dimanche 18 septembre 2016

Bliss et Valiant : une belle histoire, un peu sombre...

Valiant et Bloodshot reborn t1
Jeff lemire; Matt Kindt/Paolo Rivera, Joe Rivera
Jef Lemire/ Mico Suayan; David Baron
Bliss comics
Avril 2016

The Valiant traite du combat épique qui depuis dix mille ans associe Gilda Anni-Padda, le guerrier éternel, et l’Ennemi éternel, une entité monstrueuse qui massacre tous les géomanciens, les gardiens de ce monde, afin d’amener les ténèbres et la discorde.
Gilda l’a déjà combattu trois fois au cours des siècles précédents, et trois fois il a été vaincu.
De nos jours, le mal revient, et s’attaque à la belle et jeune Kay, la nouvelle géomancienne. Mais une équipe constituée de Gilda, Ninjak, Bloodshot, Xo manowar et Kay se forme afin de vaincre une bonne fois pour toute le mal absolu aux multiples visages.

The Valiant a paru en même temps que Bloodshot reborn. Ce sont deux des premiers titres lancés par le nouvel éditeur Bliss comics dont on a parlé en Juillet ici-même, à l’occasion de la chronique d’un autre titre : Divinity.

The Valiant ©Bliss comics/Lemire/Rivera


Ces titres prennent la suite des autres comics de l’éditeur original Valiant américain lancés par Panini quelques temps plus tôt, où l’on avait pu entre autre faire la connaissance de Bloodshot, Ninja et Xo Manowar. Bloodshot est Raymond Garnison, un guerrier façon GI unique dont le corps et l’esprit ont été trafiqué médicalement, par le projet Rising spirit. Il doit vivre avec un réseau de robots miniatures : les Nanites, intégré à son système corporel qui le rend quasiment invulnérable et surtout auto réparateur. Physiquement, il est peint de blanc, ses yeux sont infectés de sang, et il porte un très gros rond rouge sur le torse. Il tombe dans cette histoire amoureux de Kay, qui finit pas se faire tuer au final par L’Ennemi éternel. Cependant, Kay, avant de rendre l’âme, grâce à son pouvoir et par amour, débarrasse Bloodshot de ses parasites.
Ce récit, magnifiquement dessiné par les frères Rivera, nous plonge dés les premières pages dans une ambiance fantastique et morbide superbement rendue, dans des décors antiques de l’Amérique du sud. On passe ensuite à la période scandinave et Vikings, avant d’arriver de nos jours et faire connaissance avec l’équipe qui va tenter d’enrayer la malédiction.

C’est un superbe manière de découvrir l’éditeur Valiant et la plupart de ses héros. Action, émotion et graphisme au top sont au rendez-vous.

Les évènements narrés dans Blodshot reborn se déroulent quant à eux juste après ceux de The Valiant, et mettent en scène un Bloodshot retourné à la vie civile, dans une petite bourgade. Là, Raymond Garnison essaie de vivre avec son passé, et la mort de Kay, qui le hantent.  Mais malgré son état psychologique défaillant, il va être obligé de revenir à l’action, à cause de nombreux meurtres commis par des hommes apparemment fous, grimés comme Bloodshot et habités semble t’il aussi par des nanites. Celui-ci est aussi poussé par d’étranges apparitions fantomatiques de Kay et d’un petit personnage sidekick un peu taré, émanation de sa psychique. Jusqu’où tout cela va t’il le mener ? (…)
La déchéance de cet homme brisé est magnifiquement décrite, tant par le scénario de Lemire que par le trait somptueux de Mico Suayan et  les couleurs de David Baron. Un  premier tome sombre, émotionnellement fort, et au suspens tendu.

D'autres nanites ? ©Blisscomics/Lemire/Suayan



lundi 12 septembre 2016

Festival BD d'Ambierle 2016 : ça roule (en Porsche vintage)

Samedi et Dimanche, malgré le nombre impressionnant de manifestations culturelles sur le roannais, beaucoup d'amateurs de tous âges ont retrouvé le chemin de la salle des sports du village du livre.
Il est toujours agréable de se balader dans les ruelles et aux abords vinicoles de ce petit village classé de la côte roannaise, et c'est sûrement ce qui motive  chaque année des dessinateurs de renom à venir, et en retour :  les visiteurs. 
Cette année, ils étaient ceci dit un peu moins nombreux (650 me glisse t'on à l'oreille de source sûre), mais l'afflux à la table de Franck Margerin, l'invité d'honneur, ne s'est pas interrompu sur les deux  jours. Les libraires ont aussi bien vendus semble t'il.
Pour ma part, Dimanche après-midi, après avoir salué les amis artistes présents, dont la fine équipe de la revue Guère épais dont on fêtera prochainement le numéro 10, et remarqué un cosplay assez réussi du Garde républicain sur le stand de Christophe Henin, (ainsi que ceux de l’éditeur Montbrisonnais de manga ED éditions(1) il a été temps de faire un rapide tour des bouquinistes. Toujours le même plaisir de pouvoir tenir entre ses mains et découvrir des éditions anciennes voire originales… Puis je me suis octroyé un long moment avec Vincent Pompetti.

Vincent Pompetti © FG
On a déjà eu l'occasion de parler ici de cet excellent dessinateur*, repéré avec "La Guerre des Gaules" (en collaboration avec Terek, 2 tomes, Tartamudo 2012-2013) qui s'est mis au scénario, et de quelle manière, avec son superbe album de Sf « Les anciens astronautes" (Tartamudo, 2015). 

Vincent Pompetti travaille quasi exclusivement pour ce petit éditeur, et ne manque pas de verve et d’enthousiasme lorsqu’on l’interroge sur son projet personnel de science-fiction. 
Après un premier volume one shot dont les premiers 1500 exemplaires  ne vont pas tarder à être épuisés, Vincent annonce une suite, qui trouvera sa réalisation dans le titre de série « Constellations », et une édition participative sur Ullule, vers début Octobre. (Suivre son actualité sur son site(2) )
C’est la très bonne nouvelle du week-end, puisqu’on avait beaucoup apprécié l’univers onirique et philosophique de ces « Anciens astronautes » (mais si modernes pour les lecteurs d’aujourd’hui !),et ses personnages si attachants.
Tandis que Tartamudo annonce sur son site une intégrale de la Guerre des Gaules.(3)
1er tome de la GDG, et ex libris Anciens astronautes. ©V. Pompetti/Tartamudo

Vers 16 h 28, la queue devant le stand de Frank Margerin s’étant réduite à un seul dernier amateur, et l’heure de repartir ayant sonnée pour notre rockeur au coeur tendre, c’est le moment que j’ai choisi pour lui faire signer une vieille photo rigolote contenue dans le « Radio Lucien » d’époque.



En sortant, l’auteur, amateur d’appareils vintage en tous genre, s’apprêtait à monter avec ses amis dans une Porsche verte pomme magnifique, afin de reprendre la route et finir en beauté ce week-end ensoleillé.

A l’année prochaine ! et merci à Jo Taboulet et toute l'équipe impliquée, pour ces super moments.

Nb : D'autres auteurs de talent et des animations étaient présentés. Cette note ne prétend pas établir un compte rendu exhaustif du festival. Il s'agit juste d'un retour personnel sur une après-midi.




samedi 3 septembre 2016

Lucky Luke : 70 ans déjà ! (J'ai connu quatre Lucky Luke)

J'ai connu quatre Lucky Luke : (1949 - 1962) 


La pochette contenant ces éditions "souples" abimées

Lucky Luke fait partie de ces bandes dessinées classiques que j'ai eu la chance de connaitre assez tôt, dans ma jeunesse, et en rafale, grâce à la perspicacité et la gentillesse d'une marraine. Celle-ci travaillait en effet à la fin des années soixante dans un restaurant, dont les enfants des patrons, pas très soigneux, dépouillaient les nombreux albums de bande dessinée offerts par leurs parents. Ces derniers les jetaient donc assez facilement, et ceux-ci étaient récupérés avant de partir à la benne. Mis en vrac dans un gros carton, ces fines fleurs de la bande dessinée franco-belge de la fin des années soixante et du début des années soixante dix devenaient un cadeau fort apprécié lors de nos repas de famille annuels. 
C'est ainsi que j'ai découvert vers l'âge de six ans :  Blueberry, Rahan, Tanguy et Laverdure, Buck danny, Barbe rouge, Astérix, deux trois Tintin, et Lucky Luke.  (En plus des quelques albums déjà présents dans le début de "collection" de mon grand frère Patrick, né en 1964.)
L'élément rigolo, (et que je n'ai réalisé que bien plus tard, l'ivresse des cadeaux passée), c'est que la plupart de ces éditions du cowboy à la longue mèche, très abîmées, ne possédaient pour la plupart plus leur couverture. J'ai donc bénéficié d'un début de collection Lucky Luke mélangé Dupuis et Dargaud, les deux en format souple par "défaut" ;-) (cf photos). Un autre détail lié à ces éditions abimées : dans l'album «Rodéo», il me manquait la dernière page, et je n'ai su que bien plus tard l'issue du match de boxe de l'épisode «Le grand combat». 
La magie des vieilles éditions... 



Du Dargaud "souple" ;-)
C’est ce début fracassant dans le monde de la bande dessinée, puis mes visites en bibliothèque, à Roanne, qui m’ont permis de poursuivre la connaissance de la série. Je me suis ensuite mis en quête de tout ce que le milieu BD comptait de coloré, et ces éditions souples Dupuis, tellement plus sympathiques que les cartonnés classiques Dargaud.
Mais… Lucky Luke est aussi multiple pour moi. Je vous invite à lire pourquoi :





Le petit cowboy chantant :
Ce qui est évidemment étonnant de réaliser, lorsque l'on lit les premiers albums :
Arizona, Rodéo,...c'est le côté très enfantin et cartoony du héros. Celui-ci renvoie vraiment à une époque ancienne des éditions Dupuis (début des années 1950). Or le personnage déjà grand et bien propre sur lui de Western circus, la Diligence, Chasseur de prime....pour un lecteur élevé dans les années 70, n'a alors plus grand chose à voir avec ce petit bonhomme malingre au nez rond, tout droit sorti d'un film d'animation façon Mickey, qui déboule en chantant sur son cheval dans la première histoire "Arizona 1880", bizarrement publiée dans le troisième album /recueil : Arizona. 1er choc.

Le deuxième immédiat sera bien sur celui de sa mort prématurée, dès sa deuxième histoire (et donc le premier album ) : 
la mine d'or de Dick Digger. 



La mine d'or de Dick Digger


On verra ce pitch de vraie fausse mort ensuite ailleurs dans d'autres séries, et comment ne pas penser à Corto Maltese dans la Ballade de la mer salée,  Mortimer dans l'Affaire Francis Blake, ou bien d'autres plus anciennes, même si cette scène de cascade renverra bien sur de façon plus certaine vers LE classique fantastique :  la mort de Sherlock Holmes. Il n'en fallait pas plus dès la première aventure, pour s'attacher l'affection d'un nouveau personnage.

Le ténébreux dadais : Le deuxième choc est ressenti en voyant au milieu des pages de ces tout premières histoires un héros déjà différent, plus grand, avec une plus longue mèche, très maigre, et à l'air ténébreux. C'est le choix fait par l'éditeur de mélanger dès le départ les origines à des récits un peu plus "contemporains" pourrait-on dire, à une poignée d'années près. Il faut rappeler que les histoires ont été publiées dans Spirou dès 1946 alors que le premier album ne date que de 1949.

Les Cousins Daltons

Ce deuxième changement notable qui s'installera sur une dizaine d’année environ (jusqu’à « l’Evasion des Dalton » 1960, publié en album en 1962, à mon avis, (voir plus bas) présente un portrait un peu étonnant de notre héros, lui donnant plutôt l'attitude et l'aspect d'un anti héros. Morris n'avait pas encore abouti complètement son personnage, et il aura l'occasion, étant l'unique dessinateur longtemps, de lui donner encore un autre aspect. On le prend alors plutôt pour un dilettante, cowboy solitaire taciturne, un peu à l'image de ce barbu aux côtés duquel il est assis dans le début de  « Le retour de Joe la gachette", 8eme histoire de 1948, publiée dans "Sous le ciel de l'ouest", quatrième album, en 1952.

Toujours est il qu'il est presque difficile de voir en ce gaillard le défenseur de la veuve et l’orphelin qui rentrera ensuite dans la plupart des foyers français et que l’on présentera tel un label, dans les futurs albums, ou publicités.


Un gentil benêt :  

La troisième surprise provient de : "Nettoyage à Red city », de 1951, publiée dans le cinquième album « Lucky Luke contre Pat poker" en 1953. Il s'agit de la onzième histoire de notre héros, et celui-ci, embauché comme shérif dans une petite ville, arrive par la diligence dans une posture ridicule. Il s'est en effet voler ses vêtements et son cheval, et c'est habillé en petit garçon qu'il débarque, l'air penaud au milieu de la rue principale. Les gros bras en profitent et s'en donnent à coeur joie. Un portrait inédit du cow boy, qui donne à voir des scènes comiques et inédites depuis,  hallucinantes. 
Le héros est en mutation, et cet épisode marquera une pierre dans ses aventures, même si d'autres épisodes le verront en fâcheuse posture, quelque peu ridiculisé, mais jamais à ce point. (Cf : son arrestation musclée dans "Joss Jamon", son pseudo procès dans "le Juge" ....). 
Une arrestation musclée dans "Joss Jamon"


Goscinny mis en scène comme juge dans "Jos Jamon"

Une faculté d'auto parodie de Morris apprise lors de son séjour chez les collègues de la revue Mad à new York (1948-1949), auprès de Kurtzmann et Goscinny, rarement égalée par ses pairs, qui ont plutôt préféré généralement créé un sidekick (un partenaire) pour assumer le rôle du bouffon (voir Fantasio pour Spirou.)



Le beau redresseur de tort.


A partir de « l’Evasion des Dalton » (1962 en album), un évènement me permet de situer un changement qui va intervenir sur le personnage, en faisant un héros plus sûr de lui, et bien moins parodique.
Luke n'est pas pris au sérieux dans "l'Evasion", p.24
Ce n’est pas la première fois que Luke est pris dans un traquenard, et cette fois, on va jusqu’à l'assommer, le prenant pour un hors la loi. (P.24) Il faut dire que Joe Dalton a eu l’idée d’imprimer une affiche de recherche avec son portrait, et tous les villageois croisés craignent notre héros, le prenant pour un dangereux malfaiteur.
"L'évasion.". p.25

Mais dés la page 25, il se réveille et va s’expliquer, en colère. 



« La parodie, ça suffit ! « semble t’il dire, tout comme son créateur.





Même
si dans les pages 30,31, on a encore droit à de bien belles scène d'anthologie, avec un Lucky Luke reprisant les chaussettes des Dalton, ou portant un bandeau dans les cheveux et faisant la lessive.



Pas encore tout à fait le héros irréprochable futur ;-)



Mais sans plus tarder, dans l'album suivant : 'En remontant le Mississipi », et même si l'on remarque encore quelques scènes parodiques (cf combat au poing dans le bateau à roue, avec Tetenfer, où Luke chatouille son adversaire, juché sur son dos), elles sont bien moins ridicules pour lui que certaines précédentes. Le personnage a gagné une légitimité supplémentaire. Il a d'ailleurs droit à son portrait sur la couverture.

Ah..., qu'il est bien élevé ce beau cow-boy !

.. Jusqu’à ce que la bienséance le rattrape, (cf ces 3 images de l"Evasion des daltons"; et que la ligue anti-tabac lui demande de retirer son mégot, en 1983, pour le remplacer, comble de l’horreur, par une paille, bien plus morale.

Une page s'est tournée…


Toutes les images de cette page sont © : Dupuis, Dargaud, et Morris/Goscinny

samedi 2 juillet 2016

Deadly hands of Criminal


Deadly hands of Criminal
Ed Brubaker/Sean Phillips, 

Elisabeth Breitweiser (design)

Image comics (en import)

Avril 2016 (62 pages)


Deuxième format spécial pour ce délire tiré de l'univers Criminal de Ed Brubaker et Sean Phillips, publié dans sa série habituelle en album cartonné chez Delcourt, où l'idée est de proposer une mise en abime à chaque fois dans un format magazine, entre lecture du héros (la vieille revue vintage datée 1974) et notre propre lecture du récit "moderne".

Mise en abime et plaisirs augmentés cette fois-ci car le gamin de l'histoire, en roue libre et accompagnant son père, petit truand réglant des comptes, se voit offrir par lui une vieille revue adulte de comics.
Celui-ci la dévore et profite d'une visite dans un patelin pour se rendre dans une bouquinerie locale afin d'y trouver d'autres numéros (...). Là, il fait la connaissance de Gabby, une gamine adorable qui s'en ferait bien un ami. Mais sa vie est "on the road", et cela restera un voeu pieux !

Après Savage sword of Criminal, déjà chroniqué ici, et jouant le clin d'oeil aux revues 70's façon sword and sorcery, "Deadly hands of" aborde le thème du polar bien 70's.

Encore une réussite.

Design vintage ©Imagecomics/Breitweiser
Mise en abîme ©Imagecomics/Brubaker.Phillips

Le kid lit la même revue que nous ?
 ©Imagecomics/Brubaker.Phillips

vendredi 26 février 2016

The Revenant, Les Huit salopards, La chevauché des bannis/Track of the cat, Le nouveau monde : la pleine nature sauvage comme élément de mystère fédérateur.

Étonnant comme la mode du western actuelle propose de bons films, capables de nous entrainer dans des univers originaux, grâce à des réalisateurs de talent : Joel et Ethan Cohen, Tommy Lee Jones, Tarentino, Inaritu… Même si d’autres, aussi récents, n’auront pas la chance de connaitre de telles réussites.

N’empêche... je souhaitais il y a quelques années déjà, à l’occasion de la reprise de la Chevauchée des bannis dans le cinéma art et essai local, parler d’un autre western, bien moins connu, qui abordait une thématique un peu similaire : Track of the cat.
Et voilà que coup sur coup sortent les Huit salopards, filmé en décors naturels et dont l’essentiel se déroule dans un la neige, et.. The revenant, remake d’un classique du western seventies : Le convoi sauvage (Richard C. Sarafian, 1971), où les grands espaces enneigés et froids des rocheuses sont aussi un élément essentiel.
L’opportunité de reparler des ces quatre films en une seule fois ;-)

Des similitudes volontaires

Synopsis de La chevauchée des bannis (André de Toth, 1959) :
La Chevauchée des bannis
Dans un village montagneux du Wyoming, enfoncé dans la neige et coupé du monde, l'éleveur Blaise Starret s'oppose farouchement à des fermiers, dont l'un d'eux a épousé son ancienne compagne Helen. L'arrivée soudaine de sept bandits pourchassés par les autorités, commandés par un certain Jack Bruhn, quémandant secours, à la suite d'une blessure, fait taire les hostilités et contraint fermiers et éleveurs à s'unir contre le danger. Blaise Starret imagine un piège susceptible d'égarer Jack Bruhn et ses hors-la-loi indésirables... (Wikipedia)


Track of the cat (William A. Wellman, 1954.)
Dans un ranch isolé de montagne, une nuit un fauve attaque le troupeau. Une légende parle d'une panthère noire revenant tous les ans aux premières neiges. Curt et son frère Art partent voir ce qu'il en est, et trouvent 3 bêtes tuées. Ils décident de chasser le fauve, mais n'ayant pas prévu de vivres, Curt retourne au ranch pendant qu'Art suit la piste de la panthère…(Wikipedia)

Scène d'ouverture des Huit salopards
 Ces deux films de l’époque classique du western, au noir et blanc magnifique, pour le premier, se déroulent tout deux dans un environnement neigeux, et on remarquera sans grande peine la sorte de similitude de (début de) scénario entre le dernier Tarentino et le synopsis de la Chevauchée des bannis. L’idée d’une bande de malfrats étant obligée de composer avec d’autres personnages n’est pas nouvelle et a été vue dans d’autres westerns. Mais ici, le fait que la troupe soit isolée au cœur d’un milieu hostile froid laisse supposer que le réalisateur de Pulp fiction a subit la belle influence d'André de Toth. Ce qu’on ne lui reprochera pas, au contraire.


Ce qui me fait davantage lier cette Chevauchée avec les films plus récents et Track of the cat, c’est le fait de sortir dehors et de trouver dans l’extérieur une solution au problème tendant l’intrigue.
Dans la Chevauchée..., le responsable va faire croire à une piste aux bandits afin de les éloigner du village.
Track of the cat
Dans Track of the cat, c’est la hantise de retrouver ce fauve perturbateur qui incite les trois frères (et leur ami indien) à se rendre dans les bois enneigés. Mais la bête, que l’on ne verra pratiquement jamais (suspens maîtrisé), saura se jouer des cow-boys et de nos nerfs, montrant combien l’homme peut-être un loup pour l’homme. Là encore, jusqu’à la conclusion, la montagne et son aspect sauvage fonctionnent comme l’élément principal du film.

Si le huit clos du dernier Tarentino (Les Huit salopards) fonctionne à merveille, c’est d’abord l’ouverture en ultra Panavision 70 mm, en décors naturels, qui retient l’attention. Le long plan fixe sur la croix et le christ en pierre restera dans les annales cinématographiques, tout comme les scènes d’ouverture-fermeture (comiques) de la porte du relais, et la difficile progression des personnages chargés d’aller planter des repères jusqu’à l’écurie durant la tempête. Le vent, le froid, sont ressenti autant par les acteurs que par les spectateurs. Effet garanti.

The Revenant, quant à lui, dont on a déjà fait remarquer (et cela n’a pas été spécialement écrit au sujet du film avant sa sortie), qu’il était une sorte de remake du film culte Le convoi sauvage, il marque autant par sa période « aquatique » (l’introduction violente avec le bateau) et les quelques scènes se déroulant sur le fleuve, que celle, montagnarde, où le héros va tenter de survivre à ses blessures, dans un milieu hostile, car froid et éloigné de tout.
Le peu que je connaissais du Convoi, était surtout lié à quelques extraits vus ci et là (dont une partie à la télévision étant enfant), et au bateau très particulier de cette expédition (une sorte de grosse embarcation en bois, à moitié couverte par un toit, avec de long rames, sur lesquels les trappeurs positionnaient toutes les fourrures découpées sur les rives.) Je n’avais pas idée de la suite du récit dans la neige. C’est pourquoi dans The revenant, les premières scènes m’ont frappées.

Un réalisme exacerbé par la bande son.


On peut toutefois remarquer d’autres éléments marquant de ce nouveau film d’Inaritu, et les mettre en perspective avec un film se déroulant pour le coup, dans un tout autre environnement géographique : Le nouveau monde, de Terrence Malick.
Dans les toutes premières scènes de the Revenant, le réalisateur donne à entendre ce que les personnages sont en train de vivre : les oiseaux qui s’arrêtent de chanter, les flèches des indiens qui se plantent violemment dans les troncs ou dans les corps, le clapotis de l’eau…
On ressentira ensuite de l’oppression lorsque Hugh Glass* se retrouve au fond de la forêt, avant de faire la rencontre que l’on sait. Là, c’est un couvert de mousse, avec de grands arbres bougeant dans le vent, qui craquent… puis c’est le silence et les râles de notre héros blessés à mort… Tout comme le clapotis de l’eau à nouveau, souvent proche.  Et le cri de quelque animal nocturne, à la tombée de la nuit…
Une scène de 'Le Nouveau monde"
Inaritu a soigné sa bande son, tout comme l’avait déjà fait avant lui Terrence Malick dans le Nouveau monde, afin de nous immerger dans ces contrées sauvages où l’homme n’est rien.. ou pas grand chose, s’il vient en conquérant.
Déjà, on avait ressenti de grands arbres frémir, dans une forêt de l’est, tout comme les grandes tiges de Mais au vent, avant une attaque…
Le réalisateur soigne ses ambiances et filme aussi à hauteur d’homme, pour que l’on sente l’humus, la boue, l’eau, la chair de l'animal tué… que l’homme qui chute et rampe est obligé de sentir lorsqu’il est tombé. C’est un pari gagnant.

Des personnages insensibles ?
L'autre aspect intéressant de The Revenant, pour ceux qui apprécient le genre western, c'est de découvrir des indiens un peu différents de ceux que l'on a l'habitude de voir dans les films plus Hollywoodiens. Il s'agit des Pawnees, mais surtout des Arikaras (ou Sahnishs), tous deux du Dakota du nord. Leur aspect, leur opiniâtreté à poursuivre le même homme durant plusieurs semaines, leur traitrise (voir témoignage d'Hugh Glass* qui explique leur changement de comportement au départ de leurs commerces, puis leur attaque soudaine, et le fait qu'il se fassent passer pour une autre tribu plus tard) apporte un attrait supplémentaire au film. L'être humain doit être dur dans ce milieu sauvage pour survivre, et si un personnage en particulier est désigné comme le parfait méchant (Fitzgerald), la troupe des Québécois, vue deux fois, d'abord lors d'un échange perdant-gagnant avec les Arikaras, puis lors de ce qui déclenchera leur perte (la pendaison d'un Pawnee pacifique, mais surtout l'enlèvement d'une squaw Arikara), ne donne pas non plus une très belle image de nos cousins francophones. Être trop sensible amène à sa perte.

De nombreuses scènes dans le film resteront mémorables, de part leur étrangeté, leur violence ou âpreté, ... c'est aussi l'un de ses attraits.
Et même si deux heures et demi pourront être ressenties par certains comme une durée trop longue, il est en tous cas agréable de pouvoir ressentir autant de maîtrise et de références.

Une sorte de condensé finalement de ce que le western « hors normes » a produit de mieux depuis les années cinquante. Et il sera difficile de finir ce bref exercice sans citer Jérémiah Jonhson (Sydney Pollack, 1972), auquel on pense bien évidemment aussi en suivant les aventures exceptionnelles de ce Hugh Glass, autre mountain man célèbre que les Etats-unis d’Amérique ont connues lors de leurs grandes heures de construction.
Une époque rude, remise en perspective par le truchement de ces films.


(*) A lire : la vraie épopée de Hugh Glass, trappeur survivant à une attaque de Grizzly en 1823  (Wiki)


Une page traitant aussi d'Hugh Glass (en anglais)

jeudi 7 janvier 2016

C'était quoi 2015 en BD ?



L'année dernière, j'avais déjà proposé un petit cocktail de mes coups de cœurs 2014, je réédite donc l'initiative !
Pas de best-of ceci-dit, puisque je n'ai pas la prétention d'avoir lu tout ce qui a paru, cela étant de toute façon impossible, vu la production. Mais parmi tous les titres que j'ai pu avoir dans les mains et lire, (important ça), voilà environ 25 titres qui m'ont touchés.
Nb : Les liens renvoient sur les chroniques déjà écrites, sinon, je les ai rapidement rédigées pour l'occasion.
Nb : Il y a très certainement des choses superbes que j'ai loupées, et je me fais fort de me rattraper en allant en librairie ou médiathèque si vous me les signalez. Mais d'ici là, si vous aussi, vous ne connaissez pas certains de ces albums, n'hésitez pas !


Les Naufragés T2/2 Choi, Min-ho, Ataka, Nov 2015

Deadly class, de Remender

Anthony pastor : Le sentier des reines




Alix - Tome 34 - Par delà le Styx

Un nouvel Alix est toujours attendu avec fébrilité, tellement cette série historique dans les deux sens du terme a marqué la bande dessinée. Jacques Martin, décédé depuis, a « formé entre temps des équipes, et l'un de ses disciples les plus doués est ici au dessin : Marc jailloux. Il avait déjà bien travaillé sur de précédents titres, mais il excelle à rendre l'Alix de la meilleure époque ici. Et quoi de plus jouissif que de retrouver en guise de scénario une histoire mettant en scène la suite du drame familial d'Héraclion, le jeune grecque que l'on avait connu dans le Dernier spartiate ?
Mathieu Breda, qui signe après « Britannia » (co écrit avec Marc Jailloux) son deuxième Alix, délivre une histoire prenante, psychologique, non dénuée cependant d'action, qui étonne par la justesse du ton. Une belle réussite.



Capitaine perdu Jacques Terpant, Glénat
Passionné par les populations et la culture indienne d'Amérique depuis mon enfance, et donc amateur de tout récit documenté sur ce thème, j'ai beaucoup apprécié ce premier tome d'une nouvelle trilogie adaptée de Jean Raspail, sur les Amériques françaises du XVIIIe siècle.
Celui-ci nous plonge dans une période et des événements encore assez peu évoqués en bande dessinée, même si l'on ne peut pas ne pas penser à Fort Wheeling, Ticonderoga, Plume au vent, ou les Pionniers du nouveau monde.
Mais Jacques Terpant amène ce supplément d'humanité dans les dialogues de ses personnages, un dessin et des couleurs tendres, qui donnent l'impression de marcher sur l'herbe fraiche des prairies ou la mousse des forêts; et de connaitre les protagonistes, comme s'ils étaient des amis. L'évocation des relations fraternelles entre indiens et français provoque aussi un sentiment de complicité.
Est-ce voulu ? N'est-ce qu'un sentiment personnel diffus ? Toujours est-il que l'émotion nous étreint à la lecture du récit, et des notes de fin d'album, et on se prend à vouloir aller voyager, là bas, sur ces "terres de France perdues", pour retrouver un peu de cette poésie, mélange de beauté et de tristesse.
J'attends le tome 2 avec la même impatience que j'ai attendu la suite des "Six cavaliers".


Zen, méditations d’un canard égoïste, Phicil/Drac chez Carabas

 

L'esprit des morts de Richard Corben, Delirium

La maison d'édition delirium s'est spécialisée dans l'édition d’œuvres anglo saxonnes peu connus par le grand public, mais à des auteurs cultes dont les albums sont des chef d’œuvres. C'est le cas pour Richard Corben dont les anciens albums n'ont jamais été réédités depuis les années 70-80. cependant, celui)ci continue à publier, et c'est une belle compilation de comics récents autour de l'ouvre d'Edgar Alan Poe, un des auteurs favoris de Corben, que nous propose cet album.
Si certaines histoires avaient déjà été adaptées, elles sont ici retravaillées, et/ou mises en couleur, tandis que d'autres, inédites, feront la joie des amateurs d'épouvante et de fantastique « à l'ancienne ». Du superbe ouvrage.



Corto Maltese sous le soleil de minuit, Canales/ Pellejero, chez Casterman 
La presse s'est largement fait l'écho du retour et de la reprise de ce héros aventurier sympathique et énigmatique, dont le créateur est décédé en 1995.
L'univers créé par Hugo Pratt était très particulier, car lié à sa propre biographie et à ses propres voyages. Il était donc difficile d'imaginer un repreneur ou des repreneurs tangibles. C'est en allant chercher un espagnol au scénario et un argentin, ami de l'auteur, que la magie a pu (un tant soit peu) opérer.
Cette nouvelle histoire nous plonge dans le début du Xxeme siècle, dans le Yukon, sur les traces de Jack London, dont Hugo Pratt était un fervent admirateur.
Néanmoins, si le scénario possède un attrait certain, et laisse quelques bons souvenirs, et que le dessin, en couleur, possède une fraicheur inhérente au talent de Pellejero, on ne retrouve pas vraiment toute la magie du grand auteur italien.
Un bon début, qui demanderait, à l'instar d'Alix, de la persévérance pour arriver à retrouver l'univers de l'auteur disparu… mais est-ce bien utile ?


Wild river intégrale, Roger Seiter/ Vincent Wagner, ed du Long bec

Cette réédition en un seul volume de 160 pages avec carnets de croquis et fiches explicatives* des trois volumes parus de 2008 à 2011 chez Casterman, est une des plus belles histoires en bande dessinée de l'histoire de la conquête de l'ouest qu'il m'ait été donnée de lire.
Celle-ci raconte l'enlèvement d' Elisabeth et Joshua, son fils de 8 ans, par une tribu Crow lors d'un raid sur leur ferme au début du XIXeme sicle, dans le Missouri. Une sorte de mix entre la Prisonnière du désert, de John Ford, et Jonathan Cartland, pour l'ambiance, avec un zeste de Jerémiah Johnson pour l'aspect chasse et remontées de fleuves en canoë, qui nous permet d'apprécier dans toute sa splendeur le dessin de Vincent Wagner, tel qu'il n'avait pas encore été mis en valeur auparavant. Un indispensable pour tout amateur de western.
(*) Notes sur le voyage de Lewis et Clarck et des tribus indiennes impliquées dans l'histoire.


Simon Hureau :  Egratignure, chez jarjille


Four roses, (Futuropolis) et La main heureuse (Casterman) : Rock et Bd : c'est cadeau !


La princesse de sang, intégrale, : Manchette, Cabanes Headline, Casterman



Mitterand, jeune homme de droite : Pierre Richelle & Frédéric Rébéna, Rue de Sèvres



Dengue : Rodolfo Santullo & Matias Bergara, Humanoïdes associés



Trou de mémoire Tome 1/2 Gila monster : Pascal Regnauld  - Roger SeiterEditions du Long-bec


Au nom du Père : Luca Enoch Andréa Accardi, Physalis, juin 2015

Clan : Amazing Ameziane, Le Lombard

Nestor Burma, Micmac moche au boulmiche, Nicolas barral, (sc, dessin), d'après Tardi, Casterman Oct 2015
D'abord paru sous forme de trois journaux, comme il est souvent de coutume depuis quelques années pour Tardi (Adèle, Putain de guerre, Nestor Burma…), cette nouvelle aventure se situant au boulevard St Michel, adaptée de Léo Mallet est une totale résussite. Toujours cette ambiance très particulière que Tardi avait su mettre en dessin, avec une enquête cette fois bien tordue à souhait. La surprise vient du trait de Barral, qui avait déjà présenté le précédent volume 'Boulevard Ossements », et qui fait là un travail tellement magnifique, qu'on s'y laisserait presque prendre. A savoir qu'il devient difficile de faire la différence avec l'original.
Le format journal très esthétique est présenté avec un bandeau titre jaune très élégant, et les premières pages que l'on retrouve normalement dans l'album cartonné, donnent des nouvelles de l'époque, pour se mettre dans l'ambiance. Un régal.

New avengers, Jonathan Hickman, Panini


Miss Marvel : G. Willow Wilson/ Adrian Alphona, Panini comics


Princesse Ugg : Ted Naifeh, Akileos

Les trois fruits : Oriol et Zidrou, Dargaud


Trish trash, Rollergirl sur Mars 1/3 : Jessica Abel, Dargaud,


Moonhead et la music machine : Andrew Rae, Dargaud

Buffalo runner : Tiburce Oger, Rue de Sèvres

L'Encyclopédie des débuts de la terre : Un roman graphique d'Isabel Greenderg, Casterman



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