mercredi 26 octobre 2005

From Hell

From HellAlan Moore, Eddie Campbell
Delcourt

La traduction de ce chef-d'oeuvre GB/US du roman graphique était attendu, et c'est finalement Delcourt qui s'y est collé, une fois de plus, avec brio !
Fort d'une présentation comic-book et épais comme un annuaire, cet ouvrage est un régal pour les yeux et l'esprit.
Les yeux car il n'y avait que le dessin noir et blanc brouillon d'
Eddie Campbell pour redonner vie à ce Londres sombre et austère du XIX siècle, et l'esprit car il ne peut en être autrement avec un scénario d'Alan Moore. Vous allez être happé par le brio et la dureté du récit et réviser en même temps vos connaissances sur l'ésotérisme, la Franc-maçonnerie, l'architecture londonienne et l'histoire du boucher de Whitechapel.
De plus, une vingtaine de pages en fin de volume sont consacrées à un grand nombre de notices explicatives mettant en lumière certaines zones d'ombre laissées par les séquences dessinées.
...Chef-d'oeuvre de recherche historique et bibliographique servie par une traduction tout à fait remarquable, ce roman graphique fort vous fascinera ! (du latin fascinum: le fait d'éprouver à la fois l'attirance et la peur).

Originellement publié dans la revue Onabok.

L'Ombre du sillure et The Atomics


L’Ombre du sillure
Reed Man

(Organic Comix)

Reed Man, activiste bien connu dans le milieu du comicdom français et responsable de quelques fameux titres dont Reptile, chroniqué dans un précédent numéro a galéré avec cette histoire. Commencée dans Fantask (grand retour en kiosque) sur 5 n°s, avant que le titre ne cesse, faute de succès, il a continué ensuite dans Special Zembla (n° 165 à 168) avant de finir sa course dans cette auto- édition plutôt réussie. Et cela est assez rare dans le domaine du comic hexagonal pour être remarqué.

L'Ombre du sillure est son premier grand récit (92 pages) et une histoire de science-fiction dans la grande tradition Marvel façon les Inhumains. Reed Man n'est bien sûr pas Kirby mais il a su au fil des années développer son propre style, et force est de constater quà l'image de Jean-Yves Mitton, dont il reprend le personnage central du Gondolier noir, celui-ci fait un bon élève.
Noir et blanc d'assez bonne facture et intrigue tenant la route, on pourra juste reprocher à l'auteur son accumulation de détails graphiques nuisant un peu à la lisibilité de l'ensemble.
L'histoire raconte comment Gilles et Caroline Moreau, deux jeunes français se retrouvent impliqués dans une affaire techno-ecologique mettant en scène le Sillure, entité démoniaque et le Gondolier noir, figure mythique rappelant beaucoup le Surfer d'argent que Gilles a réparé et ressuscité en quelque sorte.
Se servant de bases scénaristiques existantes, (avec intervention de personnages déja connus tels que Photonik, hommage à un autre auteur français: Ciro Tota, (ou le groupe Hexagon), Reed Man réussit néanmoins, ou grâce à cela, à faire évoluer son histoire, qui nous tient en haleine jusqu'à la fin, digne d'une des plus grande scène de règlement de compte de l'univers comic.
Cela donne aussi l'occasion à l'auteur de créer une nouvelle équipe: la Fantask force, dont on entendra peut-être à nouveau parler... c'est à espérer en tous cas !


The Atomics Mike & Laura Allred
Organic Comix 2002.
2 épisodes dispos

Reed man n'est pas seulement auteur, mais aussi et surtout éditeur, comme à l'occasion de cette traduction bienvenue de Joël Caron de la série indépendante The Atomics dessinée et scénarisée par Le couple Allred, aussi créateurs du personnage de Madman. (*)
Les Atomics sont une bande de jeunes paumés qui malheureusement n'ont pas la chance en se faisant contaminer par des produits (radioactifs ?). Ils découvrent qu'ils peuvent néanmoins gérer leurs malformations et leurs différences pour en tirer des supers-pouvoirs. (…)

Ce remix "punk" moderne de la célèbre série que vous connaissez sans aucun doute a le mérite, 1) : de donner à découvrir un univers original et cohérent dont le second degré n'est pas un des moindres atout, et 2) : de nous proposer un dessin clair excellent dans la lignée des plus grands, dont certains aspects peuvent aussi rappeler quelques indépendants, comme Charles Burns, pour n'en citer qu'un.

A suivre donc, mais en VO, puisque Organic, faute de budget n'a pas continué l'aventure.

> A noter que l'on peut retrouver Mike Allred en kiosque avec la série X-statics dans la revue Xtreme X-men., et que le n° 2 d'Atomics a eu 2 couvertures, dont une hommage par... Kirby !


(*) Michael Dalton Allred a commencé sa carrière comme reporter télé en Europe et a publié sa première bd "Dead air" en 1989. Il crée Madman en 1992 et c'est en 1998 qu'il se lance dans la série The Atomics.

Plus d‘info sur : http://www.aaapop.com/gallery

Et une superbe interview sur Comics2films


Chroniques parues originellement dans Onabok #7

mardi 25 octobre 2005

The Boondocks, et La tragédie américaine.

The BoondocksTome 1 Parceque je suis sûr que tu ne lis pas le journal...
Aaron McGruder
Dargaud (2002.-2.004)

Cette nouvelle série américaine, publiée par Dargaud en grand format a été une excellente découverte. Il fut un temps où l'on aurait pu trouver celle-ci aux éditions USA ou chez Delcourt mais c'est un trés gros éditeur classique qui s'y colle, et ne me demandez pas pourquoi, Après tout, Garfield est bien chez le même, la seule différence résidant dans le modernisme de celle qui nous intéresse, Boondocks traite du milieu noir d'une façon tout à fait intéressante.
Huey et Riley Freeman (tout un symbole) sont 2 petits blacks des quartiers chauds de Chicago qui se retrouvent à aménèger avec leur grand-père dans un lotissement de la banlieue tranquille (et blanche) de Woodcrest.
Aaron Mc Gruder défini d'abord ses personnages: Huey, petit gauchiste à la coupe afro surdimensionnée, totalement conditionné par le mouvement black panther; son petit frère, façon nouvelle génération "gangsta rap" voyant l'agression de partout, et leur grand-père, traditionnaliste du sud, pour l'intégration et le respect.
Sur le thème de l'adaptation sociologique on avait rarement vu aussi bien.
A ces trois s'ajoutent peit à petit une quirielle de seconds rôles tous plus croustillants les uns que les autres qui nous permettent de voir l'Amérique d'aujourd'hui d'un oeil réaliste et moderne, avec énormément d'humour. (Les dialogues annotés en bas de pages pour encore mieux comprende sont truculents !)
En bref: Le meilleur comic strip traduit depuis... Psycho Park ?

Une autre traduction américaine bienvenue :

La Tragédie américaine,
de
Kim Deitch (Denoël Graphique)

Un petit album ovni d' un des auteurs underground américain les moins révélé au grand public. L'histoire d' un réalisateur de cartoons qui se fait déposséder par sa propre créature.
Bouquin à la très belle présentation, cartonné rélié cousu avec hollograme sur la couverture.
Peut-être un peu compliqué et chaotique au niveau de la mise en page néanmoins.

Chronique parue dans Onabok #7 à l'origine.

Hulk wolverine

Hulk/Wolverine
Sam Kieth
Marvel France (collec 100% Marvel)

Paru d'Avril à Juilllet 2002 aux USA et traduit ce mois de Mars en France, cette confrontation entre deux super personnages de l'univers Marvel tient promesses de couverture.
Non seulement le dessin de Sam Kieth (connu pour sa collaboration début des années 80 avec Neil Gaiman sur Sandman) est merveilleux, s'apparentant plus à la cullture d'autres maîtres tels Sienkiewicz, Hampton etc, mais le scénario est béton, laissant peu de place aux habituelles scènes d'action vues et revues auxquelles on aurait pu s'attendre.
Il est vrai que Marvel nous a habitué depuis quelque temps à de vraies histoires, mais l'aventure cette petite fille fantôme demandant l'aide de Wolverine afin de retrouver la paix de son âme laisse tout chose. Le mélange de dessins enfantins traduisant la naïveté de l'enfant dans ses moments d'égarements, et de peintures sombres décrivant les aspects les plus dramatiques de l'histoire nous entraîne dans un tourbillon de sentiments, ...jusqu'à la chute.
Le tout est cependant baigné d'humour puisque Wolverine doit faire avec l'oncle de la fillette, qui n'est autre que Banner lui-même, autrement dit le gros costaud vert, qui est loin de tout comprendre.
Un chef d'oeuvre assurément!

ps : Sam Kieth en signe un autre avec Ashley Wood ce mois ci: Popbot (chez Carrabas).

lundi 24 octobre 2005

Suite bleue, La guerre d'Alan (Tomes 1 & 2)

Suite bleue
Louis Joos Frédéric Debomy

Le 9eme Monde (Sept. 2001)

Louis Joos est un fan de Jazz, celui des années bop, le Free aussi. Il a publié sa première BD chez Futuropolis en 1982. Et c'est d'ailleurs cet éditeur qui lui a permis le plus de s'exprimer avec ce médium.
Depuis 1987, on avait surtout vu les noirs et blancs au pinceaux de Louis Joos dans des livres d'illustrations. C'est donc un retour sympathique que lui offre le 9eme monde avec cet album à nouveau consacré à sa passion, cependant on émettra quelques réserves.
Le dessin n'a pas vraiment changé, il est toujours aussi agréable et sa publication en cases plutôt importantes le fait bien ressortir...par contre, là ou un "Saxo cool" (1984) nous proposait une unique histoire de 44 pages vraiment ancrée dans le milieu musical, façon polar, "Suite bleue" se compose de 4 historiettes (32 p.) portées par la réflexion d'un auteur quelque peu nostalgique.
....Il faut s'accrocher pour suivre le cheminement mental de Frédéric Debomy; de plus, l'abus du système de voix off détruit la narration propre au médium BD. Le jazz était-il utile comme support de ces réflexions philosophiques ?, c'est toute la question.
Le 9eme Monde* offrant un petit tryptique couleur aux acheteurs de l'album, c'est néanmoins une bonne occasion de découvrir son style "projeté" au pinceau.

(*) Autres titres chez 9eme monde :

Philippe Squarzoni
, dont on a adoré le "Guarduno, en temps de paix" aux Requins Marteaux, qui traitait avec virtuosité (comme un certain Scott Mc Cloud sur un autre sujet) de la libéralisation, nous pond un second ouvrage débridé qui ne passera pas inaperçu. Ca s'appelle : Arthur Cravan, authentique neveu d'Oscar Wilde, poète boxeur, licencié es lettres. (Couv couleur, 32 p. n & b, format 12X16 cm, broché, 4 euros).
Le 9eme monde qui annonce la sortie d'autres gâteries, comme: Angora, de la jeune Aurélia Aurité, découverte chez Fluide Glacial, mais dont le style tout en grâce et légèreté semble déjà nous charmer. Enfin, Blue Train de Christian Cailleaux est un ouvrage sur John Coltrane (décidément, beaucoup de choses sur le jazz ces derniers temps).(40 p. n& b, broché, S euros), et des portfolios comme s'il en pleuvait...
contact : Le 9eme monde: 4, rue Frédéric Sauton - 75005 Paris.

La Guerre d'Alan tome 1 et 2
l'Association (2000 et 2002)

Emmanuel Guibert a rencontré Igram Alan Cope il y a quelques années. C' était un vétéran américain de la seconde guerre mondiale qui a participé à la libération de notre pays. (Tardivement , en Fevrier 1945, mais quand même). Cet homme de 69 ans décédé aujourd'hui s'est lié d'amitié avec le dessinateur qui a recueilli ses souvenirs sur bande. Et voila l'adaptation BD de son récit.

Prévu en trois tomes: Service et Préparation militaire aux Etats Unis, Débarquement, et Enfance (à paraître), La Guerre d'Alan nous plonge dans les méandres de l'histoire moderne telle qu'ont nous l'a peu racontée.
Si vous avez effectué votre service militaire, vous retrouverez avec étonnement pas mal de détails et d'anecdotes dans le premier tome. Le deuxième nous plonge dans l'avancée en terre étrangère et c'est un petit plaisir à savourer, puisque l'essentiel des grosses batailles est déjà passé et le ton est donc plutôt léger, surtout que mister Cope n'était pas du style rentre dedans, mais plutôt du genre tranquille.
Pour le plus dur, la série TV "Band of brothers" a offert un assez bon aperçu du message que Monsieur Cope a voulu nous faire passer : La guerre d'Alan, c'était la dernière guerre mondiale, et on a envie à la sortie de sa lecture de se replonger dans l'histoire pour se souvenir de tout ces soldats morts pour une cause . .. juste.

Chroniques publiées originellement dans Onabok #6

Welcome to the death club, Freeze punks...

Welcome to the death club
Winshlus
6 pied sous terre (Janv 2002)

Freeze, punks, a tribute to myself
Nikola Witko
Les requins marteaux (3eme trim 2001)

Deux oeuvres noires, de deux futurs (voire déjà) classiques de la nouvelle génération de la bande dessinée française. Pourquoi les chroniquer ensemble ? parce que malgré tout, il y a comme un air de famille chez ces deux là. Ne sont- ils pas issus du même underground "Jadien" ?
Concernant Winshlus, Welcome to the death club regroupe des histoires parues entre 1998 et 2001 dans les revues Jade et Sierra Nueva. Son style graphique en noir et blanc et gris utilisant la technique de lavis sur encre de chine se met au service quasi exclusif d'histoires sur la mort. A toutes les sauces c'est la dérision de notre faible condition humaine qui est exploitée. C'est un pur régal de parcourir ces histoires muettes pleines de cynisme mais si réalistes pour certaines. La mort se joue des pauvres humains triviaux que nous sommes, juste bons à finir éclatés dans un micro-onde ou pulvérisés dans un accident de manège. Jamais BD n'aura aussi bien méritée son nom.

. . .Witko lui, avec son "Tremblez Punks ", un hommage à moi-même"
nous propose une compilation de r é c i t s précedemment publiés dans la revue Jade en majorité.
Son style ne jouant que sur le noir et blanc (et publié sur papier glacé) est très proche cependant d'un Blanquet par certains endroits. Cependant, il s'en détache à l'aide de récits où l'on sent l'énorme influence des polars façon pulps magazines des années 50 ou des récits SF bon marché de la même époque. Série B, série Z, rien n'est trop underground et délirant pour Witko qui nous assaisonne tout ça avec tout l'humour et le cynisme qu'il faut.
...Et en plus, c'est beau !

Chroniques parues dans Onabok #7 à l'origine.

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