dimanche 29 novembre 2009

District 9 : plus jamais ça ?

Sangat, la jungle, Soweto, Sabra et Chatila .. autant de noms pour définir la même dure réalité : des camps où s'entassent des êtres humains, rejetés ou confinés là par leurs pairs, pour diverses raisons, toujours légitimées par ces derniers.
Résultat d'une émigration clandestine, gethoisation d'une communauté à cause de sa différence culturelle, religieuse ou de couleur de peau...
Le film de Neil Blomkamp, produit par Peter Jackson commence en 2050. La société MNU s'apprête à investir le District 9, bidonville où ont été parqués il y a maintenant 30 ans des milliers de créatures extraterrestres. Comment sont-elles arrivées là ? qui sont elles ?

En 2020 un énorme vaisseau de ta taille d'une ville est apparu au dessus de Johannesburg (Afrique du sud) puis s'est immobilisé à quelques kilomètres de distance. Ne donnant aucun signe de vie durant plusieurs jours, il a été décidé de monter des équipes militaires en hélico afin d'ouvrir un passage dans sa coque pour inspection. C'est là que l'on a découvert deux millions de créatures désemparées, affamées, apparemment malades, comme après un long voyage, une dérivation dans l'espace en l'occurrence.
...Cela ne vous rappelle rien ? ... Combien d'humains tentent le voyage chaque jour par mer entre deux pays pour trouver refuge ? combien arrivent vivant ? On les a donc rassemblés dans un camp de fortune, et le temps à passé. Le camp est devenu un bidonville et a créé ses propres règles. La violence et l'insalubrité devenant des éléments récurrents, des repères même.
Aujourd'hui cependant, cela est devenu insupportable pour le voisinage. Trop de bruit, trop d'odeurs, d'insécurité... A moins que l'utilité de la »chair à expérimentation » ne soit plus aussi évidente qu'aux premiers jours, lorsqu'on ne connaissait rien de ces créatures ? (...)
Toujours est il que Wikus Van De Merwe (Superbe Sharlto Copley), est catapulté responsable du déplacement du camp. Il est question d'expulser les "réfugiés" et de les re-localiser 200 km plus au nord, dans un nouveau camp, plus grand, plus sain, où des tentes en toile accueilleront les non-humains.

...Tandis que les fouilles et tentatives d'expulsions commencent, au sein d'une maison en tôle, perdue au milieu du camp, un trio de créatures visqueuses finit de mettre au point une préparation liquide qui semble précieuse. Préparation qui a nécessité 30 ans de fabrication, avec des restes d'éléments d'armes extraterrestres.
C'est à peu près à ce moment là que l'on apprend que ces armes, réquisitionnées pour la plupart par l'armée, ou moins officiellement par la bande de contrebandiers nigériens qui fait la loi au sein du camp, ne sont utilisables que par les créatures mollusques. En effet, seule l'extrémité de leurs membres qui servent de bras, une espèce de pince, s'adapte et actionne ces machines à tuer.
Wikmus, en fouillant cette maison se projette malheureusement par mégarde ce produit précieux, déclenchant à cet instant le début d'un processus irrémédiable ainsi que le retournement du film. C'est alors ensuite au "Fugitif" que l'on va pouvoir faire référence, avec une traque dont l'anti-héros, devenu rapidement pseudo héros, va être le gibier.
Celle-là va nous mener vers la science-fiction pure, en passant par les genres fantastiques (une transformation Kafkaienne), l'épouvante (les opérations en salle d'expérimentations), la politique-fiction (le complot), et l'anime japonais (clin d'oeil à "Transformers" et "Tetsuo, l'homme machine"), le tout mené dorénavant tambour battant, avec beaucoup de scènes d'action et de combats.
District 9 est LE film de science-fiction de la rentrée 2009. C'est aussi et surtout un film politique. Il commence filmé caméra à l'épaule, comme un documentaire amateur d'un des collègue de Wikus. C'est un peu le film de promotion de fin d'année, où le départ "fleur au fusil". Stylistiquement on est proche de "Cloverfield" et de "Blair witch", mais là s'arrête la comparaison.
L'insouciance règne... on rigole, on est un peu nerveux. Et puis...petit à petit.. ce jeune cadre un peu empoté, placé là uniquement (!?) pour des raisons familiales (il est fiancé à la fille du grand patron de la WMU), va comprendre que le job n'est pas si simple qu'on a bien voulu lui laisser croire. Qui dirige t-il d'ailleurs ? que maîtrise t-il ? ... pas grand chose..
Et dés que l'on rentre dans les hangars où les soldats préparent leurs armes, le ton change et la réalisation du film aussi.
Le temps est au beau fixe lorsque le convoi pénètre dans le district, et seule la poussière ocre soulevée par les roues des véhicules blindés tout terrain nous voile le soleil brillant dans un ciel bleu azure. C'est le clin d'oeil "Full metal jacket" ou : Hollywood et le beau guerrier. Ce changement de style nous plonge alors dans le film de guerre, et le malaise.
Mais qu'est-ce qui fait l'intérêt supplémentaire de District 9, au delà de l'aspect réussi de sa mise en scène et de son scénario ? Car cela suffirait déjà à le placer au dessus du panier.
Il s'agit sans doute de cette réflexion sous-jacente, qui est au final le but ultime du réalisateur à n'en pas douter : la question violente qui nous est posée lorsque nous ne pouvons pas, ne voulons pas être confrontés à des réalités désagréables : Que faire des réfugiés, des sans papiers ?
Où vont-ils ? qui sont-ils ? que veulent-ils ? qui s'en occupe ? et doit on les regarder, les écouter ?.. Et quand bien même ceux-là seraient des extraterrestres, le problème serait-il si différent ? ...Et, si par malchance vous vous trouviez parmi eux, que vous deveniez l'un d'eux, et que vous subissiez leurs sort, que feriez-vous ? et que pourriez-vous faire d'ailleurs ?
C'est tout le propos de cet excellent film qui sous couvert d'une très bonne intrigue de science-fiction nous confronte à des problèmes actuels violents, récents et se déroulant sous nos yeux.
"Welcome" de Philippe Lioret avec Vincet Lindon, (Mars 2009) traitait aussi de ce sujet; mais l'avoir transposé dans le futur et avec des créatures qui ont toujours fait rêver l'imaginaire ouvre d'avantage le sujet et le rend encore plus acide. En effet, dans District 9, il y a le chiffre "9", représentant l'humain. Or, qu'est-ce qui nous rend plus humain qu'un autre être ?
La réponse est à trouver très vite, car le futur n'apporte apparemment pas de solution toute faite.
Notes :
Neil Blomkamp; né en 1979 à Johannesburg, Afrique du sud est apparemment bien influencé par son pays et sa ville natale. Car District 9 n'est que l'aboutissement d'un long processus autour de l'apartheid. En effet, en dehors de précédents travaux*, il est le réalisateur de "Alive in Joburg" (2005) un court métrage se déroulant à Johannesburg avec le même genre de scénario : des extraterrestres qui débarquent en 1990 en plein ghetto.
La question de l'être humain derrière l'identité robotique était aussi déjà soulevée avec "Tembot" en 2006. On notera d'ailleurs que le robot utilisé est le même qui a servit à l'extraordinaire publicité de la Citroën C4 (2005). Prouesse technique qui a permis on n'en doute pas le succès ensuite du "Transformers" de Michael Bay en 2007.
"Tetra vaal" en 2005 se déroulait aussi déjà dans le township de Johannesburg et le synopsis oeuvrait autour d'un policier robot sensé ramener le calme dans les ghettos. Tandis que "Crossing the line" (2008, de Peter Jackson) dont Blomkamp n'est crédité que comme directeur additionnel traitait de la première guerre mondiale et utilisait pour la première fois la technologie de la caméra rouge. (Peter Jackson - Wikipedia, the free encyclopedia)
Au travers de ses différents projets aboutis ou non dont le site Filmjunk.com nous propose des extraits, Blomkamp se révèle comme un réalisateur bourré de talents, dont les sujets de science-fiction autour de la question de la guerre et de l'humain, mêlant souvent effets digitaux ultra réalistes et animations réelles laissent présager d'une belle carrière.

Sortie du DVD de District 9 prévue le 10 Janvier 2010.

samedi 14 novembre 2009

Juillard : deux inédits !

Une belle publicité pour le premier album de Bohémond de St Gilles, dans le supplément de "Formule 1" n°51 de 1979.
(Qui préfigure le vieillissement quelques années plus tard de Blake et Mortimer, Johan & Pirlouit... dans la série "Le dernier chapitre, Dargaud)

et le poster de Terrence Hill (abimé) du F1 n°53 de 1975.

... Au temps ou monsieur Juillard n'était pas encore la célébrité que l'on connait

mercredi 11 novembre 2009

Pierre Koernig : perdu entre feu, terre et ciel

Mon enfance au milieu des années soixante-dix a été bercée par de nombreuses lectures de revues publiant de la bande dessinée. Les plus anciennes auxquelles notre famille était abonné provenaient surtout des éditions Fleurus : Fripounet, Jonas, Coeurs vaillant Formule 1, Okapi, Triolo...
Celles-ci ont nourri nos imaginations, mon frère ma soeur et moi, aux côtés des classiques Tintin et Spirou, et avant d'ingurgiter les moins conventionnelles Metal hurlant, Charlie, Pilote, l'Echo des savanes, A suivre, Viper, Epic, Special USA...
Beaucoup d'auteurs ont fait leurs débuts dans ces premières revues catholiques et on citera parmi les plus connus : Juillard, Verrien, Convard, Binet, Tito ou Loisel; tandis que d'autres, dont les récits n'ont même pas paru en album une seule fois n'ont pas non plus connu les honneurs de la notoriété. Leur nom ne disant d'ailleurs même plus rien aujourd'hui à la plupart des amateurs.
...Tel est malheureusement le cas de Pierre Koernig.
Ses débuts :
« Pierre Koernig, né en 1938 a publié ses premières BD dans le magazine de l'armée Col Bleu où travaillait aussi Giraud, tous deux étant alors occupés à accomplir leur service militaire. Les deux auteurs travailleront d'ailleurs ensuite dans les pages des magazines des éditions de Fleurus Fripounet et Coeurs-Vaillants. Giraud vivra d'autres aventures plus valorisantes alors que

Mes autres chroniques cinéma

Mes autres chroniques cinéma
encore plus de choix...