dimanche 29 avril 2018

La route sauvage (Lean on Pete)


Vu hier au soir « La route sauvage » de Andrew Haigh, adapté du roman de Willy Vlautin : « Lean On Pete » (2010).

Ce conte initiatique dramatique décrit le cheminement de vie du jeune Charley, 15 ans, vivant seul avec son père, quelque peu paumé, la mère ayant quitté le domicile très tôt.
Récemment arrivé dans l'Oregon, Charley, interprété très justement par Charlie Plummer, occupe son temps à courir. Il est aussi passionné par les chevaux, et c'est une rencontre due au hasard avec Del Montgommery,  un éleveur non loin de la retraite  (magnifique Steve Buscemi), possédant deux Quarter Horses, dont Lean On Pete,  qui va lui ouvrir les portes d'une sorte de réalisation personnelle. Mais la vie est souvent une route sauvage...

Une couverture moins romantique que l'affiche et donc plus adaptée.
Andrew Haigh film ses premières scènes de manière très amateure :  intérieur sombre de la toute petite maison familiale et corps dans la pénombre...Un grain peu engageant, qui précise sûrement le caractère peu ragoûtant de la vie de ce binôme père fils en roue libre, luttant pour un simple repas.  Et puis Charley découvre les courses, les écuries, ses premières journées de travail et ses premiers salaires...On pense qu'il va s'en sortir. Ce coup de pouce d'un éleveur sympathique mais ceci-dit sans états d'âme va cependant lui donner une fausse piste et il devra fuir pour s'affirmer. Fuir, avec le cheval qu'il souhaite sauver de la boucherie, arpentant à pied des kilomètres en tentant de relier le Wyoming, où une tante improbable pourrait peut-être l'aider.  Il devra surtout lutter contre son jeune âge, sa pauvreté, et la violence du monde qui l'entoure (scènes quasi documentaires sur la vie des sdf dans une ville d'Oregon). Avec une obstination sans borne et une perspicacité à toute épreuve, mais aussi une intelligence salvatrice, il réussira cependant peut-être à survivre.

Et comme un symbole, dans ces contrées sauvages traversées : une bibliothèque municipale, tel un ilot de paix, auprès duquel l'enfant perdu pourra s'échouer.

Un film fort, témoin de notre temps, et d'un certain "American way of life" actuel.

Charlie Plummer et Steve Buscemi

vendredi 20 avril 2018

« Faith T4 : les Faithless »; « Harbingers Renegade T1 : Le jugement de Salomon » et « Ninjak T5 : les sept lames de maître Darque ».

Alors que paraissent cette fin de mois chez Bliss comics les belles intégrales de « Bloodshot » et « Shadowman », ainsi que la nouvelle série de « X-O Manowar » scénarisée par Matt Kindt, (cf l'actualité sur BDzoom),  retour sur trois des dernières publications de l’éditeur, parues en janvier :



« Faith T4 : les Faithless »

On a apprécié les précédents épisodes de « Faith », campant une héroïne bien en chair travaillant la journée sous couvert de l’identité de la journaliste Zephyr, car cette série avait apporté un peu de fraicheur et de légèreté dans l’univers masculin et rempli de testostérone de la majorité des autres parutions de Valiant. 

ll faut pourtant avouer que l’impression de tourner un peu en rond peut s’emparer du lecteur à la lecture de ce quatrième et dernier tome. Celui-ci met en effet en scène les Faithless, une équipe de super vilains souhaitant tuer notre blonde préférée. Certes, le ton reste le même, quoiqu’évoluant de plus en plus vers un système à la « Archies » à l’humour assez potache, les dessins sont agréables, mais ces scénarios un peu dans l’esprit de série teenagers vus à la télévision mériteraient de (re) trouver un peu plus de rebondissements. L’héroïne reviendra dans « Faith & the Future Force » en août. Gageons que ce sera le cas.




« Harbingers Renegade T1 : le jugement de Salomon »


monte d’un ton et Rafer Roberts, le scénariste, nous dévoile la réformation des psiotiques Kris, Torque, Peter Stanchek et Tamara autour de Faith, afin de déjouer les plans d’un lieutenant de Harada : Alexander Salomon. Cet arriviste souhaite activer l’ensemble des psiotiques existants, grâce une méthode pas vraiment au point, quitte à les tuer violemment.

Ce tome, davantage dans l’esprit d’ « Imperium » ou de « Génération Zero », se lit avec beaucoup de plaisir, et l’on est assez heureux de retrouver le psiotique « originel » de la série : le junkie hippie Peter Stanchek, dans un comme back en fanfare, très « Marvelien ». Du tout bon !








Le toujours excellent Juan José Ryp



A propos de « Ninjak : les sept lames de maitre Darque », dernier tome de la série, un constat s’impose : tout le monde ne s’appelle pas Matt Kindt et le niveau d’excellence de ce genre d’album précise, pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, le talent presque énervant de ce grand monsieur du comics. 

Une fois encore, car l’ensemble de la série est indispensable, Colin Young, agent associé au MI6 britannique va vivre des aventures incroyables, traquant à travers le temps et les univers parallèles, d’abord le savant fou Silk, accompagné par Gilad, le guerrier éternel, puis ensuite maitre Darque, le seigneur du monde des morts, tout en combattant sa relation avec la superbe rousse (mais dangereuse) Roku.

Du grand art, et une science-fiction efficace. Quant à l’aspect Ninja, on avait pas pris autant de plaisir depuis les scénarios tordus de Miller sur « Elektra » dans les années 80.


Le futur se même au présent dans cet épisode encore très dynamique et superbement écrit.


« Faith T4 : les Faithless » par Joe Eisma, Kate Niemczyk, Marguerite Sauvage et Jody Houser
Édition Bliss comics (15 €) - ISBN : 978-2-37578-108-1


« Harbingers Renegade T1 : Le jugement de Salomon » par Darick Robertson, Juan José Ryp, Richard Clark et Rafer Roberts
Édition Bliss comics (15 €) - ISBN : ISBN : 978-2-37578-112-8


« Ninjak T5 : les sept lames de maître Darque » par Khari Evans, CAFU, Stephen Segovia et Matt KindtÉdition Bliss comics (24,50 €) - ISBN : 978-2-37578-110-4

mardi 27 mars 2018

« Night Business » de Benjamin Marra : un récit trash à ne pas mettre entre toutes les mains !

Night Business
Les Requins marteaux se sont spécialisés depuis une poignée d'années déjà dans des publications flirtant (c'est le cas de le dire) avec le cul (le nom d'une de leur collection).
Si je n'adhère pas spécialement à ce genre, il faut avouer que la lecture de  « Night Business » de Benjamin Marra, hors collection, qui me paraissait davantage apte à me procurer mon fix d'émotions comix, ne m'a pas déçu. 

On tient là un récit ultra violent et cochon, bien alternatif, en noir et blanc, surfant sur le bitume encore chaud emprunté par Marti et son «Taxista », ou « Prison Pitt » de Johnny Ryan. Et que dire du côté kitsch des textes off décrivant avec une poésie toute Marraienne la vie nocturne des clubs de nuit... Succulent !

Cet auteur américain est taré, mais doué, même au dessin !
Un comics 100% cuculte, recommandé à tous les amoureux de série z !  "Tiens, prends 
ça dans ta G... "



« Night Business » de Benjamin Marra
Éditions Requins marteaux (28 €) - ISBN : 978-2-8496-1234-7




Marra n'est pas un manchot au dessin, malgré les apparences !

lundi 19 mars 2018

« Aliens Corridor » par David Lloyd : un xénomorphe charbonneux et inattendu.

Qui l'eu crut ? La licence « Aliens », soutenue et mise en valeur par les éditions Wetta depuis plus de dix ans, continue à proposer des surprises. Après les éditions luxueuses des récits originaux en 2017 : « Aliens trentième anniversaire » puis leur suite : « Aliens II : le retour », Fred, l'organisateur des ces publications a déniché un récit inédit en France, et complètement improbable : une histoire réalisée par David Lloyd, LE dessinateur de « V for Vendetta » ! Il ne compte pas s'arrêter là, mais il faut avouer que cela a été une des plus intéressantes surprises de l'année passée. Et il était temps de rendre hommage à ce travail.

« Aliens Glass Corridor » est un récit ayant paru en 1998 chez Dark Horse Comics, scénarisé, encré et colorisé par l'auteur. 

Le pitch : Frank est embarqué à bord d'un vaisseau avec d'autres passagers clandestins. Il semble souffrir d'un passé peu glorieux de criminel. Mais c'est cependant un homme en repentir dont l'âme n'est pas souillée, car il semble avoir commis ce crime afin de sauver une petite fille. Ce vaisseau transporte illégalement un Xénomorphe congelé, et ce qui doit arriver arrive...Il se trouve que Frank a aussi cependant déjà vécu une expérience (liée?) avec cette race extra terrestre. Cela suffira t-il à sauver les passagers ?...

Une planche originale de david Lloyd
(tirée de http://cadencecomicart.com)


Wetta a fait le choix d'un album cartonné dans sa collection Raw, en grand format donc, mais a opté pour une version débarrassée de sa couleur, dans un noir et blanc mettant particulièrement en valeur le dessin un peu sec mais aussi quelque peu vintage de l'auteur anglais. L'histoire, assez courte, de 22 pages, (donc le comics unique paru à l'époque, expurgé de ses publicités), délivre également dans ce grand format un élégant travail charbonneux. Le style, très marqué années quatre-vingt, rappelle par moment le travail classieux de Francisco Solano Lopez sur le classique « L'Eternaute » réalisé dans les années cinquante avec Hector Oesterheld. Une référence stylistique peu courante, plutôt à part dans la série, peut-être à rapprocher, dans l'idée, du « Aliens Absolution » réalisé par Dave Gibbons et Mike Mignola, édité d'ailleurs dans les mêmes conditions sur un des tirages de la réédition proposée en 2016.

Un album réservé aux vrais amateurs, et je dirais même, aux collectionneurs, car cette édition a été tirée à seulement 250 exemplaires, vendue exclusivement sur le site original Comics. C'est sans doute ce côté « classieux » qui le rend un peu cher, puisque le rapport, à cause du cartonnage sans doute et du papier épais presque "Canson", s'établit à 1 euro par page lue. Une rareté graphique à savourer.


FG

« Aliens Corridor » par David Lloyd 

Éditions Wetta (22 €) Sept 2017 – ISBN : 978-2-360-74080-2

vendredi 16 mars 2018

Richard Corben consacré, sa dernière création : « Grave » est proposée en édition ultime.



Il ne sera pas dit que je n'ai pas fait écho au projet éditorial un peu fou de Laurent Lerner, des éditions Délirium, qui a rêvé une jour d’une édition luxueuse de la dernière création du lauréat du grand prix d’Angoulême cette année. 

Richard Corben est un auteur que Laurent suit et appuie surtout professionnellement parlant depuis maintenant plus de cinq ans, avec la publication de sa première anthologie « Creepy présente » en 2013, consacrée exclusivement au dessinateur, mais aussi une deuxième, puis « Ragemoore », « Rat God ».... 

Vous savez que je suis fan et ai eu 
l’occasion de chroniquer entre autres « Shadows on the Grave », le titre du dernier comics de l'auteur, en VO sur ce blog il y a quelques mois. 
Cet excellent mélange d’histoires courtes en noir et blanc (grisées) à la manière des publications Warren des années soixante, et surtout le come back inespéré et décalé de son plus formidable personnage : Den, sous le nom de Denaus, dans l’antiquité, a donné lieu à 8 fascicules excellents.

Délirium compile et propose d’éditer ces histoires sous une forme originale souple,  à l'ancienne, mais réunissant deux volumes dans un superbe coffret, en méthode participative sur le site KissKissBankBank depuis quelques semaines. 

Déjà plus de 430 contributeurs, aidant l'éditeur, vont faire de ce projet un évènement, qui sera, on l’espère, à la hauteur de la venue future du « maître » , fin janvier, à Angoulême.

A vous de jouer !



Projet « Grave », par Richard Corben, aux éditions Délirium :






mercredi 24 janvier 2018

Richard Corben, enfant du feu enfin récompensé en France !

Chaque lecteur de ce blog sait combien on aime Richard Corben ici. La fierté est donc de mise ainsi qu'un grand bonheur à l'annonce pour lui de ce grand prix du festival international de la bande dessinée d'Angoulême, qui reconnait enfin vraiment en France son énorme talent.
Les éditeurs français à avoir publié son travail dans l'hexagone ne sont pas légion, aussi aura t-on une tendre pensée pour Fershid Bharucha, à l'origine de sa découverte en France avec les éditions du Fromage et Triton et la revue Special USA, puis Albin Michel, mais aussi Jean Pierre Dionnet et les Humanoïdes associés, et enfin les éditions Toth, lors de son retour au tout début des années 2000, puis enfin Laurent Lerner et les éditions Délirium, qui ont réalisé un travail magnifique depuis 2013.
Dire qu'il sera président l'année prochaine et que l'on aura droit à une superbe affiche et peut-être (rêve) à une monographie*, voire une exposition !?
D'ici là, guettez le site des éditions Délirium, une énooooorme surprise vous attend chers lecteurs, en février  ;-)
©Éditions Délirium
(*) La seule et unique en français date de trente-sept ans : "VOLS FANTASTIQUES"
(Fershid Bharucha, ed. Neptune 1981)



Rappel de l'adresse des pages que je consacre à la bibliographie française de Richard Corben.
https://wrightsoninfrench.pagesperso-orange.fr/corbenaccueil.html

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