dimanche 8 décembre 2019

« Clones en série » : plus dur sera le réveil...



Profitant de la collection d'intégrales des Humanos permettant de retrouver à petit prix de bons récits SF, l’auteur Jerry Frisen (ici à la conception graphique), participe à rien moins que la réédition des deux premiers tomes de « Nirta Omirli », série parue entre 2003 et 2006 et restée inachevée. Réintitulée « Clones en série », les auteurs clôturent celle-ci avec un troisième tome, bienvenu, paru en septembre. L'occasion de découvrir, avec surprise, l'une des meilleures histoires de Science-fiction de la bande dessinée française, rien que ça ! Il était temps d'en parler.


Quartier général des casques bleus, sur la planète NeveRikosse, 2976 : le capitaine Nirta Omilri s’apprête à être exécuté, par le peloton dirigé par l’amiral Hammarskjöld, pour actes meurtriers sur des civils ayant compromis la paix avec les peuples autochtones de la planète.
2999, le transport de troupes OPU est attaqué, provoquant sa destruction quasi intégrale. Seules quatre femmes survivent, extraites in extremis de leur crycloneur, néanmoins vite rejointes par l’amiral Danyel Hammarskjöld. Ceux-ci vont tenter de survivre à cet accident - qui s’avèrera criminel - et rejoindre la planète NeveRikosse. Là, la paix est loin d’être en vigueur, malgré le temps passé, et quelle ne sera pas être leur surprise à tous de se retrouver nez à nez avec... Nirta Omirli. Quel est le rôle et l’aura de cet individu ?


Je ne vais pas être hypocrite, « Clones en série » n'est pas une bande dessinée vers laquelle je serais allé naturellement. Le dessin de Bachan, bien que possédant ses qualités, est beaucoup trop traité numériquement pour déclencher les émotions que l'on ressent habituellement avec un dessin au trait. Les cadrages sont bons, mais la mise en page trop policée, trop imbriquée, manquant de chaleur. Et pourtant, dès les premières pages, cette histoire fonctionne, et l'originalité est telle que l'on ira jusqu'au bout, sans sourciller.
Alors bien sûr, JD Morvan n'est pas un débutant. Un scénariste ayant la carrière qu'il a et surtout responsable d'une des séries de Science Fiction les plus réussies de ces vingt dernières années, avec « Sillage », devrait mettre en confiance. Cependant, « Nirta Omirli » à eu un destin compromis, et son ambition s'est vue amputée en 2006, laissant les lecteurs orphelins. De quoi frustrer les plus motivés. Remercions donc toute l'équipe et les Humanoïdes pour nous permettre de connaître la suite et fin de cette très bonne histoire, abordant la plupart des thèmes de la science fiction moderne, avec un ton, cela dit, personnel et assez provocateur.
 
Poser déjà les bases de son scénario sur une équipe quasi exclusivement féminine permet de donner à « Clones en série » (un titre bien plus adapté au final) une modernité évidente, qui frappera encore davantage en 2019 que lors de sa première parution en 2003. Rajouter à cela la douloureuse expérience d'une jeune femme (Christy) devant se trimballer le corps d'une sexagénaire, pour cause de réveil impromptu dans l'espace, transfert âme corps sans autre choix, et l'on sent bien la tonalité donnée d'entrée de jeu à ce récit. Cela n'empêche pas d'aborder non plus le sexe à cet âge là, autre thématique taboue. Cependant, le thème central de ce triptyque reste bien entendu la confrontation entre deux races. Les humains, qui auront tenté une colonisation pacifique, et les Petz'Q, extraterrestres dont on aura spolié la terre, et que les intérêts de certains humains trop ambitieux auront fait passer pour des terroristes, autorisant à partir de là une guerre ouverte généralisée. 

 
Il y a du « Avatar » (le film : James Cameron, 2009), dans « Clones en série », comme un peu de
« Starship Troopers » (Paul Verhoeven , 1998), au sujet de la confrontation de races différentes et d'exploitation des terres, ou bien encore « Storm Dogs », ce superbe début de série comics, par David Hine et Doug Braithwaite, paru en 2014 chez Delcourt, dont on attend toujours la suite.

Cette trame au parfum de guerre larvée, possède cependant une épaisseur supplémentaire propre, grâce au principe même du clonage, élément arrivant seulement au coeur du dernier tome, et dévoilant l'ingrédient essentiel du récit. Un revirement au goût très politique, finissant de donner une dose thriller exaltante à un scénario déjà prenant.
On ne s'arrêtera donc pas sur les planches pas toujours convaincantes du dessinateur, dont la reprise, 17 ans plus tard, produit un encrage bien plus fin en comparaison, dès la page 103, et qui aura commis quelques indélicatesses ou raccourcis déroutants, comme lors de l'arrivée de la troupe à Gergovie, base des casques bleus, que le véhicule les amenant surplombe dans une case, (p63), puis pénètre par la porte principale en contrebas, 2 cases plus loin seulement, ...le temps de prononcer « Pourquoi ce nom ? - J'en sais rien, moi. C'est le Nirta Omirli qui a choisi… ».
Téléportation ??

« Clones en série » n'est pas cloné, mais son destin est digne d'un grand récit de Science-fiction. Vous auriez tort de passer à côté.

Franck GUIGUE





« Clones en série » par JD Morvan et Bachan.
Éditions Les Humanoïdes associés (19,99 €) - ISBN : 9782731668414




Couverture de l'édition numérique


dimanche 17 novembre 2019

« J'accuse » : certes polémique, mais indispensable.


Vu hier au soir « J’accuse », de Roman Polanski.
Beaucoup apprécié ce film, d’une histoire vraie : « L’Affaire Dreyfus » que la plupart d’entre nous, (de plus de vingt ans), connaissent normalement par le lycée.

C’est tout d’abord un réel plaisir que de voir reconstitué avec talent cette époque de la fin XIXeme siècle, (nous sommes en 1894), à Paris. Pas de chichi, peut-être manque t-il, sur certaines scènes un chouilla de population dans les rues, mais le film se situe assez souvent dans des bâtiments militaires ou dans des beaux quartiers (officiers obligent). Néanmoins, Polanski, se basant sur le roman « D. » de Robert Harris (2013), parvient à instaurer un ton sombre et dramatique (il valait mieux), sur l’ensemble du film, évitant tout mélodrame et tout sensationnalisme. Il apparaît, soit dit en passant, dans un caméo, en spectateur aux rouflaquettes, d’un concert privé dans un salon.

Jean Dujardin interprète un colonel Picard, découvrant la « machination », avec un brio, que l’on lui reconnait sans problème, au moins depuis 2011 et « The Artist » . Il s’agit d’un acteur parvenant à interpréter à la fois les rôles comique et dramatiques, comme peu savent le faire. Louis Garel, pour sa part, se glisse avec une prestance incroyable dans la peau du capitaine stagiaire Alfred Dreyfus, lui conférant une tenue et une froideur impressionnante. La ressemblance entre les deux hommes, acteur et vrai Dreyfus, est d’ailleurs frappante.


Ce que je reteindrai de ce film, en dehors de cette reconstitution assez agréable et « sonore » - les pas sur les parquets des immeubles d’époques restent gravés -, et ces autres petits détails, comme cette fenêtre qui ne s’ouvrira pas, dans le bureau du renseignement du colonel, décrivant à sa manière, le manque de moyens de structures administratives fantoches, ou bien encore les prémices de l’espionnage en France…c’est une leçon.
Comment un homme, et presque un seul, par l'unique biais de son éducation, parvient à accéder à une somme de valeurs qui vont lui permettre de se placer en rempart unique face à une machination ourdie par une communauté entière (la grande muette pour le coup, c’est à dire l’armée), plus une partie de la population,au risque de sa vie. Certes il va être aidé, lorsqu’il comprendra que seul il ne pourra arriver à ses fins, mais le prix à payer restera élevé.

Il faudra bien une longue vue pour décrypter la machination...
mais l'intelligence jouera un meilleur rôle cependant.

Aujourd’hui, on parle de héros lorsqu’un citoyen saute à l’eau ou monte à mains nues le long d’un immeuble pour sauver un enfant en détresse, mais alors, comme appeler un militaire qui accepte de faire un an de prison pour défendre la justice, « sa » conception de la justice, que l’on n’hésitera pas à tenter d’assassiner d’ailleurs. Même Zola, qui écrit ce fameux édito « J’accuse » dans le journal l’Aurore, sera condamné à de la prison. Cela, je l’avais zappé, imaginant bêtement q’un auteur de cette notoriété aurait été suivi par tous. C’est loin d’être le cas, et la scène d’autodafé de ses livres en pleine rue de Paris, par les partisans du « lobbying juif » est à cet égard assez perturbante. Elle renvoie d’ailleurs à un certain nombre d’affaires récentes, basée sur cette notion de complot, mais on ne peut évidemment s’empêcher de penser aussi à la monté du nazisme quelques années plus tard en Europe, et surtout au conflit 14-18, qui verra ces beaux militaires droits dans leurs bottes, subir une invasion honteuse durant toute la première partie de la guerre, avant de la "gagner", mais à quel prix. Ceci amenant d’ailleurs cela…

L’engagement et la perspicacité, la droiture et la foi en la justice.. sont les maîtres mots de ce film historique percutant. Il faut aller le voir, au delà des polémiques. Il pourrait bien servir à pas mal d’entre-nous, dans la vie d’aujourd’hui. 

FG

lundi 11 novembre 2019

Jonathan Struppy de Joan Boix : « Phare » away from home…



Joan Boix fait partie de ces auteurs – dessinateurs dont on avait un peu zappé le travail, et surtout le nom, même si à l’occasion, une ou deux de ses histoires ont bien du nous passer sous les yeux dans quelques revues de bande dessinée, et nous marquer immanquablement la rétine.
Toujours est-il que les éditions Mosquito, après avoir proposé un recueil de son « Robny le Clochard » en 2016, ont récidivé en février de cette année, avec ce recueil des histoires du gardien de phare Jonathan Struppy.







Lorsque l’on parcoure les récits remplis de tristesse et de fatalité, souvent, des ancêtres aventuriers de ce vieil homme, isolé dans son phare, dernier d’une lignée de navigateurs et seul qui n’a jamais quitté la terre ferme, on ressent une partie des émotions éprouvées à la lecture des classiques d’horreur des années 70. Il faut préciser que Joan Boix n’est pas un amateur découvert en 2016, à l’occasion du premier recueil espagnol de ces histoires, chez Aleta, publiées originellement sous la forme de trois « tebeos » en 1998 et 2000 en auto édition (1), mais est présent dans le métier depuis les années cinquante. Il a cependant concrètement marqué, à sa manière, ces fameuses années soixante-dix, avec des récits d’horreur ou de suspense, que ce soit pour Marvel avec les Monsters Unleasehd, Eerie (Rufus en Espagne), Creepy (Wampus), Fog (chez Arédit), ou dans les années quatre-vingt dans les revues Thriller, Circus, ou Cimoc, Totem, mais encore 2000AD.
Son style graphique, certes relativement classique, au trait noir et blanc, dans la ligne assez traditionnelle des auteurs espagnols que l’on a pu découvrir dans ces années-là , bien que l’on puisse y trouver aussi un peu de réminiscences d’autres bandes, italiennes celles-ci, de l’écurie Bonelli, délivre néanmoins toute sa qualité dans les pages moyen format de l’édition Mosquito, dont les cases sont couchées sur un papier au grammage adéquat et à l’impression éclatante. Quant aux scénaarii, Joan Boix fait partie de ces auteurs dont le talent de conteur n’est pas à démonter.  Ce qui peut paraître impénétrable au premier regard, avec des filiations anciennes et des souvenirs lus par le gardien de phare, via de vieux manuscrits, prend rapidement le ton d’un livre du soir, que l’on a adoré écouter, enfant, blotti sous ses draps. Le vieux Jonathan réagit à l’occasion, de ses remarques outrées, et redonne du rythme au récit. Tout un art…

Que l’on voyage en arctique sur les traces de Jérémy, lors d’une expédition polaire qui tournera mal, du hollandais volant, co équipier de Joan ; Mateo, amant de la femme esclave de son capitaine, alors que la peste fait rage ; Morgan le corsaire, Ofir le Phénicien, ou Lucrecia, riche propriétaire en Jamaique, tous ces récits donnent l’occasion de voyager au fil des siècles par procuration, mettant en avant cet amour de l’aventure et de l’histoire, si propre à certaines BD classiques.
Cette édition permet de réaliser l’aubaine que l’on a de pouvoir se délecter de récits, restés trop longtemps oubliés dans les pages jaunies de revues maintenant assez anciennes. Il est cependant un peu dommage que la politique éditoriale des éditions Mosquito ne juge pas utile la présentation de quelques pages sur l’auteur dans ses publications « classiques ». C'est pourquoi on se reportera sans retenue sur l'excellent travail patrimonial produit par Gilles Ratier sur BDzoom.com : http://bdzoom.com/97925/patrimoine/joan-boix-un-maitre-espagnol-inconnu-en-france/.

FG

(1) Tebeos toujours commandables sur son blog, d’ailleurs : https://joanboix-art.blogspot.com/


« Le Phare » de Joan Boix
Éditions Mosquito (18€) – ISBN : 9782352835134


samedi 26 octobre 2019

Fête du livre de Saint Étienne 2019 : pas d’ondées pour les indés...


L'idée était simple : passer rapidement à la fête du livre, profitant d'un bon concert punk rock en soirée samedi, afin de faire quelques rencontres et dénicher deux ou trois nouveautés sympas.

D'abord un saut très rapide sous le chapiteau principal de la place de l'hôtel de ville, où, une fois n'est pas coutume, Gérard, de la librairie L'Etrange RDV occupait, avec ses nombreux invités, un pan presque entier d'un des côtés du couvert. L'occasion de voir Anthony Pastor en action, lui qui vient de conclure le tryptique « No War » chez Casterman, (premier cycle), superbe série d'anticipation écologique et social politique qui donnait lieu à une petite exposition à l'école nationale d'architecture. L'occasion d'une piqure de rappel sur l'importance réelle de cette œuvre, graphiquement réussie (à part ses couvertures ?) Et son propos, mélangeant traditions et héritages nordiques, et enjeux politiciens économiques modernes.





Sous ce même chapiteau, découverte très plaisante d'un jeune auteur fraîchement publié chez 1caseenmoins (tiens?!), collection de chez Delcourt : Weldohson, alias Felipe Jiménez, pour « White Spirit », réalisé avec Dedo (du Jamel Comedy Club) en janvier dernier. Une association étrange, pour un premier album fricotant tout à la fois avec les EC comics et la rigolade, mais goûteux, au style graphique noir et blanc accrocheur, rappelant par moment Derf Backderf. Pas mal... Lorsqu'une première impression dégage autant de bons feelings, c'est plutôt bon signe...





Dimanche matin, direction la Bourse du travail où cette année, pour la première fois, le salon des éditeurs indépendants tient place dans ce bâtiment cossu, afin de jouer à la place qu'il mérite, sans être mis de côté. L'occasion de belles découvertes, mais aussi de revoir quelques habitués (1).
Premier arrêt auprès de Limax éditions. Découvert il y a deux ans en librairie stéphanoise à l'occasion de la parution du Fanzine grand format « Driiing » (2017), ce collectif issu des Beaux arts à ce je ne sais quoi d'enthousiasmant, typique de ce genre de publication. Couverture sérigraphiée, et contenu hétéroclite où l'on devine (ou recherche) la pépite qui verra éclore qui sait , le future Chaland ou Clerc.

Le tout nouveau numéro est un petit format, de fait plus épais, aux couvertures multiples, ce qui décuple aussi le plaisir et l'envie. À suivre, bien sûr, même si les publications épisodiques sont assez espacées dans le temps. 





La deuxième pause s'effectue sur le stand de Epox et Botox, invité par les locaux de Prisme éditions. Aude Carbone présente son travail d'artiste mais surtout de directrice artistique, dans une structure qui pratique "la chirurgie plastique appliquée au fond et à la forme". Superbes fanzine's A5 sérigraphies couleur, avec découpes, comme dans ce très beau « Vendetta 451 » ou encore le rougeoyant « Oniric Planet », de l'italien Bernardino Constantino. 

Je sais qu'Aude appréciera moyennement, mais impossible de ne pas penser aux éditions de sérigraphie underground marseillaises bien connues, en se perdant dans le catalogue de Epox et Botox. Sensations de fascination totale face à ces posters ou fanzines, aux couleurs vives, limitées et découpées à la main. Du très beau travail, dirigée par la charmante Aude, basée en Savoie -Isère.





Prism édition (Prism fanzine), certes dans un registre un peu plus classique en comparaison, propose un catalogue de fanzine petit formats, noir et blanc, de très bonne facture. 




Eina est une structure d'origine Angoumoisine, dont les membres fondateurs ont suivi l'école graphique. À Saint-Etienne depuis deux ans, leur travail éditorial force le respect, les rapprochant, au niveau exigence, de collègues tels Tanibis ou Fremok.

Une de leur récente parution : "La vallée des merveilles", imposante anthologie thématique multi artistes sur un lieu méconnu, dos carré collé, est l'exemple typique de l'ouvrage de référence fascinant pouvant être produit par un éditeur indépendant. Un indispensable pour tout amateur de lectures graphiques différentes, et un achat recommandé pour toute bibliothèque municipale désirant sortir des sentiers battus.

https://www.einacollectif.com/



Tanibis, lyonnais invités, proposaient leurs dernières nouveautés dont deux Alexandre Kha (l'un d'eux chroniqué ici-même ce été : http://bdzoom.com/144375/comic-books/selection-comics-ete-2019/). L'occasion d'échanges amicaux avec Josso, artiste maison de permanence à ce moment-là, et d'évoquer l'existence d'un nouveau numéro du fanzine Les Chroniques d’Oneiros, d’Edouard K. Dive, avec le même Alexandre Kha aux dessins, que l'on souhaiterait pouvoir apercevoir de temps en temps sur les stands, ne serait-ce que pour échanger. Alex, si tu nous lis !?

http://www.tanibis.net/
 
Enfin, les « vétérans » du 42 : les biens nommés Jarjille, connus des lecteurs de 40/30/30 et de BDzoom, que l’on ne présente plus, drivés par Michel Jacquet (Alep) et Zac Deloupy. Ceux-ci nous présenteront, entre autre nouveautés en janvier prochain, pour Angoulême : « Le collectionneur » 4eme opus des aventures de la librairie l'Introuvable.

http://jarjille.over-blog.com/
© Deloupy-Alep (Facebook de l'auteur)

Belle initiative ce salon...En tous cas, cela prouve que les petits éditeurs bossent bien.

...Normal vous me direz, vu le lieu du salon choisi ? ;-)


Je suis désolé pour les autres éditeurs ou auteurs qui étaient présents, et que je n'évoque pas. Soit ils étaient moins associés au genre bande dessinée, soit ils ont un peu moins retenu mon attention, soit je n'ai tout simplement pas eu le temps de les rencontrer. Ce retour très subjectif n'a de toute façon pas valeur d'exhaustivité.


Toutes ces parutions peuvent néanmoins se trouver à la librairie Mauvais genre, 5 rue Notre Dame, 42000 Saint-Etienne, mais aussi à la : Bédothèque, les 1er et 3e e vendredi du mois. (Salle polyvalente, Arts du forez, 4 Bld Robert Maurice, Saint-Etienne. )


FG



(1) Je ne cite volontairement que les éditeurs en lien avec la bande dessinée ou les arts graphiques auprès desquels je me suis arrêté, mais on trouve la liste complète et leurs contacts ici :

lundi 7 octobre 2019

« Cassandra Darke » où l’art du feuilleton à l’ancienne en album


Retour de lecture sur cet album incontournable du début d’année.

Posy Simmonds nous ravit de nombreux bijoux, depuis 2000 en France, grâce à la bande dessinée qui l’a vraiment révélée ici cette année-là : « Gemma Bovery » (Denoël Graphic) suivi de « Tamara Drewe » (2008). Deux album adaptés au cinéma, dans le désordre dira t-on, en en 2010, pour le plus récent alors (« Tamara Drewe »), par Stephen Frears, et en 2014 pour le plus ancien « Gemma Bovery », par Anne Fontaine (et avec dans le rôle titre à chaque fois : Gemma Artyerton).

Elle pratique ce médium cependant depuis au moins 1977 et son premier album en anglais, tournant en dérision le lectorat intellectuel de gauche du journal the Guardian, bien qu’elle ait commencé le dessin de presse en 1962 (1). Tout en prenant la suite de ses précédentes œuvres appréciées, et déjà citées, mettant en relation des quadragénaires évoluant dans un milieu un peu bobo, mais surfant sur son recueil de planches
« Literary Life  : scènes de la vie littéraire », paru en 2014, décrivant de manière assez acide mais avec beaucoup d’humour son expérience du milieu littéraire, elle propose avec « Cassandra Darke » une approche policière du même milieu.

Cassandra Darke n’est pas une vieille fille qui, comme souvent dans ces cas là, vit avec ses petites habitudes et ses idées arrêtées sur tout, car elle a été mariée durant quelques années. Malgré ou à cause du diagnostique Alzheimer de son mari, intervenu après leur divorce, elle continue à gérer la galerie d’art londonienne qu’elle a monté auparavant avec lui, s’occupant de tout, l’ami ayant repris l’affaire n’étant jamais sur place. De quoi se laisser tenter et jouer avec le feu, en vendant plusieurs copies de reproductions signées par exemple. Un jeu qui pourrait bien la conduire en prison. Le plus inquiétant cependant réside plutôt dans le petit appartement qu’elle a loué à la fille de cet ami : Nicky, afin de l’aider dans ses études artistiques. Cette dernière n’a malheureusement pas eu les fréquentations idéales, et le tourbillon dans lequel elle s’est fourrée, avec un copain d’un soir, va ricocher sur la vieille dame…


Le Style narratif de Posy Simmonds destabilisera certainement les amateurs de bande dessinée dite
« classique », avec système de gaufrier. L'auteure pratique en effet un genre davantage lié à l’illustration, issu de son expérience « journalistique », car, malgré des phylactères nombreux, parfois utilisés sur plusieurs pages d’affilé, ce sont aussi de nombreux pavés de textes qui ornent les pages, qui sont elles-même coupées par de grande illustrations couleur ou des têtes de chapitre, donnant cette impression de feuilleton. Au delà d’une histoire superbement ficelée, que n’aurait pas reniée une Agatha Christie, c’est donc bien ce traitement de mise en page et narratif qui fait le sel des ouvrages de l’auteure.
Les sentiments sont justes, la société examinée et rendue avec beaucoup de réalisme, et Posy Simmonds laisse transparaitre ce qui doit être sa vision personnelle de notre société : une société où l’on peut vivre tout à la fois avec ses traditions, ses coutumes, ses habitudes, et ne pas renier l’air du temps qui flotte à nos côtés. De fait, Posy Simmonds parvient magnifiquement à célébrer la modernité dans la nostalgie. Associé à une écriture juste et poétique, c’est une vraie marque de fabrique.
Un thriller magnifiquement enjoué.

FG

Dessin de presse © Posy Simmonds



(1) On pourra se ravir de ses nombreuses illustrations et courts récits dans la superbe et première monographie, parue à l’occasion de l’exposition qui était consacrée à l’auteure lors du Pulp festival 2019 à la Ferme du buisson :
« So British ! : l’art de Posy Simmonds » par Paul Gravett (Denoël Graphic 2019)



« Cassandra Darke » par Posy Simmonds
Éditions Denoël Graphic (21 €) - ISBN : 9782207142813

« Buzzkill » : juste un doigt alors !

Un titre paru fin août, qui m'est parvenu trop tard pour être chroniqué à la rentrée.

« Buzzkill », sous un concept scénaristique osé : associer le super-héroïque à la prise de drogues, permet de retrouver Donny Cates, auteur ayant le vent en poupe depuis quelques temps dans l'écurie Marvel. Que ce soit sur des licences ou en alternatif. On a d'ailleurs déjà eu l'occasion de dire du bien d'au moins quatre de ses dernières créations : « God Country », « Baby Teeth », (sur ce blog) « Ghost Fleet » et « RedNeck » (BDZoom), sans parler de l'étonnant (et enthousiasmant) « Cosmic Ghost Rider », lu chez Panini.

Dans cette histoire mettant en scène le jeune Reuben, toxico de son état, (alcool, cigarette), aux prises avec une malédiction lui octroyant des pouvoirs surhumains lorsqu'il "consomme", on a un peu de mal à voir où l'auteur souhaite nous conduire, ou en tous cas dans quel sens. En effet, si l'objectif de cette mini série en quatre épisodes est de dénoncer les ravages de la drogue sur soi-même et son entourage, cela est plutôt réussi.



L'aspect dramatique joue à plein, avec de nombreuses scènes violentes, plutôt bien mises en images par le trait fin et tranchant de Geoff Shaw et les couleurs de Laurent Affe. On apprécie aussi le travail de trame des scènes du passé. Cependant, le récit débutant sur les chapeaux de roue, nous plongeant dans le constat d'un personnage déjà en rupture avec sa petite amie (Nikki) et son (ex) équipe de super héros, on a un peu le sentiment que l'on a loupé un épisode...finalement, les scènes du quotidien de Reuben résonnent avec davantage de force que celles présentant ces héros dont on ne sait pas grand chose, et le dénouement semble nous donner raison, en suggérant, à l'aide d'une métaphore à peine voilée, que ces histoires de super pouvoirs ne seraient que foutaises, laissant l'unique responsabilité de ses méfaits à l'homme "normal", le citoyen ayant abandonné...


C'est un constat que Donny Cates a déjà abordé, d'une autre manière dans « Country God », et si l'on devait faire un parallèle, je citerai bien, à la fois « The Cape » de Joe Hill, pour l'aspect dévastateur, et le poids de la culpabilité que l'on souhaite déverser sur autrui, mais aussi : « The Mask », car il est facile de se cacher derrière un "alibi". (1)
« Buzzkill » est intéressant, mais mélange trop les genres et aurait sans doute gagné à aller plus droit au but.


FG

(1) « The Mask » dont on parlera très bientôt sur BDzoom, puisque les éditions Délirium ont eu l'excellente idée d'éditer les premiers épisodes du comics. (Album à paraitre le 18 octobre.)


« Buzkill » par Donny Cates, Mark Reznicek et Geoff Shaw
Éditions Delcourt (15,95 €)- EAN : 978-2-413-01661-8

Mes autres chroniques cinéma

Mes autres chroniques cinéma
encore plus de choix...