samedi 2 juillet 2016

Deadly hands of Criminal


Deadly hands of Criminal
Ed Brubaker/Sean Phillips, 

Elisabeth Breitweiser (design)

Image comics (en import)

Avril 2016 (62 pages)


Deuxième format spécial pour ce délire tiré de l'univers Criminal de Ed Brubaker et Sean Phillips, publié dans sa série habituelle en album cartonné chez Delcourt, où l'idée est de proposer une mise en abime à chaque fois dans un format magazine, entre lecture du héros (la vieille revue vintage datée 1974) et notre propre lecture du récit "moderne".

Mise en abime et plaisirs augmentés cette fois-ci car le gamin de l'histoire, en roue libre et accompagnant son père, petit truand réglant des comptes, se voit offrir par lui une vieille revue adulte de comics.
Celui-ci la dévore et profite d'une visite dans un patelin pour se rendre dans une bouquinerie locale afin d'y trouver d'autres numéros (...). Là, il fait la connaissance de Gabby, une gamine adorable qui s'en ferait bien un ami. Mais sa vie est "on the road", et cela restera un voeu pieux !

Après Savage sword of Criminal, déjà chroniqué ici, et jouant le clin d'oeil aux revues 70's façon sword and sorcery, "Deadly hands of" aborde le thème du polar bien 70's.

Encore une réussite.

Design vintage ©Imagecomics/Breitweiser
Mise en abîme ©Imagecomics/Brubaker.Phillips

Le kid lit la même revue que nous ?
 ©Imagecomics/Brubaker.Phillips

vendredi 26 février 2016

The Revenant, Les Huit salopards, La chevauché des bannis/Track of the cat, Le nouveau monde : la pleine nature sauvage comme élément de mystère fédérateur.

Étonnant comme la mode du western actuelle propose de bons films, capables de nous entrainer dans des univers originaux, grâce à des réalisateurs de talent : Joel et Ethan Cohen, Tommy Lee Jones, Tarentino, Inaritu… Même si d’autres, aussi récents, n’auront pas la chance de connaitre de telles réussites.

N’empêche... je souhaitais il y a quelques années déjà, à l’occasion de la reprise de la Chevauchée des bannis dans le cinéma art et essai local, parler d’un autre western, bien moins connu, qui abordait une thématique un peu similaire : Track of the cat.
Et voilà que coup sur coup sortent les Huit salopards, filmé en décors naturels et dont l’essentiel se déroule dans un la neige, et.. The revenant, remake d’un classique du western seventies : Le convoi sauvage (Richard C. Sarafian, 1971), où les grands espaces enneigés et froids des rocheuses sont aussi un élément essentiel.
L’opportunité de reparler des ces quatre films en une seule fois ;-)

Des similitudes volontaires

Synopsis de La chevauchée des bannis (André de Toth, 1959) :
La Chevauchée des bannis
Dans un village montagneux du Wyoming, enfoncé dans la neige et coupé du monde, l'éleveur Blaise Starret s'oppose farouchement à des fermiers, dont l'un d'eux a épousé son ancienne compagne Helen. L'arrivée soudaine de sept bandits pourchassés par les autorités, commandés par un certain Jack Bruhn, quémandant secours, à la suite d'une blessure, fait taire les hostilités et contraint fermiers et éleveurs à s'unir contre le danger. Blaise Starret imagine un piège susceptible d'égarer Jack Bruhn et ses hors-la-loi indésirables... (Wikipedia)


Track of the cat (William A. Wellman, 1954.)
Dans un ranch isolé de montagne, une nuit un fauve attaque le troupeau. Une légende parle d'une panthère noire revenant tous les ans aux premières neiges. Curt et son frère Art partent voir ce qu'il en est, et trouvent 3 bêtes tuées. Ils décident de chasser le fauve, mais n'ayant pas prévu de vivres, Curt retourne au ranch pendant qu'Art suit la piste de la panthère…(Wikipedia)

Scène d'ouverture des Huit salopards
 Ces deux films de l’époque classique du western, au noir et blanc magnifique, pour le premier, se déroulent tout deux dans un environnement neigeux, et on remarquera sans grande peine la sorte de similitude de (début de) scénario entre le dernier Tarentino et le synopsis de la Chevauchée des bannis. L’idée d’une bande de malfrats étant obligée de composer avec d’autres personnages n’est pas nouvelle et a été vue dans d’autres westerns. Mais ici, le fait que la troupe soit isolée au cœur d’un milieu hostile froid laisse supposer que le réalisateur de Pulp fiction a subit la belle influence d'André de Toth. Ce qu’on ne lui reprochera pas, au contraire.


Ce qui me fait davantage lier cette Chevauchée avec les films plus récents et Track of the cat, c’est le fait de sortir dehors et de trouver dans l’extérieur une solution au problème tendant l’intrigue.
Dans la Chevauchée..., le responsable va faire croire à une piste aux bandits afin de les éloigner du village.
Track of the cat
Dans Track of the cat, c’est la hantise de retrouver ce fauve perturbateur qui incite les trois frères (et leur ami indien) à se rendre dans les bois enneigés. Mais la bête, que l’on ne verra pratiquement jamais (suspens maîtrisé), saura se jouer des cow-boys et de nos nerfs, montrant combien l’homme peut-être un loup pour l’homme. Là encore, jusqu’à la conclusion, la montagne et son aspect sauvage fonctionnent comme l’élément principal du film.

Si le huit clos du dernier Tarentino (Les Huit salopards) fonctionne à merveille, c’est d’abord l’ouverture en ultra Panavision 70 mm, en décors naturels, qui retient l’attention. Le long plan fixe sur la croix et le christ en pierre restera dans les annales cinématographiques, tout comme les scènes d’ouverture-fermeture (comiques) de la porte du relais, et la difficile progression des personnages chargés d’aller planter des repères jusqu’à l’écurie durant la tempête. Le vent, le froid, sont ressenti autant par les acteurs que par les spectateurs. Effet garanti.

The Revenant, quant à lui, dont on a déjà fait remarquer (et cela n’a pas été spécialement écrit au sujet du film avant sa sortie), qu’il était une sorte de remake du film culte Le convoi sauvage, il marque autant par sa période « aquatique » (l’introduction violente avec le bateau) et les quelques scènes se déroulant sur le fleuve, que celle, montagnarde, où le héros va tenter de survivre à ses blessures, dans un milieu hostile, car froid et éloigné de tout.
Le peu que je connaissais du Convoi, était surtout lié à quelques extraits vus ci et là (dont une partie à la télévision étant enfant), et au bateau très particulier de cette expédition (une sorte de grosse embarcation en bois, à moitié couverte par un toit, avec de long rames, sur lesquels les trappeurs positionnaient toutes les fourrures découpées sur les rives.) Je n’avais pas idée de la suite du récit dans la neige. C’est pourquoi dans The revenant, les premières scènes m’ont frappées.

Un réalisme exacerbé par la bande son.


On peut toutefois remarquer d’autres éléments marquant de ce nouveau film d’Inaritu, et les mettre en perspective avec un film se déroulant pour le coup, dans un tout autre environnement géographique : Le nouveau monde, de Terrence Malick.
Dans les toutes premières scènes de the Revenant, le réalisateur donne à entendre ce que les personnages sont en train de vivre : les oiseaux qui s’arrêtent de chanter, les flèches des indiens qui se plantent violemment dans les troncs ou dans les corps, le clapotis de l’eau…
On ressentira ensuite de l’oppression lorsque Hugh Glass* se retrouve au fond de la forêt, avant de faire la rencontre que l’on sait. Là, c’est un couvert de mousse, avec de grands arbres bougeant dans le vent, qui craquent… puis c’est le silence et les râles de notre héros blessés à mort… Tout comme le clapotis de l’eau à nouveau, souvent proche.  Et le cri de quelque animal nocturne, à la tombée de la nuit…
Une scène de 'Le Nouveau monde"
Inaritu a soigné sa bande son, tout comme l’avait déjà fait avant lui Terrence Malick dans le Nouveau monde, afin de nous immerger dans ces contrées sauvages où l’homme n’est rien.. ou pas grand chose, s’il vient en conquérant.
Déjà, on avait ressenti de grands arbres frémir, dans une forêt de l’est, tout comme les grandes tiges de Mais au vent, avant une attaque…
Le réalisateur soigne ses ambiances et filme aussi à hauteur d’homme, pour que l’on sente l’humus, la boue, l’eau, la chair de l'animal tué… que l’homme qui chute et rampe est obligé de sentir lorsqu’il est tombé. C’est un pari gagnant.

Des personnages insensibles ?

L'autre aspect intéressant de The Revenant, pour ceux qui apprécient le genre western, c'est de découvrir des indiens un peu différents de ceux que l'on a l'habitude de voir dans les films plus Hollywoodiens. Il s'agit des Pawnees, mais surtout des Arikaras (ou Sahnishs), tous deux du Dakota du nord. Leur aspect, leur opiniâtreté à poursuivre le même homme durant plusieurs semaines, leur traitrise (voir témoignage d'Hugh Glass* qui explique leur changement de comportement au départ de leurs commerces, puis leur attaque soudaine, et le fait qu'il se fassent passer pour une autre tribu plus tard) apporte un attrait supplémentaire au film. L'être humain doit être dur dans ce milieu sauvage pour survivre, et si un personnage en particulier est désigné comme le parfait méchant (Fitzgerald), la troupe des Québécois, vue deux fois, d'abord lors d'un échange perdant-gagnant avec les Arikaras, puis lors de ce qui déclenchera leur perte (la pendaison d'un Pawnee pacifique, mais surtout l'enlèvement d'une squaw Arikara), ne donne pas non plus une très belle image de nos cousins francophones. Être trop sensible amène à sa perte.

De nombreuses scènes dans le film resteront mémorables, de part leur étrangeté, leur violence ou âpreté, ... c'est aussi l'un de ses attraits.
Et même si deux heures et demi pourront être ressenties par certains comme une durée trop longue, il est en tous cas agréable de pouvoir ressentir autant de maîtrise et de références.

Une sorte de condensé finalement de ce que le western « hors normes » a produit de mieux depuis les années cinquante. Et il sera difficile de finir ce bref exercice sans citer Jérémiah Jonhson (Sydney Pollack, 1972), auquel on pense bien évidemment aussi en suivant les aventures exceptionnelles de ce Hugh Glass, autre mountain man célèbre que les Etats-unis d’Amérique ont connues lors de leurs grandes heures de construction.
Une époque rude, remise en perspective par le truchement de ces films.


(*) A lire : la vraie épopée de Hugh Glass, trappeur survivant à une attaque de Grizzly en 1823  (Wiki)


Une page traitant aussi d'Hugh Glass (en anglais)

jeudi 7 janvier 2016

C'était quoi 2015 en BD ?



L'année dernière, j'avais déjà proposé un petit cocktail de mes coups de cœurs 2014, je réédite donc l'initiative !
Pas de best-of ceci-dit, puisque je n'ai pas la prétention d'avoir lu tout ce qui a paru, cela étant de toute façon impossible, vu la production. Mais parmi tous les titres que j'ai pu avoir dans les mains et lire, (important ça), voilà environ 25 titres qui m'ont touchés.
Nb : Les liens renvoient sur les chroniques déjà écrites, sinon, je les ai rapidement rédigées pour l'occasion.
Nb : Il y a très certainement des choses superbes que j'ai loupées, et je me fais fort de me rattraper en allant en librairie ou médiathèque si vous me les signalez. Mais d'ici là, si vous aussi, vous ne connaissez pas certains de ces albums, n'hésitez pas !


Les Naufragés T2/2 Choi, Min-ho, Ataka, Nov 2015

Deadly class, de Remender

Anthony pastor : Le sentier des reines




Alix - Tome 34 - Par delà le Styx

Un nouvel Alix est toujours attendu avec fébrilité, tellement cette série historique dans les deux sens du terme a marqué la bande dessinée. Jacques Martin, décédé depuis, a « formé entre temps des équipes, et l'un de ses disciples les plus doués est ici au dessin : Marc jailloux. Il avait déjà bien travaillé sur de précédents titres, mais il excelle à rendre l'Alix de la meilleure époque ici. Et quoi de plus jouissif que de retrouver en guise de scénario une histoire mettant en scène la suite du drame familial d'Héraclion, le jeune grecque que l'on avait connu dans le Dernier spartiate ?
Mathieu Breda, qui signe après « Britannia » (co écrit avec Marc Jailloux) son deuxième Alix, délivre une histoire prenante, psychologique, non dénuée cependant d'action, qui étonne par la justesse du ton. Une belle réussite.



Capitaine perdu Jacques Terpant, Glénat
Passionné par les populations et la culture indienne d'Amérique depuis mon enfance, et donc amateur de tout récit documenté sur ce thème, j'ai beaucoup apprécié ce premier tome d'une nouvelle trilogie adaptée de Jean Raspail, sur les Amériques françaises du XVIIIe siècle.
Celui-ci nous plonge dans une période et des événements encore assez peu évoqués en bande dessinée, même si l'on ne peut pas ne pas penser à Fort Wheeling, Ticonderoga, Plume au vent, ou les Pionniers du nouveau monde.
Mais Jacques Terpant amène ce supplément d'humanité dans les dialogues de ses personnages, un dessin et des couleurs tendres, qui donnent l'impression de marcher sur l'herbe fraiche des prairies ou la mousse des forêts; et de connaitre les protagonistes, comme s'ils étaient des amis. L'évocation des relations fraternelles entre indiens et français provoque aussi un sentiment de complicité.
Est-ce voulu ? N'est-ce qu'un sentiment personnel diffus ? Toujours est-il que l'émotion nous étreint à la lecture du récit, et des notes de fin d'album, et on se prend à vouloir aller voyager, là bas, sur ces "terres de France perdues", pour retrouver un peu de cette poésie, mélange de beauté et de tristesse.
J'attends le tome 2 avec la même impatience que j'ai attendu la suite des "Six cavaliers".


Zen, méditations d’un canard égoïste, Phicil/Drac chez Carabas

 

L'esprit des morts de Richard Corben, Delirium

La maison d'édition delirium s'est spécialisée dans l'édition d’œuvres anglo saxonnes peu connus par le grand public, mais à des auteurs cultes dont les albums sont des chef d’œuvres. C'est le cas pour Richard Corben dont les anciens albums n'ont jamais été réédités depuis les années 70-80. cependant, celui)ci continue à publier, et c'est une belle compilation de comics récents autour de l'ouvre d'Edgar Alan Poe, un des auteurs favoris de Corben, que nous propose cet album.
Si certaines histoires avaient déjà été adaptées, elles sont ici retravaillées, et/ou mises en couleur, tandis que d'autres, inédites, feront la joie des amateurs d'épouvante et de fantastique « à l'ancienne ». Du superbe ouvrage.



Corto Maltese sous le soleil de minuit, Canales/ Pellejero, chez Casterman 
La presse s'est largement fait l'écho du retour et de la reprise de ce héros aventurier sympathique et énigmatique, dont le créateur est décédé en 1995.
L'univers créé par Hugo Pratt était très particulier, car lié à sa propre biographie et à ses propres voyages. Il était donc difficile d'imaginer un repreneur ou des repreneurs tangibles. C'est en allant chercher un espagnol au scénario et un argentin, ami de l'auteur, que la magie a pu (un tant soit peu) opérer.
Cette nouvelle histoire nous plonge dans le début du Xxeme siècle, dans le Yukon, sur les traces de Jack London, dont Hugo Pratt était un fervent admirateur.
Néanmoins, si le scénario possède un attrait certain, et laisse quelques bons souvenirs, et que le dessin, en couleur, possède une fraicheur inhérente au talent de Pellejero, on ne retrouve pas vraiment toute la magie du grand auteur italien.
Un bon début, qui demanderait, à l'instar d'Alix, de la persévérance pour arriver à retrouver l'univers de l'auteur disparu… mais est-ce bien utile ?


Wild river intégrale, Roger Seiter/ Vincent Wagner, ed du Long bec

Cette réédition en un seul volume de 160 pages avec carnets de croquis et fiches explicatives* des trois volumes parus de 2008 à 2011 chez Casterman, est une des plus belles histoires en bande dessinée de l'histoire de la conquête de l'ouest qu'il m'ait été donnée de lire.
Celle-ci raconte l'enlèvement d' Elisabeth et Joshua, son fils de 8 ans, par une tribu Crow lors d'un raid sur leur ferme au début du XIXeme sicle, dans le Missouri. Une sorte de mix entre la Prisonnière du désert, de John Ford, et Jonathan Cartland, pour l'ambiance, avec un zeste de Jerémiah Johnson pour l'aspect chasse et remontées de fleuves en canoë, qui nous permet d'apprécier dans toute sa splendeur le dessin de Vincent Wagner, tel qu'il n'avait pas encore été mis en valeur auparavant. Un indispensable pour tout amateur de western.
(*) Notes sur le voyage de Lewis et Clarck et des tribus indiennes impliquées dans l'histoire.


Simon Hureau :  Egratignure, chez jarjille


Four roses, (Futuropolis) et La main heureuse (Casterman) : Rock et Bd : c'est cadeau !


La princesse de sang, intégrale, : Manchette, Cabanes Headline, Casterman



Mitterand, jeune homme de droite : Pierre Richelle & Frédéric Rébéna, Rue de Sèvres



Dengue : Rodolfo Santullo & Matias Bergara, Humanoïdes associés



Trou de mémoire Tome 1/2 Gila monster : Pascal Regnauld  - Roger SeiterEditions du Long-bec


Au nom du Père : Luca Enoch Andréa Accardi, Physalis, juin 2015

Clan : Amazing Ameziane, Le Lombard

Nestor Burma, Micmac moche au boulmiche, Nicolas barral, (sc, dessin), d'après Tardi, Casterman Oct 2015
D'abord paru sous forme de trois journaux, comme il est souvent de coutume depuis quelques années pour Tardi (Adèle, Putain de guerre, Nestor Burma…), cette nouvelle aventure se situant au boulevard St Michel, adaptée de Léo Mallet est une totale résussite. Toujours cette ambiance très particulière que Tardi avait su mettre en dessin, avec une enquête cette fois bien tordue à souhait. La surprise vient du trait de Barral, qui avait déjà présenté le précédent volume 'Boulevard Ossements », et qui fait là un travail tellement magnifique, qu'on s'y laisserait presque prendre. A savoir qu'il devient difficile de faire la différence avec l'original.
Le format journal très esthétique est présenté avec un bandeau titre jaune très élégant, et les premières pages que l'on retrouve normalement dans l'album cartonné, donnent des nouvelles de l'époque, pour se mettre dans l'ambiance. Un régal.

New avengers, Jonathan Hickman, Panini


Miss Marvel : G. Willow Wilson/ Adrian Alphona, Panini comics


Princesse Ugg : Ted Naifeh, Akileos

Les trois fruits : Oriol et Zidrou, Dargaud


Trish trash, Rollergirl sur Mars 1/3 : Jessica Abel, Dargaud,


Moonhead et la music machine : Andrew Rae, Dargaud

Buffalo runner : Tiburce Oger, Rue de Sèvres

L'Encyclopédie des débuts de la terre : Un roman graphique d'Isabel Greenderg, Casterman



mardi 29 décembre 2015

Le cinéma français d'auteur se porte bien, merci..

 A l'heure où un certain blockbuster produit par une très grosse boite américaine d'entertainment défrise à grand renfort de marketing outrancier les classements d'entrées au cinéma, des salles arts et essais continuent à diffuser tranquillement mais sûrement des œuvres intéressantes.
Les cow boys de Thomas Bidegain et La vie très privée de monsieur Sim de Michel Leclerc en sont deux parfaits exemples.
Le premier aborde d'une manière sinueuse, comme le serpent que François Damien piste dès la première demi heure du film, le sujet de l' endoctrinement culturel et religieux.
Il prend le noyau familial comme point de départ, pour mieux le faire éclater. La vie s'arrête au moment où l'un des membres (la fille, Kelly) vient à manquer.
Le père, puis le fils, avec deux méthodes différentes, vont découvrir les arcanes de cette nouvelle guerre qui se joue, loin des champs de batailles traditionnels. Une guerre dont les fantassins se terrent dans des caves d'immeubles ou dans les villages reculés du Pakistan.
Et si les allers retours en pays étrangers ne permettront pas vraiment de retrouver la fille disparue, on a le sentiment que ce brassage de cultures est dorénavant incontournable pour comprendre le monde complexe dans lequel nous vivons désormais.

Le rapprochement à la fois poétique et très dramatique de la jeune pakistanaise interprétée par Ellora Torchia et du frère de la "disparue" : Finnegan Oldfield, fait à cet égard office de symbole fort sur la nécessité de connaissance des autres aujourd'hui.
Nos cow boys Français (des amateurs de country dans l'Ain), symbole d'un certain conservatisme, feraient d'ailleurs bien d'apprendre autre chose que de simples pas de danse en groupe (pour ne pas dire troupeau), s'ils ne veulent pas être complètement rattrapés par la dure réalité d'un monde en mouvement.  C'est un peu le message coup de poing de ce film vérité, témoignage de vingt ans de vie avec Al qaïda.


La vie très privée de monsieur Sim, quant a lui nous fait croire au départ à un film de facture chiche assez classique, où l'on suivrait la vie peu ragoûtante d'un quinqua en pleine dépression, récemment divorcé. Jean pierre Bacri, interprète principal, nous fait à la fois peine et sourire, car il garde encore un peu de philosophie dans les premières minutes du film.
Mais si d'autres personnages, d'abord insignifiants (Valeria Golino, Vimala Pons :  Poppy, Mathieu Almaric : Samuel,  et Felix Moatin, Vincent Lacoste, ......), vont prendre au fur et à mesure une importance scénaristique insoupçonnée, et porter le film vers un intérêt universel, c'est sans doute grâce à la qualité d'écriture de Jonathan Coe, dont ce long métrage adapte le roman éponyme.  

Se servant d'un parallèle de course ratée autour du monde en bateau (l'épisode tragi-comique du navigateur anglais amateur Donald Crowhurst en 1969), le scénariste nous entraine avec son antihéros dans un dédale, aussi bien géographique que mental où le fantastique n'est jamais bien loin*. Le rôle des rond points et du GPS étant à ce propos de premier ordre comique et symbolique. 
(*) Les passages dans la neige, ou sur l'île par exemple.

...On ne saurait dévoiler la fin de cette histoire, inattendue, mais on se permettra juste de préciser que toute errance est utile à un moment de la vie, afin de pouvoir (peut-être) retrouver son chemin... et l'âge n'y peut rien.

> Deux films aux forts messages d'espoir, et d'amour.

samedi 12 décembre 2015

La fille du patron : un film rock ?

Un stade : un barbecue, une équipe locale de rugby, et les femmes, les enfants, qui passent un bon moment. C’est ainsi, sur une musique très populaire, dans le sens musical du terme français (façon musette), que le premier film d’Olivier Loustau débute.
Les dernières scènes (tournées au stade Malleval).
©Laureline Guigue










Vital
, (joué par le réalisateur), entraineur de l’équipe de rugby locale « Tricot », marié et papa d’une fille d’une dizaine d’années (Fanny, jouée par la roannaise Témoé Nouzille) travaille avec ses potes dans une boite de tricotage roannaise dirigée par Baretti (Patrick descamps.)
Dés les premières scènes, Alix, jeune femme assez frêle, qui s’avère être la fille du patron, (Christa Theret), est présentée par l’équipe dirigeante aux ouvriers. Elle est là pour mener une étude ergonomique, et va choisir deux cobayes; dont Vital. C’est le début d’une relation, malheureusement vouée à être dramatique entre eux deux, car cette étude arrive à un tournant de la vie de Vital…

La solidarité comme liant
Le rugby, la moto, les potes, les femmes, la solidarité, le combat social d’ouvriers dans une entreprise en difficulté… sont des éléments simples mais forts qui participent au côté presque docu-fiction de ce premier film.
La liberté...en moto bien sûr.
Un métier chez Bel Maille
©france3-regions.francetvinfo.fr

Un témoignage de métiers quasi disparus
Pour toutes celles et ceux qui ont vécu la travail en bonneterie, et donc beaucoup de roannais, car leur bassin économique des années 50-90 était en grande partie axé sur le tricotage, le fait de voir tourner ces grosses machines,... la peur qu’elles peuvent inspirer lorsque les aiguilles tricotent à toute vitesse.. la relation assez singulière entre chef d’équipe, chef d’atelier, patron… (l’intouchable), les autres postes de l’atelier…amènera évidemment beaucoup d’émotions.

Une poésie palpable, et un hommage à une ville
Mais cela est sans compter sur les scènes simples, de relation sociale, tournées au sein de la ville et dans ses environs directs; qui provoquent un effet sur tout ceux qui ont connu une ville au charme bucolique certain (on est très proche des collines de la côte roannaise) mais dont les entreprises embauchant des milliers de personnes ont finalement toutes fermées. 

Cette ville est filmée entre un mélange de zones un peu vagues, façon road movie : la Villette, quartier de l’ex rotonde de la Sncf, où l’entreprise locale Bel Maille, utilisée pour les besoins du film est située, et d’autres plans plus poétiques :
Certains bords de Loire, très peu fréquentés par les roannais, mais dont une grande partie  marquée par un passé industriel au XIXe siècle a été remis en valeur,
Des boulevards plus récents, utilisés chaque jour, ici passés en moto par notre fine équipe, à la sortie d’une troisième mi-temps bien arrosée.
L’école d’un quartier ouvrier… filmée au moins à deux reprises.. comme pour insister sur l’importance de la relation parents-enfants, et l’éducation qui peut ouvrir des perspectives.. 
Tout cela donne un aspect très Ken Loach à ce premier film. Et on ne s’en plaindra pas.

Lorsque la réalité dépasse la fiction :
©france3-regions.francetvinfo.fr
http://tinyurl.com/oycu5tw

Olivier Loustau, dont la propre mère est originaire de Roanne, a, comme il dit, « été dirigé par des faisceaux convergeant vers Roanne », puisque sa coproductrice aux côté de Julie Gayet, a aussi de la famille ici,
filme la plupart de ses scènes avec le soin du détail « social ». Comme lorsqu’il choisit cette maison au portail en bois bien abîmé, au milieu d’un quartier ouvrier pas si moche que ça, pour bien situer sa propre condition sociale, en plein marasme…
Ou lorsque, assis tous deux sur les marches de l’arrière des tribunes du stade Malleval, Alix et lui dévoilent sous eux un escalier en béton hyper dégradé, tel qu’on en verrait presque jamais dans n’importe quel film à moyen budget aujourd’hui.

La musique, pour appuyer le lien social
Filmer la réalité, oui, mais pas sans poésie, et sans support : c’est le rôle de la musique qui est, sinon omniprésente, en tous cas diffusée avec goût et précision, et dans une ambiance presque intemporelle, quoi qu’un peu axée année 80. 
A part le côté tzigane au départ, composé par Fixi (accordéon), on reconnait les Selecters, avec le tube ska « Too much pressure », bien dans l’esprit, lors de la troisième mi-temps.

Un ou deux autres titres rock moins connus  parsèment le film, et la bande est sinon composée par Fixi Bossard, qui interprète avec son acolyte Winston Mc Annuf le superbe « Garden of love », bande générique de fin, dont les paroles sont éloquentes :

« Here we are on the same boat » …   Here we are on bending knees
, Giving praises to the Almighty  
Yes we will no wear no frown

Because we’re working for a crown
,
Yes we’re living in charity
  Helping those who are in need

No we just can take no bribe
  Because the truth we can’t denie,


You’re welcome, you’re welcome
  In my garden, my garden of love »

Si ce film révèle certainement un réalisateur du réel, qu’il faudra suivre,  il nous permet aussi de remarquer à nouveau le talent d’acteur d’Olivier Loustau, que l’on avait surtout repéré dans les films d’Abdellatif Kechiche.
Une belle surprise.



Winston McAnuff & Fixi - Garden Of Love [Clip... par WinstonMcanuff

lundi 30 novembre 2015

BDart à Rive de Gier 2015 : un festival chaleureux.

Dix-Septième édition pour le festival de Rive de Gier, qui était parti au départ, comme tout nouveau festival, avec un aspect plus chiche et surtout basé plutôt humoristique..  Celui-ci a su néanmoins évoluer de belle manière, puisque l’on comptait ce week-end une cinquantaine d’auteurs.
Et du beau monde, dont pas mal d’italiens, appréciés pour leurs dessins classiques généralement de qualité ;-)

Si l’ambiance d’un tel festival est plutôt agréable, on a été quelques uns dans le public (venu nombreux sur les deux jours) à ressentir une gène, vis à vis du manque d’espace. Et donc de la chaleur. (d'où celle du titre ;-))
Je ne sais si cela se verra sur les quelques photos reproduites ici, mais il était parfois difficile de circuler entre les files d’attente pour les dédicaces.

Waiting for a friend...
Certes, à ce propos, le métier d’auteur de bande dessinée, on le sait, n’est pas franchement une sinécure, ...mais lorsque l’on se trouve, comme la plupart, casé derrière un métrage de tables, aux côté d’autre auteurs, et ceci répété sur toute la surface d’une salle pas assez grande, cela à tendance parfois à ressembler presque un peu trop à une stabule. Mais c’est, je crois, la réalité de beaucoup de « festivals » Bd ou romans, ailleurs, aussi, je préfère le termes de « Rencontres autour de la bande dessinée », qui est plus juste je pense, vis à vis de ce que l’on vit effectivement entre lecteurs et auteurs :  des moments privilégiés d’échanges, ...Mais pas vraiment une "fête".

La première pièce "d'expo/resto", donnant, plus loin, à la salle principale.
La librairie Forum était installée sur la scène, tout au fond.


J'ai pour ma part échangé avec Jacques Terpant, dont le Capitaine perdu vient de paraître chez Glénat, après une aventure entamée chez Delcourt en 2008 avec les adaptations de romans de Jean Raspail : les Sept cavaliers et Le Royaume de Borée.
L’occasion de parler, entre autre, et de manière fort sympathique : du métier d’auteur, des Amériques françaises, et des rencontres Yves Chaland se déroulant à Nerac chaque année. Chaland mis à l'honneur, et c'est très bien,  depuis quelques années à Rive de Gier, avec le prix portant son nom, remis à un jeune auteur. (http://bdart.assoc.pagespro-orange.fr/prixfreddylombard/#xl_xr_page_en2015)

J’ai, en ce qui me concerne, fait dédicacer mon exemplaire de "l’Imagier ", beau livre d’illustrations paru quelques jours plus tôt, financé sur le site Sandawe, et limité à 1000 exemplaires. A l'intérieur, 110 pages agencées en chapitres préfacés : "Le dessin alimentaire"(10 p.), Histoire et histoires (32 p.) Les portraits (20 p.), Filles de papier (22 p.), et Paysages (22p.),
où l’on retrouve un camaïeux de belles aquarelles, en majorité, de l’auteur.
L'occasion pour les amateurs du dessin de Jacques Terpant de feuilleter avec plaisir et en complément de ces albums, quelques belles images couleur ou noir et blanc, dans un élégant recueil au dos toilé noir, à la superbe couverture cartonnée et à la maquette soignée.


...Je n’avais pas mon exemplaire du « Dernier des Sagamores » (Photonik, ed Black & white) de Ciro Tota sur moi, et donc, j’ai raté l’occasion d’une discussion avec ce grand monsieur du comics français… tant pis. Une prochaine fois sûrement.

Robert quand à lui, en amateur de western, a été rencontrer Antonio Sarchione,  pour une dédicace sur l’exemplaire des Sept pistoleros, paru chez Delcourt, dans la collection Conquistadore.

Puis, en souvenir des superbes story boards réalisés dans la revue du même nom par Lacaf, il a demandé une dédicace dans son dernier album : Courbet, chez Glénat, dans la collection « Les grands peintres ».

Antonio Sarchione ©Rob















Lacaf ©Rob














Avant de partir, toujours un peu frustré de ne pouvoir rester plus longtemps et découvrir d’autres auteurs, (mais les dédicaces, ça se mérite !), on a flashé tous les deux sur les dessins aquarelles des albums de Tarek et Vincent Pompetti : La Guerre des  Gaules  (2012-2013, Tartamudo), et surtout, le superbe « Les anciens astronautes », écrit par Vincent Pompetti, et paru chez le même éditeur plus récemment.
Un auteur à suivre…assurément.
https://dragonastronauts.wordpress.com/


Vincent Pompetti


A côté de la salle de spectacle se déroulait une brocante musicale, où l'on pouvait dénicher de nombreux instruments et accessoires de musique, tout comme une profusion de disques vinyles et CD. Malheureusement, le public semblait être moins nombreux que les exposants eux-mêmes, dont les étals de vinyles s'allongeaient sut plusieurs dizaine de mètres. Des affaires à réaliser sûrement, mais quelques drouilles, en 45 tours notamment, côtoyaient quelques autres vinyles un peu plus rutilants et n'auraient même pas du, à mon avis, être présentées.  Acheter un 45 t qui ne peut pas être écouté plus de trois secondes sans sauter ou faire un bruit horrible n'est pas digne d'un vendeur de vinyle. (Et encore plus lorsque la pochette n'est pas en meilleur état.)
Ce n'est pas le cas, fort heureusement de notre copain Claude, de Culture à tous prix, dont les disques sont en parfait état et à des prix défiant toute concurrence.
Vous pouvez le retrouver chez lui, ou sur un salon, et sur sa page Facebook. (tel : 0610663922 et 0973643254)


Toutes photos sauf où indiqué : ©Hectorvadair/F. Guigue

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