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lundi 1 décembre 2025

Werewolf Jones et fils par Simon Hanselmann : ça passe ou ça casse !?

Un numéro spécial été de la série trash d'un auteur qui ose tout. Dégoutant, mais hilarant ?

Pendant que papa Jones ours se fait défoncer le c... dans sa chambre et que ses potes se droguent sans se cacher dans le salon, devant ses enfants, presque nus, sales et mal nourris, réclamant de sortir au parc, la vie du voisinage suit bon an mal an son cours. Mais même les virées au Mc Do ou la collecte de bonbons dans la rue pour Halloween peuvent se transformer très rapidement en catastrophe avec une famille aussi dysfonctionnelle. Il faut dire qu'un adulte déguisé en enfant avec une couche sale, menaçant et insultant les gens, ou posant des étrons sur le trottoir, n'est pas vraiment rassurant et ne sert pas d'exemple à ses progénitures. Jusqu'où ira Werewolf Jones, sans perdre tout ce qu'il a, c'est à dire pas grand chose ?

Pourquoi j'ai acheté ce bouquin moyen format souple, dos carré collé avec rabats en revenant de vacances chez mon libraire? Parce qu'il a eu l'outrecuidance de le mettre en rayon, s'imaginant qu'il y aurait des gens suffisamment dérangés dans sa clientèle pour lire ce genre de littérature dégénérée, scabreuse et scatologique !? Sans doute. Une sorte de challenge, de saut vers l'extrême alternatif, là où toutes les barrières ont sauté ou presque, et où le simple feuilletage en public de ce genre d'ouvrage peut vous cataloguer à vie, voire vous emmener en prison pour apologie de crime ou de la pédophilie. 
Rien que ça ? Et bien oui. Il faut le dire, Simon Hanselmann n'y va pas avec des pincettes, et même si l'on est familier de son univers, celui de Megg, Mogg and Owl, sept volumes plus une poignée de HS, déjà édités en France depuis 2014 dans des bouquins cartonnés ou souples, chez Misma ou Hubert, à chaque fois, le recul est nécessaire afin de ne pas trop culpabiliser de rire bêtement devant les dérives apocalyptiques de cette "famille" de dégénérés psychopathes.
Créée en miroir trash d'une série enfantine littéraire seventies anglaise : Megg and Mogg, ce condensé d'interdits sociétaux durement mis à l'épreuve et de tabous ouvertement défoncés à coups de latte, n'est non seulement pas à mettre entre toutes les mains, mais nécessite un sacré recul pour ne pas être tenté d'enfermer directement ses auteurs. Car tout ici est fait pour dégoûter. Des dialogues, tombereaux d'insultes, aux actes, totalement répréhensibles, en passant par la morale, flouée dans les grandes largeurs. Bref, à ce stade, où plus aucun repère ne tient, il ne reste plus que la blague, l'humour, l'éclate. Et comme il ne s'agit que de papier, on se marre, mais jaune tout de même. D'ailleurs, cela est symptomatique, il m'aura personnellement fallu presque quatre mois pour accéder enfin à la lecture de l'album mis de côté, un peu caché, que j'ai cela dit avalé en en rien de temps. Enfin, quand je dis avaler, le terme est peut-être mal choisi. C'est pour toutes ces raisons que l'on surveillera les prochaines parutions de Simon Hanselmann, afin de juger si le délire souffré des origines n'a pas définitivement laissé place à une diatribe nauséeuse.
 
Werewolf Jones et fils par Simon Hanselmann, avec les participations de Josh Pettinger, HTML Flowers, et Nate Garcia. 
Éditions Hubert, août 2025 

dimanche 2 juillet 2023

White Boy : petit homme blanc perdu dans un ouest humaniste rêvé

Cet étonnant et rare Strip western publié de 1933 à 1935 dans les pages du Chicago Tribune a été proposé pour la première fois en français l'année dernière dans un magnifique album grand format à l'italienne, agrémenté d’éditorial enrichissant. Une aubaine patrimoniale remarquable.

La tribu des Arc en ciel vaque à ses occupations d’indiens des plaines lorsqu’une troupe revient d’un raid avec un jeune blanc prisonnier. Celui-ci va être adopté par le chef et va devoir apprendre la langue et les mœurs de la tribu. Il va se faire deux amis : lumière d’étoile, une belle jeune squaw, et Marmotte, un jeune indien un peu obèse, pas très débrouillard. Rapidement, un troisième larron : un trappeur ayant sauvé les amis d’une attaque Sioux va intégrer la bande. Tous vont être confronté à diverse péripéties et surtout découvrir lors de la migration de leur camp une autre tribu inconnue, aux mœurs bien différentes...

Garrett Price a réalisé l'essentiel de sa carrière auprès du Chicago tribune, mais a aussi beaucoup fourni des illustrations et couvertures pour le New Yorker, dont les débuts en 1924 ont coincidé avec les siens. Né en 1895 à Bucyrus, Kansas, et fils d’un médecin itinérant dans les états de l’ouest des États-unis, il intègre le Chicago Institute of Art entre 1914 et 1916, et décroche un poste au département artistique du journal Chicago Tribune où en plus de dessins, il rédige des chroniques, dont une sur l’esprit et l’humour de l’ouest. Repéré par J. M. Patterson, son éditeur, il se voit proposer en 1924, suite à un séjour puis son installation à New York, une bande western qu’il assume en indépendant pour le compte de son ancien patron dans les pages du Dimanche du Tribune. Thématique pas si courante que ça pour l'époque dans les comics et encore moins les strips, mais il faut dire que sa jeunesse dans le Wyoming avait tout pour l'inspirer. Au Tribune, il fait connaissance avec Frank King, et devient ami avec cet auteur déjà reconnu, qui a explosé en 1921 en ajoutant un personnage d'enfant à sa série Walt & Skeezix débutée quatre ans plus tôt. On pourra assez aisément voir l'influence de ce grand auteur dans les constructions et couleurs des planches de White Boy. Son dessin aussi, un peu, pourrait-on ajouter. Il n'en demeure pas moins que ces bandes, inédites en France, dont l'éditeur a réuni ici le meilleur des planches dominicales*, ont tout du trésor déterré. Leur présentation dans un grand album à l'italienne, respectant le format des strips originaux est tout d'abord majestueux. Rares sont les bandes dessinées d'ordre patrimonial pouvant se targuer d'un traitement aussi classieux, imprimé sur un Sen Lawrence FSC de 150g. On l'a dit : le dessin de Garrett Price rappelle beaucoup celui de King, tant dans les formes que les attitudes des personnages, mais on remarquera néanmoins un traitement beaucoup plus dynamique des pages, l'action de ce western saugrenu mais pas tant que ça étant parsemé de beaucoup d'actions, de mouvements. Une des scènes les plus extraordinaires à ce sujet étant la tentative d'enlèvement de Lumière d'étoile par les Sioux, (planche du 26 novembre 1933), correspondant à la page 9 de l'album. Une scénographie et une succession de cases particulièrement violentes, où la jeune indienne est désarçonnée du cheval où elle est en croupe à l'arrière avec son ami, puis tirée par les tresses, quasi écartelée entre deux chevaux au galop. Avant que l'indien responsable, contorsionné dans une pose anatomique puissante rappelant des tableaux de Delacroix, soit tué par balle et après que la chevelure de lumière d'étoile ait été tranchée par elle afin de se libérer.


La page du 08 avril 1934, évoquant le raid dans la tribu sioux, de nuit, là encore convoque la peinture et la gravure dans au moins deux superbes cases crépusculaires, dont une géante. Un passage de la troupe d'amis, deux pages plus loin, sous un couvert de petits arbres aux feuilles d'or, tout comme les scènes du feu de plaine, se terminant sous un amoncellement de nuages noirs, évoque là encore fortement les beautés formelles et poétique de Walt & Squeezie. On arrêtera là la comparaison, car Garrett Price mélange trois aspects très marquant dans sa série : 

- Le documentaire, d'une tribu Arc en ciel dans laquelle on s'invite, en même temps que ce White Boy devenu très vite l'un d'eux.
- L'humour, tiré parfois à l'extrême limite du surréalisme.
- Le fantastique.



Des scènes de toute beauté

Sur l'aspect documentaire, peu de bandes dessinées ont réussi à évoquer avec autant de réalisme la vie d'un camp amérindien. On retrouvera même, et c'est notable pour une "antiquité" de 1933, l'allusion à l'homosexualité, (Heemaney dans Little Big Man d'Arthur Penn 1970), ou à "l'inversion" (Quatre doigts de Milo Manara, Dargaud 1982). Ici, ce sont les poèmes de l'indien Chant d'alouette.
Au delà de cet aspect, visible à d'autres endroits, comme les raids entre tribus ou leur migration vers d'autres territoires (ces indiens des plaines étaient nomades), leurs légendes, ou bien encore la lutte territoriale des bisons, on retrouve les canons classiques d'une structure narrative séquentielle de strip, attachée à proposer en fin de chaque page un cliffhanger pour la semaine suivante. Et l'humour très exagéré, dans l'esprit du Popeye de Segar, entre autre par le truchement du petit gros indien Marmotte, puis plus loin avec le cheval à dos creux, se réparti à part quasi égale avec l'action.
Par moment enfin, le fantastique émerge, avec d'étonnant geysers faisant s'écrouler un pan de montagnes et dériver notre héros, un "fantôme" à dos de bison, une tribu étrangère inconnue, dont les traditions et la présence d'une reine blonde rappelleront les thématiques SF de Flash Gordon, pourtant à peine plus vieux puisque débuté en janvier 1934. Mais on pensera aussi et surtout au royaume des rêves (Slumberland), par lequel on arrive par un passage secret (ici aquatique) et donc au classique Little Nemo de Winsor Mc Cay, lui bien antérieur. Si ces références ne prêchent pas vraiment pour l'inventivité formelle de White Boy, on ne lui retirera pas sa modernité et son originalité, qui n'auront malheureusement pas suffit à lui assurer un succès mérité, la bande étant interrompu subitement dans son cours pour laisser la place à une suite bien plus classique. Une belle pépite issue du passé, dont les couleurs chaudes et douces, la générosité et la sincérité appellent toute notre attention. 

(*) Cette édition regroupe « le meilleur » des Sunday Pages car l’édition anglophone de 2015 propose l’intégralité de la série, à savoir les 2 chapitres suivants, un peu moins originaux, dont Skull Valley, ayant paru jusqu’à fin août 1936.


FG

Est-on à Slumberland ? 


 
White Boy par Garrett Price

Éditions 2024 (35€) – ISBN : 978-2-383870-37-1

Toutes images : ©GarretPrice Estate/éditions2024

Une étonnante modernité

jeudi 1 décembre 2022

We live, l'ère des Palladions : voilà le monde que nous laissons à nos enfants.

Au-delà de toute facilité et de toute attente, ce second tome d'une série amenée à devenir culte, déjoue les pronostics et pousse plus loin le challenge et la prouesse artistique.

Année 2090. Suite aux événements catastrophiques ayant déclenché l'activation de "la Frappe", balise récupérant le flot d'énergie souterrain ayant été produit par les humains et permettant de sauver une partie de l'humanité (voir chronique du tome 1), les enfants choisis ont pu activer leurs pouvoirs respectifs. Les cités reconstruites ou tenant encore debout sont néanmoins aujourd'hui protégées par des bouclier de force, car des entités monstrueuses géantes issus des sols irradiés (les "Cenotes mères", incubateurs sous terrains) sont apparues à leurs portes, menaçant la race humaine. Les Palladions - méchas avatars du groupe d'enfants - sont le dernier rempart contre cette prolifération, mais il ne faut pas que les flux d'énergie, courant au delà des dômes, et alimentant l'ensemble de ces forces, soient rompus. Deux missions de dernières chances sont lancées simultanément...

Qu'est-ce qui différencie une série de comics SF d'une autre série dans la même catégorie ? Les frères Miranda, auteurs espagnols tous deux issus du milieu culturel populaire (cinéma pour Roy et dessin pour Inaki) sont aussi passionnés par le jeux vidéo. S'ils ont déjà une carrière professionnelle bien entamée, Inaki ayant déjà réalisé de nombreux travaux pour DC, 2000AD et une belle série entre 2013 et 3015 : Coffin Hill, chez Vertigo, avec Caitlin Kitredge, c'est leur association qui les a révélé en duo avec la série We Live, nominée aux Eisner Awards en 2020. Le premier tome recueil paru en novembre 2021 chez 404 comics a défrayé la chronique, grâce à un scénario, mais aussi et surtout un ton, et une patte graphique très originale et séduisante. L'histoire de cette fratrie composée du petit Hototo et de sa plus grande sœur Tala, baignés dans la culture du super héros et des valeurs de serments, pris dans les soubresauts d'un monde qui s'effondre, a conquis un large lectorat. D'autant plus que l'univers graphique d'Inaki possède tous les atouts qu'un comics grand public peut rêver de posséder : dessin numérique précis et fluide à la fois, mise en page dynamique et aérée, scènes de combat  efficaces ne se substituant pas aux passages plus introspectifs, couleurs magnifiques...le tout au service d'un scénario puissant où l'émotion est toujours palpable. 

 
On avait laissé à la fin du premier tome, nos deux enfants rejoindre d'autres "choisis" au sein de l'arche, et on les retrouve certes un tout petit plus âgés, mais avec des responsabilités énormes, dans un monde devenu si complexe, violent et sans espoir que leur charge est quasi inhumaine. Tâchant de faire fi de ces difficultés et se rappelant leurs promesses, leurs serments, ainsi que conscients de la charge qui leur incombe au niveau du monde des adultes, qui a placé tout ses espoirs en eux, ils partent au combat, sûr de rien, et vont en baver.
"Voilà le monde dans lequel nous vivons", semblent nous expliquer les frères Miranda, qui auraient pu se contenter d'une suite tranquille à leur début de scénario de We Live. Cependant, cette vie, qu'il faut protéger, a un coût, souvent élevé, et super héros ou pas, le tribut peut être douloureux. Ayant vécu des drames familiaux durant la réalisation de cette histoire, les auteurs ont été rejoint par la réalité qui a influencé leur fiction, donnant encore plus de force à un récit déjà bourré de vérités, de sensations très humaines. Voilà le monde que nous laissons à nos enfants : une ère de sacrifices.
Un comics philosophique bourré de talents, à la très belle finition cartonnée, et donc essentiel.

FG
 
We live T2 : l'ère des Palladions, par The Miranda brothers
Éditions 404 comics (16,90 ) - ISBN : 9791032406632

lundi 7 novembre 2022

133 rue de l'arbre mort : le chainon manquant de Noah Van Sciver, enfin en Français !

Avec "Un arbre mort"(One Dirty Tree, titre original, et jeu de mot sur "One Thirty Three"), daté 2018, Noah Van Sciver aborde de front sa jeunesse et sa vie familiale au 133 rue de l’arbre mort, où il a aménagé en 1994 avec ses cinq frères et sœurs et ses parents à Merchantville, une petite commune du comité de Camden, dans le New Jersey. Le chainon manquant d’une bibliographie déjà conséquente.

C’est avec beaucoup de réalisme, d’empathie mais aussi d’humour, que l’auteur décrit sa vie dans une famille mormone, auprès de ses nombreux frères et sœurs, dans ce qu’il est convenu d’appeler un taudis. Trop nombreux, les uns sur les autres, mangeant peu, avec un père sensé être avocat mais passant son temps à dessiner ou écrire de la poésie, (la mère ne pouvait travailler selon les règles de la communauté), Noah survit en grandissant avec des petits boulots tout en présentant ses projets de comics aux éditeurs, en parallèle de son grand frère Ethan, lui aussi dessinateur. Jeune adulte, il entame une relation avec Gwen, avec qui il emménage dans un appartement, mais cela n’est pas aussi simple lorsque l’on se veut artiste…




Publié chez Uncivilized Books en 2018, ce récit était  resté inédit en France, malgré les efforts des éditions l’Employé du moi depuis 2015 (entre autre avec Fante Bukowski : 3 tomes jusqu’en 2019) et Revival (Johnny Appleseed en 2019). C’est donc un grand plaisir de découvrir cet album en français permettant enfin de lire en intégralité une partie importante de la bio de cet auteur américain de la scène alternative des années 2010, découvert aux Etats-Unis en 2012 avec The Melancholic Hypo, the young Lincoln chez Fantagraphics.  D’autant plus que l’on a déjà eu l’occasion de vivre des passages de l’adolescence de Noah Van Sciver avec Mon aventure torride et Pour l’amour de l’art (L’employé du moi, 2020 et 2021). Les éditions Revival se posent parmi les éditeurs refuges permettant à des comics anciens ou modernes d’être lus par le lectorat français, et ils ont à cette occasion, lancé en août la collection Flipside, avec rabats (jeu de mot), qui accueille déjà d’autres comics de ce genre. Si vous n’avez rien contre les dessins de type fanzine très « lâché » de la scène alternative et aimez les récits autobiographies sincères et où l’humour est distribué avec talent, n’hésitez pas, ce petit roman graphique de 56 pages saura vous réjouir. On regrettera juste peut être une couverture bien moins sympathique que l'originale, au moins dans sa couleur marron unique. 

FG                                                                                                                                                                                                                                                                                                     Ci-dessus : la page titre reprend la couverture américaine originale.


133 rue de l’arbre mort, par Noah Van Sciver
Éditions Revival (14€) - ISBN : ISBN : 979-10-96119-57-8
Paru en Août 2022

Relire l'interview de Noah Van Sciver lors d'Agoulême 2019 ici.

dimanche 6 novembre 2022

Zombie World : un vingt-cinquième anniversaire fêté dignement !

25ème anniversaire de la parution de cet album clé dans la carrière de l'auteur d'Hellboy et réédition aux petits oignons et en couleurs.

Une sarcophage Hyperboréen récemment acquis doit être la pièce maîtresse d'une aile dédiée du musée de Whistler, Massachusetts. Sauf que...la momie présente à l'intérieure est un sorcier puissant vieux de 42000 ans qui était jusque là prisonnier de son coffin. Son influence, seulement contrainte, va néanmoins lui permettre de se délivrer, et de mettre en place son projet ultime : trouver une reine et réveiller les morts...


Paru une première fois en 1997 chez Albin Michel dans un format souple et en Noir et blanc, ce récit écrit par Mike Mignola mais dessiné par son ami Pat Mc Eown est à resituer dans son contexte. En 1997, si le personnage culte de Hellboy est déjà connu des lecteurs français, c'est seulement avec quatre premiers albums publiés par Dark Horse France, où le démon cornu travaille encore en solo et s'adresse à un public encore bien spécialisé. L'univers très particulier de Mignola et ses références lovecraftiennes n'étaient de plus pas encore ce qu'ils sont devenus depuis, tout comme la mode des Zombies, devenue tellement évidente depuis la série Walking Dead débutée seulement en 2005. D'ailleurs ce récit mêlant les deux univers, plus celui de Robert Howard, avec la référence Hyperboréenne, amène une première tentative de travail en équipe que le scénariste développera seulement à partir de 2002 avec la série parallèle à Hellboy : BPRD. Ici, il ajoute un ton teinté d'humour, ne permettant qu'à moitié de prendre au sérieux son histoire et en tous cas son personnage de sorcier, mais aussi l'équipe le combattant lui et ses zombies, menée par le major Damson. L'auteur l'explique d'ailleurs sans détour dans la postface de l'album, arguant qu'il s'est davantage agit d'une boutade, d'un défi auprès de son éditeur, que d'un projet plus conséquent. Cette histoire, s'étalant au long de trois comics et 66 pages, est en effet assez simple en fin de compte, et nous laisse un peu sur notre faim. Il est par contre évident qu'il s'agit d'un tremplin
pour le Mignola Verse à venir. Concernant son collègue Pat Mc Eown, qui avait fait ses preuves de dessinateur et créateur à l'époque avec la série Grendel, il nous surprend avec un dessin souple et tout en rondeur, se référant beaucoup, d'après ses dires, à Yves Chaland,  Roy Crane ou Steve Guarnaccia.

Effectivement, celui-ci s'inscrit pleinement dans les canons américains de l'époque et de chez Dark Horse, où des auteurs influencés par l'Europe donnaient à voir autre chose du comics. On pense plutôt, et entre autre, à Dean Haspiel et Paul Chadwick. Le fait de bénéficier des couleurs très agréables de Pamela Rambo, apporte un plus indéniable sur cette édition cartonnée particulièrement soignée, au papier épais et aux bonus nombreux, dont un cahier graphique de Pat Mc Eown annoté mais aussi les dessins de couvertures noir et blanc et couleur de Mike Mignola et ses pages de garde magiques. Si vous aimez ces ambiances, ces auteurs, n'hésitez pas un instant, car au delà de son importance historique, ce récit est présenté dans une édition quasi bibliophile (et à prix sympa) imposant le respect et prouvant que la forme peut valoir parfois autant que le fond. Bravo.

FG

 

Zombie World : le maître des vers
Pat Mc Eown et Mike Mignola, Pamela Rambo
Éditions 404 comics (14 €) - ISBN : 979-10-32404-09-6

jeudi 30 juin 2022

Une étude en émeraude : petit bijou One shot (et Assassin's Creed Valhalla)

Ayant reçu un paquet de la toute nouvelle maison d'édition Black River, (en fait 52eme structure d'Editis spécialement dédiée aux comics), je me devais d'en faire un retour. Le voilà :


Londres milieu du 18eme siècle, un célèbre enquêteur reçoit un soldat blessé en Afghanistan pour co-louer l'appartement de Baker Street qu'il occupe. Tous deux sont alors embarqués par le commissaire Lestrade dans une affaire sordide : l'assassinat grotesque d'un ministre allemand - cousin de la famille royale - en visite. L'étrangeté étant que sa difformité monstrueuse et le liquide vert s'échappant de son corps découpé ne semblent déranger personne...Encore plus étrange : la visite à la reine Victoria, très embêtée de cet incident diplomatique, établit très clairement qu'elle aussi fait partie des "Grands anciens". Le duo ne va pas tarder à mettre la main sur le suspect principal, mais...


N’en révélons pas trop. Ce comics, adapté de la nouvelle de 2003 du grand Neil Gaiman, mixant univers Holmesien et Lovecraftien, considéré par l'auteur de Sandman comme un hommage de fan aux univers de Conan Doyle et Lovecraft a obtenu une poignée de prix, dont les prestigieux Hugo, Locus et Bram Stocker Awards en 2004. Son titre étant lui-même un hommage au récit de Sherlock Holmes : A Study in Scarlet. L'intelligence et la grande classe de l'auteur réside dans sa faculté à nous mener en bateau dès le départ, et jusqu'au bout, donnant à ses 72 pages, complétées par dix de bonus graphiques, tout le charme et l'attrait du meilleur du comics alternatif. 

 
Pour ceux suivant Neil Gaiman, nul doute que ce récit superbement troussé et au rebondissement malicieux n'aura pas été omis depuis sa publication DarkHorse en 2018 ; pour les autres, il ne faudra pas manquer cette belle adaptation française. D'autant plus que le dessin exquis de Rafael Albuquerque, déjà apprécié, entre autre sur American Vampire ou encore Batman année zéro, sert superbement les ambiances du vieux Londres fantastique. Les couleurs douces de Dave Stewart apportant la touche si typique du label Dark Horse, réceptacle original du comics. Un grand petit comics, et l'un des meilleurs titres, sûrement, du tout jeune catalogue Black River.
"Incontournable, mon cher Watson !?"

FG


Une étude en émeraude
Neil Gaiman et Rafael Scavone, Rafael Albuquerque Dave Stewart
Éditions Black River (14,90€) - ISBN : 9782384260010

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Assassin's Creed Valhalla : le chant de gloire

Prequel du célèbre jeu Ubisoft, ce comics Viking tout en fureur se lit avec une certaine saveur.

En Norvège au milieu du IVeme siècle après JC, la guerrière Viking Eivor sauve un clan d'une attaque, pensant gagner les faveurs de son père le roi Styrbjorn. Elle lui ramène d'ailleurs une esclave chamane, prétendant posséder des pouvoirs magiques et pouvoir lui apporter fortune. Mais alors que son frère se bat de son côté dans les steppes de l'est pour trouver une épée en acier trempé, leurs destinées à chacun vont être bouleversées...

Si l'on rentre un peu sceptique dans ce bel album, à la couverture réalisée par Karl Kopinsky, c'est parce qu'habituellement, les adaptations de licences de jeux ne sont pas connues pour donner les meilleurs récits dessinés. Et pourtant, très rapidement, on se prend à suivre la fougue de ces personnages avides d'aventures et de combat. Alors certes, il ne faut pas chercher ici de scénario trop littéraire, mais on apprécie la recette efficace entre les dialogues plutôt "modernes", les intrigues croisées et un suspense juste ce qu'il faut. Le dessin agréable de Martin Tunica faisant le gros du boulot, rehaussé par les couleurs adaptées et plutôt douces de Michael Atiyeh. Pas encore de drakkars dans ce tome-ci, mais de belles haches et épées tranchantes !  Un récit tout à fait correct, et donc à suivre, pour tout amateur de saga Viking...

 

Assassin's Creed Valhalla : le chant de gloire
Cavan Scott, Martin Tunica, Michael Atiyeh
Éditions Black River (14,90) - ISBN : ISBN 9782384260072


Les éditions Black River "aux limites de l'imaginaire" ont aussi publié en mai Magic, que j'ai assez peu gouté à mon niveau, n'étant entre autre pas gamer, et malgré une superbe couverture et des dessins très sympathiques. (Ou alors, c'est que je suis trop vieux ; ça doit être ça.) Elles annoncent par contre de bien belles choses à première vue pour la suite :

A Walk Through Hell de Garth Ennis et Goran Sudzuka
Far cry : Rite of Passage de Bryan Edward Hill, Geraldo Borges et Michael Atiyeh
et The Division : Extremis Malis de Tom Clancy

> Avec ces trois prochains titres, il semble que le label s'autorise à évoluer vers des rivages comics "adulte" un ton au dessus. On  ne peut que s'en réjouir. 

Restez donc connecté(e)s !

 

lundi 20 juin 2022

They Only Find Them When They're dead : les voleurs

Cette seconde partie d'un Space Opera ambitieux et original pâtit d'une lecture un peu ardue, avec de nombreux flashback et forward.

En 2376, le Delta Rides, vaisseau nécrospique (dont le travail est de découper au laser des Dieux morts flottants dans l'espace) découvre un dieu en train de mourir. Il s'agirait de Georges Malik, capitaine du Vihaan II, présumé mort en 2367. Que faire ?
2414, un vaisseau privé transportant l'ambassadrice Marlyn Chen accoste la Balise Sagan, station isolée, afin de récupérer Naomi Geller, garde du corps qui doit accompagner l'ambassadrice vers L'envolée de Malik, colonie rebelle s'étant constituée autour du corps du dieu géant et lui vouant un culte fervent. L'idée est de proposer d'ouvrir la colonie aux pèlerinages de manière bien plus évidente et commerciale. En réalité un complot terroriste, stratagème pour accéder au dieu et le "dérober". Mais... qui terrorise qui ?

Si ce second tome, comprenant les chapitres 6 à 10 originaux, apporte un certain nombre de réponses et d'éléments au premier tome ayant introduit la série, génial scénario mettant la rareté des matières énergétiques au cœur de son récit, mélangeant matière organique deique et consommation courante, il est un peu compliqué de le suivre.
Al Ewing procède en effet en incessants bonds narratifs, dans le passé ou le futur, pour revenir au présent ; et si ce procédé apporte une matière, un certain sérieux à un récit de science fiction habitué du genre, cela reste déstabilisant, et nécessite plusieurs (re)lectures. Quoi qu'il en soit, l'intrigue progresse, amenant une couleur davantage politique, entre milieux sectaristes "malikistes", défendant la protection de ces dieux, et le reste d'une société ne dédaignant pas les découper en morceaux comestibles, économie de rareté oblige. Ajoutant au passage de tierces protagonistes, louvoyant au milieu de tout cela, afin de garder le pouvoir global. Le dessin entièrement numérique et assez bluffant de Simone Di Meo, usant intelligemment de couleurs spécifiques pour chaque passage temporel, permet de ne pas sombrer, participant à la réussite d'un comics pourtant exigeant. Un tome violent, compliqué, mais restant tout de même accrocheur grâce à un scénario très original.

FG

They Only find them when they're dead tome 2 : les voleurs.
Al Ewing, Simone Di Meo.
Éditions Hi comics (18,90) – ISBN : 9782378872892

Lire la chronique du tome 1


 

lundi 6 juin 2022

Teuk Shadow, que d'eau... et des Gangsters qui roulent !

Remis la main par hasard sur l'épisode 2 de cet excellent mini comic roannais réalisé "à la maison" en 2015 par Pétélus, alias Olivier Paire, où l'eau est un élément principal du décor (et même des protagonistes) (chut !...)

J'écrivais dans une précédente note consacrée à ce "vieux" héros ninja philosophe que je parlerai de ce tome 2, qui avait été "oublié" dans ma bibliothèque, coincé entre deux autre petits comics. Cela est chose faite depuis mai 2022 sur le site de gestion BDovore, où toute ma collection est répertoriée, et où dorénavant, ces comics auto-édités sont référencés (et nulle part ailleurs à ce jour).

Ci-dessous, quelques images montrant les comics de près, avec leur spécificités, à savoir : 

 

 

 

Vol 1 (2014) : 22 pages lecture sens japonais, couverture intérieur identique à la jaquette (moins la couleur). > nb : une réédition le proposera en sens français, et avec bulle sur couverture, comme les deux suivants. 

Vol. 2 (2015) : 32 pages sens de lecture classique, et couverture intérieur comprenant un dialogue en sus par rapport à la jaquette couleur.

Vol. 3 (2020) : 40 pages sens de lecture classique, et couverture intérieur comprenant un dialogue en sus par rapport à la jaquette couleur.

 

 

A noter : Olivier est sur le vol. 4, qui devrait paraître d'ici la fin de l'année si tout va bien, et on espère qu'un recueil (chez un éditeur ?) proposera l'intégrale de ce que je considère comme le summum de ce que cet auteur ami est capable. Impensable en effet de ne pas le voir en rayon de librairie !

L'auteur dessinateur mais aussi scénariste annonce par contre la parution prochaine de son long récit de Gangsters (1), en compagnie de l'autre roannais Cédric Fernandez, au dessin, d'après Storyboard d'Olivier (et là chez un nouvel éditeur...). Hâte !

(1) Récit de Gangsters dont j'avais déjà traité en 2014, lors de sa conception.
http://1oeilsurlegalet.blogspot.com/2014/09/olivier-paire-la-gash-dun-heros.html



mardi 17 mai 2022

Nexus omnibus tome 1 : un rêve devenu réalité

Début années 2000, l'ami Reed man (Organic comics, rencontré à Angoulême), me fait découvrir si je me souviens bien, Steve Rude. Je ne sais plus à quelle occasion c'est, mais bing, en 2003, un beau petit comics Semic parait, mettant le héros Nexus en lumière. Superbe dessin, et scénario pas top mal, mais sans plus, que j'ai chroniqué à l'époque dans notre fanzine Onabok en faisant ressortir le manque de traductions françaises à l'époque ayant pu resituer le contexte de l’œuvre originelle pourtant bien accueillie outre Atlantique. A la même époque, je complète avec un Thor Roi des orages chez Semic, The Moth special en VO, bon petit titre permettant d'abonder sur Steve Rude à nouveau, ajoutant entre temps Un monde à part, un tryptique Batman Superman paru en 1990 chez Comics USA. Puis, ensuite... pas grand chose. C'est pourquoi, à moins d'avoir suivi de très près le dessinateur en VO ou l'avoir guetté dans quelques publications françaises comics ça et là chez Panini, difficile de se faire une idée de la réelle qualité du bonhomme et de sa série Nexus créée avec Mike Baron en 1981. Les éditions Délirium, comme à leur habitude, nous gâtent donc avec la parution de ce premier Omnibus débutant l'intégrale en français de cette série Space Opera typiquement eighties, qui avait échappé jusqu'alors aux lecteurs français ne lisant pas de VO.

Année terrestre 2481 : Ylum, l'une des deux lunes tournant autour de la planète Marlis. Dans les sous-sols aménagés de cet astre, vit un homme aux pouvoirs étranges, se régénérant dans un bain sous cloche lorsqu'il est prit de malaises. A l'intérieur de cette solution extraordinaire, il rêve et ces rêves lui ordonnent des missions vengeresses. Horatio Hellpop, dit Magnus, règne sur une population qu'il a sauvé au fil du temps, d'esclavagistes ou de tortionnaires. Qui est-il vraiment et d'où vient-il ? Nul ne saurait vraiment le dire, à part Sundra Peale, observatrice venue sous couverture journalistique, qui gagne sa confiance et se fait expliquer son histoire familiale. Ses malaises remontent à l'âge de neuf ans, et bien qu'un drame marque sa séparation d'avec ses parents, rien n'explique leur provenance, ni la présence d'antiquités aux tréfonds d'Ylum, que Nexus protège et craint en même temps. Ce sera un des objets de lutte des différents protagonistes croisant sa route au long de ce premier tome. 


423 pages présentées façon Omnibus américain, dans un épais volume cartonné couverture satinée dos rond, comprenant 102 pages noir et blanc et le reste en couleur, voilà pour la présentation physique. Tout commence avec les premiers épisodes nous présentant Nexus, et les manigances de vilains désirant appréhender l'origine de sa puissance. Si l'on s'engage légèrement à reculons dans ce pourtant attendu premier volume - les pages noir et blanc pourtant agréables ne soutenant que peu la comparaison avec celles en couleur - il faut reconnaître une mise en bouche suffisamment originale et étrange à cette histoire pour abonder, d'autant plus que les belles couvertures des comics originaux, faisant office d'inter chapitre, brillent aussi de mille feux Pulp et nous alpaguent. Steve Rude, dessinateur dont on sait la classe du travail et combien il est devenu "bankable" depuis 1981, commençait tout juste alors, et déjà il marchait dans les traces d'un Russ Manning. Trait souple, encrage onctueux et un certain sens de l'épure participent du charme opérant sur le lecteur découvrant son oeuvre de base. Les couleurs de Les Dorscheid, sur la majorité des épisodes, ajoutant la touche typique de ce comics parmi les plus significatifs et funs de ces années quatre-vingt que l'on ne finit pas de redécouvrir.

Si Steve Rude nous charme, comme peuvent le faire d'autres talents tels Dave Stevens, Mark Schulz, ou bien encore Jaime Hernandez, pour rester dans cette génération d'auteurs au trait souple, le scénario de Mike Baron fait preuve d'une belle inventivité. Aussi, c'est à un mix de 2000AD, la revue culte SF britannique, à laquelle on pense parfois, dans l'irrévérence et le rythme, tout comme aux Tortues Ninja du duo Kevin Eastman - Peter laird, et au moins aussi à American Flagg, d'Howard Chaykin, peut-être pour l'humour et les scènes de combat (superbes épisodes dans le monde bol avec le Blaireau, un anti super héros improbable de beaufitude). Mais ne nous y trompons pas, cette dernière référence partage aussi une vision politique avec Nexus, nous gratifiant au passage d'une réflexion sur le pouvoir, l'amitié et la confiance, assez rare. Auquel s'ajoute une beau suspens de recherche des origines, sous couvert de fouilles archéologiques, élément fantastique dans un comics de Space Opera où la sensation de bien-être surpasse les situations les plus noires. Tout le talent du duo Mike Baron - Steve Rude, que l'on a hâte de retrouver dans un tome deux, puisque l'action est en cours et que le dessinateur n'a pas encore révélé le summum de son talent.
Nexus est exaltant et fun, et les éditions Delirium nous le servent sur un plateau d'argent, avec une belle introduction du traducteur Alex Nikolavitch et deux épisodes bonus. Un rêve devenu... réalité.

FG

Nexus Omnibus tome 1
Mike Baron et Steve Rude.
Éditions Délirium (39 €) - ISBN : 978-2-493428-02-8


mercredi 11 mai 2022

Quatre Prince Vaillant français chez Odej en 1960 : une curiosité

Les amateurs de bande dessinée classique connaissent la série Prince Vaillant (Prince Valiant en version originale), créée en 1937 par Harold Foster dans les pages des journaux américains du King Feature Syndicate et traduites en France dés mai 1937 entre autre dans le périodique Hop-là !. L’auteur a dessiné sans discontinuer de 1937 à 1970 de magnifiques pages de cette épopée chevaleresque au temps du roi Arthur, avant de laisser la place à d’autres dessinateurs, et sa parution continue de nos jours. Des tentatives d’édition françaises ont eu lieu, et seule celle des éditions Zenda, dans les années quatre-vingt, a réussi à publier l’intégrale des planches d’Harold Foster. (1)

Mais d’autres publications parsèment la bibliographie de cette série culte, recherchée entre autre pour son superbe dessin, et la magie qu’elle opère sur les lecteurs. C’est le cas d’une série de quatre petits livres brochés (ou cartonnés en recueil), parue entre 1960 et 1965, aux éditions Odej.



Les éditions Odej sont françaises et créées par Armand Beressi en 1959, afin de diffuser notamment le catalogue des éditions italiennes Fabbri. En collaboration avec Hachette, elles ont publié également des encyclopédies en fascicules, dont Tout l'univers. Si l’on peut remarquer quatre titres cartonnés de la série Prince Vaillant chez Hachette en 1957, les quatre titres qui nous intéressent ici leur sont propres et ont une particularité un peu spéciale, car, à l’inverse de tous les autres albums, ils ne sont pas dessinés par Harold Foster ! Nul besoin d’être un grand spécialiste de l’artiste pour s’en rendre compte. Or aucun nom de dessinateur ni d’auteur n’orne les pages ou les couvertures de ces petits livres, et si certains sites internet, tels BDgest, BDphil.info ou Bdpf.fr notent Wallace Wood sur certains épisodes, et ce depuis quelques anées, les sources pour une telle affirmation restent nulles, et là encore, on peut difficilement valider telle hypothèse, à la vue des planches.

Ces livres on été publiés dans une collection appelée Elephant Blanc, au format 18,5 x 26 cm, brochés, tels des comic books, en noir et blanc et couleur, mais avec un papier épais mat, avec une tendance à l’adaptation de films Disney. (L’autre collection est d’ailleurs dévolue à des histoires comics Donald ou Mickey, avec quelques Carl Barks). C’est aussi le cas du premier tome de Prince Vaillant, adaptant le film de 1954 de Henry Hataway. Mais de quels éléments sont constitués les autres tomes ??


La collection Elephant blanc (avec ses recueils cartonnés en fin de liste) :


            ODEJ #3 Prince Vaillant - La Table Ronde en péril 10/1960

(En fait l'équivalent de l'Americain proposant l'adaptation du film d'hataway). 

            ODEJ #4 Jim la Jungle à la vallée du Diable 10/1960

            ODEJ #13 Le tour du monde en 80 jours 04/1961

    ODEJ #14 Jim la Jungle et les chasseurs d'éléphants 04/1961

    ODEJ #15 Spartacus 01/1965

    ODEJ #16 Prince Vaillant otage des Frisons 01/1961

    ODEJ #35 Lawrence d'Arabie 01/1964

    ODEJ #36 Prince Vaillant - L'Île du tonnerre 01/1964

    ODEJ #38 Prince Vaillant - Les cinq épreuves 04/1964

    ODEJ #43 Linda Lark infirmière 10/1964

    ODEJ #46 Laurel et Hardy 01/1964

    ODEJ #51 Le shérif Kendall - Le trésor des Apaches 01/1965

    ODEJ #52 Prince Vaillant - La table ronde en péril 03/1965 (Couverture et récit différents)

    ODEJ #63 Pilotes de chasse 01/1966

    ODEJ #64 Linda Lark vedette de télévision 01/1966

    ODEJ #69 Le Shérif Kendall - Justice à Seely City 07/1966

    ODEJ #72 Les aventures de Tim - Le diamant de Manikora 10/1966

    ODEJ REC Prince Vaillant La Table Ronde en péril/ Jim la jungle à la vallée du diable 10/1960
    ODEJ REC Le tour du monde en 80 jours - Jim la Jungle et les chasseurs d'éléphants 12/1961
    ODEJ REC Spartacus - Prince Vaillant otage des Frisons 09/1961

    On peut lire sur les pages de garde des albums : Albums filmés J (pour jeunesse) et le copyright indique : King Features Syndicate et Opera Mundi Paris.

 
Les formats simples sont brochés et proposent, comme dans "Les cinq épreuves",
deux pages noir et blanc suivies de deux pages couleur.

 



 Les formats cartonnés proposent des histoires toutes en couleur.

 Pages de garde et premières pages des épisodes en recueil.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Pour être tout à fait complet, il faut préciser que le titre 52 de la collection, "La table ronde en péril",  paru en 1965, s'il reprend le numéro 3, semble avoir paru avec une couverture différente.
Une autre curiosité.
** Maj du 15 nov 2022 :  ce titre portant comme couverture notre chevalier, armé d'une grande lance et chevauchant, coiffé d'un heaume, n'est en fait, après vérification, pas la réédition du premier tome de 1960, proposant l'adaptation Dell du film de Henry Hataway, mais un nouvel épisode, entièrement inédit. Il semble que ce soit l'album le plus rare de la série.  On reste de plus, chose curieuse, à cinq tomes français contre sept américains !


La piste des éditions Dell

C'est entre autre une information sur la page wikipédia anglo-saxonne qui nous donne un indice dans la rubrique « Reprints », écrivant que « Prince Valiant a souvent été réédité en comic book (sous-entendu en format petit « album » souple 32 pages pour les non-initiés). Beaucoup de strips de Foster ont été réédités dans les pages d’albums de Ace comics et King comics, mais cependant, sept autres, édités en couleur par Dell comics n’ont jamais connu de réédition en albums cartonnés. Il s’agit des numéros #567, 650, 699, 719, 788, 848 et 900, dessiné par Bob Jujitani, avec un scénariste inconnu ». (Trad par mes soins). La référence de cette citation renvoie sur un blog allemand très sympathique, celui de Roger Schaeder qui explore toute la bibliographie de Prince Valiant (en allemand). https://rogersmagasin.com/tecknade-serier-och-skamtteckningar/prins-valiant/#h-four-color-comic

Comme ces couvertures de comic book datés 1954-1958 correspondent quasi parfaitement à celles des quatre petits albums des éditions Odej, et que l'analyse des dessins intérieur sur des sites de vente le confirme, on peut dire que la boucle est bouclée. On remarquera que la plus grande particularité réside aussi dans les bulles, élément improbable dans les histoires illustrées de Foster.



 

  

 

 

 

 

 

 

 

 


Seul le premier épisode n'a pas la même couverture. Les couleurs intérieures sont par contre les mêmes.

 

De plus, en continuant la piste des éditions allemandes, on réalise qu’une réédition, sous le nom de Prinz Eisenherz, proposant l’intégrale de Foster a aussi édité en 2019 deux volumes cartonnés avec ces histoires tirées des comic books de Bob Fujitami. (Ci à droite un volume.)
https://www.bocola.de/eisenherz-dell.html

 

 

Les auteurs :

B
ob Fujitami (pseudos Bob Fuje, Bob Wells) (15 octobre 1921 – 06 septembre 2020) est né dans une famille irlando-japonaise. Après des études d'art à New York il a dessiné des bandes dessinées pour plusieurs éditeurs de comics dès le début des années 1940. Son nom se retrouve sur des séries publiées par Avon Comic Group, Dell Comics, Harvey Comics, Lev Gleason Publications (entre autres sur Crime Does Not Pay, etc). Il illustre aussi des articles de revues et travaille, comme nègre littéraire sur plusieurs comic strips comme Flash Gordon. En 1962, il participe à la création de Doctor Solar, Man of the Atom avec Paul Newman, son collègue sur cette série chevaleresque. Sa proposition graphique de Prince Vaillant n’a pas à rougir des autres versions, et c’est avec beaucoup de plaisir que l’on la lit. Il est l'auteur (avéré, de source par l'intéressé (2)) de la couverture du fameux numéro 1 du comics d'horreur Eerie comics chez Avon. Il était aussi un peintre doué et on reconnaît bien son style sur les couvertures des romance comics Lover's Lane. (Image ci-dessous). 

(2) Plus d'informations sur Bob Fujitani (en anglais) sur : https://www.cbr.com

Sur : Comics Journal

Et sur : https://comicbookplus.com





Paul S. Newman (29 avril 1924 - 30 mai 1999) fait partie aussi de ces créateurs et auteurs de comics qui ont souvent été édité de manière anonyme, cachant une partie de leur grand participation à l’industrie. Comme lors de ses travaux sous l’autorité de Stan Lee, à l’époque d’Atlas comics, où il a écrit des histoires pour des titres d’horreur tels Journey into Mystery et Marvel Tales, mais aussi pour des titres de romance. Il a justement effectué un long Run d’une dizaine d’années chez Dell comics, sur la série du Lone Ranger. Auprès de l’artiste Tom Gill, il a adapté les aventures du héros pour la radio, la télévision et les comic strips, du numéro 38 au 145 (d’avril 1948 à Juillet 1962). On intercalera donc ces scénarios pour Prince Valiant, publié chez Dell de 1954 à 1958. En 1962, Newman et l’éditeur Matt Murphy de Western Publishing on créé le personnage de Doctor Solar. Plus tard, il a écrit l’adaptation comic book du dessin animé Yellow Submarine.Dans les années 80, il a été l’auteur pour DC Comics de scénarios pour G.I. Combat et House of Mystery; mais est aussi responsable du comic Darkwing Duck chez Disney. Il a aussi travaillé dans l’audio visuel.

Ces quatre petits albums Odej, jamais réédités depuis 1965, sont donc à nouveau mis en lumière sans approximation, et il ne fait aucun doute que les amateurs sauront désormais les chérir encore davantage, car il est peu courant de trouver des fascicules brochés aussi proches en matériel et présentation des comic books américains. De plus, comme on le jugera sur pièce, Bob Fujitani n'a pas grand chose à envier à certains de ses collègues plus connus que lui, (dont WallaceWood ? ;-)) et cet exemple de splash Page ci-dessous suffira à le prouver.


Bob Fujitani princa Valiant

FG


(1) La page Wikipedia consacrée à Prince Vaillant liste en date du 09 mai 2022 les parutions françaises
suivantes, oubliant celles de ce présent article :

  • Prince Vaillant, Hachette, 4 vol., 1957 (vol 1) puis 1974 (série terminée, histoire incomplète).

  • Prince Valiant, Éditions des remparts, 12 vol. ou 4 vol. en édition reliée, 1965-1966 (série terminée, histoire incomplète).

  • Prince Valiant, SERG, 3 vol., 1970-1977 (série terminée - histoire incomplète limitée à la période 1937-1946)

  • Prince Valiant, Slatkine, 7 vol., 1980-1983 (série terminée - histoire incomplète limitée à la période 1937-1951).

  • Prince Valiant, Zenda, 17 vol., 1988-1997 (série terminée, intégrale de la période Hal Foster : 1937-1971).

  • Prince Valiant, Soleil, 5 vol., 2012-2014 (série terminée - histoire incomplète limitée à la période 1937-1946).

  • Prince Vaillant, Altaya, 4 vol., 2013 (série terminée - histoire incomplète limitée à la période 1937-1940).

Couvertures des comic books DELL :







   
En 1996, l'album Atlas "100 ans de BD", mettait le premier comic book Dell sur sa couverture...

 

 

Peinture de couverture :
Ci à gauche : un remontage étonnant de la couverture pour cet épisode de 1964 l'île du tonnerre de chez Odej, adapté du numéro 900 du comics Fourcolor de chez Dell, en 1956, ci à droite.
Pourquoi ce changement, et bon sang, qui est ce N.B ?

Il s'agit de Naro Barbato, un italien qui a beaucoup travaillé pour le marché français, dont Lug, Odej, Edimonde...

 
Dans l'épisode, Valiant est envoyé sur une île volcanique où des colons d'un contoir éloigné ont disparu mystérieusement. Ils sont reçus et menés en esclavage par des phéniciens (?) et dans l'absolu, la peinture de Naro Barbato rend davantage justice à ce scénario, qu'une bataille avec d'autre vikings (?) suggérée avec ce guerrier au casque à cornes en premier plan sur la couverture Dell. Mais bon, toute information de ce remaniement est bien entendu la bienvenue.  Mr Barbato, étant né en 1933 et toujours en vie apparemment, si quelqu'un le connait et peut l"interroger ? (S'il s'en souvient). 
 
D'autres peintures de Naro Barbato : 

 

 

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