dimanche 17 décembre 2017

Guy Morrison et Cid Murer : les deux trublions de l’art plastique en installation au Crozet

Village du Crozet (copyright Franck Guigue)

Monté au petit village de caractère du Crozet (42) ce samedi après-midi, ma famille et moi avions prévu de visiter toutes les échoppes de Noël, installées dans les emplacements originels de ce superbe village moyenâgeux.

Cid Murer, et Guy Morisson, son compagnon, tous deux plasticiens, (lui plutôt photographe et inventeur/constructeur), ont été invités cette année pour présenter leur nouvelle création, l'association de tourisme du Crozet souhaitant proposer un peu d’originalité à cette animation de fin d’année. Bien leur en a pris.

J'avais en effet peu eu l’occasion de voir les deux artistes depuis leur exposition à Mably à l’espace de la tour en 2007 (1) . Pourtant, chacune de leurs installations suscite l’intérêt, l’interrogation, et des échanges merveilleux.

Cette fois-ci, c’est par un passage protégé, entre les boutiques médiévales, que l’on doit s’engager 
pour arriver, au fond d’une petite cour intérieure, à la vieille tour où sont installés les artistes.
Cet espace, à la hauteur imposante, mais à la superficie réduite, impressionne en premier lieu.

Tout d’abord, face à nous : un grand drap blanc, décoré de broderies de couleur représentant des mains, comme une peinture rupestre néolithique. L’idée est sympathique. Cid Murer re décore les murs médiévaux pour nous transporter dans une ambiance plus ancienne encore. Impossible de ne pas voir dans ces mains tendues les unes vers les autres, les notions de liberté et de partage. Pour une période de Noêl, ceci est d’à propos.

Mur de photos de Guy Morisson

Devant ce fond, plusieurs tirages photos couleur, au format carré d’environ 30x 30 cm, réalisées par Guy Morisson. Ces clichés reprennent en fait la collection des « Cabanes », présentée dix ans auparavant à Mably, mais alors en noir et blanc, sur plus petit format, et en plus grand nombre. 

Ici, une vingtaine seulement de tirages a été effectuée, et la bonne idée de sa compagne artiste a été de lui demander de les colorier informatiquement. Cela donne un aspect psychédélique, fantastique, ou de science-fiction, qui n’apparaissait pas dans les tirages originaux. Les cabanes, petites structures improbables dans des décors tout aussi farfelus, ressortent davantage, même si certaines sont bien « cachées ». On est saisi par l’aspect décoratif et abstrait de cette présentation. Magnifique.

Les poules de Cid Murer
Dessous, à terre, des poules en plastique et tissu sont disposées les unes à côté des autres, comme dans une petite basse cour, des petits messages à leurs pattes. Il faudra encore discuter avec Cid pour révéler la ou les thématiques abordées par l’artiste, mais il y a déjà de l’art dans la création artisanale de ces petites bestioles.

Le clou de l’installation est cependant à voir en levant la tête : accroché à une poutre nous surplombant émerge un grand cylindre plat, fait de bois et de métal, le tout terminé par une barre de rideau métallique descendant à portée de main. Le réflexe est donc de s’en emparer, afin de l’actionner.

Les artistes allument alors la lumière, et la magie opère : dans un bruit mécanique d’engrenages se met à tourner le cylindre, actionnant un mécanisme de jeu de silhouettes mouvantes. Un jeu d’ombres et de lumière virevoltant, génialement inventé et fabriqué. Guy Morrison a réussi, grâce à ses talents conjugués de montreur d’images* et de mécano à reconstituer en grand format, une sorte de
Magica Lanterna. L’effet de surprise est garanti, et l’animation interactive, très jouissive.

Dans la tour du Crozet avec Guy Morisson  et Cid Murer
La magica lanterna de Guy Morisson


Les tirages photos de Guy sont bien sûr commandables. Ils feront de beaux cadeaux à l’occasion des fêtes ou pas, et les poules de Cid seraient sûrement très heureuses de trouver des foyers d’accueil, au chaud. il suffira de demander.

On espère aussi que cette lanterne magique grand format, imposante et majestueuse, trouvera quant à elle un collectionneur averti, une association ou une structure publique pour l’accueillir, car le jeu… en vaut la chandelle.

Chapeau les artistes !



(1) Et pourtant, rappel des installations de Cid Murer (communiquées par l'artiste) :


Mars 2007 « Mister Smoketoomuch » : installation 

Sept 2007  : « Pueri Arte Derelicta » en collaboration avec Gilberte Genestine et Jenny Justin : Installation

« Du pain sur la planche ! ou les Prêt(s) à porter à la ville comme aux champs pour rituel ordinaire et extraordinaire »  Installation

« La question du drapeau agitation libre - patience et dispersion » : Installation

Nov 2007 : « 365 un quart » : Installation Mably
« A vous de jouer ! » : installation Mably

Avril 2008 « Camping à la Musithèque » : installation dans vitrine (Riorges)

15 Juin 2008 « La déclaration des droits de l’homme et du citoyen » : installation 

Avril- Nov 2008 « Les insolites en visite » : installation (Prieuré de Souvigny)

Avril 2009 : « Mariane jeunes citoyens : réalisation pour cérémonie républicaine » (Roanne)

« Réflexions croisées pour géométrie variable » : installation coréalisée avec Guy Morisson (Mably)

Nov 2009 « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme » installation (Roanne)

Juillet 2011 (Installation ci-dessus revisitée pour juillet)

Sept 2010 « Marelle : règle du jeu » : installation co réalisée avec Guy Morisson

Dec 2010 : « Mémoire génétique » : installation



Guy Morisson (depuis 2007) :

2007 « Different Colors Made of You » (Fredonne moi, Espace de la tour, Mably)

« Scrib Art Therapy » (idem)

« Anonymasique(s) » Réflexions parallèles, Mably

2008 « Anonymasque(s) (installation II) Lyon Septembre de la photographie

2009 « Réflexions croisées pour géométrie variable » : installation coréalisée avec Cid Murer (Mably)

Janvier -février 2010 : « Grenze(n) : 101 Ansichten/Frontière(s) » : 101 vues  avec installation à la médiathèque de Roanne 


Sept 2010 « Marelle : règle du jeu » : installation co réalisée avec Cid Murer 


(*) N’oublions pas que Guy a été projectionniste durant de nombreuses années au cinéma d’art et d’essai l’Espace Renoir à Roanne.


Nb : L'exposition était visible ces deux derniers week-end au Crozet, soient les samedis et dimanche 9, 10, 16 et 17 décembre 2017.

© Toutes photos et vidéo, sauf où indiqué : Flora Guigue



lundi 9 octobre 2017

Blade Runner 2049 : retour vers le futur !

Titre facile s'il en est, celui-ci décrit quand-même bien ce que l'on voit dans cet excellent film de science-fiction de Denis Villeneuve (« Incendies », « Sicario », « Premier Contact »...), proposant, 35 ans après, une suite au classique de Ridley Scott.  
Deux heures quarante quatre de film, pour bien prendre le temps de s'immerger dans les ambiances magnifiquement rendues, déjà ressenties à l'époque : vrombissements des moteurs de voitures volantes, pluie omniprésente, air vicié... et lumière quasi inexistante, de fait.

Dans cette mégalopole où personne ne souhaiterait habiter : vu de haut, un enchevêtrement de murs rectilignes, comme une croute de paysage détruit par la lave, la vie grouille dans les bas fonds, tandis que les plus fortunés (à l'instar de ceux dans « Immortel », de Bilal), flottent grâce à des petits vaisseaux taxi.



Le seul moment de répit autorisé pour l'agent K, (interprété de main de maître par Ryan Gosling), est lorsqu'il file aux frontières de cette ville, pour aller enquêter en début de film, sur l'identité d'un fermier cultivant des vers de terre gastronomiques.  Deux trois bicoques alignées en plein désert, et un arbre mort.. suffisent à notre respiration mentale.
On retrouvera cette sensation vers la fin, dans la zone encore infectée du vieux Los Angeles, où vit d'ailleurs une vieille connaissance...

Dans cet univers où il ne fait pas bon vivre en tant qu'humain, car ceux-ci n'ont pas beaucoup de droits, relégués à survivre en vulgaires cloportes dans les bas fonds de la cité, (les autres, plus chanceux ayant migré depuis longtemps dans les colonie extra terrestres), on se lève la peur au ventre. La peur de se voir entendre dire que l'on est un "Replicant" : une version clonée de l'être humain.
Les rares moments où l'on peut prendre un peu de bon temps chez soit, si l'on en a un : la douche que l'on prend en 4 secondes, l'eau étant devenue une ressource trop rare, et l'amour, qui se vit de manière virtuelle, avec des hologrammes.
L'amour virtuel. Une scène très... "Daredevil", émouvante.
Dur dur...

« Blade Runner 2049 » : faisons tout dès maintenant pour que notre société ne devienne pas ça. (Ah, on y est déjà quasiment ??)

Merci Philipp K Dick, et bravo à Denis Villeneuve. Un grand film.



Un temps révolu, où le fantôme d'Elvis apparaît sous forme de spasms.

dimanche 1 octobre 2017

« Opposées complémentaires », gagnant du prix Roger Gascon à Roanne


Vendredi 22 Septembre a eu lieu au cinema l'Espace Renoir de Roanne la treizième édition de la soirée de présentation des courts métrages de l'option audiovisuelle du lycée Jean Puy, année de terminale.
Huit films étaient en lice. La soirée a d'abord débuté avec la projection des traditionnels spots d'or (1), puis un film documentaire du lycée Jérémie Delarue, de Charlieu : « Mauve ». Un bon documentaire traitant du Genre, donnant la parole à trois générations, et enfin du film gagnant de l'année 2016 : « No Name » d'Iris Lataste. La seconde partie de soirée a présenté les films en compétition {Voir notre avis (2)}, le public présent devant voter pour celui de son choix.

Lundi 25 Septembre, les gagnants étaient désignés après dépouillement des votes, par les professeurs, dont la principale : madame Guillaume. Il s'agit de :
« Opposées complémentaires », réalisé par : Elyne Cottin, Laureline Guigue, et Gwénaëlle Garnier. 
Un film plébiscité par le public, mettant l'accent sur la vie et les sentiments de lycéens dans une ville moyenne aujourd'hui. 

L'occasion de parler cinéma et de choix de vie avec cette équipe de copines qui a choisi d'aborder avec talent un sujet de société contemporain pas anodin : un début de relation homosexuelle entre deux amies de lycée.

L'équipe avec la gérante de la boutique I-Code


Franck : Avant toute chose, félicitations pour ce prix ! Pouvez-vous vous présenter les unes et les autres :  Nom, prénom, âge, et situation d'études actuelles ? 

Elyne Cottin (Réalisatrice, et montage)  : 18 ans, en DUT techniques de Commercialisation à Roanne.
Guigue Laureline (Cadre et montage) : 18 ans. Étudiante en prépa ECE à Saint-Étienne.

Garnier Gwénaëlle (Son et montage) : 18 ans, Étudiante en MAN au Lycée hôtelier Paul Augier à Nice.

Lyse Perraud (une des deux principales actrices): Je viens d'avoir 18 ans et je viens de commencer une licence en sciences sociales à Lyon2

Comment est venue cette idée de scénario ? Qui l'a choisie ? 

mardi 19 septembre 2017

« Curse » par Riley Rossmo, Colin Lorimer et Tim Daniel, Michael Moreci

Les histoires de loups garous sont plutôt légion en bande dessinée et au cinéma. Ce one shot paru chez l'éditeur américain Boom studios, d'auteurs pas encore trop reconnus en France, propose néanmoins une approche intéressante du sujet. Ankama ne s'y est pas trompé.

Laney Griffin est un ancien joueur de football américain. Sa carrière est fichue depuis que son jeune fils a déclaré une leucémie. Seul et sans le sou, il est désespéré. Il se met alors en tête de tuer la "bête" qui massacre des humains dans les bois environnants afin de toucher la prime imposante. Mais il ne se doute pas à quelle créature il va être confronté. Il se peut même que sa vie chavire complètement.
Belle couverture engageante, et scénario maîtrisé. Même si on n'a pas encore lu « Roche limite », l'autre album de Michael Moreci publié chez Glénat comics en 2016, (une mini série de space opera en un volume relié, plutôt séduisante), il apparaît évident que ce gars là connait son boulot. On ne rechignera pas trop à découvrir ses autres publications. D'ailleurs il en partage au moins une avec son co auteur Tim Daniel : le titre « Burning Fields », publié chez Ankama en novembre 2016 et plébiscité par la critique. Les avis pour « Enormous » chez le même éditeur, dessiné par Tim Daniel avec un autre scénariste, ont été quant à eux un peu plus mitigés.


Ici, le dessin est partagé entre scènes du présent, par Colin Lorimer, et Riley Rossmo, dans les flashbacks. L'un aborde son travail à l'informatique, un peu dans l'esprit de Michael Gaydos sur la série « Alias », l'autre use de trames, son style très stylisé étant ici mis en exergue par une colorisation bicolore rouge et blanche. Bien vu et très pratique pour ne pas perdre le fil en tant que lecteur.



En tout état de cause, l'histoire se lit avec intérêt jusqu'au bout, et la chute, à la fois classique et intéressante, laisse quand même un goût de drame familial bien senti. D'ailleurs les superbes couvertures ajoutées en bonus continuent de « raconter » de manière encore plus fine la destinée de ce papa et de son fils.



Si il ne s'agit pas pas du titre le moins incontournable du label 619 d'Ankama, « Curse » se positionne néanmoins comme un bon thriller fantastique aux limites de l'horrifique, que l'on rangera volontiers aux côtés de :
« Sarah » (Humanoïdes associés 2003), « Severed : Destins mutilés» (Urban 2013), ou « Candy Mountains » (Ankama, 2012-2013), par exemple.


Franck GUIGUE


« Curse » par Riley Rossmo, Colin Lorimer et Tim Daniel, Michael Moreci
Éditions Ankama (14,90 €) - ISBN :  9791033504559

mercredi 6 septembre 2017

« Faith T2 : Doubles et faux-semblants » par Pere Pérez, Marguerite Sauvage et Jody Houser.


Le tome 1 de Faith, cette nouvelle super-héroïne "normale", enfin, bien enveloppée physiquement, mais intégrée dans une vie active classique moderne, a été très bien accueilli par la critique et le public ce début d'année. Les éditions Bliss Comics poursuivent donc sa publication avec ce tome 2 toujours aussi rafraîchissant.




Faith Herbert, alias Summer Smith sous sa couverture de chroniqueuse au journal de Los Angeles Zipline, est en réalité Zéphyr, une super héroïne. Ses pouvoirs : télékinésie, avec la possibilité de voler, lui ont été révélés par son ami et super-héros lui-même : Archer.

Ses premières aventures sont contées dans l'intégrale « Harbinger », où elle a eu l'occasion de faire partie d'une équipe : les Renégats. Renégats car dissidents de la petite armée qu'a souhaité créer le redoutable psiotique Toyo Harada. Le précédent tome de sa série homonyne nous a présenté son univers de geek sympathique et ses relations un peu compliquées avec, dans l'ordre : sa patronne, ses amis, et les garçons. Comment gérer en effet une double identité et un surpoids ?


Dans ces quatre nouveaux épisodes, notre charmante amie blonde (rousse lorsqu'elle revêt sa perruque de Summer), a d'abord fort à faire avec le beau gosse dont elle est fan : l'acteur Chris Chriswell. Celui-ci demande à la rencontrer pour une séance photo. N'écoutant pas les conseils de son meilleur ami, elle va sans le savoir déclencher un piège qui pourrait bien lui être fatal.
Couverture US
Les chapitres 3 et 4 nous emmènent quant à eux dans l'univers attachant des conventions de comics.
Pour tout amateur de bande dessinée, les Comic con définissent quelque chose de familier, même si on parlera plus facilement de festivals BD par chez nous. Ces manifestations où se retrouvent fans de comics, auteurs, libraires, cosplayers, vendeurs d'albums, d'originaux, de goodies, sont des moments incontournables dans l'année.
La bonne idée de Jody Houser, jeune scénariste mais déjà très appréciée est de nous immerger au sein de l'une d'entre elle pour un récit où un détraqué déguisé en méchant Mickey a programmé de dérober quantité de matériel de collection. Faith et Archer qui étaient venus là en fans vont tomber sur un personnage plutôt étrange qui leur donnera un peu de fil à retordre.

L'aspect plus que sympathique de cette série, en dehors du fait qu'elle ne comporte ni sang ni grosse violence, réside dans le constat de départ d'imposer une jeune femme presque obèse comme super héroïne. Les critiques du premier tome ont été quasiment toutes unanimes à saluer ce parti pris. Et il faut avouer que celui-ci fonctionne plutôt bien. L'univers à la fois très réaliste de Faith Herbert (son appartement, ses activités quotidiennes, ses questionnements amoureux), ou de son alter ego Summer Smith (ses relations au travail) et ses aventures fantastiques se déroulant dans l'univers Valiant présenté par ailleurs, avec ses héros et des méchants, fonctionne.

Il est question ici d'une jeune femme adulte, mais geek, et l'impression d'une sorte de Spider-Man qui s'adresserait aux jeunes adultes partageant les mêmes passions ou inquiétudes, est forte. C'est en fait sûrement très clairement l'objectif de la scénariste, et ce qui explique l'accueil positif de son héroïne en librairies aux États unis. Espérons que le public français saura réserver un aussi bel accueil à ce comics tendre mais non dénué d'action.

A noter : la colorisation de Andrew Dalhouse et les superbes couvertures aquarellées de Kevin Wada sur ce tome.

Franck GUIGUE


« Faith T2 : Doubles et faux-semblants » par Pere Pérez, Marguerite Sauvage et Jody Houser
Éditions Bliss (14,95 €) - ISBN : 978-2-37578-00-7-7 

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