jacques Thirouin, travaillant entre autre au sein de la commission culturelle. Démissionnant l'année suivante, pour raisons de santé, et alors que parallèlement Ikon & Imago venait d'être dissoute un an plus tôt, nous avons créé avec l'association FCpe de parents d'élèves locale, un festival de bande dessinée sur Renaison. Il faut dire que la municipalité était particulièrement favorable et motivée. De 2009 à 2010 eu donc lieu "RenaisonBD", réussite qui apporta une nouvelle dynamique sur la côte roannaise, donnant une certaine envie à Ambierle pour prendre le relais lorsque la flamme (et les finances) s'éteignirent dans notre propre association. De son côté, le village du livre avait du en effet traverser quelques soubresauts au sein de son équipe, mais a su se repositionner depuis, réussissant ainsi à mettre sur pied son propre festival BD, issu des marchés du livre (et SF) en 2011. Festival dont j'ai rejoint l'équipe - qui venait de changer- à l'occasion de sa dizième édition en 2020 (à une année juste près, on ne va pas chipoter), année d'invitation de l'innénarable dessinateur Serge Clerc, originaire de Roanne, pour une exposition rétrospective inédite au Château de Beaulieu à Riorges, qui donna lieu à quelques dérapages ayant marqué les mémoires. Et pour être tout à fait clair, malgré ce qui est écrit dans le livre souvenirs de Jo (accompagné de quelques témoignages), ce n'est pas moi, commissaire de l'exposition, et à l'origine de son invitation, qui ai choisi de ne plus parler à l'artiste au final, mais lui, et définitivement, s'étant senti pas assez bien traité apparemment. Et oui, Ambierle n'est pas Paris, ni Nérac, ni Perpignan, les moyens ne sont pas les mêmes, et une vedette se reconnait, je pense, autant à son talent qu'à son humilité, ce qui était assez loin d'être le cas. Restez une semaine complète avec l'individu, et vous jugerez sur pied. (Et l'on m'avait pourtant bien averti). L'année suivante, c'est avec une non moins grande fierté que j'étais à l'initiative de la venue du grand Enrique Breccia, l'un des plus grand artistes "classiques", auteur- dessinateur argentin, résidant en Italie depuis une poignée d'années et édité en France par les éditions Ilatina. Il vint "accompagné" par l'autre transalpin Lele Vianello, ami d'Hugo Pratt, que les éditions Mosquito, par le biais de son créateur Michel Jans nous permit d'inviter. Deux invitations étrangeres et deux éditions particulièrement goûteuses, sans parler du reste des affiches. Bref, un engagement presque continu au service de la Bande dessinée au long de ces vingt dernières années, en parallèle de l'ami Jo.
Vous retrouverez ces souvenirs et bien d'autres, tout en couleur et archives, dans la publication de Jo Taboulet, même si ces explications et précisions me concernant méritaient d'être écrites.

FG 13/07/2022.

Vingt ans d'histoire (s) du village du livre. 2002-2022 Saint-Romain-la-motte - Ambierle.
Village du livre d'Ambierle éditions
ISBN : 9782957859825
84 pages couleur. Format A4 dos carré collé. 10€.


L'équipe de Renaison, fière.

samedi 2 juillet 2022

Elvis, 2 h 40 de bonheur.


Jeudi, soir, je suis allé voir en VO le film Elvis, par Baz Luhrmann.
2h40 de la vie du King, ce gosse de Tupelo, sud, des USA, né le 08 janvier 1935, qui va trainer une partie de son enfance dans les quartiers noirs, s'imprégnant de cette culture si différente alors. Sympathisant avec la crème des musiciens de Memphis et des environs, il sera découvert par le label Sun Records, publiant de la Race music, qui touchera le jackpot en vendant la recette du Rock'n'roll blanc. Jusqu'à ce qu'un arcandier, le "colonel" Parker, renifle la poule aux oeufs d'or...Tom Hanks joue à merveille ce bonimenteur expérimenté, qui a réussi à pourrir littéralement la vie d'une des plus grandes - sinon la plus grande - stars que l'on ai jamais connues, tout en montant un empire de fric autour de lui.

AustinButler, le jeune acteur qui interprète notre idole, et malgré (ou à cause ?) son faciès d'ange, a ce quelque chose qui fait que l'on a envie de croire en lui, et apporte toute la richesse émotionnelle et la tension dont le personnage avait besoin, en face d'un Tom Hanks grossissant, vieillissant et gagnant (ou perdant, cela dépend) en influence.

Côté musique, certains morceaux sont vraiment interprétés par l'acteur, tandis que de vraies archives sont immiscées, mais surtout à la fin et que des remixes ou adaptations modernes parsèment la bande son, afin de ne pas complètement perdre les éventuels jeunes publics qui s'y seraient risqué. On apprécie particulièrement les "coulisses" du "1968 Comeback Spécial", présenté comme si ce programme TV n'avait jamais du exister ainsi (une tromperie, vis à vis du colonel, par de jeunes producteurs que le king déboussolé est allé chercher), et l'archive grandiose d'une des toutes dernières prestations du King en 1977 à l'hôtel international de Las Vegas, jamais vue. Émouvant.
Une réussite.



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