samedi 11 janvier 2020

Comics VO alternatifs fin 2019


Parmi les titres comics VO reçu et lus cette fin d'année 2019, méritant le détour :

Variant par Mignola
« Berserker Unbound »,
« Something is Killing The Children », « The Forever Maps », « The Plot (There's no escale from) » ainsi que le « Marvel comics #1000 », que je traiterai (peut-être) plus tard.

La majorité d'entre eux font partie de ceux que l'on aimerait voir traduit en français, et je fais confiance à nos éditeurs hexagonaux pour s'en emparer au plus tôt.






Berserker Unbound est le dernier projet en date de Jeff Lemire, que j'essaie de suivre au mieux, vu le nombre affolant de récits qu'il mène en parallèle. Cette mini série de 4 est dessinée par Mike Deodato jr et défrise grave au niveau graphique. Côté scénario, cette histoire d'un Conan aux cheveux roux n'ayant plus rien a perdre après la mort de sa dulcinée, pourrait paraître anodin ou inutile à première vue, mais ça serait mal connaître notre scénariste de génie. Dans le Cliffhanger ce ce premier numéro, le guerrier tombe dans une sorte de puits maléfique et se retrouve de nos jours, à l'orée d'une forêt et d'une cité ressemblant à New York. Tout un programme...




Forever Maps m'a attiré par sa couverture au dessin gothique, tout comme les quelques extraits intérieurs présentant des planches comme grattées, aux couleurs sépia, de toute beauté.
Michael Lagace, jeune canadien semblant débuter une carrière prometteuse, est au scénario, tandis que l'artiste Todor Hristov, d'origine bulgare, assure l'art. (...)

Nous sommes au 18e siècle et le jeune John, vivant dans une maison isolée dans la campagne, avec sa mère et son père, homme de loi redoutable, leur menant la vie dure à tous les deux, va prendre un curieux virage un soir d'orage, alors qu'il fuit le domicile suite aux coups de son père. Dans la forêt proche, il sauve d'un loup un vieil homme s'accrochant à une carte comme à sa vie, même  s'il semble dépité du jeu diabolique dans lequel il est tombé. En effet, chaque carte  trouvée au creux d'une souche lui donne l'accès à une autre carte...etc.



A la fin de ce premier numéro, l'éditeur : Scout comics, établit apparemment depuis 2015, et consacré au Creator Own exclusivement, (évidemment), propose d'acheter directement le TPB de 204 pages, disponible en décembre. Ce que je vais sûrement faire,
Ce titre fantastique m'ayant séduit et assez fait penser au « Frankenstein » de Wrightson. En fait,
« Forever Maps » possède l'atout d'un bon suspens et la classe d'un mix graphique entre un Ashley Wood et un Jon J Muth. Pas mal, non ?
A suivre, assurément.

http://www.theforevermaps.com/

https://www.scoutcomics.com/

Something is killing the Children chez Boom studios est la nouvelle série d'horreur de James Tynion IV.
Le dessin de Werther Dell'edera avec son encrage très fin, mettant en avant quelques hachures sur un dessin plutôt clair et sobre, est magnifié par les douces couleurs de Miquel Muerto.

Ce nouveau récit dévoile l'agitation de la communauté vivant autour du lycée Archers Peak, alors que quatre adolescents ont été retrouvés déchiquetés dans les bois alentours. Un seul témoin, assez perturbé : James, un de leur copain, qui va être vite rejoint par une étrange blondinette se trimballant avec une machette, bien décidée à trancher dans le vif "ce qui tue les enfants".

James Tynion IV semble adorer les bois et ce que l'on peut y trouver et, sorti de ses scénarios pour la licence Batman, a déjà montré qu'il aimait aborder le sujet avec classe et talent, dans
« The Woods » (Ankama).


Extrait de SIKTC 2

Si vous aimez « Stranger Things » (la série TV), ou « Courtney Crumrin », (ou encore « Utopia » de Jeff lemire), et ce dessin alternatif se mettant superbement au service de l'angoisse, alors n'hésitez pas. Un TPB des quatre numéros parus sortira le 26 février aux États Unis.


En restant dans l'horreur, découverte d'un nouveau label : Vault comics et sa collection Vintage, avec la mini série « The Plot ».
Vault comics est un label assez récent, créé en 2016 par Adrian, Damian Wassel jr et sr, et Nathan Gooden.

The Plot a rendu hommage à Bernie Wrightson, en jouant avec ses couvertures à réinterpréter des dessins célèbres de l'artiste, par le biais des graphistes Nathan Gooden et Tim Daniel, ce qui m'a heureusement attiré l'œil, et grand bien m'en a pris, vu la qualité de ce premier numéro.

Charles Vitus Blaine dirige la fondation pharmaceutique Sortvand, puissante, fondée par son père malade. Ce dernier était aussi profondément altruiste, ce qui l'a amené a monter cette structure. Mais sa maladie remontait aussi à son propre père, et le sien encore...Une sorte d'héritage maudit. En parlant d'héritage, la grande maison familiale abandonnée située à Cape Augusta, dans le Maine est visitée par le frère de James, qui semble vouloir y trouver refuge. Intuition ? Car James et sa femme vont être sauvagement assassinés par une créature monstrueuse en lien semble-t-il avec la famille, à la sortie d'un discours anniversaire devant un parterre d'actionnaires de Svortland.
Chase,  l'oncle de Zach et Mackenzie, le jeune fils et la belle adolescente de James, va donc ramener ces derniers dans le Maine pour réaménager le vieux manoir familial. Cependant, leur arrivée, en plus de ne pas ravir la police locale, va déclencher des événements macabres...


Vous avez aimé la série Netflix « The Haunting of Hillhouse » ? Vous allez adorez « The Plot ». Et ça ne fait que commencer...
La aussi, un recueil de 4 numéros sera disponible le 26 février.  Très bon titre d'horreur.

https://vaultcomics.com/






samedi 4 janvier 2020

« Blueberry : Amertume Apache T1 » : un automate peut en cacher un autre.

Événement  de cette fin d'année 2019, ce nouvel album de la série Blueberry fait polémique. Fallait-il autoriser deux blanc becs à reprendre l'a série  culte d'un auteur sacralisé de son vivant et donc devenu "intouchable" depuis sa mort?  Rares sont les sites,  spécialisés ou non,  qui n'ont pas vu se déchaîner les commentaires, au mieux désabusés,  au pire haineux,  souhaitant que jamais l'on ait touché au commandeur. D'autres font un point bienvenu (1)

Pour ma part,  en lecteur régulier et fan de la série depuis mon enfance,  c'est à dire grosso modo 1978, je ne vois pas là sacrilège,  mais plutôt un hommage assez bien rendu,  par deux auteurs d'une génération (la mienne en fait) ayant réalisé un bon boulot,  honnête, au sein duquel le plaisir est suffisamment au rdv pour que l'on ai envie de lire une suite.







"Amertume  apache" commence sur les chapeaux de roue, avec une situation de voyeurisme,  auquel nous avaient assez peu habitué ses créateurs Michel Charlier et Jean Giraud.  Blueberry,  sorti de guerres avec les Apaches, (l'album s'insert dans le premier cycle "Fort Navajo",  on le comprend),  cherche un peu de calme et se positionne avec son cheval sur une hauteur du désert. Étrange attitude et situation,  tout comme les dialogues,  que l'on va vite  appréhender dans le jargon de son auteur intérimaire Joan Sfar, que l'on connaît pour sa culture (juive, intrinsèquement ) et son humour potache. Les trois lascars : Bimhal, ("celle qui est pure",  en indien,  si on enlève le H) Simeon (son frère), et Arad (Jarad ? ) vont,  à cause d'un jeu de "guerre des sexes"  finalement bête mais assez commun, déclencher une catastrophe (provoquer en fait un double crime, même si la légitime défense pourrait sans doute être invoquée, c'est tout le problème de cette scène d'introduction) puisque les deux victimes, jeunes femmes apaches,  nécessiteront la vengeance de leur tribu. On l'a compris,  le pauvre Blueverry,  d'abord incrédule  et peu aidé dans ce premier acte,  va avoir fort affaire ensuite afin d'aider les militaires à éviter autant que possible une guerre sanglante dans la région.




La première  chose m'ayant frappée au niveau du dessin,  noir et blanc charbonneux dans l'édition limitée que j'ai achetée,  c'est le lettrage,  décontracté,  peu commun dans ce genre de western classique,  qui a cours généralement davantage dans les bandes Poisson pilote du dessinateur que sur la série régulière. Un détail que je ne parviens cela dit pas à relever à nouveau en deuxième lecture,  comme quoi... 

Par contre,  je note un dynamisme remarquable dans les cases,  avec une nervosité  dans le trait et les enchaînements,  faisant des pages 8 et 9 par exemple une bonne accroche de l'album.  L'humour toujours présent,  cela dit - et c'est une marque je crois ici -  comme la scène des pages 11-12-13 où notre lieutenant se fait avoir comme un bleu.  Mais en même temps,  ne l'est-il pas encore un peu,  eut égard à sa longue carrière à venir ?


Je ne m'arrêterai pas sur les visages de certains personnages,  féminins en l’occurrence,  auxquelles Brigitte Bardot et Claudia Cardinale ont prêté leurs traits (miss Mc Intosh, belle fermière et Ruth Tyreen,  ex petite amie du lieutenant,  et femme malheureuse du lieutenant  colonel Benjamin Tyreen,  du fort Navajo, là encore un clin d’œil à Richard Harris responsable de fort dans "Major Dundee", de Sam Peckinpah, qui porte ce nom). Notre héros ayant lui-même, c'est bien connu,  été créé d'après Jean-Paul Belmondo, tout cela n'est que clins d’œil de fans des sixties et hommages en retour. On sera davantage bouleversé par cette relation amoureuse que l'on ne connaissait pas à notre lieutenant myrtille. "Mais d'où vient-elle ?" s'interroge-ton , persuadé que Guffie Palmer était l'un des plus anciens flirts de notre lieutenant (voir "la Piste des Sioux"). Un des éléments charmants (craquants) de cet album, et une piste que l'on souhaiterait voir creusée.

Sans doute l'automate contre lequel le responsable du fort se frotte est il aussi un autre élément intéressant,  apportant la petite touche historique à ce récit,  pourtant situé en pleines guerres indiennes,  ou plutôt leur fin,  et objet des retrouvailles avec Mc Clure,  pas vu depuis belle lurette dans là série, et d'avec le soldat Jenkins,  reprenant les traits de Woldy Strode célèbre sergent Rutlege dans "Le Sergent noir " de John Ford (1960), entre autre.
Kleinman, quant à lui,  s'il n'a sans doute pas vraiment  existé, permet d'animer de belle manière les scènes se déroulant au fort, les planches montrant ses automates servant de catalyseur ou de médiateur à tous ces hommes,  perdus au milieu du désert, et tentant d'échapper à quelque chose ou quelqu'un. (L'alcool, le désespoir, un mariage foireux...) Cela ne m'étonnerait pas que la suite nous apporte quelques révélations goûteuses sur cet élément iconoclaste.

Les mineurs,  dont sont issus les jeunes cons,  nous sont présentés faisant partie d'une communauté  difficile,  où la figure du patriarche en impose, et semble attiser la mèche de la discorde. Quant aux Apaches, persuadés d'être dans leur bon droit,  et bien que plus vraiment  en position de force,  vont s'attacher à retrouver les coupables,  s'engluant dans des raids sanglants,  divisant davantage leur propre camp. Une macro société en ébullition, plutôt bien rendue, et développant quantité de sujets, résonnant fort aux oreilles du lecteur d'aujourd'hui. Féminisme, harcèlement, communautarisme, racisme, éducation brutale, patriarchie, on ne peut s’empêcher de penser à "L'Homme qui tua Liberty Valance"
...Joan Sfar a réussi son pari : traiter intelligemment de notre société, au cœur d'un western, reprenant par là-même le savoir faire de certains des meilleurs réalisateurs du médium. Finalement, plutôt que singer Jean Giraud, ne valait-il pas mieux s'inspirer de John Ford ?

La fin de ce premier tome nous montre un Blueberry bien plus sombre, car (enfin) chargé du poids d'une lourde mission,  et devant composer avec plusieurs antagonistes,  prêt à tout, car eux-mêmes à cran.  Que demander de mieux, qu'un suspens de cet acabit, à un western si Fordien ?

FG


A noter, ce mois de janvier, la parution du numéro  10 des cahiers de la bande dessinée, avec un gros focus sur le dernier Blueberry, et un dossier (entre autre) : « Pourquoi le western est-il indémodable ? »

(1) A lire, un papier assez sympa de Tewfik Hakem (France culture), daté 12 décembre, sur les reprises en BD :



« Blueberry : Amertume Apache » par Joan Sfar et Christophe Blain.
Éditions Dargaud (15€ édition couleur simple, 
ou 19,99 € en plus grand format noir et banc.)

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