lundi 7 octobre 2019

« Cassandra Darke » où l’art du feuilleton à l’ancienne en album


Retour de lecture sur cet album incontournable du début d’année.

Posy Simmonds nous ravit de nombreux bijoux, depuis 2000 en France, grâce à la bande dessinée qui l’a vraiment révélée ici cette année-là : « Gemma Bovery » (Denoël Graphic) suivi de « Tamara Drewe » (2008). Deux album adaptés au cinéma, dans le désordre dira t-on, en en 2010, pour le plus récent alors (« Tamara Drewe »), par Stephen Frears, et en 2014 pour le plus ancien « Gemma Bovery », par Anne Fontaine (et avec dans le rôle titre à chaque fois : Gemma Artyerton).

Elle pratique ce médium cependant depuis au moins 1977 et son premier album en anglais, tournant en dérision le lectorat intellectuel de gauche du journal the Guardian, bien qu’elle ait commencé le dessin de presse en 1962 (1). Tout en prenant la suite de ses précédentes œuvres appréciées, et déjà citées, mettant en relation des quadragénaires évoluant dans un milieu un peu bobo, mais surfant sur son recueil de planches
« Literary Life  : scènes de la vie littéraire », paru en 2014, décrivant de manière assez acide mais avec beaucoup d’humour son expérience du milieu littéraire, elle propose avec « Cassandra Darke » une approche policière du même milieu.

Cassandra Darke n’est pas une vieille fille qui, comme souvent dans ces cas là, vit avec ses petites habitudes et ses idées arrêtées sur tout, car elle a été mariée durant quelques années. Malgré ou à cause du diagnostique Alzheimer de son mari, intervenu après leur divorce, elle continue à gérer la galerie d’art londonienne qu’elle a monté auparavant avec lui, s’occupant de tout, l’ami ayant repris l’affaire n’étant jamais sur place. De quoi se laisser tenter et jouer avec le feu, en vendant plusieurs copies de reproductions signées par exemple. Un jeu qui pourrait bien la conduire en prison. Le plus inquiétant cependant réside plutôt dans le petit appartement qu’elle a loué à la fille de cet ami : Nicky, afin de l’aider dans ses études artistiques. Cette dernière n’a malheureusement pas eu les fréquentations idéales, et le tourbillon dans lequel elle s’est fourrée, avec un copain d’un soir, va ricocher sur la vieille dame…


Le Style narratif de Posy Simmonds destabilisera certainement les amateurs de bande dessinée dite
« classique », avec système de gaufrier. L'auteure pratique en effet un genre davantage lié à l’illustration, issu de son expérience « journalistique », car, malgré des phylactères nombreux, parfois utilisés sur plusieurs pages d’affilé, ce sont aussi de nombreux pavés de textes qui ornent les pages, qui sont elles-même coupées par de grande illustrations couleur ou des têtes de chapitre, donnant cette impression de feuilleton. Au delà d’une histoire superbement ficelée, que n’aurait pas reniée une Agatha Christie, c’est donc bien ce traitement de mise en page et narratif qui fait le sel des ouvrages de l’auteure.
Les sentiments sont justes, la société examinée et rendue avec beaucoup de réalisme, et Posy Simmonds laisse transparaitre ce qui doit être sa vision personnelle de notre société : une société où l’on peut vivre tout à la fois avec ses traditions, ses coutumes, ses habitudes, et ne pas renier l’air du temps qui flotte à nos côtés. De fait, Posy Simmonds parvient magnifiquement à célébrer la modernité dans la nostalgie. Associé à une écriture juste et poétique, c’est une vraie marque de fabrique.
Un thriller magnifiquement enjoué.

FG

Dessin de presse © Posy Simmonds



(1) On pourra se ravir de ses nombreuses illustrations et courts récits dans la superbe et première monographie, parue à l’occasion de l’exposition qui était consacrée à l’auteure lors du Pulp festival 2019 à la Ferme du buisson :
« So British ! : l’art de Posy Simmonds » par Paul Gravett (Denoël Graphic 2019)



« Cassandra Darke » par Posy Simmonds
Éditions Denoël Graphic (21 €) - ISBN : 9782207142813

« Buzzkill » : juste un doigt alors !

Un titre paru fin août, qui m'est parvenu trop tard pour être chroniqué à la rentrée.

« Buzzkill », sous un concept scénaristique osé : associer le super-héroïque à la prise de drogues, permet de retrouver Donny Cates, auteur ayant le vent en poupe depuis quelques temps dans l'écurie Marvel. Que ce soit sur des licences ou en alternatif. On a d'ailleurs déjà eu l'occasion de dire du bien d'au moins quatre de ses dernières créations : « God Country », « Baby Teeth », (sur ce blog) « Ghost Fleet » et « RedNeck » (BDZoom), sans parler de l'étonnant (et enthousiasmant) « Cosmic Ghost Rider », lu chez Panini.

Dans cette histoire mettant en scène le jeune Reuben, toxico de son état, (alcool, cigarette), aux prises avec une malédiction lui octroyant des pouvoirs surhumains lorsqu'il "consomme", on a un peu de mal à voir où l'auteur souhaite nous conduire, ou en tous cas dans quel sens. En effet, si l'objectif de cette mini série en quatre épisodes est de dénoncer les ravages de la drogue sur soi-même et son entourage, cela est plutôt réussi.



L'aspect dramatique joue à plein, avec de nombreuses scènes violentes, plutôt bien mises en images par le trait fin et tranchant de Geoff Shaw et les couleurs de Laurent Affe. On apprécie aussi le travail de trame des scènes du passé. Cependant, le récit débutant sur les chapeaux de roue, nous plongeant dans le constat d'un personnage déjà en rupture avec sa petite amie (Nikki) et son (ex) équipe de super héros, on a un peu le sentiment que l'on a loupé un épisode...finalement, les scènes du quotidien de Reuben résonnent avec davantage de force que celles présentant ces héros dont on ne sait pas grand chose, et le dénouement semble nous donner raison, en suggérant, à l'aide d'une métaphore à peine voilée, que ces histoires de super pouvoirs ne seraient que foutaises, laissant l'unique responsabilité de ses méfaits à l'homme "normal", le citoyen ayant abandonné...


C'est un constat que Donny Cates a déjà abordé, d'une autre manière dans « Country God », et si l'on devait faire un parallèle, je citerai bien, à la fois « The Cape » de Joe Hill, pour l'aspect dévastateur, et le poids de la culpabilité que l'on souhaite déverser sur autrui, mais aussi : « The Mask », car il est facile de se cacher derrière un "alibi". (1)
« Buzzkill » est intéressant, mais mélange trop les genres et aurait sans doute gagné à aller plus droit au but.


FG

(1) « The Mask » dont on parlera très bientôt sur BDzoom, puisque les éditions Délirium ont eu l'excellente idée d'éditer les premiers épisodes du comics. (Album à paraitre le 18 octobre.)


« Buzkill » par Donny Cates, Mark Reznicek et Geoff Shaw
Éditions Delcourt (15,95 €)- EAN : 978-2-413-01661-8

lundi 16 septembre 2019

Scarce mag 89 : parle moins fort ! (spécial Speakeasy)


Scarce
ne sous-titre plus « le magazine de référence sur les comics  » mais reste néanmoins une des, sinon l'unique publication papier à traiter ce sujet de manière aussi professionnelle aujourd'hui. Depuis 1983 il continue à offrir, contre vents et marées, des sommaires toujours aussi pointus et intéressants.




Dans ce numéro de septembre, un dessin Inédit de Dean Haspiel, sur fond blanc, dévoile une couverture très épurée, assez peu commune dans l'histoire du fanzine. Ce projet avorté de couverture pour la série Fallout du label Speakeasy donne le ton d'un sommaire presque entièrement dédié à cette petite structure de Toronto (Canada). Créée en 2004 par Adam Fortier, après ses passages chez Dreamwave et IDW, ainsi que son collègue Chris Stone, Speakeasy va se lancer avec envie, bravoure et enthousiasme, lançant un paquet (trop) important de séries dés février 2005 , avant de déchanter et mettre la clef sous la porte, seulement treize mois plus tard.



Scarce doit être l'un des seul magazine à consacrer un numéro entier à une structure n'ayant même pas eu le temps de se faire connaître en France, mais le dossier vaut la peine, ne serait-ce que pour la découverte des séries au fort potentiel « qui auraient pu… » telles « Rocketo » de Frank Espinosa, « Bitter Souls » de Norm Breyfogle, « The Hunger » de Chris du Baari et José Torres, ...etc. Tout cela sans compter sur l'interview de Vito Delsante, un temps directeur commercial, le dossier sur Marcos Martin, mettant en lumière la série horrifique « The Breach », l'univers « New Brooklyn », et les rubriques habituelles.


On est jamais en manque de lecture avec Scarce, rempli jusqu'à ras bord d'informations, de révélations, le tout écrit avec justesse et un ton à la fois précis et pédagogique, très agréable. C'est ce que l'on ressent en tous cas à la lecture de ce dernier numéro, mené de main de maître par son rédacteur en chef Xavier Lancel.
Bon, c'est pas tout, mais j'ai un comic shop à appeler, là ! ;-)

FG



Scarce #89, 66 pages noir et blanc, couverture couleur. (9€)

À acheter en festivals, en librairie spécialisée, ou par correspondance, via : https://scarcemag.blogspot.com/

vendredi 30 août 2019

« Urbanisation » à tout va ! Préparez vos rayonnages pour les annonces comics de la rentrée 2019 !

Je n'ai pas pour habitude de privilégier un éditeur plutôt qu'un autre, mais les prévisions de parutions pour septembre à décembre 2019 d'#Urban comics sont tellement alléchantes, que je ne peux m'en empêcher. Voilà donc, au milieu de plein d'autres bonnes choses plutôt liées aux super-héros (et à une ou deux exceptions près ;-)), ce qui me paraît excitant, en termes de publications alternatives.
Attention : couvertures non contractuelles !


25 octobre : Camelot 3000 par Brian Bolland

 et Mark V Barr. Un comics culte issu de la revue 2000 AD, pas réédité en français, sauf erreur, depuis 1983 et les petits format Arédit. Yes !!

31 octobre :  Gideon falls 2 ; Royal City 3 par Jeff Lemire.


J'ai chroniqué ces deux titres alternatifs de l'un des meilleurs scénaristes canadiens/anglo saxon actuels. Est-ce nécessaire d'en rajouter ? Indispensable !

http://bdzoom.com/134813/comic-books/%c2%ab-gideon-falls-t1%c2%a0-la-grange-noire-%c2%bb-par-jeff-lemire-et-adrian-sorrentino/

http://bdzoom.com/125319/comic-books/%c2%ab%c2%a0royal-city%c2%a0t1%c2%a0-famille-decomposee%c2%a0%c2%bb-par-jeff-lemire/


15 novembre : Heroes in Crisis par Tom King, Lee Weeks… je ne connais pas encore ce récit, mais lorsque vous voyez les noms des auteurs, votre sang ne fait qu'un tour...




22 nov : The Terrifics par Jeff Lemire, Ivan Reis, Evan Doc Shaner, Joe Bennett.
Lorsque Jeff Lemire se met en tête de revisiter une équipe comprenant : Plastic Man, Phantom Girl, Metamorpho and Mr. Terrific, on applaudi des deux mains, non ? Greaaat !














Le Demon, par Jack Kirby !!
> ai-je besoin de faire un commentaire ??  Après les rééditions de Swamp Thing original par Wrightson et Wein, puis celui d'Alan Moore, (chroniqués tous deux sur BDzoom), où l'on croisait déjà Etrigan le démon, créature que les amateurs des petits formats connaissent bien... et suite aux déjà nombreuses anthologies du maître des comics chez le même éditeur (Omac, Kamandi, Losers, Quatrième monde...), comment ne pas se réjouir de ce volume ?





06/12 Batman, the Dailies (T1/3 tomes prévus) par Bob Kane, Bill Finger et Tristan la Poussière.
Notre camarade traducteur et passionné Tristan Lapoussière aura surement réalisé un excellent job sur ces bandes quotidiennes, plutôt inédites par ici, sous ce format, que l'on aura plaisir à savourer.
> Patrimoine, indeed !











06/12 : DC the New frontier tome 0, par Darwyn Cooke
> Aaaargl. Il était temps ! Ce classique du défunt Darwyn Cooke, génial dessinateur stylé 50's et cartoony revient enfin chez les libraires, après 14 ans d'absence et les trois petits formats Panini, dans une réédition cartonnée que l'on imagine superbe. Si vous ne connaissez pas, sautez dessus. Viiiiite !

> Lire une chronique


Kingdom Come nouvelle édition...par les grands Mark Waid et Alex Ross.

A l'heure où Mark Waid fait son "retour" en France (et ailleurs) avec Ignited et toute la game Humanoids, (cf chronique sur BDzooom), comment ne pas saluer la réédition de ce chef d'oeuvre, plastique et scénaristique, dont la dernière édition intégrale date de 2004 chez Semic !? Indispensable, bien sûr.



Last, but not least :

The Temple of Silence : Forgotten Works & Worlds of Herbert Crowley
Là encore, Tristan Lapoussière traduit cet imposant "Art Book" d'un dessinateur anglais méconnu, mais apparemment incroyable. Jugez plutôt. Du grand art.

http://www.beehivebooks.net/shop/temple-of-silence



 Le site Urban comics. 

lundi 12 août 2019

Welcome back Conan ! By Jason Aaron.

Le 07 août est un jour très spécial pour moi. Il se trouve que ce jour-là parait aussi en librairie chez Panini comics cet album broché, magnifiquement illustré en couverture par Esad Ribic, correspondant au grand retour du guerrier et roi cimmerien, dans le giron de Marvel. 
Ayant eu l'occasion de lire les 6 premiers numéros en VO, correspondant, peu ou prou, à ce premier volume français, voilà ce que j'en retiens.
Conan a connu ses heures de gloire sous forme comics chez l'éditeur "merveilleux" dans les années soixante-dix et quatre-vingt, avec les passages exceptionnels et remarqués des grands noms : Roy Thomas, Gil Kane, John Buscema, Barry Windsor Smith, Alfredo Alcala, ...pour n'en citer que quelques uns. Une base référentielle pour tout amateur.
Les années quatre-vingt-dix n'ont pas été les plus mémorables, mais la décennie suivante aura été marquée par la couleur et quelques run authentiques, sous les auspices d'auteurs tels Kurt busiek et Cary nord, Brian Wood, Becky Cloonan, voire Bruce Jones et Richard Corben, entre autre. Mais cela s'est déroulé sous la bannière du cheval fougueux, alors que Dark Horse avait récupéré les droits du personnage en 2000. Ce retour "au bercail" si l'on peut dire, était donc attendu avec un mélange d'inquiétude et d'excitation par les nombreux fans, d'autant plus qu'il a été associé à une série d'albums inédits en France, quasiment au même moment, aux éditions Glénat, donnant l'opportunité (bienvenue ?) pour une poignée d'auteurs hexagonaux de confronter leurs univers respectifs à celui du héros howardien. Nous laisserons de côté cette expérience éditoriale afin de nous  concentrer sur  les aventures américaines.

Les premières images des illustrations couleur d'Esad Ribic, ou Alex Ross, pour les versions "originales" américaines de couvertures ont vite retiré toute appréhension, et c'était aussi sans compter sur le talent de scenariste de Jason Aaron, déjà fortement apprécié pour son excellent run surThor, toujours en cours de publication en France.
Ceci étant dit, le dessin de Mahmud Asrar, (All New X-Men), choisit pour la nouvelle série principale, est largement à la hauteur des nombreuses couvertures  proposées sur le titre, dont celles d'Esad Ribic, particulierement goûteuses, (et que l'on retrouve normalement logiquement dans cette édition française, puisqu'il s'agissait des "courantes"). Fluidité du trait de Mahmud Asrar, détails, proportions respectées, encrage souple au top, sont magnifiés par la colorisation très agréable de Matthew Wilson. Un mets de choix au plaisir visuel raffiné, qui est seulement bousculé le temps de l'épisode 4, dessiné par Gerardo Zaffino. Cet autre auteur, au style plus reche, procure néanmoins un bon moment de lecture, même s'il s'avère le moins original de l'ensemble. Conan, dont on suit en effet les aventures entremêlées, de sa jeunesse et de sa fin de vie, étant alors devenu roi, et se conduisant comme un simple tueur masqué, façon "Assasin's Creed" (le jeu), accompagné d'un lion.


Les autres épisodes (#1, 2, 3, 5, 6) sont nettement plus intéressant, et nous projettent dans trois dimensions temporelles différentes : la première : le présent, où Conan vient d'être capturé par les enfants de la Crimson Witch, grâce à une traîtrise. Ceux-ci vont se servir de son sang afin de ressusciter leur dieu : Razazel.  Chaque épisode nous conte une des aventures du guerrier cimmerien, dans une région qu'il a traversées, et tel que consigné dans les chroniques de Nemedie, tandis que la fin nous ramène inexorablement à sa situation présente semble t-il désespérée, avec le fameux "to be continued...".
Que ce soit en luttant dans les sombres forêts longeant la black River, aux côtés des Picts afin de se débarrasser de serpents géants monstrueux, au moment de sa pendaison sur la colline de l'arbre rouge, en Nemedie, sur le bateau fantôme des mers du sud-est, où l'a mené une étrange idole de bois, ou bien encore à Turan, combattant aux cite des troupes du roi Yezdigerd, les deux artistes nous entrainent avec eux dans de superbes aventures, parmi les meilleures que l'on a eu l'occasion de lire sur la licence. Ces "vies et morts de Conan", telles que racontées par Jason Aaron et Mahmud Asrar font honneur à leur créateur Robert E Howard, et à leur éditeur en comics historique. Chaque comics original est accompagné d'un chapitre de la nouvelle "Black Starlight", inédite, par John C. Hocking.
By Crom, au prix de lancement de 10 euros seulement, on aurait bien tort de s'en passer. "Welcome back Conan !"

FG


Conan the Barbarian ep 1-6
Marvel 2018-2019 (série en cours)

" Conan le barbare : vie et mort de Conan"
Éditions Panini comics (10€) -
ISBN : 9782809476804

mercredi 31 juillet 2019

Batman Kings of Fear VS The Maxx : deux folies, deux approches.

Deux mini séries paru depuis fin 2018 mais que je n'avais pas eu le temps de lire. Fan des dessins de Kelley Jones, continuateur du style gothique habité de Berni Wrightson, mais aussi de celui de Sam Kieth, il était quasi impensable de ne pas s'intéresser au dessinateur nous ayant réjouit avec la série des Batman Vampires ou à celui (Sam Kieth), révèlé  avec la série des Sandman dans les années quatre-vingt et responsable aussi, entre autre, de bons Aliens Ce dernier possède un trait fin et "tordu", s'arrangeant habituellement plutôt bien de récits fantastiques dérangés. De quoi piquer la curiosité.

Étonnamment, si ces 2 mini séries sont écrites et dessinées par deux auteurs différents, elles ont néanmoins pas mal de points communs.
L'un : "Kings of Fear" s'intéresse à l'asile d'Arkham et plus particulièrement à l'un de ses pensionnaire, Scarecrow, autrement dit l'épouvantail. Alors que Batman ramène le Joker à l'asile, il apprend l'évasion du savant fou, avec un otage. Les six numéros vont nous entraîner dans la psyché de l'homme chauve-souris, manipulé d'une certaine manière par son ennemi, qui l'oblige à prendre sur lui la situation dramatique des nombreux villains emprisonnés la, qui auraient, d'après lui, gagné à avoir été laissé tranquille. Qui serait devenu un spécialiste de la cryogénie spatiale (Mister Freeze), qui aurait éradiqué le crime dans Gotham (Double face), qui aurait obtenu le prix Nobel de la paix pour son travail auprès des femmes et enfants maltraités (Catwoman) ... Une accusation jetant le trouble sur le milliardaire de Gotham, et un scénario déjà vu, malheureusement de nombreuses fois dans la serie. Ne serait-ce que pour le dessin de Kelley Jones, ces six numéros sont donc loin d'être indispensables.

Un peu plus intéressant, car proposant deux univers "psychiques" plus originaux : ce début de mini série de Sam Kieth, mettant en avant, et comme sidekick, son personnage pas si souvent vu : the Maxx, dont la première apparition date de 1982  dans la revue Primer (#5), avant d'obtenir sa propre série en 1993 chez Image. The Maxx est une créature "imaginaire" créé par Julie, une jeune femme ayant été violée, et qui s'invente un monde, l'outback australien, afin de se construire une autre vie. Ce monde est peuplé de créatures plus ou moins dangereuses, toujours en lien avec la réalité.
Ici, c'est Batman, drogué à Àrkham, qui va faire connaissance avec the Maxx, tandis que les psychotiques de l'asile s'immiscent dans cet univers. D'abord le pingouin, le Joker, puis Harley Quinn..

Sam Kieth délivre un récit bien étrange, où "son" Batman hésite entre sérieux et caricature, ce qui donne tout le charme de ces trois premiers numéros, même s'ils tombent en même temps que la mini série de Scott Peterson, et se font donc un peu gâcher l'originalité du scénario "vrai-faux" - psychée defaillante-univers onirique.
À tout prendre, et si on devait donc comparer, j'accorderai un petit 6/10 au "Kings of Fear", en partie pour le dessin de Jones, bien qu'il s'autoparodie de plus en plus, et un bon 14/20 au Sam Kieth, plus alternatif, plus étrange, plus rigolo aussi. Enough said !

FG


"Batman Kings of Fear" par Scott Peterson et Kelley Jones (1-6, oct 2018)
DC comics

"Arkham Dreams, Batman/The Maxx", par Sam Kieth. (1-3, octobre 2018).
DC comics/Image

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