mercredi 13 juillet 2022

Village du livre en cote roannaise : 20 ans de passions (partagées).



Samedi soir 02 juillet, le Village du livre d'Ambierle réunissait ses fidèles adhérents et amis au restaurant le Lancelot, afin de fêter ses vingts ans d'existence. J'y étais et ai passé un très agréable moment. Cette association, née en 2002 sur le modèle des villages du livre existants en France et Belgique, a été créée par Jo Taboulet, Nathalie Berthel, alors libraire à la librairie Forum de Roanne et Christine Kibkalo, travaillant à la poste de Saint Romain la motte, et bénévole à la bibliothèque communale jouxtant ces locaux . L'époque était au derniers feux du festival de science fiction créé par Jo 25 ans plus tôt à Roanne, et c'est dans ce village de St Romain, au dessus de Roanne, que ces trois-là ont fait germer une idée. Quelques animations autour du livre, de la bande dessinée et de la SF, passions de Jo, y ont en effet été organisées, avec entrain et bonne ambiance, et j'ai eu pour ma part l'occasion d'y être associé avec l'association locale de bande dessinée Ikon & Imago, créée seulement deux ans auparavant. Nous étions d'ailleurs présents aux dernières éditions (2000-2001) du festival Rhône Alpes SF, ce qui nous a permis aussi d'inviter le dessinateur et ami Reed man, figure du fanzinat comics punk régional rencontré à cette époque à Angoulême. Avec les amis dessinateurs dont Christian Chavassieux, Olivier Paire, Patrick Biesse, Rob Ellias, Cédric fernandez, Thibaut Mazoyer, nous avons participé aux premières manifestations qui allaient devenir les marchés du livre. C'est à ces occasions que j'ai entre autre fait la connaissance de Michel Jacquet, collectionneur de bande dessinée de Villerest, qui allait devenir une cheville ouvrière de l'association et créer ensuite, avec son collègue dessinateur Serge Prudhomme,(alias Deloupy), la structure d'édition indépendante associative Jarjille, après son déménagement sur Saint-Etienne. Malheureusement, l'expérience Saint-Romain-la-motte fit long feu, comme l'explique Jo Taboulet dans la brochure épaisse qu'il a publié avec l'aide de l'association ce mois de juillet ; la structure devant s'expatrier Ex abrupto à Ambierle, village de caractère, où finalement, la municipalité accueillit bien plus chaleureusement l'idée d'un village du livre que sa voisine.

De mon côté, ayant aménagé de Roanne vers la campagne renaisonnaise en 2000 (village situé au bas de la côte roannaise, et allant jusqu'à la plaine), je me suis impliqué dans le milieu associatif local, intégrant le bureau du conseil de parents d'élèves FCpe, puis étant élu au conseil municipal en 2008 dans l'équipe de Jacques Thirouin, travaillant entre autre au sein de la commission culturelle. Démissionnant l'année suivante, pour raisons de santé, et alors que parallèlement Ikon & Imago venait d'être dissoute un an plus tôt, nous avons créé avec l'association FCpe de parents d'élèves locale, un festival de bande dessinée sur Renaison. Il faut dire que la municipalité était particulièrement favorable et motivée. De 2009 à 2010 eu donc lieu "RenaisonBD", réussite qui apporta une nouvelle dynamique sur la côte roannaise, donnant une certaine envie à Ambierle pour prendre le relais lorsque la flamme (et les finances) s'éteignirent dans notre propre association. De son côté, le village du livre avait du en effet traverser quelques soubresauts au sein de son équipe, mais a su se repositionner depuis, réussissant ainsi à mettre sur pied son propre festival BD, issu des marchés du livre (et SF) en 2011. Festival dont j'ai rejoint l'équipe - qui venait de changer- à l'occasion de sa dixième édition en 2020 (à une année juste près, on ne va pas chipoter), année d'invitation de inénarrable dessinateur Serge Clerc, originaire de Roanne, pour une exposition rétrospective inédite au Château de Beaulieu à Riorges, qui donna lieu à quelques dérapages ayant marqué les mémoires. Et pour être tout à fait clair, malgré ce qui est écrit dans le livre souvenirs de Jo (accompagné de quelques témoignages), ce n'est pas moi, commissaire de l'exposition, et à l'origine de son invitation, qui ai choisi de ne plus parler à l'artiste au final, mais lui, et définitivement, s'étant senti pas assez bien traité apparemment. Et oui, Ambierle n'est pas Paris, ni Nérac, ni Perpignan, les moyens ne sont pas les mêmes, et une vedette se reconnait, je pense, autant à son talent qu'à son humilité, ce qui était assez loin d'être le cas. Restez une semaine complète avec l'individu, et vous jugerez sur pied. (Et l'on m'avait pourtant bien averti). L'année suivante, c'est avec une non moins grande fierté que j'étais à l'initiative de la venue du grand Enrique Breccia, l'un des plus grand artistes "classiques", auteur- dessinateur argentin, résidant en Italie depuis une poignée d'années et édité en France par les éditions Ilatina. Il vint "accompagné" par l'autre transalpin Lele Vianello, ami d'Hugo Pratt, que les éditions Mosquito, par le biais de son créateur Michel Jans, nous permirent d'inviter. Deux invitations étrangères et deux éditions particulièrement goûteuses, sans parler du reste des affiches. Bref, un engagement presque continu au service de la Bande dessinée au long de ces vingt dernières années, en parallèle de l'ami Jo.
Vous retrouverez ces souvenirs et bien d'autres, tout en couleur et archives, dans la publication de Jo Taboulet, même si ces explications et précisions me concernant méritaient d'être écrites.

FG 13/07/2022.

Vingt ans d'histoire (s) du village du livre. 2002-2022 Saint-Romain-la-motte - Ambierle.
Village du livre d'Ambierle éditions
ISBN : 9782957859825
84 pages couleur. Format A4 dos carré collé. 10€.


L'équipe de Renaison, fière.

samedi 2 juillet 2022

Elvis, 2 h 40 de bonheur.


Jeudi, soir, je suis allé voir en VO le film Elvis, par Baz Luhrmann.
2h40 de la vie du King, ce gosse de Tupelo, sud, des USA, né le 08 janvier 1935, qui va trainer une partie de son enfance dans les quartiers noirs, s'imprégnant de cette culture si différente alors. Sympathisant avec la crème des musiciens de Memphis et des environs, il sera découvert par le label Sun Records, publiant de la Race music, qui touchera le jackpot en vendant la recette du Rock'n'roll blanc. Jusqu'à ce qu'un arcandier, le "colonel" Parker, renifle la poule aux oeufs d'or...Tom Hanks joue à merveille ce bonimenteur expérimenté, qui a réussi à pourrir littéralement la vie d'une des plus grandes - sinon la plus grande - stars que l'on ai jamais connues, tout en montant un empire de fric autour de lui.

AustinButler, le jeune acteur qui interprète notre idole, et malgré (ou à cause ?) son faciès d'ange, a ce quelque chose qui fait que l'on a envie de croire en lui, et apporte toute la richesse émotionnelle et la tension dont le personnage avait besoin, en face d'un Tom Hanks grossissant, vieillissant et gagnant (ou perdant, cela dépend) en influence.

Côté musique, certains morceaux sont vraiment interprétés par l'acteur, tandis que de vraies archives sont immiscées, mais surtout à la fin et que des remixes ou adaptations modernes parsèment la bande son, afin de ne pas complètement perdre les éventuels jeunes publics qui s'y seraient risqué. On apprécie particulièrement les "coulisses" du "1968 Comeback Spécial", présenté comme si ce programme TV n'avait jamais du exister ainsi (une tromperie, vis à vis du colonel, par de jeunes producteurs que le king déboussolé est allé chercher), et l'archive grandiose d'une des toutes dernières prestations du King en 1977 à l'hôtel international de Las Vegas, jamais vue. Émouvant.
Une réussite.



jeudi 30 juin 2022

Une étude en émeraude : petit bijou One shot (et Assassin's Creed Valhalla)

Ayant reçu un paquet de la toute nouvelle maison d'édition Black River, (en fait 52eme structure d'Editis spécialement dédiée aux comics), je me devais d'en faire un retour. Le voilà :


Londres milieu du 18eme siècle, un célèbre enquêteur reçoit un soldat blessé en Afghanistan pour co-louer l'appartement de Baker Street qu'il occupe. Tous deux sont alors embarqués par le commissaire Lestrade dans une affaire sordide : l'assassinat grotesque d'un ministre allemand - cousin de la famille royale - en visite. L'étrangeté étant que sa difformité monstrueuse et le liquide vert s'échappant de son corps découpé ne semblent déranger personne...Encore plus étrange : la visite à la reine Victoria, très embêtée de cet incident diplomatique, établit très clairement qu'elle aussi fait partie des "Grands anciens". Le duo ne va pas tarder à mettre la main sur le suspect principal, mais...


N’en révélons pas trop. Ce comics, adapté de la nouvelle de 2003 du grand Neil Gaiman, mixant univers Holmesien et Lovecraftien, considéré par l'auteur de Sandman comme un hommage de fan aux univers de Conan Doyle et Lovecraft a obtenu une poignée de prix, dont les prestigieux Hugo, Locus et Bram Stocker Awards en 2004. Son titre étant lui-même un hommage au récit de Sherlock Holmes : A Study in Scarlet. L'intelligence et la grande classe de l'auteur réside dans sa faculté à nous mener en bateau dès le départ, et jusqu'au bout, donnant à ses 72 pages, complétées par dix de bonus graphiques, tout le charme et l'attrait du meilleur du comics alternatif. 

 
Pour ceux suivant Neil Gaiman, nul doute que ce récit superbement troussé et au rebondissement malicieux n'aura pas été omis depuis sa publication DarkHorse en 2018 ; pour les autres, il ne faudra pas manquer cette belle adaptation française. D'autant plus que le dessin exquis de Rafael Albuquerque, déjà apprécié, entre autre sur American Vampire ou encore Batman année zéro, sert superbement les ambiances du vieux Londres fantastique. Les couleurs douces de Dave Stewart apportant la touche si typique du label Dark Horse, réceptacle original du comics. Un grand petit comics, et l'un des meilleurs titres, sûrement, du tout jeune catalogue Black River.
"Incontournable, mon cher Watson !?"

FG


Une étude en émeraude
Neil Gaiman et Rafael Scavone, Rafael Albuquerque Dave Stewart
Éditions Black River (14,90€) - ISBN : 9782384260010

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Assassin's Creed Valhalla : le chant de gloire

Prequel du célèbre jeu Ubisoft, ce comics Viking tout en fureur se lit avec une certaine saveur.

En Norvège au milieu du IVeme siècle après JC, la guerrière Viking Eivor sauve un clan d'une attaque, pensant gagner les faveurs de son père le roi Styrbjorn. Elle lui ramène d'ailleurs une esclave chamane, prétendant posséder des pouvoirs magiques et pouvoir lui apporter fortune. Mais alors que son frère se bat de son côté dans les steppes de l'est pour trouver une épée en acier trempé, leurs destinées à chacun vont être bouleversées...

Si l'on rentre un peu sceptique dans ce bel album, à la couverture réalisée par Karl Kopinsky, c'est parce qu'habituellement, les adaptations de licences de jeux ne sont pas connues pour donner les meilleurs récits dessinés. Et pourtant, très rapidement, on se prend à suivre la fougue de ces personnages avides d'aventures et de combat. Alors certes, il ne faut pas chercher ici de scénario trop littéraire, mais on apprécie la recette efficace entre les dialogues plutôt "modernes", les intrigues croisées et un suspense juste ce qu'il faut. Le dessin agréable de Martin Tunica faisant le gros du boulot, rehaussé par les couleurs adaptées et plutôt douces de Michael Atiyeh. Pas encore de drakkars dans ce tome-ci, mais de belles haches et épées tranchantes !  Un récit tout à fait correct, et donc à suivre, pour tout amateur de saga Viking...

 

Assassin's Creed Valhalla : le chant de gloire
Cavan Scott, Martin Tunica, Michael Atiyeh
Éditions Black River (14,90) - ISBN : ISBN 9782384260072


Les éditions Black River "aux limites de l'imaginaire" ont aussi publié en mai Magic, que j'ai assez peu gouté à mon niveau, n'étant entre autre pas gamer, et malgré une superbe couverture et des dessins très sympathiques. (Ou alors, c'est que je suis trop vieux ; ça doit être ça.) Elles annoncent par contre de bien belles choses à première vue pour la suite :

A Walk Through Hell de Garth Ennis et Goran Sudzuka
Far cry : Rite of Passage de Bryan Edward Hill, Geraldo Borges et Michael Atiyeh
et The Division : Extremis Malis de Tom Clancy

> Avec ces trois prochains titres, il semble que le label s'autorise à évoluer vers des rivages comics "adulte" un ton au dessus. On  ne peut que s'en réjouir. 

Restez donc connecté(e)s !

 

lundi 20 juin 2022

They Only Find Them When They're dead : les voleurs

Cette seconde partie d'un Space Opera ambitieux et original pâtit d'une lecture un peu ardue, avec de nombreux flashback et forward.

En 2376, le Delta Rides, vaisseau nécrospique (dont le travail est de découper au laser des Dieux morts flottants dans l'espace) découvre un dieu en train de mourir. Il s'agirait de Georges Malik, capitaine du Vihaan II, présumé mort en 2367. Que faire ?
2414, un vaisseau privé transportant l'ambassadrice Marlyn Chen accoste la Balise Sagan, station isolée, afin de récupérer Naomi Geller, garde du corps qui doit accompagner l'ambassadrice vers L'envolée de Malik, colonie rebelle s'étant constituée autour du corps du dieu géant et lui vouant un culte fervent. L'idée est de proposer d'ouvrir la colonie aux pèlerinages de manière bien plus évidente et commerciale. En réalité un complot terroriste, stratagème pour accéder au dieu et le "dérober". Mais... qui terrorise qui ?

Si ce second tome, comprenant les chapitres 6 à 10 originaux, apporte un certain nombre de réponses et d'éléments au premier tome ayant introduit la série, génial scénario mettant la rareté des matières énergétiques au cœur de son récit, mélangeant matière organique deique et consommation courante, il est un peu compliqué de le suivre.
Al Ewing procède en effet en incessants bonds narratifs, dans le passé ou le futur, pour revenir au présent ; et si ce procédé apporte une matière, un certain sérieux à un récit de science fiction habitué du genre, cela reste déstabilisant, et nécessite plusieurs (re)lectures. Quoi qu'il en soit, l'intrigue progresse, amenant une couleur davantage politique, entre milieux sectaristes "malikistes", défendant la protection de ces dieux, et le reste d'une société ne dédaignant pas les découper en morceaux comestibles, économie de rareté oblige. Ajoutant au passage de tierces protagonistes, louvoyant au milieu de tout cela, afin de garder le pouvoir global. Le dessin entièrement numérique et assez bluffant de Simone Di Meo, usant intelligemment de couleurs spécifiques pour chaque passage temporel, permet de ne pas sombrer, participant à la réussite d'un comics pourtant exigeant. Un tome violent, compliqué, mais restant tout de même accrocheur grâce à un scénario très original.

FG

They Only find them when they're dead tome 2 : les voleurs.
Al Ewing, Simone Di Meo.
Éditions Hi comics (18,90) – ISBN : 9782378872892

Lire la chronique du tome 1


 

lundi 6 juin 2022

Teuk Shadow, que d'eau... et des Gangsters qui roulent !

Remis la main par hasard sur l'épisode 2 de cet excellent mini comic roannais réalisé "à la maison" en 2015 par Pétélus, alias Olivier Paire, où l'eau est un élément principal du décor (et même des protagonistes) (chut !...)

J'écrivais dans une précédente note consacrée à ce "vieux" héros ninja philosophe que je parlerai de ce tome 2, qui avait été "oublié" dans ma bibliothèque, coincé entre deux autre petits comics. Cela est chose faite depuis mai 2022 sur le site de gestion BDovore, où toute ma collection est répertoriée, et où dorénavant, ces comics auto-édités sont référencés (et nulle part ailleurs à ce jour).

Ci-dessous, quelques images montrant les comics de près, avec leur spécificités, à savoir : 

 

 

 

Vol 1 (2014) : 22 pages lecture sens japonais, couverture intérieur identique à la jaquette (moins la couleur). > nb : une réédition le proposera en sens français, et avec bulle sur couverture, comme les deux suivants. 

Vol. 2 (2015) : 32 pages sens de lecture classique, et couverture intérieur comprenant un dialogue en sus par rapport à la jaquette couleur.

Vol. 3 (2020) : 40 pages sens de lecture classique, et couverture intérieur comprenant un dialogue en sus par rapport à la jaquette couleur.

 

 

A noter : Olivier est sur le vol. 4, qui devrait paraître d'ici la fin de l'année si tout va bien, et on espère qu'un recueil (chez un éditeur ?) proposera l'intégrale de ce que je considère comme le summum de ce que cet auteur ami est capable. Impensable en effet de ne pas le voir en rayon de librairie !

L'auteur dessinateur mais aussi scénariste annonce par contre la parution prochaine de son long récit de Gangsters (1), en compagnie de l'autre roannais Cédric Fernandez, au dessin, d'après Storyboard d'Olivier (et là chez un nouvel éditeur...). Hâte !

(1) Récit de Gangsters dont j'avais déjà traité en 2014, lors de sa conception.
http://1oeilsurlegalet.blogspot.com/2014/09/olivier-paire-la-gash-dun-heros.html



mardi 17 mai 2022

Nexus omnibus tome 1 : un rêve devenu réalité

Début années 2000, l'ami Reed man (Organic comics, rencontré à Angoulême), me fait découvrir si je me souviens bien, Steve Rude. Je ne sais plus à quelle occasion c'est, mais bing, en 2003, un beau petit comics Semic parait, mettant le héros Nexus en lumière. Superbe dessin, et scénario pas top mal, mais sans plus, que j'ai chroniqué à l'époque dans notre fanzine Onabok en faisant ressortir le manque de traductions françaises à l'époque ayant pu resituer le contexte de l’œuvre originelle pourtant bien accueillie outre Atlantique. A la même époque, je complète avec un Thor Roi des orages chez Semic, The Moth special en VO, bon petit titre permettant d'abonder sur Steve Rude à nouveau, ajoutant entre temps Un monde à part, un tryptique Batman Superman paru en 1990 chez Comics USA. Puis, ensuite... pas grand chose. C'est pourquoi, à moins d'avoir suivi de très près le dessinateur en VO ou l'avoir guetté dans quelques publications françaises comics ça et là chez Panini, difficile de se faire une idée de la réelle qualité du bonhomme et de sa série Nexus créée avec Mike Baron en 1981. Les éditions Délirium, comme à leur habitude, nous gâtent donc avec la parution de ce premier Omnibus débutant l'intégrale en français de cette série Space Opera typiquement eighties, qui avait échappé jusqu'alors aux lecteurs français ne lisant pas de VO.

Année terrestre 2481 : Ylum, l'une des deux lunes tournant autour de la planète Marlis. Dans les sous-sols aménagés de cet astre, vit un homme aux pouvoirs étranges, se régénérant dans un bain sous cloche lorsqu'il est prit de malaises. A l'intérieur de cette solution extraordinaire, il rêve et ces rêves lui ordonnent des missions vengeresses. Horatio Hellpop, dit Magnus, règne sur une population qu'il a sauvé au fil du temps, d'esclavagistes ou de tortionnaires. Qui est-il vraiment et d'où vient-il ? Nul ne saurait vraiment le dire, à part Sundra Peale, observatrice venue sous couverture journalistique, qui gagne sa confiance et se fait expliquer son histoire familiale. Ses malaises remontent à l'âge de neuf ans, et bien qu'un drame marque sa séparation d'avec ses parents, rien n'explique leur provenance, ni la présence d'antiquités aux tréfonds d'Ylum, que Nexus protège et craint en même temps. Ce sera un des objets de lutte des différents protagonistes croisant sa route au long de ce premier tome. 


423 pages présentées façon Omnibus américain, dans un épais volume cartonné couverture satinée dos rond, comprenant 102 pages noir et blanc et le reste en couleur, voilà pour la présentation physique. Tout commence avec les premiers épisodes nous présentant Nexus, et les manigances de vilains désirant appréhender l'origine de sa puissance. Si l'on s'engage légèrement à reculons dans ce pourtant attendu premier volume - les pages noir et blanc pourtant agréables ne soutenant que peu la comparaison avec celles en couleur - il faut reconnaître une mise en bouche suffisamment originale et étrange à cette histoire pour abonder, d'autant plus que les belles couvertures des comics originaux, faisant office d'inter chapitre, brillent aussi de mille feux Pulp et nous alpaguent. Steve Rude, dessinateur dont on sait la classe du travail et combien il est devenu "bankable" depuis 1981, commençait tout juste alors, et déjà il marchait dans les traces d'un Russ Manning. Trait souple, encrage onctueux et un certain sens de l'épure participent du charme opérant sur le lecteur découvrant son oeuvre de base. Les couleurs de Les Dorscheid, sur la majorité des épisodes, ajoutant la touche typique de ce comics parmi les plus significatifs et funs de ces années quatre-vingt que l'on ne finit pas de redécouvrir.

Si Steve Rude nous charme, comme peuvent le faire d'autres talents tels Dave Stevens, Mark Schulz, ou bien encore Jaime Hernandez, pour rester dans cette génération d'auteurs au trait souple, le scénario de Mike Baron fait preuve d'une belle inventivité. Aussi, c'est à un mix de 2000AD, la revue culte SF britannique, à laquelle on pense parfois, dans l'irrévérence et le rythme, tout comme aux Tortues Ninja du duo Kevin Eastman - Peter laird, et au moins aussi à American Flagg, d'Howard Chaykin, peut-être pour l'humour et les scènes de combat (superbes épisodes dans le monde bol avec le Blaireau, un anti super héros improbable de beaufitude). Mais ne nous y trompons pas, cette dernière référence partage aussi une vision politique avec Nexus, nous gratifiant au passage d'une réflexion sur le pouvoir, l'amitié et la confiance, assez rare. Auquel s'ajoute une beau suspens de recherche des origines, sous couvert de fouilles archéologiques, élément fantastique dans un comics de Space Opera où la sensation de bien-être surpasse les situations les plus noires. Tout le talent du duo Mike Baron - Steve Rude, que l'on a hâte de retrouver dans un tome deux, puisque l'action est en cours et que le dessinateur n'a pas encore révélé le summum de son talent.
Nexus est exaltant et fun, et les éditions Delirium nous le servent sur un plateau d'argent, avec une belle introduction du traducteur Alex Nikolavitch et deux épisodes bonus. Un rêve devenu... réalité.

FG

Nexus Omnibus tome 1
Mike Baron et Steve Rude.
Éditions Délirium (39 €) - ISBN : 978-2-493428-02-8


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