mardi 19 septembre 2017

« Curse » par Riley Rossmo, Colin Lorimer et Tim Daniel, Michael Moreci

Les histoires de loups garous sont plutôt légion en bande dessinée et au cinéma. Ce one shot paru chez l'éditeur américain Boom studios, d'auteurs pas encore trop reconnus en France, propose néanmoins une approche intéressante du sujet. Ankama ne s'y est pas trompé.


Laney Griffin est un ancien joueur de football américain. Sa carrière est fichue depuis que son jeune fils a déclaré une leucémie. Seul et sans le sou, il est désespéré. Il se met alors en tête de tuer la "bête" qui massacre des humains dans les bois environnants afin de toucher la prime imposante. Mais il ne se doute pas à quelle créature il va être confronté. Il se peut même que sa vie chavire complètement.
Belle couverture engageante, et scénario maîtrisé. Même si on n'a pas encore lu « Roche limite », l'autre album de Michael Moreci publié chez Glénat comics en 2016, (une mini série de space opera en un volume relié, plutôt séduisante), il apparaît évident que ce gars là connait son boulot. On ne rechignera pas trop à découvrir ses autres publications. D'ailleurs il en partage au moins une avec son co auteur Tim Daniel : le titre « Burning Fields », publié chez Ankama en novembre 2016 et plébiscité par la critique. Les avis pour « Enormous » chez le même éditeur, dessiné par Tim Daniel avec un autre scénariste, ont été quant à eux un peu plus mitigés.


Ici, le dessin est partagé entre scènes du présent, par Colin Lorimer, et Riley Rossmo, dans les flashbacks. L'un aborde son travail à l'informatique, un peu dans l'esprit de Michael Gaydos sur la série « Alias », l'autre use de trames, son style très stylisé étant ici mis en exergue par une colorisation bicolore rouge et blanche. Bien vu et très pratique pour ne pas perdre le fil en tant que lecteur.



En tout état de cause, l'histoire se lit avec intérêt jusqu'au bout, et la chute, à la fois classique et intéressante, laisse quand même un goût de drame familial bien senti. D'ailleurs les superbes couvertures ajoutées en bonus continuent de « raconter » de manière encore plus fine la destinée de ce papa et de son fils.



Si il ne s'agit pas pas du titre le moins incontournable du label 619 d'Ankama, « Curse » se positionne néanmoins comme un bon thriller fantastique aux limites de l'horrifique, que l'on rangera volontiers aux côtés de :
« Sarah » (Humanoïdes associés 2003), « Severed : Destins mutilés» (Urban 2013), ou « Candy Mountains » (Ankama, 2012-2013), par exemple.


Franck GUIGUE


« Curse » par Riley Rossmo, Colin Lorimer et Tim Daniel, Michael Moreci
Éditions Ankama (14,90 €) - ISBN :  9791033504559

mercredi 6 septembre 2017

« Faith T2 : Doubles et faux-semblants » par Pere Pérez, Marguerite Sauvage et Jody Houser.


Le tome 1 de Faith, cette nouvelle super-héroïne "normale", enfin, bien enveloppée physiquement, mais intégrée dans une vie active classique moderne, a été très bien accueilli par la critique et le public ce début d'année. Les éditions Bliss poursuivent donc sa publication avec ce tome 2 toujours aussi rafraîchissant.




Faith Herbert, alias Summer Smith sous sa couverture de chroniqueuse au journal de Los Angeles Zipline, est en réalité Zéphyr, une super héroïne. Ses pouvoirs : télékinésie, avec la possibilité de voler, lui ont été révélés par son ami et super-héros lui-même : Archer.

Ses premières aventures sont contées dans l'intégrale « Harbinger », où elle a eu l'occasion de faire partie d'une équipe : les Renégats. Renégats car dissidents de la petite armée qu'a souhaité créer le redoutable psiotique Toyo Harada. Le précédent tome de sa série homonyne nous a présenté son univers de geek sympathique et ses relations un peu compliquées avec, dans l'ordre : sa patronne, ses amis, et les garçons. Comment gérer en effet une double identité et un surpoids ?


Dans ces quatre nouveaux épisodes, notre charmante amie blonde (rousse lorsqu'elle revêt sa perruque de Summer), a d'abord fort à faire avec le beau gosse dont elle est fan : l'acteur Chris Chriswell. Celui-ci demande à la rencontrer pour une séance photo. N'écoutant pas les conseils de son meilleur ami, elle va sans le savoir déclencher un piège qui pourrait bien lui être fatal.
Couverture US
Les chapitres 3 et 4 nous emmènent quant à eux dans l'univers attachant des conventions de comics.
Pour tout amateur de bande dessinée, les Comic con définissent quelque chose de familier, même si on parlera plus facilement de festivals BD par chez nous. Ces manifestations où se retrouvent fans de comics, auteurs, libraires, cosplayers, vendeurs d'albums, d'originaux, de goodies, sont des moments incontournables dans l'année.
La bonne idée de Jody Houser, jeune scénariste mais déjà très appréciée est de nous immerger au sein de l'une d'entre elle pour un récit où un détraqué déguisé en méchant Mickey a programmé de dérober quantité de matériel de collection. Faith et Archer qui étaient venus là en fans vont tomber sur un personnage plutôt étrange qui leur donnera un peu de fil à retordre.

L'aspect plus que sympathique de cette série, en dehors du fait qu'elle ne comporte ni sang ni grosse violence, réside dans le constat de départ d'imposer une jeune femme presque obèse comme super héroïne. Les critiques du premier tome ont été quasiment toutes unanimes à saluer ce parti pris. Et il faut avouer que celui-ci fonctionne plutôt bien. L'univers à la fois très réaliste de Faith Herbert (son appartement, ses activités quotidiennes, ses questionnements amoureux), ou de son alter ego Summer Smith (ses relations au travail) et ses aventures fantastiques se déroulant dans l'univers Valiant présenté par ailleurs, avec ses héros et des méchants, fonctionne.

Il est question ici d'une jeune femme adulte, mais geek, et l'impression d'une sorte de Spider-Man qui s'adresserait aux jeunes adultes partageant les mêmes passions ou inquiétudes, est forte. C'est en fait sûrement très clairement l'objectif de la scénariste, et ce qui explique l'accueil positif de son héroïne en librairies aux États unis. Espérons que le public français saura réserver un aussi bel accueil à ce comics tendre mais non dénué d'action.

A noter : la colorisation de Andrew Dalhouse et les superbes couvertures aquarellées de Kevin Wada sur ce tome.

Franck GUIGUE


« Faith T2 : Doubles et faux-semblants » par Pere Pérez, Marguerite Sauvage et Jody Houser
Éditions Bliss (14,95 €) - ISBN : 978-2-37578-00-7-7 

jeudi 31 août 2017

« Winter Road » par Jeff Lemire : l'alternative excellence.


Jeff Lemire est un auteur canadien qui, en l'espace de sept ans s'est imposé dans le paysage du comics alternatif avec un style d'écriture passionnant qui a su séduire de nombreux éditeurs et dessinateurs américains. La plupart de ses albums (principalement publiés chez DC, Darkhorse et Image) ont été traduits en France.
Son propre dessin au trait fin et aux colorisation réalisées en légère touche d'aquarelle se démarque aussi considérablement du reste de la production et c'est toujours un plaisir de le trouver combiné. D'autant plus que les nombreuses et régulières collaborations de l'auteur avec d'autres artistes devraient ne laisser finalement que peu d'occasions pour cela. 
"Winter road" fait heureusement partie de ces exceptions, aux 
côtés d' « Essex County » , « Mr Nobody », « Jack Joseph soudeur sous-marin » , « Trillium », « Sweet Tooth », et son actuel « Royal City », actuellement en publication aux États-unis.
Je ne vais pas vous mentir : je l'adore, et ce bouquin est l'un des rares que je n'avais pas encore lu de lui, d'où cette chronique tardive.

Derek est un ancien joueur de hockey canadien un peu bourru, qui a un jour répondu un peu trop violemment a l'agression d'un joueur adverse sur le terrain. Sa carrière ruinée, il a sombré dans l'alcool et traîne ses guêtres dans la petite ville paumée (imaginaire) de Pimitamon.
Son passé le rattrape souvent lorsqu'il est un.peu provoqué, et fait souvent le coup de poing. 
Il vit dans la loge du gymnase local et bosse comme cuisinier au snack du coin. Son avenir est bien compromis lorsque débarque sa soeur, aussi paumée que lui, pas vue depuis treize ans. Ensemble, ils vont affronter leur passé.


Paysages gris bleutés et blancs du Canada enneigé, ambiances lourdes des pas crissant sur l'épaisseur des cristaux, plans cinématographiques de film indépendant, ...tout est maitrisé superbement, et en même temps délicieusement léger et alternatif. C'est ce qui fait le charme de ce gros pavé de 280 pages aux tons pastels. La violence est sourde, mais tout comme la poésie : liée à la nature du nord bien présente. On s'attache à ce gaillard, sa soeur et la communauté qui les entourent avec beaucoup de plaisir. 
Le sentiment de tenir un bon bouquin, qui ferait aussi pourquoi pas un petit film bien agréable (1) est là, et c'est tout le talent de cet auteur sympathique : proposer une patte reconnaissable entre mille où chaque nouvelle oeuvre ne décevra pas. Combien en sont vraiment capables ?  


(1) A noter que c'est le roman graphique de 2012 « Underwater Welder », publié en France sous le titre "Jack Joseph soudeur sous-marin » qui devrait être adapté au cinema. Le film serait produit par Ryan Gosling, Ken Kao et Anonymous Content. (Info blog de l'auteur). 


« Winter Road » par Jeff Lemire
Editions Futuropolis, Septembre 2016

(Le comics a été publié aux USA sous forme de roman graphique en Avril 2017 sous le titre « Roughneck » par Simon & Schuster au Canada et Gallery 13 Book aux États-unis)

mercredi 26 juillet 2017

Sélection Free comic book day 2017 : Fantagraphics & 2000AD

Le Free Comic Book Day, c'est, pour moi, en plus de l'opportunité de chopper des fascicules pas cher à l'occasion de cette fête du médium américain, une manière agréable et un peu aventureuse ( "surprise" ) de découvrir des séries et des auteurs américains avant leur éventuelle traduction par chez nous.
Retour sur deux titres : celui des éditions Fantagraphics américaines et celui de 2000AD, légendaire éditeur anglais de Judge Dredd et Slaine (entre autres).

« World's Greatest cartoonists » est le moto de Fantagraphics, qui s'ennorgeullie de faire découvrir les meilleurs artistes de comic book indépendants du monde.
Dans ce fascicule de 56 pages en papier léger, l'éditeur nous présente les travaux plus ou moins longs de 16 auteurs de son écurie. Bandes annonces d'albums à paraitre, ou petits inédits (strips ou dessins).


Si j'avais remarqué la couverture du "Band for life" déjà paru d'Anya Davidson, je n'ai pas été emballé plus que ça par la petite histoire inédite de la série livrée ici. L'humour de cette bande de rockers tournant un clip vidéo dans une zone interdite et se faisant embarquer au poste de police fonctionne quelque peu, mais cela reste assez basique et le dessin est assez restrictif. J'ai été beaucoup plus touché et impressionné par les dessins au crayons de couleur de Emil Ferris, avec son souvenir d'enfance bien glauque autour du Wolfman et de la relation sexuelle de son frère. Un TPB "My favorite thing is monsters" est déjà disponible. L'autre à paraitre en Octobre. A suivre avec intérêt. 
Dash Shaw et son "Cosplayers go to the movies" en deux planches, scénette décrivant notre rapport aux blockbusters est sympa. A vérifier dans le TPB à paraître en Octobre.

"Bingo Night" de Graham Chaffee, qui s'attarde sur 5 planches en noir et blanc sur la vie d'une femme dans les années 50, me paraît intéressant tout en  rappelant le style graphique de Dean Haspiel. A vérifier dans l'album "To Have and to Hold" déjà paru.
Interloqué par "Pepe's Funeral" de Matt Furie, strip en couleur animalier bien fun, voire trash. A suivre...
Déçu par les 9 pages noir et blanc de Richard Sala, déjà traduit au moins une fois en France, qui propose une série de dessins un peu gothiques mettant en scène un homme oiseau intriguant, dans des ambiances à la Murnau, légendées de textes pas très compréhensibles et surtout répétitifs.
"Interlude" sont deux pages abandonnées du dernier  bouquin  de Eric Haven : " Vague Tales" traitant d'un barbare : Pulsar, découvrant le pouvoir d'une épée enflammée dans un monde post apocalyptique. Le dessin et le délire m'ont fait penser à Fletsher Hanks, et il faut voir le projet abouti. Ici, c'est un peu juste et bouche trou.
« Wuvable Oaf Battle Zone » nous emmène sur le ring puisque Ed Luce adore le catch. Il nous présente en 4 pages couleur les combats et pensées de la sexy mais colossale Disastra. Un univers fun à découvrir sur deux TPB déjà parus.
"Dante Continues to Look for a Good Bar" suit les fréquentations de bar de Dante Bukowski, un jeune homme de bonne famille se posant comme un auteur romantique alcoolique. Deux pages abandonnées du tome deux déjà paru, par Noah Van Sciver, qui font la couverture de ce Fcbd comics.
Tommi Musturi propose quant à lui 4 pages couleur inédites de son petit monstre mignon "Samuel" que l'on retrouve dans le hardcover "Simply Samuel". Un petit air de Jim Woodring.
Last but not least : 3 pages couleur tirées  de "Mudfish", dernier projet de Ed Piskor ("Hip Hop Family Tree"), à paraitre en Novembre, où l'auteur nous dévoile le côté autobiographique de sa découverte du milieu des comics, mainstream et indépendant de sa jeunesse. Pas mal du tout . 
"Fear" nous permet en une page de (re) trouver le talent de Simon Hanselmann, traduit en France pour sa série bizarre "Meg, Mogg and Owl". Et enfin, un dessin pleine page au fusain couleur dévoile l'univers onirique et doux de l'album cartonné "Eartha" de Cathy Malkasian.
PS : je n'ai pas parlé des dessins noir et blanc étranges de Ron Regé Jr, illustrant les révélations de Mahommet, car ceux-ci me semblent peu adaptés à un comics de ce type. Les amateurs d'histoire, de religion ou de dessin au trait un peu psychés jugeront cependant.


« 2000AD Fcbd » nous livre quant à lui 32 pages couleur et noir et blanc d'action, comme il sait le faire depuis 40 ans. "Welcome to the galaxy's greatest comics" sous-titre t'il, rien que ça ;-)
"Judge Dredd Forty Years of Hurt" est un hommage direct aux quarante ans du juge puisqu'il propose 6 bonnes pages par Matt Smith (sc) et Phil Winslade (dess) où l'on découvre le fils d'un des premiers punks que le juge a du combattre dans son tout premier numéro : Whitey.
Ashley Wood nous fait l'honneur d'un superbe dessin couleur pleine page.
Patt Mills dévoile la fin du robot tueur Général Public en 5 pages noir et blanc dessinées par Kei Zama.
Guy Adams et Jimmy Brixton nous embarquent en 6 pages dans un polar bien sombre et fantastique : "Hope for the Future", dont le dessin noir et blanc et le scenario font envie. A suivre...
"Anderson Psi Division" par Dan Abnet et Dani nous offrent 6 pages couleur plutôt sympa nous plongeant dans cette série axée sur la co équipière du Dredd, aux mains ici de deux Hags. Enfin: "Dreams of Dreamworld" début de récit de Kek-W dans l'univers du Judge Dead  époustoufle grâce à la peinture de Dave Kendall, rappelant le meilleur "Slaine" de Simon Bisley.
Nb : La plupart de ces récits ont des bonus PDF consultables en ligne via le flashage de QR codes.

FG

Prochains épisodes : 
- James Stoke's Aliens Dead Orbit #3
- Black Hammer #9,10
- Archies Doubled Sized Issue one shot. 
- After Death #3 by Jeff Lemire





Le reste de mes lectures. Été 2017 #1: Corben Shadows of the Grave

L'été et les vacances sont l'occasion de rattraper le retard accumulé tout au long de l'année. Et c'est pourquoi de nombreux comics et divers albums sont lus en rafale à ce moment là.
Je commence donc aujourd'hui une nouvelle rubrique, qui proposera, le plus régulièrement possible, mes avis de lectures comics, VF ou VO, qui ne trouveront par leur place sur BDzoom. Celle-ci complètera naturellement les précédentes déjà réalisées ici, plus sporadiques, liées à des albums divers, organisées via l'intitulé : "chroniques BD bouquins..."
C'est parti :

Corben : shadows of the grave
#5 june 2017 
Dark Horse comics

Corben continu de nous livrer ses fascicules d'horreur noir et blanc à l'ancienne, divisés en deux parties : trois mini recits indépendants et l'histoire à suivre : Denaus, se déroulant dans l'Antiquité grecque. 
Excellent numéro que celui-ci avec : deux récits co écrits avec Beth Reed, la propre femme de l'auteur : "The Island" et "The Mirror".

"The Island", c'est l'ambiance classique du récit où un type est perdu en voiture dans la nuit au milieu de nulle part . Il atterrit dans la bicoque d'une vieille qui l'enjoint de ne pas rester. Mais lui n'a pas le choix. Cette vieille était la gardienne du cimetière environnant et elle sait ce qui cloche aujourd'hui alentour... Très bonne histoire et une scène de fin donnant le thème de la couverture. 

"Mirror Image" nous présente Walter Hall qui vient visiter une tante éloignée, dans sa vieille maison un soir d'été. Mais celui-ci est accueillie par une belle jeune femme qui se présente comme son assistante. Elle ne convainc ceci-dit pas Walter qui, feignant une ballade dans la forêt adjacente en profite pour la suivre dans une partie isolée de la demeure. Une indiscrétion dangereuse pour eux deux...


"Blind choice" conclue les historiettes de ce numéro avec un des scénarios les plus tordus, vicieux et bien foutu que Corben n'ai jamais écrit. Lucinda Thone est aveugle et amoureuse de Mark, l'homme qui l'aide au quotidien. Celui-ci l'accompagne avec Zikmann, un autre blanc, dans la jungle, à la recherche d'une cure miracle attribuée à la tribu Nekrongo qui pourrait lui redonner la vue. Tous les trois sont cependant capturés par cette tribu pas vraiment pacifique, après que leurs porteurs se soient enfuis. Alors qu'ils s'apprêtent à être exécutés, le sorcier applique deux araignées sur les yeux de Lucinda. Et un miracle atroce se produit. Cependant Lucinda, retrouvant la vue, est sommée de désigner un de ses deux collègues d'infortune pour rester se faire torturer alors qu'eux deux pourront fuire. Quel choix va t'elle faire ?
Si les deux épisodes écrits par la scenariste Beth Reef, avec talent, offrent un très bon niveau à ce numéro ci,  Corben démontre avec "Blind choice" qu'il a aussi encore de la réserve pour trouver de la matière. Non seulement le synopsis est bien trouvé et la chute exquise, mais l'ambiance des premières pages, "vue" par les yeux de Lucinda, donc ombrée, permet de garder anonyme les personnages qui l'entourent. Cet élément contribuant de fait à la réussite de la chute de l'histoire. Bien "vu".


Concernant "Denaus", on sent qu'on se rapproche de la fin de l'intrigue, le nombre de morts devenant proportionnel à l'avancée du récit. La famille du héros est massacrée, et une vengeance est en marche.  Encore un numéro et on devrait connaître le grand final de cette nouvelle aventure du grand Richard Corben, qui a réussi un tour de force en proposant deux genres de récits différents en un seul comics, avec de l'inédit exclusivement et dans la grande tradition des Ec comics et Warren en même temps.

FG

lundi 19 juin 2017

Winsor Mc Cay, comme jamais vu, à Cherbourg !


Dans le cadre de la huitième biennale du 9eme art, le musée Thomas Henry de Cherbourg-en-Cotentin organise, sous l'égide de Francois Schuiten et Benoit Peeters (respectivement commissaire et scénographe) et avec l'aide du collectionneur Barnard Mahé, une rétrospective d'un des grands maitres de la bande dessinée.
L'occasion d 'initier un cycle sur les auteurs américains et de relier Cherbourg à son histoire transatlantique.

« Présente-t-on encore Winsor McCay, (1869-1934), le créateur de Little Nemo, personnage parmi les plus emblématiques de la bande dessinée et des arts graphiques américains, dont il fut l’un des pères fondateurs ? Ce pionnier du dessin animé est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands auteurs et illustrateurs du siècle dernier. (1) 


Pourtant, les rares expositions monographiques qui ont pu lui être consacrées sont restées au sein de galeries ou de musées spécialisés dans la bande dessinée. La Ville de Cherbourg-en-Cotentin a choisi de lui rendre hommage à travers une grande rétrospective au sein de son musée des beaux- arts, le 3e de Normandie. Elle replace l’œuvre de Winsor McCay dans le contexte artistique, économique et social de son époque, et met en perspective son héritage, considérable dans le domaine des arts visuels. L’exposition ne sera pas qu’historique. À travers les regards et les voix de Schuiten et Peeters, qui accompagneront le visiteur tout au long du parcours, elle fera dialoguer les chefs-d’œuvre créés par Winsor McCay et la création d’aujourd’hui.» (Issu du communiqué de presse)


Les planches originales de Winsor Mc Cay se font rares, ayant été perdues, détruites par son propre fils qui souhaitait créer de nouvelles séquences, ou détériorées au fil du temps. Les restantes, conservées par des collectionneurs privés, n'ont jamais été montrées au public.


L'exposition proposera pour la première fois un ensemble exceptionnel réuni par le collectionneur et expert Bernard Mahé, toutes issues de collections privées. Ces originaux, soixante pièces, dont une trentaine de planches de Little Nemo, dialogueront avec celles de contemporains de l'artiste : de Richard F. Outcault à Cliff Sterrett, et de Sunday pages en couleur. Mais aussi avec des photographies, des affiches, des journaux et des films d'époque. Sera notamment projeté son film sur la catastrophe du Lusitania (2)
Une occasion en or de découvrir ou de de se ravir d'originaux d'une œuvre exceptionnelle, très poétique, et moderne avant l'heure, qui a véritablement transformé le neuvième art et la relation que l'on a avec la lecture.


Franck GUIGUE 




(1) Le lendemain de sa mort, l’Herald Tribune publie, en même temps que le dessin qu’il n’a pu achever, les témoignages admiratifs des principaux dessinateurs du pays. Au fil des ans pourtant, son œuvre sombre peu à peu dans l’oubli. Il faudra attendre les années soixante pour que, lentement, ses bandes dessinées et ses films d’animation commencent à retrouver leur place. Sa gloire, depuis, n’a cessé de grandir. Admiré par Moebius et Miyazaki, Art Spiegelman, Chris Ware et d’innombrables autres auteurs à travers le monde, Winsor McCay est considéré aujourd’hui, tous domaines confondus, comme l’un des artistes majeurs du début du vingtième siècle.



(2) Le 05 Juin 1915, le paquebot britannique Lusitania parti de New York sombrait, après avoir été torpillé par un sous-marin allemand. En pleine Grande Guerre, ce naufrage indigna les États-Unis et suscita de nombreuses théories. Winsor Mc Cay ayant découvert les prémisses du film d'animation en 1911 à travers les flip books rapportés par son fils et les premières œuvres d’Emile Cohl et James Stuart Blackton, il s'enthousiaste d’emblée et créé ses propres films, dont un « Little Nemo » pour commencer. Il sera suivi en janvier 1912 de « How a Mosquito Operates ». Puis «Gertie », le gentil dinosaure. Avec « Le Naufrage du Lusitania », en 1918, il créée le dessin animé documentaire : en présentant sous tous les angles le navire qui s’enfonçait lentement dans les flots, le dessinateur donnait à voir ce qu’aucune caméra de prises de vues 
réelles n’était parvenue à montrer.
Nb : A l'occasion de l'exposition, un petit livret de 64 pages a été édité : 26 pages ou détails de pages de "Little Nemo in Slumberland" commentés par François Schuiten et Benoit Peeters.
Un livre géant luxueux reproduisant les planches originales est aussi publié à la même occasion par la galerie 9e art, à un tirage très limité. (180 exemplaires).


 Disponible à l'exposition "Winsor McCay", au Musée Thomas Henry de Cherbourg ou à la galerie 9e Art à Paris. contact@galerie9art.com


Exposition « Winsor McCay, de Little Nemo au Lusitania » du 23 juin au 1er octobre, musée Thomas Henry

Le Quasar, Esplanade de la laïcité
50100 Cherbourg-en-Cotentin
Tel : 02 33 23 39 30
musees@ville-cherbourg.fr






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