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dimanche 7 mai 2023

Une Argentine réveillée par les éditions Ilatina : interview de Rodulfo Santullo et Carlos Aon

A Angoulême pour leur dernier album en commun : le Dormeur, aux éditions Ilatina, dans la collection Via Libre, ces deux auteurs sud américains ont répondu avec une grande gentillesse à mes questions pour le site Planete BD.

Rodulfo, en 2015, on vous a découvert en France avec Dingue, aux Humanoides associé. Un album d’anticipation pas si éloigné de nous, avec une épidémie de Dingue sous couvert de polar. Far South était un polar, et Quarante cercueils revisitait quelque peu le mythe de Dracula ; tandis qu’avec le Dormeur, vous êtes à nouveau dans la science-fiction, mais là encore, pas si éloigné de nous dans le côté post apocalyptique et « Mad max ». Ce thème de la fin du monde ou des crises est-il un thème qui vous inspire plus que d’autres ?

Rodulfo Santullo : Je pense que le genre SF est un genre que j’aime pratiquer. Tout comme l’horreur. La science fiction Post apocalyptique est un domaine très riche à travailler. Avec Carlos, nous n’avions jamais travaillé ensemble jusqu’à Sleeper et nous avons discuté de ce que nous voulions faire. Or ce genre en mixant d’autres, on l’a choisi. Comme d’autres livres que j’ai déjà fait, j’ai voulu écrire celui-ci avec une vue latino-américaine.
 
Photo : © Franck Guigue, pour PlaneteBD
 
 
Qu’entends-tu par « vue Latino américaine » ?
Rodulfo Santullo : C’est difficile d’exprimer ça en anglais. Tous les dix ans nous avons des crises économiques et sociales, aussi, on connaît bien cela. Tout ça donne des expériences pour réaliser des choses différentes, comme nos personnages.



Quelles sont les œuvres, films ou livres (voire comics ? ) qui vous ont le plus marquées ?
Rodulfo Santullo : J’aime beaucoup le travail d’auteurs polar tels : Raymond Chandler, Dashiell Hammet, Patricia Mac Donald...Et en Science-fiction, des noms comme Asimov, Bradbury, Frederic Brown bien sûr. Quant aux comics, on a grandi en Argentine ; aussi : Hector German Oesterheld, Carlos Trillo...J’ai grandi avec tout ceux-ci et cela m’a fait devenir l’auteur que je suis devenu.



Carlos, en 2018, vous avez participé à l’album de Lovecraft scénarisé par Alex Nikolavitch, reprenant un peu du principe de fiction documentaire du Lovecraft de Breccia et Keith Giffen. Connaissiez-vous cet ouvrage ?

Carlos Aon : Non, je ne l’ai pas lu. J’ai effectivement travaillé avec Nikolavotch, j’avais fait les encrages, mais ce n’était pas le premier album que j’ai publié, le précédent est assez peu connu, chez un petit éditeur en 2002. C’était au sujet de la crise de 2001 en Argentine, avec toutes les révoltes liées. Il s’agissait d’un collectif.

Comment ce projet vous est-il parvenu et quels avaient été vos précédents travaux ?
Carlos Aon : En Argentine ça a été un des premiers ; je fait partie avec d’autres auteurs d’un label indépendant appelé La Productora, parce que dans les années 90 les gros éditeurs ont disparu en Argentine. Au début des années deux mille on a donc commencé à publier, d’abord sous forme de fanzines puis assez rapidement de manière plus élaborée et mieux imprimée. On publie entre 500 et 2000 exemplaires selon les titres. On adore la bande dessinée, aussi, on le fait avec beaucoup d’amour et de passion (et peu d’argent). Ah ah !


Des productions ©La Productora


L’album Venise avec Alejandro Farias est un projet qui a été publié en Argentine, j’imagine, avant d’être proposé en France ? Comment vous êtes-vous rencontrés et comment cet ouvrage a atterri chez Michel Lafont ?

Carlos Aon : Venice est une adaptation d’une pièce de théâtre de l’auteur très connu : Jorge Accame. Il faisait partie d’une collection de différentes adaptations. Il y a trois ans, on a apporté des livres à Angoulême aux éditions Michel Laffont et ils ont décidé de le publier. Thomas (Dassance, éditeur Ilatina ndlr) a réalisé la traduction. On le connaissait déjà, puisqu’il a vécu 20 ans en Argentine.

Rodulfo, vous êtes Uruguyen d’origine mexicaine apparemment. Comment les relations avec des auteurs argentins se sont-elles concrétisées ?

Rodulfo Santullo : Toutes les choses que Carlos a dit à propos de l’Argentine et de l’édition n’existent pas en Urugay. Aussi, si vous voulez faire du comics, vous essayez différents trucs. Or, venir en Argentine est assez facile ; en deux heures de bateau, on traverse le fleuve. Aussi je suis venu une première fois en l’an 2000 à l’occasion d’un festival appelé Hacienda. C’est là que j’ai rencontré Carlos et la Productora et de nombreux autres collègues, devenus amis. Deux ou trois ans après, j’ai commencé à travailler avec certains de ces nouveaux amis, comme Jok qui faisait partie de la Productora, Et une chose en entrainant une autre, et bien 20 ans après, la plupart des travaux que je mène, je les mène avec des artistes argentins.


Dans Far South, vous situez votre polar dans la Pampa. C’est un endroit qui semble inspirer pas mal les auteurs hispanophones. Quelles relations avez-vous personnellement avec cet endroit ?

Rodulfo Santullo : Personnellement, je n’ai jamais été dans la Pampa. Mais cet endroit a un côté un peu mythologique, non ? Et il est très adapté à s’y faire dérouler des histoires. Dans Far South, j’ai mixé l’univers des gauchos, du polar et du western. Tout cela ensemble, et avec encore, cette vue latino américaine. Concernant la documentation, il n’y en a pas besoin tant que ça. C’est de la fiction et on est dans des ambiances. Là bas, il n’y a aucun relief, tout est plat et on voit l’horizon à perte de vue. Les seules choses que l’on voit ce sont des vaches. Elles ont été introduites ici il y a 500 ans, pour l’élevage.

Ce qui explique en partie la disparition des indiens autochtones !?
Rodulfo Santullo : Tous n’ont pas disparu. Il y a eu pas mal de mixité entre les espagnols et les populations locales. C’est la réalité de notre pays.

Carlos, dans le Dormeur, votre dessin évoque pas mal une certaine idée de la bande dessinée européenne voire française alternative. Je pense par exemple au stéphanois Aurélien Maury. En connaissez-vous quelques unes et sinon, quelles sont vos références en termes de bande dessinée ou de comics ?


Carlos Aon : Non. On a fait ça il y a huit ans ; Ma principale inspiration a été Horacio Lalia qui était élève d’Alberto Breccia ; J’ai une relation privilégiée avec ce style. J’ai beaucoup de l’école argentine dans mon Background et mon travail, et j’aime beaucoup l’informatique. Je mixe beaucoup les deux techniques : classique et informatique. J’utilise l’ordinateur depuis les années 2000. Je travaille sur papier et je scanne mes travaux que j’assemble ensuite. Je réalise les dessins, puis l’encrage et les couleur sur l’ordinateur. Dans the Sleeper, je voulais donner un aspect un peu Vintage genre vieux Atari.

Est-ce que la question de posséder ou non des originaux est importante pour vous ?
Carlos Aon : J’ai quelques originaux, mais je considère que l’original est le livre. Je m’en fiche un peu d’avoir ou pas des planches originales à proposer. Dans Sleeper, j’ai travaillé avec l’ordinateur pour avoir un look un peu Cyber punk, pour contraster avec la thématique Post-apocalyptique.

J’ai beaucoup aimé votre travail sur les lumières et les ombres, qui apporte beaucoup à votre trait déjà très agréable.
Carlos Aon : On en a parlé. Pour moi, il s’agit de l’école classique argentine : Breccia, Munoz...


Pour finir, je voulais encore vous féliciter tous les deux pour ce roman graphique très réussi, qui instaure un suspense dés le départ, nous embarquant jusqu’à la fin avec délectation, mais surtout, développe un ton mixant agréablement l’univers post apocalyptique souvent très violent avec des relation humaines relativement apaisées. De fait, les « Mad Max » ne sont vus que de loin et la violence interne à ce huit clos ne dépasse jamais certaines limites ; tout en dénonçant quelque chose. C’est du grand art. De fait, on aimerait à nouveau vous lire sur un autre récit. Auriez-vous un autre projet en commun, à tout hasard ?
 
Rodulfo Santullo : On a quelques idées, pour faire une seconde parie de The Sleeper, en gardant certains personnages, pour voir ce qui va se passer ensuite.

Super. Au plaisir donc. Merci beaucoup.
 
FG
 
 

samedi 6 mai 2023

Interview Romane Granger et Valentin Giulli : tout sauf Réalistes !?

Romane Granger et Valentin Giullli font partie des derniers jeunes auteurs à avoir été accueillis au sein des non moins jeunes éditions Réalistes fondées en 2019 par Ugo Bienvenu, Charles Ameline, et Cédric Kpannou. Ils étaient présents à Angoulême ce début d’année afin de présenter leur petits ouvrages 107 x 148 mm à rabats, typiques de la collection N2. Interview pour PlaneteBD.

 

Photo © Franck Guigue, pour PlaneteBD

Bonjour à tous les deux. Merci de me consacrer ce temps pour PlaneteBD. On va commencer par Romane si vous voulez bien, et puis on alternera en fonction. Romane, tu travailles habituellement dans le milieu du dessin animé et as suivi un cursus de graphisme, mais pas spécialement en bande dessinée. Comment es-tu venue à travailler sur ce roman graphique ? Et cela s’est-il fait en parallèle de ton travail habituel, ou as-tu bénéficié d’une « pause » pour cela ?

Romane Granger : non, c’est ça. Ma première formation après le bac était un BTS en Design graphique, même orienté en publicité. Comme j’adorais dessiner, le rêve ultime était de faire de la BD et des films, mais il fallait bien manger. Après, j’ai pu entrer en équivalence aux Arts décoratifs de Paris, option cinéma d’animation (quatre ans), et c’est lors de ma dernière année, qu’Ugo Bienvenu m’a contacté sur Instagram (on a des amis en commun) et m’a proposé de les rejoindre aux éditions Réalistes.

Tu étais sur d’autres travaux et tu as fait une pause ?
Romane Granger : je suis sorti de l’école et ai commencé à réfléchir à une BD. Ce qui est bien dans l’animation, c’est que lorsque l’on a fait nos heures, on touche notre chômage. C’est ce qui m’a permis de travailler sur ce projet.

Et pourquoi pas un film ?
Romane Granger : j’avais déjà l’histoire en tête effectivement mais lorsque Ugo m’a proposé un album… Et puis en termes de budget, c’est une autre problématique.

Ta narration et le sujet de l’histoire sont très maîtrisés et avec un confort de lecture très appréciable, avec une ambiance fantastique ou en tous cas limite surnaturelle, sur laquelle tu joues d’ailleurs. Est-ce que la narration graphique t’as posé un quelconque problème, comparé à tes travaux habituels, ou cela s’est-il fait assez naturellement ? Et cette appétence pour la bande dessinée vient d’où ?

Romane Granger : si j’aime beaucoup la BD, c’est surtout depuis petite le fait de raconter des histoires, mais le découpage a été un peu... difficile. Je me suis posé beaucoup de questions. Je n’avais jamais fait aucune planche. J’en ai profité pour relire l’Art invisible de Scott Mc Cloud, une référence dans le domaine.

Comment travailles-tu ?
Romane Granger : je commence à faire un brouillon sur carnet et après je passe très vite sur ordinateur. Je m’étais posé la question d’un travail plus classique, mais j’ai préféré faire ce que je maîtrise le plus.

La collection des éditions Réalistes est-elle contraignante ou au contraire, t’es-tu retrouvée assez facilement dans ce genre de maquette ?
Romane Granger : Justement, sur ce que l’on disait au sujet de n’avoir jamais fait de BD. Le fait que ce soit un petit format, je me suis vite orienté sur les deux cases par page.

Charles Ameline : c’est marrant parce qu’en fait, à plusieurs moments, elle s’émancipe de ça. Au fur et à mesure, elle s’approprie le format, le code.

Romane Granger : oui, et dés le début je me suis dit, il faut tout de même jouer avec l’objet. Donc au milieu du livre, toutes les cases se font aspirer.

N’est-ce pas le propre de la ligne éditorial des éditions Réalistes que d’aller chercher des jeunes diplômés, qui amènent de la bande dessinée là où on ne l’attendait pas ?
Romane Granger : en tous cas cela donne l’opportunité à de jeunes auteurs de faire de la bande dessinée, sinon, je n’y serais sans doute pas venu.

Valentin Giulli : moi non plus !

Charles Ameline : Pour le coup, le format aide. Contraignant mais moins intimidant. Cela limite les choix.

L’acheteur aussi s’engage moins, non ?
Charles Ameline : pour le coup c’était un truc complètement volontaire. C’est une petite collection qui coûte moins cher, donc populaire, et aussi de se dire « je ne connais pas Romane Granger, mais j’aime bien Ugo Bienvenu, donc, c’est un livre que je peux tester. Une sorte de collection découverte. Comme Pattes de mouche chez l’Association.

Ou BN2 et Sous Bock chez Jarjille !
Charles Ameline : souvent chez les animateurs, ceux-ci ont été tellement formés à copier, qu’ils ont du mal à trouver leur propre voie. Et là, on est plutôt satisfait.


Le choix des couleurs a t-il été entièrement le tiens ?
Romane Granger : il me semble que lorsqu’Ugo m’a fait la proposition, il m’a tout de suite demandé à utiliser de la couleur, parce qu’il aimait bien mes travaux. Le orange/rouge un peu fort évoque l’oubli en l’occurence, ici.

Pour revenir sur l’aspect fantastique, on sent assez nettement une construction en deux partie dans le récit, avec tout d’abord une enquête partant vers le glauque, ou l’horreur ; on s’attend d’ailleurs à des choses un peu horribles… Comment cette idée de perles gérant les souvenirs t’est-elle venue ?

Romane Granger : En fait, ça vient d’une anecdote personnelle. Ca va paraître un peu bizarre. Depuis que je suis petite, j’ai moi-même une formule magique que je pratique. J’ai l’impression que des gens regardent le film de ma vie en continu, et j’ai envie de faire des Cuts (les moments pas sympa) et j’ai cette formule. Je pensais depuis des années à le faire en histoire. Et peut-être qu’un jour, quelqu’un me dirait « ah, moi aussi je fait ça !? ». Ca, ça concerne la formule « Erazed Erazed », mais concernant les perles, c’est venu pendant l’écriture du livre. Pouvoir retrouver les souvenirs sous forme physique... une sorte d’huitre.

Charles Ameline : cette idée venue en cours a influencé la figure du cercle, le fait de ressasser...

Combien de temps as-tu mis pour élaborer le livre ?
Romane Granger : Deux ans. En travaillant à côté. Et vraiment - seulement le dessin - entre cinq et six mois. Le matin je faisais les brouillons dans le métro, le soir les clean à l’ordinateur, le weekend aussi, et durant les périodes de chômage, j’étais aussi à fond dessus.

L’histoire bascule ensuite sur une sorte de dénonciation bien plus « réaliste » au final, posant certaines questions. On reste d’ailleurs un peu estomaqué et choqué à la toute fin. Peux-tu nous en dire un peu plus sur le sujet de fond de cette conclusion, au-delà de la thématique sur les sectes, pour lequel on embarque au départ ?

Romane Granger : sur la thématique principale je me suis un peu posé la question. Le vrai thème, c’est le traumatisme que l’on peut subir dans l’enfance. On comprend à demi mot d’ailleurs que là, il s’agit d’inceste, mais je ne voulais pas que ce soit trop évident afin que chacun puisse y mettre un peu ce qu’il veut, son propre traumatisme. Et la construction de l’identité lorsque la mémoire est remise en question. Lorsque j’ai fait les premières planches, je ne savais pas moi-même ce qu’il y avait dans le coffre. La première version était plus coutre et les questions n’étaient pas toutes résolues. On a eu de longues discussions. Ce qui m’a beaucoup débloqué sur la fin c’est le Pardon de Vladimir Jankelevitch. C’est un livre qu’il a écrit au moment où les crimes nazis allaient tomber dans l’imprescriptibilité. Il parle de comment la mémoire peu créer un pardon qui n’est pas voulu. Et ca m’a beaucoup inspirée.

Quels sont les premiers retours ?
Romane Granger : il est sorti il n’y pas assez longtemps. J’ai eu quelques messages sur Instagram qui m’ont dit qu’ils avaient été touchés.

Charles Ameline : les premiers retours de libraires, comme Aapoum Bapoum disaient que le propos devenait « vénéneux ». J’ai trouvé ça intéressant.

Ca ne met pas la pression pour la suite ?
Romane Granger : je commence déjà à réfléchir à une prochaine BD dans un coin de ma tête.


Valentin, tu as indiqué dans le dossier de presse aimer les contes ; mais je suis surpris que l’on n’y évoque pas Alice au pays des merveilles, car c’est à celui-ci que j’ai assez vite pensé en lisant ton livre. Sans doute cette course effrénée, sans réel but. J’imagine que c’est une histoire qui t’as marquée aussi ?

Valentin Giulli : en fait, j’en ai pas parlé mais ça m’a beaucoup inspiré, et encore plus le Magicien d’Oz. Le passage dans un univers fantastique. Je me suis dis : « ah, ça serait amusant lorsque le lecteur rentre dans le livre, que l’on comprenne que c’est quelqu’un qui va se plonger dans un monde devenant de plus en plus fantastique ». J’aimais bien aussi l’idée de paysages assez inquiétants.

J’avoue avoir été quelque peu déstabilisé à la fin, ne m’attendant pas vraiment à cette conclusion quelque peu ouverte, et assez abrupte. Avais-tu un synopsis très établi, ou l’improvisation, à laquelle tu fais allusion vis à vis du jazz, t’a t-elle surtout conduite ?
Valentin Giulli : alors ça m’intéressait de terminer sur quelques chose comme ça. C’est vrai que je me suis un peu laissé embarquer tout de même et les personnages m’évoquaient des idées. Aussi, au fil du cheminement, je me suis dit que c’était plus intéressant que le lecteur soit un peu déstabilisé. Je me demandais jusqu’où la ligne droite pouvait aller…

Charles Ameline : ce qui est bizarre, c’est que c’est une propre translation du parcours de Valentin. Ce que Sarah voit c’est ce que l’auteur voit, et la conclusion, « quel est le sens de ce voyage ? », c’est la conclusion : « j’ai fait cette bande dessinée ! »

Valentin Giulli : les choses sont venues comme ça et cela m’a permis de mettre au clair de ce que je pouvais me permettre de faire. L’univers que j’ai essayé d’ouvrir (les contes, la science-fiction, la fantasy, le fantastique…) qu’est-ce que j’en retirerai ? Cela va beaucoup m’aider pour la suite.


Tu parles dans la brochure de présentation de ta technique au stylo, sans crayonné la plupart du temps. J’aime beaucoup surtout les première pages introductives ou le blanc se marie à merveille avec les petites zones hachurées. C’est assez peu vu et vraiment séduisant. Cela dit, on apprécie la richesse des différentes techniques, et cela donne encore davantage d’éclat au superbes cases façon gravure comme la page 17, une des premières où l’héroïne pénètre les bois et tombe sur les chasseurs, ou encore les vues de grottes ou de rochers, avant les superbes chevaliers (page 52) et la magnifique planche monstrueuse page 58, qui explose les rétines. Cela m’évoque à la fois Gal (Les armées du conquérant, en faisant référence aux chevaliers, mais aussi Max Cabanes par certains aspects, surtout dans ses vieux travaux noirs et blancs. Je pense aussi un peu aux étranges univers du canard JuanAlberto de José Roosevelt. Connais-tu ces artistes et leurs œuvres ?

Valentin Giulli : alors, je ne connais pas les deux dernières.. C’est assez intéressant ; les espace sous terrains c’est assez fascinant. Les grottes, c’est un environnement en trois dimensions, ça m’évoque un passage dans Kirikou, où il s’enfonce et tombe sur une bête. Michel Ocelot, le conte.. J’aime aussi beaucoup Gustave Doré : la Divine comédie. Ca m’a beaucoup inspiré sur un passage. En mangas, aussi Kenji Mizuchi ou Yoshiharu Tsuge. Je me suis beaucoup amusé en hachurant et en recherchant des textures de reliefs.

Charles Ameline : ces auteurs ont les mêmes références je pense ; tous fascinés par la gravure.


L’univers des chevaliers semble aussi assez mêlé aux univers de science-fiction, avec le goût pour des appareils et cuirasse ou vaisseaux et architectures biscornus. Finalement, on sent une envie de dessiner plein de choses, de l’organique et du métal, différentes matières.. Peut-on dire que cet Horizons magnétiques est une sorte de laboratoire pour toi ?
Valentin Giulli : Vis à vis de l’animation ça permet de chercher des choses un peu différentes ; c’est plus simple de coucher des idées plus détaillées. Ce qui m’intéressait c’était l’intrusion de choses fantasmatiques ; il y a par exemple une ville avec des têtes d’oiseaux. Et le côté limite comme de gros instruments de musique et organiques.

N’est-on un peu dans Druillet, là ?

Valentin Giulli : c’est vrai qu’il y a des trucs assez impressionnant dans cet artiste ; j’en ai surtout lu lorsque j’étais adolescent. Je n’ai pas connu trop tôt.

Pour finir, j’ai été intrigué par ta recommandation musicale de l’album Flamin’Swords de Fievel is Glauque, que je connaissais pas du tout, et j’avoue que c’est excellent. Comment as-tu connu ce groupe, et quels sont les éventuels autres recommandations discographiques que tu pourrais nous faire ?

Valentin Giulli : je l’ai connu grâce à un partage sur Instagram. Le compte était dithyrambique sur cet album, et j’aime bien aussi la pochette. Cela créé un univers autour de la musique. Je conseille aussi un album de Tigran Hamasyan, un pianiste. Très mélodieux, très jazz et en même temps un peu mystique, mystérieux.

Et la scène Jazz plus classique ?

Valentin Giulli : j’aime beaucoup aussi : Bill Evans, Miles Davis, Coltrane ; j’en avais un peu joué au piano d’ailleurs.

Romane, as-tu aussi un style de musique particulier qui t’aide éventuellement à créer ?
Et une ou des recommandations ?

Romane Granger : on a tous les deux fait des playlist pour nos albums. Car on est dans une espèce de frustration, créant en silence. Les deux univers sont un peu aux opposés… Cela dit, oui, j’ai aussi une playlist qui m’a accompagné, mais je suis un peu obsessive et parfois je passe le même morceau plusieurs fois, ah ah.

Charles Ameline : on a fait un livre qui s’appelle Mallavale, (Ugo Bienvenu et Josselin Facon ) dans lequel une bande originale est associée par le biais d’un QR code. Il s’agit des compositeurs World Brain & Musique Chienne.

Merci à tous les trois.

FG 

lundi 20 mars 2023

Sammy Harkham : interview crépusculaire

Sammy Harkham a été révélé au lectorat français en grande partie grâce à son premier recueil Culbutes paru en 2013 chez Cornélius. Par ailleurs, il a aidé à défricher la scène graphique et comics alternative mondiale, depuis début 2000, avec la revue luxueuse Kramers Ergot dont il est le créateur, et a publié quelques livres au sein de sa structure Family Bookstore à Los Angeles, où il réside. Rencontre et discussion autour de son dernier gros roman graphique : Blood of the Virgin (Cornélius éditions)

(Interview pour PlaneteBD réalisé lors d'Angoulême 2023)
© Photo : F. Guigue

 

Bonjour Sammy. Je dois reconnaître que je ne connaissais pas ton travail avant cet album, or j’ai été très impressionné par la qualité de Blood of the Virgin.

Ce roman graphique, non seulement nous propose une très bonne histoire, mais aussi beaucoup d’anecdotes au sujet des ambiance des studios cinéma américains dans les années soixante-dix. Aussi, première question : quelle est ta relation avec cette industrie, et comment ce projet a t-il vu le jour ?

Sammy Harkham : C’est indirect/ C’est davantage un truc de fan. Vivant à Los Angeles, je connais pas mal de gens vivant de l’industrie du cinéma, parce que c’est celle dominante. Pour ce projet, on a décidé de privilégier cette époque des années soixante-dix et comment un personnage comme celui-ci pouvait aller complètement à l’opposé de ce que lindustrie voulait. En fait il va se clacher sur tous les points de vue. Il faut avoir une sacrée force de volonté. Du moment où l’on a une sensibilté artistique, on est malheureusement amené à obligatoirement faire des compromis dans cette industrie.


J’imagine que tu as utilisé pas mal de documentation pour Ça ?

  Sammy Harkham : J’ai échangé avec Joe Dante, mais toutes mes questions étaient surtout concentrées sur la période où il était assistant de Roger Corman. Je lui ai demandé “où se trouvaient les bureaux ? Etaient-ils prêts de lui ? Combien de gars y avait-il ? Combien il les payait ? Aviez-vous vos propre clés ?” J’ai parlé à quelques autres réalisateurs, et j’ai en quelque sorte extrapolé à partir de ça. Je voulais tellement aller loin dans l’histoire, qu’il ne s’agissait pas vraiment de parler du mythe, mais plutôt des idées derrière. Je souhaitais les sentir, au niveau le plus trivial.

Il me semblait que tu avais travaillé comme co-producteur sur certains films, me suis-je trompé ?

Sammy Harkham : Non, pas vraiment, j’ai travaillé sur des petits films, mais je travaillais déjà sur Blood of the Virgin. Et j’ai su que j’étais sur la bonne voie lorsque des producteurs m’ont dit qu’ils n’avaient jamais rien lu d’aussi pertinent sur le sujet. Parce que généralement, lorsqu’un film sort, on nous parle rarement de ce qui se passe réellement sur le tournage, mais si vous connaissez des personnes y travaillant, vous entendez plutôt : “On avait prévu ce gars là à ce poste, mais il a été viré, ou bien, “on avait prévu celui-ci mais il n’a pas été assez bon”. En fait, la presse préfère souvent la mythologie. Prenons l’exemple de Georges Franju, ok ? Ce gars faisait de l’art dans le films d’horreur. Jacques Tourneur, pareil, avec Night of the Demon vous pensez : “Wow, prenez ces gars là et faites les venir à Hollywood”, mais ca ne serait tout simplement pas possible. Et c’est aussi la question principale d’épisodes dans des séries TV, on n’y va pas, parce que ce n’est pas pertinent, par rapport au reste de l’histoire. Il s’agit d’idées automatiques mais ce n’est pas important pour l’histoire.

On remarque des personnages, autour, qui prennent part au récit, qui sont là, puis virés...

Sammy Harkham : C’est toute la question de Turn over. Aussi, lorsque le premier directeur est là, il agit comme un hippie, c’est comme un type de dinosaure, jusqu’à ce qu’il fasse un film d’horreur, et là, il se révèle vraiment bon. Et le public ne pensait certainement pas qu’il était bon. Et du moment où l’on voit qu’il est bon, on n’en veut plus. On ne comprend pas vraiment le rôle ou le but du producteur dans ce cas-là. Que cherche t’il à faire ?


Puis-je te demander quels sont tes meilleurs B Movies ?

Sammy Harkham : Messiah of Evil (Willard Huyck et Gloria Katz, 1973), Shred of the Vampire (Le Viol du vampire, Jean Rollin, 1968), j’adore aussi le travail de Herschell Gordon Lewis (Blood Feast, 2000 maniacs…). Il est très intéressant, parce que c’est un vrai artiste, dévoué à son art.

Tu es le co créateur du cinéma le Fairfax, à Hollywood. J’imagine que l’on peut y voir pas mal de films alternatifs là-bas, me trompé-je ?

Sammy Harkham : Non non. Il y quelques années, le cinéma était à vendre, et il devait être transformé en restaurant ou quelque chose comme ca, aussi, avec d’autres copains on a voulu lui garder son rôle de cinéma. Et c’est un “Repertory cinema” maintenant. (ndlr : C’est à dire un peu ce que l’on appelle chez nous un “Art et essai”, mais où l’on diffuse régulièrement des classiques du patrimoine). Mais je ne suis plus impliqué désormais.

Tu remercies Jordan Crane à la fin du livre. Quelles sont vos relations tous les deux ?

Sammy Harkham : Jordan a été le premier auteur de comics que j’ai été amené à connaître, lorsque j’avais 18 ans. Et il a toujours été le plus aidant pour moi. Il m’a appris, à tout faire, y compris les couleurs, et même scanner proprement des images. Il a toujours été enthousiaste avec moi et d’un grand support amical.

Et pourtant, vous vous êtes fait connaitre, en tous cas chez nous, quasiment en même temps !?

Sammy Harkham : Et oui, deux livres plus tard, “collés pour toujours !” Son livre a pris beaucoup de temps, le mien aussi… En fait, nos univers et nos styles sont très différents, mais nous sommes des amis proches. Et il est toujours un mentor pour moi.

Des chapitres couleur du livre ont été précédemment publiés dans ton fanzine Crickets (auto publication). Peux-tu nous en parler un peu ?

Sammy Harkham : La meilleure façon pour moi de réfléchir ce livre n’était pas en tant que gros livre complet, je ne travaille pas vraiment comme ca, aussi je pensais plutôt à des chapitres, des mouvements à l’intérieur des chapitres. Et publier un comics simple (single issue) n’est pas une décision économiquement simple, et pourtant j’adore le côté artistique de la chose, la couverture, l’intérieur, le lettering, j’aime toute sa forme… Des trucs comme Guest of Honor (Gaiman, 1993), et Dirty Plot (Julie Doucet) ont été des énormes influences pour moi en tant qu’adolescent. Ce format pour moi, est magnifique c’est presque un média. Et à cet égard il est libre, complètement. Tu peux faire ce que tu veux avec. Tout ce à quoi tu penses, tu peux le manipuler pour le rendre personnel. Aussi, comme je voulais l’histoire séparée en chapitres, Kramers Ergot étant une anthologie en couleur, c’est comme ca qu’on l’a fait. Cela m’a pris deux ans pour faire les 24 pages intérieures, parce qu’il me fallait réaliser les couleurs et je ne l’avais jamais fait. Et ce n’est seulement que lorsque j’ai fini ces pages que j’ai réalisé pourquoi. Cela s’insérait très bien. C’était l’extrême opposé (du reste du livre). Il s’agit d’un combat au début, (pour le personnage de Joe, mais comme un Tubbleweed, il continue à rouler toujours dans le bon sens. Et comme un comics, qui se lit de gauche à droite, le personnage principal va toujours de gauche à droite. Et tout ce que les personnages de l’histoire principale essaient de réaliser, ce gars le fait naturellement, à son rythme. 

Ça a été aussi une manière de conceptualiser la ville, car si tu regardes ici (il feuillette l’album, puis montre la 158), la rivière, comme ici, dans son milieu naturel, on peut y pêcher, et bien plus tard tu la retrouves ici, imbriquée au sein de la ville (page 181). Et là, on peut se dire « qu’est-ce qui est arrivé à cet endroit ? Ou est la vallée ? » Je voulais que le lecteur se pose la question de ce qui a changé. Et ce chapitre en couleurs, en « arrière plan », donne en fait pas mal de compréhension du contexte et de l’ensemble de l’histoire. Et cette maison là (il montre à nouveau la page 162, où une pièce de la grande maison où habite le jeune acteur devenu mania, est remontrée plus tard dans les chapitres en noir et blanc, page 304, comme une pièce de la maison où le héros retrouve sa femme).

C’est marrant parce que cette pièce, cette maison, me rappelle le film où l’on trouvait cette vieille actrice déchue du muet.

Sammy Harkham : Sunset boulevard !?

Oui, c’est ça : Boulevard du crépuscule, merci !
Sammy Harkham : C’est comme un homme dans son château. Ce personnage est un peu en dehors. On est d’abord à se dire, « oh, c’était juste un Cow-Boy et il a réussi ! » Et puis tu vois qu’à la fin, il y avait un prix pour cela. Il y a eu un retournement. Oui, c’est triste à la fin.




















Quels sont les auteurs que tu pourrais nous recommander ?

Sammy Harkham : Lorsque je pense à des oeuvres satellites de mon livre, je pourrais citer Charles Willeford, mais en contemporains, j’adore David Amram ; il est francais, je l’ai publié dans Kramers Ergot. Sinon : Abramah Diaz, de Mexico : fantastique ! Colin Wilson aussi...

As-tu des contacts avec des producteurs, pour adapter Blood of the Virgin ?

Sammy Harkham : Oui. C’est un projet sur lequel je travaille depuis deux ans. Tu sais, travaillant à Los Angles, je suis très au courant du procédé...Et si un réalisateur est intéressé, ça sera ok pour moi, même s’il le fait à sa sauce, je ne suis pas focus dessus, ça ne change pas ma vie de tous les jours. Mais je n’ai pas plus d’info à te donner pour l’instant officiellement.

Merci beaucoup Sammy pour le temps consacré et ta gentillesse.

(Et nous nous sommes quittés dans le crépuscule d'Angoulême, moi partant à gauche avec le badge professionnel de l'auteur, l'ayant confondu avec le mien lors de nos échanges, et lui vers la droite disparaissant dans la foule...) 


jeudi 23 février 2023

Nous les Selk'nams : interview avec Roberto Elgueta

Si vous voulez en savoir plus sur les #SELKNAMS et surtout comment ce superbe livre édité chez ILatina a été réalisé, c'est par là :

InterviewPlaneteBDRobertoElgueta

 Merci à Roberto et Thomas Dassance, pour ce moment très sympathique et agréable.


 Photo : © Franck Guigue

Et ma chronique du livre :

jeudi 5 janvier 2023

Une mer à boire très digestive, ou un Blutch très Bergmanien.

Un nouvel album de Blutch est toujours attendu avec impatience, tant l'auteur sait nous étonner. Un style graphique au trait charbonneux, des scénarios souvent étranges, et un goût de partage pour une passion cinéphile et la Bande dessinée.
Lorsque celui-ci paraît chez une (relativement) petite maison d'édition strasbourgeoise, nommée 2024, plutôt que Dargaud ou Dupuis, les habituelles, on se demande bien ce qui va en ressortir... Et voilà un bel album libre comme le vent, libre comme un Blutch tel qu'on l'aime. 
Premières impressions :   

"Traversant Bruxelles-City d’un pas hésitant, ignorant les conseils d’un vieux sage, B cherche A. Garçonne, venue en calèche, sourde aux avertissements d’une comparse de voyage, A cherche B.
A l’Hôtel Métropolis, A se cacherait sous le doux nom d’Incartade.
B, enchaîné à un poteau, capturé par des Indiens de cinéma, ne peut que la voir s’échapper à l’horizon.
Leur quête se poursuit jusqu’à ce qu’ils se retrouvent..."

Voyage en Absurdie, embarquement immédiat !

Lire Blutch, c’est laisser ses certitudes de côté, c’est accepter de rentrer dans un jardin aux plantes géantes, comme celles du jardin fantastique de Raymond Poivet et déambuler dans un film où rien n’est joué. L’auteur lui-même fait référence à Fellini et Roma, et on pourra évoquer aussi Mort à Venise de Visconti, ou bien les ambiances fantastiques du Drôle de paroissien de JP Mocky.
Ce qui amuse et rassure en même temps, ce sont les clins d’oeil voire les sparadraps (façon capitaine Haddock) laissé par Blutch dans ses récits, tels ses allusions aux westerns et au cinéma, encore, comme ces invitations de sauvages dans un parc transformé en grand ouest et ce Cowboy de pacotille, vite cloué au pilori (au poteau de torture), pour un jeu sexuel au grand final.

Du mouvement, du relief, toujours !

L'Aventure, c'est l'Aventure !
Dans le western, on retrouve bien de vieilles histoires crées dans Fluide Glacial, mais il y a aussi Blain, contemporain, dont le Gus au grand nez pourrait évoquer ce sexe masculin en érection, tendant le fil permettant à sa femme de rêve de le rejoindre.
La Mer à boire se déroule comme une course, et dés le début, on s‘essouffle pour grimper sur les hauteurs d’une Bruxelles imaginaire, ressemblant davantage à un rocher de Monaco, ou Manara dans toute la splendeur d’un Jour de colère resurgisseant par le biais de son héros Giuseppe Bergman, sans cesse cherchant l’aventure aux coin de la rue.
Histoire de couple certes, mais encore hommage au médium bande dessinée, qui permet tout, où l’on ose tout. On aime jamais autant Blutch que lorsqu’il nous perd avec lui dans ses évocations sentimentales perturbées. D'ailleurs, depuis Vitesse moderne, publié dans la collection Air libre, avait-on vu autant de liberté chez lui ? Une mer à boire, qui passe bien comme digestif finalement. Un grand cru.

FG

La mer à boire, par Blutch
Éditions 2024 (25 €) - ISBN : 978-2-383870-34-0 


Lire l'interview réalisée à Angoulême samedi 28 janvier 2023 :

https://www.planetebd.com/interview/blutch/1445.html#image

© Photo : F. Guigue



lundi 6 février 2017

Le building, de Will Eisner, version 2004

 En Janvier 2004, alors que Will Eisner est invité d'honneur au festival d'Angoulême, un spectacle adaptant son roman graphique "Le Building" est donné au théâtre municipal.

Une soirée magnifique et mémorable, d'autant plus qu'à l'entrée, un exemplaire d'une édition limitée à 3000 exemplaires, spécialement éditée pour l'occasion, était remis aux spectateurs.

Souvenirs...










L'affiche, d'époque.


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Quatrième de couverture

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