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dimanche 25 mai 2025

Aubry le troubadour, de Lucien Chrétien, dans Cadet revue





Les méandres de la chine offrent bien des surprises à l'amateur de bande dessinée, d'illustrations et plus généralement de vieilles revues. L'occasion de l'acquisition d'un lot de 12 Cadet revue datées 1938-1939 m'a permis de me délecter des superbes dessins d'Alain Saint-Ogan, rédacteur en chef et principal illustrateur de cette revue n'ayant duré que 6 années, de 1933 à 1939.  On se reportera utilement à l'article relatif au don d'originaux qu'Emmanuel Guibert, illustrateur reconnu, a  fait au musée de la bande dessinée d'Angoulême, pour en savoir un peu plus sur l'homme, et son travail.

https://www.citebd.org/neuvieme-art/saint-ogan-dans-le-fonds-guibert-langlois

Ce qui amène le post d'aujourd'hui est une série inachevée d'un auteur passé aux oublietttes, dont le nom : Lucien Chrétien, ne dit plus grand chose à personne, à part celles et ceux s'intéressant à l'acoustique et l'électronique, puisque lui ou un homonyme (1900-1962) on rédigé des manuels bien connus.  

L'illustrateur et auteur qui nous intéresse a lui proposé, dans les numéros 157 à 160 (les derniers) de la revue précitée, un début d'histoire moyen-âgeuse illustrée assez intéressante, nommée Aubry le troubadour. Contant les mésaventures d'Aubry, seigneur de Signac. 
Une série de cases illustrées avec texte en dessous, étrangement  proposée en lecture "colonne" (erreur vite rattrapée dès le troisième chapitre), et rappelant pour le reste d'autres récits du même type, dont la plus connue venant en tête étant bien sûr Prince Valiant d'Harold Foster, dont la traduction avait débutée deux ans plus tôt dans la revue Hop-là en France. On pourra aussi se rappeler Thierry le Chevalier (le chevalier sans nom) de Jean-Michel Charlier et Carlos Laffond, série publiée de 1957 à 1960 dans la revue Spirou. On y trouvait là aussi un troubadour parmi nos héros, et on pourrait se demander si...(1)

Quatre chapitres, dont on ne connaîtra pas la fin, à moins qu'un amateur puisse abonder en ce sens, afin de préciser l'identité de ce monsieur Chrétien, et savoir le destin de cette histoire. 

FG

(1) Lire au sujet de cette série un peu plus "moderne" l'article Bzdzoom :
https://www.bdzoom.com/105429/actualites/thierry-le-chevalier-clap-de-fin/

 

 Cliquer sur l'image ci-dessous pour lire les quatre chapitres de Aubry le troubadour.

 



lundi 16 septembre 2024

Connaissez-vous Le Masque d'argent ?


Les amateurs et collectionneurs de BD connaissent sans nul doute Blason d'argent, créé en 1957 dans Coeurs vaillants par Guy Hempay, et dessiné par trois artistes avant d'être repris par Guy Mouminoux en août 1959 et finir en 1968 dans J2 jeunes. Mais...connaissez-vous Le Masque d'argent !? 

De son vrai nom : Ramon de Sizala, jeune fils de propriétaire d'une Hacienda, se cachant sous l'apparence du Masque d'argent pour régler des affaires injustes.

Ce héros d'un étrange western, se déroulant à Cartagène des Indes, en Amérique du sud, au début du 19e siècle, n'a eu droit qu'à trois récits dans les numéros 989, 1026 et 1042 de Tintin en 1967. Il a été créé et dessiné par Fernand Cheneval (1918-1991), ayant produit un nombre considérable d'histoires courtes pour le journal Tintin entre 1957 et 1966, mais reconnu aussi comme créateur et éditeur du fameux journal BD belge Heroïc albums de 1945 à 1956.

Les scénarii de Fernand Cheneval et ses découpages sont d'un bon niveau pour l'époque, et l'on sent ici la maîtrise d'un auteur de BD classique aguerri. Son dessin, puisqu'il est maître de bout en bout sur cette mini "série" fait montre aussi d'une belle maîtrise, et pourrait s'apparenter à bien d'autres collègues des revues de l'époque, tels Piroton, Hermann, voir Jijé par moments. Dans tous les cas, les habitués du journal Tintin ayant déjà pu lire certaines de ses courtes histoires historiques - que l'on pourra comparer en partie dans l'esprit (quoi qu'un peu plus modernes dans le ton) aux "Belles histoires de l'once Paul" débutées en 1951 dans le journal concurrent Spirou - apprécieront de découvrir ce Southern à la Zorro. Une rareté non rééditée dont je vous partage deux des trois épisodes. 

 

















 

lundi 3 octobre 2022

La tour des dames : un tour de magie !

Revoilà Céline Maltere avec un roman à la poésie spectrale toute nimbée de passions. Où l'art côtoie la grande Histoire et les amours perdues, en région Rhône-Alpes.

Le 25 juillet 1925 disparaît dans les flammes et sans explications le château de Randan. Ce bâtiment ancien, dont les bases construites sur une abbaye remontent au VIe siècle, semble entouré d'une aura mystérieuse. D'ailleurs, à l'époque, une petite fille n'a t-elle pas vu s'enfoncer dans les bois environnant une femme en tunique blanche étrange ? Quatre-vingt ans plus tard, Abèle, étudiante passionnée d'histoire vient sur les lieux afin d'écrire un roman. Elle va se faire aider par Odélia Martial, bibliothécaire à la médiathèque de Vichy, où elle compte trouver des informations sur le peintre régional Alphonse Osbert. Toutes deux vont entrer un bien étrange univers...

D'entrée, la Tour des dames surprend par l'immersion immédiate dans un maelstrom spatio-temporel et sensitif : le récit étant ressenti par les d'animaux assistant à l'incendie à l'époque. Une atmosphère à la fois fantastique et envoûtante, donnant le ton du roman. Ces passages, en fait le manuscrit qu'Abèle rédige, alternent sans cesse avec ses recherches au temps présent, évoquant ses relations, en train de se nouer avec Odélia mais aussi son mari. Elles-deux se retrouvent en effet autour d'un livre consacré au passionnant peintre Alphonse Osbert, auteur de toiles oniriques, dont beaucoup d'œuvres sont visibles à Vichy même. Leurs recherches vont les emmener au cœur de la forêt mystérieuse, les confondant presque avec les personnages historiques, toutes des femmes, devenues spectres. Céline Maltère, autrice d'une bonne dizaine de romans, aime le fantastique, ou en tous cas l'onirisme, et ses précédents titres, dont : Leviyatan le monstre de l'Allier, le cabinet du diable, ou la trilogie le cycle de Goth sont éloquents. Elle est accueillie pour celui-ci aux éditions Christine Bonneton (groupe Losange, basé à Chamalières, Puy-de-Dôme) plutôt consacrées aux beaux livres régionaux avant 2021 et ouvertes depuis aux romans. Associant une plume précise, sachant mêler les ambiances, romantiques, fantastiques, tout en insérant une passion pour la culture bibliophile évidente et un goût pour la beauté des éléments naturels, elle déroule son intrigue avec rigueur et une écriture châtiée très plaisante. Enfin, le féminisme revendiqué de ce nouveau roman apporte une touche particulièrement aiguisée et sensible à la fois, d'où les émotions pures émergent. La tour des dames, tel un tour de magie, nous charme, au delà du raisonnable. Coup de cœur.

FG 

 

La Tour des dames, par Céline Maltère
Christine Bonneton éditions (16,90€) - ISBN : 9782862539782  


A noter aussi la revue littéraire semestrielle Litterature & Cie, numéro 2 du nom, venant de paraître, que l'éditeur a eu la gentillesse de m'adresser, mais que je n'ai pas encore eu le temps de lire entièrement. Néanmoins, son sommaire est fort passionnant et sa présentation dos carré collé remarquable. Ajouter quelques illustrations intérieures de Jean-Francois Miniac de toute beauté et un article sur l'auteur de bande dessinée Michel Plessix, disparu il y a neuf ans... et l'on tient là une revue à ne pas manquer !

> la page : https://www.editions-bonneton.com/bonneton/5018-9782862539805-litterature-cie-n2.html

lundi 21 mars 2022

La Victoire du « Loup blanc » ! Le cas Renata De Barba/Renato Polese et de l’influence d’Il Vittorioso sur les périodiques Spirou et Tintin après-guerre

Les lecteurs de sites consacrés au patrimoine BD sont habitués aux histoires malheureusement un peu tristes, d’auteurs souvent talentueux, qui n’ont pas vraiment connu le succès qu’ils méritaient. Plus pragmatiquement, peut-on évoquer le cas d’artistes ayant été richement publiés dans tel ou tel pays, dans telles ou telles revues, et n’ayant qu’effleuré le lectorat d’autres contrées. C’est le cas du duo responsable d’une série western, que les lecteurs du journal Spirou ont découvert en 1956, dans le n° 930 du 9 février. Celui-ci dévoilait en effet un nouveau récit intitulé Loup blanc. Aucun crédit n’était cependant apporté à cette bande dessinée de facture très classique se déroulant au Canada, qui proposera d’une à quatre pages chaque jeudi, en couleurs et/ou en noir et blanc, jusqu’au n° 951 du 5 juillet 1956, avant de disparaître comme elle était venue. 
 


 

L'histoire
Nous sommes en 1789, au Canada. L’Anglais Alexandre Mac Kenzie, travaillant pour la compagnie nord-ouest du commerce des peaux est basé au fort Chipewya, sur les bords du lac Athabaska, et est chargé d’une expédition pacifique devant suivre le cours du fleuve sortant du lac et coulant vers le nord. Leur communauté va cependant être attaquée par un Indien de la tribu des Couteaux jaunes (Plume de corbeau), alors qu’Elisabeth Baker et son fils Edward sont descendus chercher de l’eau le long du fleuve. Henri, le père, intervient, mais trop tard. Sa femme meurt, étant tombée à l’eau. Un peu plus tard, la tribu de Plume de corbeau, vindicative, attaque le fort, et tandis qu’Henri Baker défend une position à l’extérieur, un peu en recul, son fils Edward et sa nourrice indienne Manua s’enfuient en canoë. Cependant, les pans de glace flottant les font naufrager, et seul Edward survit, recueilli et protégé par un loup blanc le réchauffant sous son flanc. Il sera ensuite récupéré par des membres de la tribu indienne les Sarcis, dont le chef (Serpent bleu) a aussi un fils du même âge : Shawnese. Pendant ce temps, Plume de corbeau, ayant échoué dans son attaque du fort, est banni de sa tribu. Il sera suivi plus tard par quelques guerriers, car nourrissant une haine et un désir de vengeance féroces contre les Blancs. Il rejoint le campement Sarcis et ment sur les évènements, annonçant la mort du père d'Edward. Serpent bleu décide alors d’adopter officiellement Edward et le nomme Loup blanc. Pendant ce temps, l’intervention de Mac Kenzie dans un jeu cruel entre deux Indiens (Natou de la tribu des Montagnais et Herbe odoriférante des Athabaska) va alimenter les conflits entre les protagonistes. Les Sarcis sont obligés de fuir, à la suite de l'attaque des Couteaux jaunes, et de passer sur le territoire des Athabaskas, qui en profitent pour enlever le Sarcis Croc aiguisé. Libéré par Petite Lune, montagnaise esclave, cette dernière est sacrifiée à Witiko, esprit des eaux, mais sauvée in-extremis par Loup blanc, à qui elle révélera alors la vérité.


Parution originale francaise
Ces planches ont paru à ce rythme dans
Spirou :

n° 930 : bandeau titre « Le Loup blanc » et quatre pages dont deux en couleurs, deux en noir et blanc

n° 931 : idem
n° 932 : une seule page noir et blanc et titre changé en « Loup blanc »
n° 935 : deux pages noir et blanc
n° 936 : deux pages en couleurs
n° 937 : bandeau titre  et deux pages en couleurs
n° 938, 939 : une page en couleurs, une page noir et blanc
n° 940 : deux pages en couleurs
n° 941 : une page en couleurs et annonce de défi de la tribu Castors.
n° 942, 943 : deux pages en couleurs
n° 944, 945: une page noir et blanc, une page en couleurs
n° 946, 947, 948, 949, 950, 951 : une page noir et blanc

Soit 36 planches.

Les lecteurs de Spirou n’ont eu que peu d’indices sur la provenance de cette bande à l’époque, ni au sein de la bande dessinée elle-même ni lors d’une annonce, ni dans la rubrique « Le Fureteur vous dira », où un jeu de questions réponses aurait pourtant pu les y aider. Tout au plus aujourd’hui, avec le recul, peut-on imaginer qu’elle a peut-être, comme beaucoup de parutions westerns, et surtout dans les petits formats pockets, une origine transalpine : l’Italie étant alors un grand fournisseur de western. Rappelons que l’époque ne citait que très peu les auteurs de bande dessinée, et si on reprend ses classiques des petits formats, il est bien difficile, sans encyclopédie et le travail acharné de spécialistes (comme Gérard Thomassian, pour n’en citer qu’un), de retrouver les noms de chacun. Partant donc sur cette piste italienne, et essayant de trouver un Lupo bianco quelque part, sur l’année 1956 ou juste avant, on tombera assez facilement sur la référence « Lupo Bianco » (« White Wolf ») : un comic book créé par Ivo Pavone avec des histoires écrites par Pier Carpi et publiées par Geis Renzo Barbieri, mais cela est une fausse piste, qui ne correspond en rien à ce que nous cherchons. L’encyclopedie.net de Gérard Thomassian apporte cependant une piste plus intéressante en citant, avec ces mots clefs, le petit format western Prairie et son sommaire du n° 63 (01.06.1955) : dont le récit italien « Loup blanc » (début) – trois planches (Il Vittorioso n° 42 (18.10.1953) à 15 (11.4.1954) : Lupo Bianco – 38 pl.) – Scénario de Renata De Barba et dessins de Renato Polese. Il fournit de plus une image qui laisse peu de doute sur la ressemblance avec les planches parues dans Spirou. Il informe aussi et enfin de la présence de cette série dans un autre pocket dénommé Classics illustrated où Loup Blanc paru dans les numéros 63 à 73 : (Lupo Bianco : hebdomadaire Il Vittorioso), en précisant qu’il a aussi paru dans Spirou.
Quant à une recherche sur le fameux journal de BD italien
Il Vittorioso lui-même, un petit tour sur son site très bien fait, avec l’accès à un PDF détaillant les archives , confirme les 38 numéros de Lupo Bianco sur une parution du 18 octobre 1953 au 11 avril 1954 dans le journal. 



 

 

 

 

 

 

 

Une influence "évidente" ?
Explorant les couvertures et l’intérieur de la revue, il est assez étonnant de constater l’influence de l’Italie
sur la bande dessinée franco belge au sein des journaux, puisque certaines bandes ont été passées dans Spirou, telles de rares Jacoviti (n° 698 au 720 en 1951), mais encore, de voir la qualité de certaines couvertures, qui ont été aussi reprises en Belgique et France. Par exemple celle « au Rinocéros » du numéro de Spirou 941, du 06 avril 1954, reprenant celle d’Il Vittorioso #3, de 1954. Magnifique peinture, bien plus clinquante d’ailleurs que celle éditée en Belgique et France. Gageons que les imprimeries italiennes alors étaient autrement équipées. On se posera encore la question de l’influence interalpine, à la vue de la couverture du numéro #1 d’Il Vittorioso, par Jacovitti, (03 janvier 1954) qui semble « reprise », quelque peu à un certain Hergé, ayant produite la sienne en octobre 1951 pour Tintin numéro 157 (et elle-même déjà utilisée sur la couverture du Petit Vingtième en 1938). On savait les rapports entre l’Italie, l’Angleterre et la France au sein des récits pockets, un peu moins peut-être celle au sein des journaux.




 

 

 



 

 


Éléments bibliographiques


Le dessinateur de bandes dessinées romain Renato Polese (27 avril 1924 - 9 mai 2014), a commencé à travailler dans le domaine de la bande dessinée à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ses premiers travaux ont été publiés dans les magazines italiens Giramondo et Il Vittorioso. En 1954, il se rend en Angleterre, où il travaille pour plusieurs éditeurs (Fleetway, Hulton, IPC), réalisant plusieurs genres, du western à la
science-fiction. De retour en Italie, il commence à travailler sur La Storia del West avec Gino d'Antonio pour Bonelli (5 volumes L’histoire de l’ouest chez Clair de lune), et des livres illustrés dans la collection Collana Rodeo. Il a également illustré des séries comme Safari dans Il Vittorioso (script Claudio Nizzi) et Bella e Bronco. En 1970, il entame une longue collaboration avec Il Giornalino, tout en continuant à travailler pour le groupe britannique Fleetway. Pour Il Giornalino, il a travaillé sur de nombreuses séries jusqu'au début des années 1990, dont Babe Ford (avec Mario Basari), Pony Express (avec Gianni Caratelli), Mister Charade (avec Alfredo Castelli), Sheriff (avec Alberti), Angeli del West (avec Longi), Cheyenne (avec De Angelis), Susanna (avec D'Antonio) et quelques adaptations de Jules Verne. Toujours pour Bonelli, Polese a dessiné L'Uomo di Pechino dans la collection Un Uomo, un'Avventura (L’homme de Pekin, Christian Chalmin 1986). De plus, il a collaboré à des séries comme Ken Parker, Nick Raider et Zagor.

Quant au (à la) scénariste, l'hebdomadaire Il Vittorioso en 1953, en présentant sa collaboratrice, raconte à
propos de Renata Gelardini, mariée à De Barba, qu’elle est une femme de détermination et de passion. « Sa devise », lit-on dans le texte, est : «il n'y a de repos qu'après avoir atteint le sommet».
Née en 1920, Renata Gelardini a signé un nombre impressionnant de scénarios, romans, textes scolaires, nouvelles et recueils de contes et légendes de différentes peuplades, et une série infinie d'éditoriaux pour les différents journaux avec lesquels elle a collaboré, dont les principaux : Il Giornalino et Il Vittorioso. Parmi ses multiples activités, on trouve également des traductions du français pour certaines histoires de la série Iznogoud d'Albert Uderzo & René Goscinny parues dans Il Messaggero dei Ragazzi dans les années 60 (les histoires parues dans les années 80 dans le magazine Pilote seront plutôt traduites par Tiziano Sclavi). Les informations la concernant sont rares, voire très rares, et quand elle doit parler de son travail, elle botte rapidement en touche, reportant l'attention sur les créateurs, souvent du plus haut niveau, avec lesquels elle a collaboré. Elle a beaucoup usé de pseudonymes, ce qui complexifie la recherche bibliographique. (De Barba ou des abréviations telles que Rengel, Erregi, Re Di Bi, Reny, voire H. Sitar, Gelbas ou Gerheart) et, dans un cas, on retrouve un « S. Gelardini », de son deuxième prénom : Sofia.

Gelardini, passionnée d'histoire et d'archéologie depuis toujours, montre une prédilection pour les thèmes et les décors historiques, pour les récits d'aventures et aussi pour les thèmes de science-fiction dont subsistent, malgré la vaste production, deux joyaux dessinés par César : Les pionniers de Vénus (1959) et Pirates des dunes rouges (1960). Elle ne dédaigne pas le genre western et est la première scénariste à apporter des thèmes sportifs à Il Vittorioso avec son Maglie Blue (sic !) de 1952. Caractère fort, amoureux des classiques de l'aventure comme les œuvres d'Alexandre Dumas et d'Emilio Salgari, elle a également proposé aux lecteurs des personnages féminins comme protagonistes, ce que la rédaction d'Il Vittorioso a accepté à contrecœur, mais qui s'est avéré être une ressource précieuse dans l'élargissement du cercle des lecteurs. Pour l'hebdomadaire Paolino elle créée, en plus d'Amar Singh, la série entre thriller et roman policier Dev Bardai, d'abord pour les pinceaux d'Antonio Sciotti puis ceux d'Otello Scarpelli. 


Gelardini a également créé pour les excellents crayons de Ruggero Giovannini la série d’aventure Les loups blonds de la mer, située entre les fjords et les terres glacées de la Scandinavie, où l'histoire, les mythes et les légendes des anciens peuples nordiques sont abordés. Parmi ses collaborations, citons également celle de science-fiction Kriss Boyd, imaginée et réalisée graphiquement par Nevio Zeccara. Pour le Giornalino, Renata Gelardini aborde la réinterprétation en bande dessinée de la grande littérature, en commençant par les classiques : de Ben Hur de Lew Wallace à Silver Skates de Mary Mapes Dodge. De Emilio Salgari, elle réécrit en bandes dessinées Le corsaire noir, La reine des Caraïbes et Les mystères de la jungle noire, puis assure aussi les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, quelques histoires tirées des Mille et une nuits dessinées par Gino Gavioli et Quo Vadis ? par Henryk Sienkiewicz.

Particulier et savoureux : l'ouvrage sur les histoires du Père Brown de Gilbert Keith Chesterton avec les splendides créations graphiques de Lino Landolfi (qui l'avait déjà accompagné dans la réinterprétation des voyages de Gulliver) : 115 tableaux, raffinés tant dans l'écriture que dans le rendu graphique. Enfin, n’oublions pas l'épopée des mythes germaniques avec le Siegfried conçu par Alfredo Brasioli en 1980 et la collaboration avec Tommaso Mastrandrea pour l'écriture de Paulus, transformé en chef-d'œuvre par l'extraordinaire création graphique de Gianni De Luca, un ancien camarade de bandes dessinées pour lequel elle a écrit le splendide Cineromanzo sur la civilisation étrusque Rasena (publié dans Il Vittorioso du n. 52 de décembre 1955 au n. 17 d'avril 1956). Renata Gelardini est décédée en 2012, à l'âge vénérable de 92 ans. Une figure gigantesque de la bande dessinée italienne qu'il faut redécouvrir. Pour l'instant, avec la parution en volume de sa série Amar Singh, qui contribue à faire connaître, découvrir
ou redécouvrir son œuvre prolifique et de qualité, mais aussi avec la parution en 2020 par les éditions Vitt de l’album Lupo Bianco (enfin), (10€) https://www.ilvittorioso.it/index.php/acquista

Les éditions Allagalla ont également publié deux histoires dans Storie del West  et une dans Ombre Selvagge. Un autre volume sera bientôt publié : la série de nouvelles du Père Brown, adaptée par Gelardini pour les dessins de Lino Landolfi et parue dans Il Giornalino.


Loup blanc se révèle être très bon western lorsque l'on y réfléchit bien, en comparaison avec d'autres bandes dessinées du genre, même si l’on est cependant un peu sceptique au début de la lecture, cela du en partie surement au dessin très classique, mais cela dit efficace de Renato Polese, le descriptif des indiens, aux costumes si traditionnellement éclatant qu’on les jurerait sortis tout droit d’une vitrine de  musée, et sans doute aussi aux couleurs d'une autre époque, pourtant assez agréables. On notera d’ailleurs que si les pages de Spirou sont nettement inférieur en taille à celle d’Il Vittorioso (voir comparatif d’images), la qualité d’impression reste au rendez-vous. En fait, les amateurs de western classique au cinéma y retrouveront sans doute encore plus d'ingrédients faisant la saveur de ces années cinquante, tout de même la quintessence du genre sur grand écran. Néanmoins, ne nous y trompons pas : la qualité du scénario, basé sur une histoire sans doute vraie, issue des nombreux récits ayant émaillés ces longues années d'exploration de grands espaces, fonctionne parfaitement, d'autant plus que Renata De Barba sait alterner les ambiances et les points de vue. On passe ainsi des différents camps indiens aux préoccupations des colons, le tout dans une fluidité remarquable. Le simple fait de découvrir des noms et us et coutumes de tribus du Canada suffisant à lui seul à assurer un intérêt. Cela dit, les personnages sont très bien traités, et les drames se jouant sous nos yeux au fil de l'histoire assurent à chaque page le suspense nécessaire. Nul doute que cette série a du ravir un paquet d'enfants en 1956, attendant le dénouement de cette belle mais dramatique histoire familiale chaque jeudi dans Spirou. Une série à redécouvrir.


FG


Nb : Le texte consacré à Renata De Barba est traduit à partir d’un document de Stefano Gorla paru à l’origine dans un article complet initialement publié dans le volume Amar Singh (2019, Allagalla). Stefano Gorla est le directeur en charge de l’Area ragazzi du groupe de magazines San Paolo (https://www.g-web.it/) et ancien directeur de l'hebdomadaire Il Giornalino.

Les éléments bibliographiques de Renato Polese sont quant à eux adaptés des sites Lambiek.net et Bedetheque.

Dessin de Renata Gelardini aimablement emprunté sur : https://www.fumettologica.it/

Autres sources :

http://www.encyclo-bd.fr/encyclocs/Imperia/prairie/prairie.html

https://www.ilvittorioso.it/


lundi 4 octobre 2021

Métal hurlant nouvelle formule 1 : un retour vers le futur plutôt enthousiasmant, même si...

La célèbre revue Métal Hurlant revient, après ses heures de gloire entre 1975 et 1987, puis un premier Come Back sous petit format de 2002 à 2006. Un retour vers le futur plutôt enthousiasmant, même si...

Présenté sous forme d'un épais Mook de 290 pages, tout en couleur, cette nouvelle version est divisée en une partie rédactionnelle d'environ 50 pages puis le reste en récits illustrés complets. Cette première partie est elle-même  organisée entre entretiens :  avec Enki Bilal, Nicola Minvielle et Olivier Wathelet, Alain Damasio, Éric de Broché des Combes, Emanuele Coccia, William Gibson et enfin Patrice Van Eersel,  et autres articles sur les thématiques actuelles liées à la Science fiction. Le tout coordonné par Vincent Bernière et Nicolas Tellop.

Où l'on fera le point sur la circularité de l'espace et du temps, où l'on lira que "certes, le progrès existe bien mais les rechutes dans l'ignorance sont comprises dans le prix, car  "le temps s'écoule moins par cycle que par hoquets." Et que "la stratégie d'évitement face à l'oracle mauvais est typique de l'homme, qui doute dès qu'il redoute" (D. De la tour). Plus loin, Emanuele Coccia nous parle du rôle fondamental des végétaux et des insectes, et le fait que le monde est un jardin avant d'être un zoo. D'ailleurs, évoquant les végétaux les insectes et même l'homme, elle affirme : "Toute vie est métamorphose". Pour elle, aussi, "on n'habite jamais la ville, on n'habite qu'un chez soit. Les seuls à habiter la ville, ce sont les sans abris".  Pour William Gibson, "le secret de l'avenir consiste dans la multiplicité des passés" et Patrice Van Eersel évoque la Noosphère, la conscience collective des humains. Passionnant. 

Les récits quant à eux développent la thématique de l'anticipation proche. Mathieu Bablet ouvre le bal avec une sorte de suite à son dernier roman graphique Carbone et Sillicium, en reprenant le même genre de décors, pour évoquer l'incohérence des humains, s'auto détruisant. Pet Play de Diego Agrimbau et Lucas Varela évoque le rôle que les animaux pourraient prendre un jour dans notre société, tandis que le très Millerien (ou Munoz) Ciro Hernandez, dit Berliac, avec son noir et blanc profond,  dénonce les travers humains, et ses incohérences, tout en replaçant l'animal au cœur du récit. On est heureux de retrouver Merwan, (Mécaniques célestes chez Dargaud) sur scénario de Sandrine Bonini, dont le trait et les couleurs douces font passer un message clair sur notre incompétence à voir les choses telles qu'elles sont et où elles sont. L'animal est d’ailleurs encore présent. Jérémy Perrodeau, qui nous avait ravi avec ses romans graphiques SF très étranges et colorés chez 2024 nous embarque dans une plongée en eaux très profondes, à la découverte d'un monde inconnu.

Les Québécoises Samia Marshy et Lee Lai racontent avec talent dans un noir et blanc  très doux les jardins bio collectifs et leurs enjeux, dans Ces mains qui nous nourrissent . Le reste est à l'avenant, avec que du bon, et des récits sur les thèmes de l'énergie solaire, le recyclage des matières mortes, le déisme et l'holographie, la médecine clandestine et les avatars, (beau noir et blanc onctueux de Franck Biancarelli), la vaccination forcée, dans un récit osé et plus que d'actualité de Sylvain Runberg et Ingo Römling ; la domotique et ses dangers, (Matt Fraction et Afif Khaled), la vie après la mort ou plutôt la technologie de réplique numérique humaine, par Mark Waid et Julien Perron. Un peu le thème aussi des bons récits de Brian Michael Bendis, Xavier Maméjean et Sergio Salma, tandis que l'IA est abordée par Jerry Frissen. Belle époque quant à lui dévoile le travail magnifique de Roxanne Lumeret, dont on savoure l'influence d'un grand créateur tel Forest, dans sa faculté à nous présenter un sujet compliqué : la télépathie, en usant d'un registre humour décalé bienvenu.  Dans un esprit un peu similaire et tout aussi drôle, quoi que plus fanzine et underground dans le genre, Pierre Van Hiver critique notre société hypra connectée. Ugo Bienvenu se "contente" d'un clin d'oeil rigolo à son dernier album, en imaginant un robot érogène, alors que Adam Sillard propose 4 pages dans un esprit très Claveloux, plus illustratif que narratif. Fabien Vehlmann accompagné d'Alfred jouent aussi l'humour, en concluant dans une ode à l’amour vrai, nu, sans écrans interposés. 


D'une lecture particulièrement intéressante et agréable, la première partie permet de faire le point sur les questionnements les plus récents de nos sociétés, vis à vis du présent et de  l'avenir, à un tournant de l'occupation humaine sur Terre. Les sujets sont abordables, pas trop longs, et ouvrent de très belles perspectives, qui sont ensuite évoquées dans les récits qui suivent. Là, avec une grande qualité de scénarios et de rendus graphiques, tous plus originaux les uns que les autres, bien qu'une homogénéité toute typique de notre époque ressorte clairement, on se surprend à découvrir des noms d'auteurs totalement inconnus, étrangers ou français, parmi d'autres déjà repérés pour leurs travaux ayant fait date depuis une dizaine d'années environ. Car on ne trouvera pas de noms de "classiques" des vieilles écoles. Non. Ce Métal hurlant nouveau départ a l'ambition affichée de dévoiler les nouveaux talents d'aujourd'hui, qu'ils soient déjà reconnus dans de grands magazines internationaux ou édités chez de grandes maisons, ou...à l'instar d'Adam Sillard, dont c'est la première publication, ou Pierre Van hiver et son style bien fanzine underground, un peu moins. C'est au final à un banquet plutôt enrichissant auquel nous invitent les Humanoïdes associés et Vagator production, même si ce format Mook un peu propre sur lui dit beaucoup de la récupération (l'assimilation) d'un genre peu goûté jusqu'aux années 90 et qui a su s'immiscer partout depuis.  Ne faisons néanmoins pas la fine bouche, et attendons la suite : un numéro vintage pour retrouver des saveurs perdues, puis un autre de récits courts, puisque c'est le rythme annoncé : 4 numéros par an, en alternance de ce principe. ...Chiche ?
On veut bien voir et goûter en tous cas, ne serait-ce que pour se régaler de cette richesse créative apparente ! Une anthologie qui fait du bien, mais qui gagnerait (pour ses premiers lecteurs) à un peu plus casser les codes. Sinon, le métal n'hurle pas vraiment.

FG


Métal hurlant nouvelle formule 1, collectif Octobre 2021
Éditions Humanoïdes /Vagator production
288 pages (19,95€) - EAN : 9782731640373

 

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