dimanche 19 mars 2017

"Dead, she said" (RIP mr Wrightson)

J’apprends ce matin la disparition de deux très grands artistes chers à mon coeur  : novateurs chacun dans leur domaine respectif : Chuck Berry (18 Mars), et Bernie Wrightson (19 Mars).

L’un a été à l’origine du Rock’n’roll. Tout le monde connait au moins une poignée de ses chansons.
Né à St Louis dans le Missouri, et descendant, comme beaucoup d’afro américains de sa génération de grands parents esclaves, Chuck  Berry a développé un style très personnel, mêlant chansonnettes dédiées aux teenagers, avec beaucoup d’humour, riff énergiques et dansant, et une attitude scénique showesque. ‘(Le fameux duck walk). 
Si les années soixante dix et quatre vingt l’un un peu laissées de côté, il a été une influence majeure sur l’essentiel du développement du rock mondial et personne ne l’a laissé tombé, et surtout pas Keith Richards, qui lui a dédié un super film hommage en 1987. Il n’y aurait ni rock, ni punk rock, ni garage… sans lui. Il n’a jamais cessé de jouer, et ses vingt dernières années, même s’il apparaissait régulièrement dans des manifestations, jusque dans des coins reculés de France, il n’offrait plus que l’ombre de lui-même. Ceci dit, il restera à jamais Mister Rock’nroll, et… « You never can tell » !

Bernie Wrightson quant à lui, a été révélé aux amateurs de bande dessinée français dans les revues pockets avec son Swamp thing à l’aube des années 70, scénarisé par Len Wein, puis dans la revue Spécial USA. Son hommage magnifique au monstre de Frankenstein, aux éditions Albin michel au début des années 80 l’a consacré et fait de lui un maître du dessin hachuré, noir et blanc, à la forme très gothique.
Il produisait peu, car son dessin était précieux et fourmillait de détails. C’est pourquoi j’ai suivi la moindre de ses parutions. Ces 10 dernières années, il avait lancé avec son complice Steve Niles trois récits de belle facture : City of others, non traduits en France à ce jour, The monstrous collection (non traduit non plus), et Frankenstein alive (Soleil), consacrant le retour du fameux monstre.

Il avait déjà réalisé trois numéros lorsque la maladie qui l’empêchait depuis des années (Parkinson me semble t’il), s’est aggravée, l’obligeant récemment, d’après les informations de sa femme sur son compte Facebook, à subir de lourdes interventions chirurgicales au cerveau.
On savait qu’il était très diminué et ne pourrait plus dessiner…  mais la nouvelle de son décès nous laisse, tous ses admirateurs, dont moi-même, effondrés.
Merci Mister Wrigthson, pour votre génie et votre passion partagée, et j’espère que là où vous êtes aujourd’hui, vous pourrez vous reposer sereinement, avec moins de monstres que dans vos récits.

Ps: je tiens à jour depuis 2003 un site consacré à la bibliographie française de l’auteur. Visible à :
http://www.berniewrightson.fr/

jeudi 23 février 2017

La cureteuse de Bellantree


Dans l’épisode 3 de la saison 2 de Penny Dreadful, (diffusé aux Etats-unis, Canada et UL le 17 Mai 2015), intitulé Les Visiteurs de la nuit (The Nightcomers), on a à faire à une sorte de spin of de la série qui aurait pu d'ailleurs s’intituler : la cureteuse de Bellantree*. Cet épisode possède une unité de lieu et d’intrigue, qui revient grâce à un flash back à un moment du passé de Vanessa Hives.



Celle ci raconte à Ethan comment elle a fait la connaissance des Visiteuses de la nuit, alors qu’elle était aller chercher de l’aide sur sa condition auprès d’une sorcière renommée dans les landes (à l’ouest ...de Londres).
Etonnant mais passionnant épisode que celui-ci, où l’on savoure l’immersion dans la vie d’une sorcière des plus typiques, mais pas si inhumaine que ce qu’on pourrait croire, et qui prend Vanessa sous son aile, jusqu’à aller au sacrifice ultime pour la sauver.



Ambiance sombre mais humaine dans la masure
Les visiteuses du soir tentent de récupérer Vanessa






















La cureteuse, ensorcellée, est sauvée par Vanessa in extremis













La vindicte populaire, attisée par la maîtresse des Visiteuses,
va lyncher la vieille femme


















La pauvre femme est aspergée de goudron














Et brulée vive

Parallèle étonnant entre auteurs et supports, à quelques jours près, puisque récemment, je mettais en avant la valeur du premier tome de Harrow county, paru le 31 Mai 2015 aux états unis, qui voit en introduction, et de manière identique, la fin tragique d’une sorcière brulée sous un arbre, par la meute bêtement méchante d’un petit village. Les sorcières ont la côte. (Mais mieux mortes que vives :-()





Vanessa récupère quelques effets de la vieille qui l'a fait son héritière





Et quitte ce lieu maudit























(*) Bellantrae ? Si la ville de Bellantrae, en Ecosse, pourrait être située à un endroit suffisamment éloigné de Londres pour correspondre à ce lieu, il paraît ceci dit un peu lointain (7 h de route aujourd'hui de Londres). Mais cette ville est cependant connue pour être dans le titre d'un roman de Robert Louis Stevenson ("Le maitre de Bellantrae".)
Il y a eu un tas de cas de sorcières au cours des siècles en Angleterre, Ecosse, irlande... mais rien sur Ballantrae, dans l'état actuel de mes courtes recherches. Pure fiction, donc sur cet aspect géographique ? A vos commentaires.

Un site pour en apprendre un peu plus sur ces légendes : 
http://uklegacies.blogspot.fr

©Toutes copies d'écran : John Logan/Showtime/Sky Atlantic

lundi 6 février 2017

Le building, de Will Eisner, version 2004

 En Janvier 2004, alors que Will Eisner est invité d'honneur au festival d'Angoulême, un spectacle adaptant son roman graphique "Le Building" est donné au théâtre municipal.

Une soirée magnifique et mémorable, d'autant plus qu'à l'entrée, un exemplaire d'une édition limitée à 3000 exemplaires, spécialement éditée pour l'occasion, était remis aux spectateurs.

Souvenirs...










L'affiche, d'époque.


Insert verso
Insert recto



Quatrième de couverture

dimanche 5 février 2017

Les Très étranges et très inopinées aventures d’Auguste Louis Chandel

Les "Très étranges et très inopinées aventures d’Auguste Louis Chandel" 
Jean-luc Jullian et Serge Annequin
Editions Lieux-dits
2003-2008

Depuis 2003 et jusqu'en 2008, Jean-luc Jullian et Serge Annequin ont publié 5 bons  albums de BD de style franco belge, chez un petit éditeur local lyonnais : Lieux dits (1), spécialisé en beaux livres, photographie, orientation.  Si vous êtes passés à coté, et cela serait compréhensible,  les ayant moi-même découvert seulement grâce à deux bons amis lyonnais, je vous les recommande chaudement. 

Les ambiances tant scénaristiques que graphiques ne sont pas sans rappeler les stéphanois Zac et Deloupy de la série  L’introuvable (chez Jarjille*). On est ici en effet sur du franco-belge pur jus, avec clins d'oeil patrimoniaux très nombreux et très agréables, mais l'ambiance « enquête » et familiale est encore plus forte ici.  


Louis et sa jeune nièce Lison se lancent dans des aventures passionnantes, mettant en scène des quartiers historiques et culturels notables de l’agglomération lyonnaise, en s’inspirant de la riche histoire de la capitale des Gaules. 


On découvrira l’existence d’autres saint suaires (que celui exposé à Turin) dans le « Suaire de la peur », où bien évidemment, le fantastique s’empare, et de belle manière, de cette histoire prenant son origine dans une crypte mise à jour par la baisse des eaux dans la chapelle de l’île Barbe… Un jeu de piste  très agréable, façon chouette d’or, dans : Ma ciste en enfer, nous dévoilera d’autres quartiers et trésors de la capitale… etc. Les univers d’Hergé (la secte des Cigares du Pharaon, voire Jo Zette et Jocko pour l’aspect familial), ou de Nestor Burma seront omniprésents au cours des 5 albums, faisant de des aventures d’Auguste Louis Chandel un petit must de la BD franco belge, à découvrir absolument. 

Note spéciale pour les couleurs, en aplats, donnant un aspect agréable, simple mais efficace aux planches, que l’on pourrait croire d’ailleurs réservées aux enfants, mais… non.

Tous publics, et recommandé par la maison.





(*) Serge Jannequin, lyonnais,  a d'ailleurs été publié dans la collection Bn2 des éditions Jarjille en 2010, avec Wilk. Il est aussi l'auteur de la série "Des fragments de l'oubli" (2011-2013 chez Paquet, réédité en 2016 chez Emmanuel Proust, où il a publié depuis un autre album.)


(1) http://www.lieuxdits.fr/accueil/les-livres/bandes-dessinees/

mercredi 18 janvier 2017

Les romans fantastiques adaptés en bande dessinée


Un rappel pour toutes celles et ceux qui ne seraient encore jamais tombés sur cette page créée en 2014 et consacrée aux romans fantastiques adaptée en bande dessinée. (Domaine "Rockaroanne.fr, ceci expliquant cela.)

Celle-ci, et sa mise à jour d'un court article original papier réalisé en médiathèque en 2001, élargie la démarche originelle d'adaptation de romans d'auteurs "classiques" fantastiques à des récits plus axés Epouvante et Horreur, et mérite, je pense, humblement, d'être visitée.
Attention : ne sont pas pris en compte les mangas (cela ferait trop), et le fantastique plus "commun"", où de superbes albums seraient pourtant à signaler. (cf mes chroniques sur Nebularstore néanmoins). Concernant la SF... et bien, il y a tellement de monstres qui font peur... que l'on serait tenté de les ajouter, mais... sont-ce vraiment des démons ?, même si le Xénomorphe d'Alien, par exemple, pourrait bien évidemment avoir sa place içi tant il est terrible.
Quant à la définition du terme "Epouvante"... elle n'offre qu'un repère qui pourra être discuté sur le blog dédié "Bernies'blog".

De manière générale, il s'agira ici des apparitions de démons dans l'univers humain, que les récits soient adaptés ou originaux.

Détail important : on tâchera de proposer le sommaire complet des albums collectifs, à chaque fois que cela sera possible. 
Merci de vos commentaires, suggestions...etc.
http://www.rockaroanne.fr/rockaroanne/Romansfantastiquesadaptes.html

vendredi 30 décembre 2016

Charles Burns Tintin reanimator


Dans trente ans, lorsque par hasard, un jeune lecteur tombera sur Vortex, peut-être attiré par sa couverture colorée et étrange, mais finement présentée, où le suspense de la situation donne immanquablement envie d'ouvrir l'album et d'en connaître le contenu, celui-ci sera certainement très surpris. Il n'est pas dit qu'il possèdera suffisamment de références tintinophiles pour s'amuser des nombreux clins d'œil qui constituent une bonne partie de l'ossature de l'ouvrage, mais au moins il se régalera des superbes planches couleur se jouant, avec Nit Nit comme acteur principal*, et au moins dans les premières pages (1 à 29) des plus fantastiques couvertures du héros à la houpe de Hergé.
Une île bien connue ©Cornelius/Charles Burns 






A coup sur il sera angoissé, et se demandera s'il a bien le droit de regarder un tel ouvrage, pas franchement fait pour les enfants, où l'univers du cauchemar dévoile d'étranges créatures gluantes et atrophiées, ou de belles demoiselles nues. (Non montrées ici ;-))

©Cornelius/Charles Burns
 Cette impression de livre "pour adultes" est ensuite confirmée dans la deuxième partie, où sont proposées des visions détournées, accentuées, de couvertures de revues comics américaines à l'eau de rose pour adultes, datées années 50. Mais ici relookées à la sauce asiatique, pour leur donner un goût encore plus étrange. Les quelques planches incluses entre deux séries, comme des extraits de ces magazines, sont tronquées et proposent des dialogues dans une langue étrangère, ou vaguement Thailandaise, comme dans un exercice de l'oulipo, opérant à la manière de portes pour voyager entre chaque univers.
Verso de Blood club, ed limitée (1995)


L'album s'ouvre après deux illustrations pleine page, sur une introduction tintinesque issue du fameux épisode du Secret de la licorne, où Tintin, après avoir été enlevé, se retrouve dans la crypte du château des frères Loiseaux, et se conclue par un prologue en photo montage, où l'auteur nous avoue, là encore, "ne pas savoir où il se trouve lorsqu'il se réveille". Nous non plus. Et le jeune lecteur de 2046 pas plus, il faut le deviner.

Mais pour les amateurs de l'Américain Charles Burns, qu'ils se rassurent... on a bien à faire ici à un superbe album du créateur de Big baby et de El Borbah, qui n'a rien perdu de son imagination et de sa bizarrerie. Quant aux amateurs de Tintin que nous sommes, pour la plupart, depuis notre plus tendre enfance, nul doute que cette "relecture" très Lynchienne d'un univers à la fois si moderne (on en parle chaque année) et si classique pourtant dans sa forme, ne manquera pas de nous interpeller. Et ce, dès les pages de gardes bleues, chères aux anciens lecteurs, ou collectionneurs.


Les pages de garde de Vortex ©Cornelius/Charles Burns

C'est sans doute cela la grande force de cet ouvrage, plus que tout autre sur le même sujet : faire (re)vivre Tintin... sans Tintin. Mais en ne gardant au final que le principal, c'est à dire le rêve.


VortexCharles BurnsEd Cornélius, Nov 2016, 70 p. Cartonné, dos toilé jaune.
Voir d'autres images sur la page de présentation de l'album de l'éditeur.


(*) (Anti) héros issu de la série Toxic paru chez le même éditeur. (3 tomes de 2010 à 2014)

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