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mercredi 22 décembre 2021

Les filles sages vont en enfer, d'après Thora Sherman-Friedman

Un roman graphique exigeant, car traitant du sujet du mal être d'une jeune femme Israélienne dans les colonies Cisjordaniennes. Sec, mais agréable, sincère et émouvant.

Tohar est le septième enfant d'une famille heureuse, dont le seul problème réside dans le fait que cette petite fille nait je jour de la mort de sa grand-mère maternelle. Si cet événement l'a apparemment marqué, elle va surtout connaître beaucoup de difficultés à s'intégrer dans une communauté et une société assez rigoristes. Bien qu'ayant été éduquée comme ses frères et sœurs, celle-ci va ressentir un mal être grandissant, qui l'amènera à remettre totalement en cause les préceptes, entre autre religieux, familiaux. Un évènement tragique survenu avec son copain terminera de précipiter cette "mue".

Tohar Sherman-Friedman est une jeune autrice inconnue en France, et dont c'est semble t-il le premier ouvrage dessiné. Elle passe d'avantage de temps apparemment a réaliser des tatouages dans son pays, comme on peut le constater sur son compte Instagram. Elle surprend en tous les cas avec une œuvre imposante, de 130 pages, très personnelle, où se dégage un style engagé remarquable car assez rare, que l'on aimerait retrouver. Son dessin, fin, au trait, est plutôt fluide, et évoque  quelque peu la scène alternative menée par des auteurs tels Adrian Tomine. Les couleurs sont douces et agréables. Autant dire que cette artiste est prometteuse et que l'on comprend pourquoi Leslie Perreau ait choisi de l'éditer dans cette exigeante collection Encrages. Des notes glossaire sont incluses en fin d'album permettant de mieux appréhender la culture yiddish.
Un album moderne marquant, féministe s'il en est, à découvrir.

FG

 
Les filles sages vont en enfer, par Tohar Sherman-Friedman
Éditions Delcourt Encrages (18,95 €) - ISBN : 9782413042389

lundi 7 octobre 2019

« Buzzkill » : juste un doigt alors !

Un titre paru fin août, qui m'est parvenu trop tard pour être chroniqué à la rentrée.

« Buzzkill », sous un concept scénaristique osé : associer le super-héroïque à la prise de drogues, permet de retrouver Donny Cates, auteur ayant le vent en poupe depuis quelques temps dans l'écurie Marvel. Que ce soit sur des licences ou en alternatif. On a d'ailleurs déjà eu l'occasion de dire du bien d'au moins quatre de ses dernières créations : « God Country », « Baby Teeth », (sur ce blog) « Ghost Fleet » et « RedNeck » (BDZoom), sans parler de l'étonnant (et enthousiasmant) « Cosmic Ghost Rider », lu chez Panini.

Dans cette histoire mettant en scène le jeune Reuben, toxico de son état, (alcool, cigarette), aux prises avec une malédiction lui octroyant des pouvoirs surhumains lorsqu'il "consomme", on a un peu de mal à voir où l'auteur souhaite nous conduire, ou en tous cas dans quel sens. En effet, si l'objectif de cette mini série en quatre épisodes est de dénoncer les ravages de la drogue sur soi-même et son entourage, cela est plutôt réussi.



L'aspect dramatique joue à plein, avec de nombreuses scènes violentes, plutôt bien mises en images par le trait fin et tranchant de Geoff Shaw et les couleurs de Laurent Affe. On apprécie aussi le travail de trame des scènes du passé. Cependant, le récit débutant sur les chapeaux de roue, nous plongeant dans le constat d'un personnage déjà en rupture avec sa petite amie (Nikki) et son (ex) équipe de super héros, on a un peu le sentiment que l'on a loupé un épisode...finalement, les scènes du quotidien de Reuben résonnent avec davantage de force que celles présentant ces héros dont on ne sait pas grand chose, et le dénouement semble nous donner raison, en suggérant, à l'aide d'une métaphore à peine voilée, que ces histoires de super pouvoirs ne seraient que foutaises, laissant l'unique responsabilité de ses méfaits à l'homme "normal", le citoyen ayant abandonné...


C'est un constat que Donny Cates a déjà abordé, d'une autre manière dans « Country God », et si l'on devait faire un parallèle, je citerai bien, à la fois « The Cape » de Joe Hill, pour l'aspect dévastateur, et le poids de la culpabilité que l'on souhaite déverser sur autrui, mais aussi : « The Mask », car il est facile de se cacher derrière un "alibi". (1)
« Buzzkill » est intéressant, mais mélange trop les genres et aurait sans doute gagné à aller plus droit au but.


FG

(1) « The Mask » dont on parlera très bientôt sur BDzoom, puisque les éditions Délirium ont eu l'excellente idée d'éditer les premiers épisodes du comics. (Album à paraitre le 18 octobre.)


« Buzkill » par Donny Cates, Mark Reznicek et Geoff Shaw
Éditions Delcourt (15,95 €)- EAN : 978-2-413-01661-8

vendredi 4 août 2017

Secrets de famille : l'amour des comics de la famille Griffith

L'amour des comics de la famille Griffith

Paru en novembre 2016, « Secrets de famille » est l'oeuvre de Bill Griffith, auteur de comics pourtant culte aux États-Unis mais peu connu des lecteurs français. L'été étant propice aux lectures et redécouvertes, focus sur cet étonnant roman graphique, et son créateur.


Je n'ai jamais lu "Zippy the Pinhead", le personnage culte underground de Bill Griffith, créé à la fin des années soixante psychédéliques, pour la simple et bonne raison qu'il n'a jamais été traduit en français sous forme d'album. Sans doute a t-il eu des planches ou dessins publiés dans des revues de type Actuel, où l'essentiel des artistes underground ont été accueillis. Cependant, Bill Griffith est tout simplement passé à côté du public français.  Pourtant de la même génération et culture underground que Robert Crumb (tous deux ont publié dans le fanzine « Weirdo » des années quatre-vingt*), mais trop typé sans doute, trop bizarre. J'aurais pu m'y intéresser quand même davantage et le lire en version originale,  mais...non, l''opportunité ne s'est pas présentée.
Bref, c'est pourquoi lorsque je suis tombé sur ce roman graphique à la médiathèque locale, j'ai été interpellé : quoi ? Bill Griffith fait aussi du dessin "réaliste" et a sorti un bouquin "autobiographique ?


Dans un style proche de ce qu'on peut trouver chez Harvey Pekar : dessin semi réaliste assez classique au trait, en noir et blanc, "Secrets de famille" attire par son côté indépendant et peu ordinaire. Il rappellera aussi un peu, dans le ton, le roman graphique d'un autre auteur américain peu traduit chez nous : Howard Cruse ("Un monde de différence", Vertige graphic 2001)
Bill Griffith, se représentant en jeune homme, alors qu'il est âgé aujourd'hui de 73 ans, raconte sa découverte en 1972 de la liaison extra conjugale de sa mère. Celle-ci livre dans un journal intime qu'elle lui laisse à sa mort, en 1998, les détails, à peine romancés, de ses seize années avec un dessinateur de comics professionnel : Lawrence Lariar. Cette relation avait débuté alors que son père, décédé d'un accident de vélo en 1972 était souvent loin, responsable d'une administration militaire en Corée.


L'auteur nous embarque avec lui dans une enquête qui lui fait remonter le temps, depuis son enfance jusqu'aux débuts de sa propre carrière artistique. C'est l'occasion de documenter les débuts de l'industrie du comic book, par le biais de la vie de Lariar. Celui-ci a en effet connu toutes les périodes d'un dessinateur de presse humoristique, tentant inexorablement de placer ses propres bandes hebdomadaires dans un journal.
Griffith reproduit un tas de strips et de dessins d'époque, nous montrant aussi des scènes de studio (d'ateliers) rendant son documentaire encore plus enrichissant. On le suit dans la découverte des nombreux articles sur Lariar qui parsèment le web, ou la collection de l'Université de Syracuse à laquelle il avait fait un don, mais aussi les courriers de son père, laissés chez son oncle Al, et qui n'avaient jamais été ouverts.
Une découverte  fascinante, sous forme de mise en abîme, puisque dévoilée à la fois par le carnet de sa mère et un des romans de Lariar.



 « Secrets de famille » se révèle être, en dehors de son aspect social un peu "voyeur" une lecture enivrante et documentée, sur le monde du comics et des arts au milieu du vingtième siècle aux États-Unis, remettant en selle un auteur qu'on aurait pu juger, à tort, en fin de carrière.
Coup de cœur rétroactif !

« Secrets de famille, une histoire écrite à l'encre sympathique  » par Bill Griffith
Editions Delcourt, collection Outsider
Paru en novembre 2016

mardi 6 juin 2017

La Malédiction de Rowans


La mode est un peu à la sorcellerie et aux esprits ces dernières années : comics « Harrow County », « Rachel Rising », diverses séries franco-belges, films ou séries « Penny Dreadful », en ce moment « L'Autopsie de Jane Doe »… et ce comics one shot surfe un peu sur la vague. Néanmoins, son rapport à la jeunesse rappellera davantage le célèbre « Scream » du réalisateur Wes Craven. Voyons ce qu'il en ressort…

Katy, jeune étudiante américaine, cherche un appartement à partager afin de passer ses vacances d'été. Elle trouve une opportunité inespérée grâce à Emily, une jeune anglaise qui vit dans une belle maison ancienne. L'échange opère et Katy débarque comme prévu à Rowans Rise, sur la commune de Stratford. Mais rapidement, alors que les deux filles échangent par messagerie électronique, Katy se rend compte de choses anormales dans la vieille maison. Elle sent la présence de spectres, et la chambre qu'elle ne devait pas visiter a été étrangement emménagée de gris gris.
Elle se met à enquêter sur la vie d'Emily, qui lui cache apparemment un grave secret…



Ce prologue sert de prétexte à l'auteur pour présenter la vie d'une petite commune du centre de l'Angleterre, ce qui n' est pas si courant dans les comics. (1) Mike Carey aborde aussi le sujet des traditions ancestrales et de la sorcellerie. Pourquoi les habitants du XIIe au XVE siècle cimentaient des os de coquelets sur leur linteaux, ou plaçaient des branches de chêne (arbre Dule de la connaissance) dans leur chambre ? On se croirait dans le très bon « Harrow County » de Tyler Crook et Cullen Bunn. (Glénat Comics, trois tomes 2016-2017)

Seulement, là où ces deux autres auteurs américains ont choisi de développer leur scénario en série, nous immergeant dans un univers original, complexe et riche, Mike Carey se contente de 88 pages d'une histoire un peu téléphonée. Mais ne soyons pas trop dur : même si l'idée d'une maison accueillant une jeune femme quelque peu isolée, se faisant agressée par une ambiance ou des éléments extérieurs, ne date pas d'hier (2) « Rowans Ruins » (son titre original) ne joue pas tout à fait sur le même fil conducteur. Le sentiment cependant, en se rapprochant du dénouement, est que l'auteur hésite tout du long entre récit d'horreur et chronique sociale. Il nous fait part de la communication mail entre les jeunes femmes, entre Katy et ses parents... On visite avec elle les archives de la bibliothèque de Stratford, on partage sa relation naissante avec le bobby du coin… Mais ce qui se passe à la maison n'est finalement pas si important que ça, semble t'il. Pourtant un drame est en train de se jouer. 
L'auteur mixe donc bien toutes les références précédemment citées, mais sans apporter suffisamment d'éléments narratifs neufs. On aurait apprécié un peu plus de personnalité, un peu plus d'horreur, et je ne vends pas la mèche pour la conclusion, que je vous laisserai juger.
Le suspens est pourtant maîtrisé, un certain charme opère, et les dessins de Mike Perkins, que l'on avait pu apprécier au préalable sur la série adaptée de Stephen King « Le Fléau » (12 tomes chez Delcourt, avec Roberto Aguirre-Sacasa) sont tout à fait pertinents, mais plutôt classiques dans ce genre de comics.

Une demi réussite malheureusement, d'un éditeur : Boom Studios (3), pourtant pas en manque de talents dans son catalogue.



(1) Je me plais à rappeler souvent l'antécédent superbe de « Spider-Man esprits de la terre », par Charles Vess, qui se déroule dans les landes du nord de l'Angleterre.

(2) « Halloween la nuit des masques » nous avait introduit à ce suspens, et « Scream », dans les années quatre vingt dix a recyclé le genre, l'adaptant aux adolescents d'une époque plus permissive.

(3) Boom Studios est une jeune maison d'édition américaine de comics spécialisée en horreur et science-fiction, créée en 2005 par Ross Richie et Andrew Cosby. Le célèbre auteur Mark Waid a aussi fait partie du conseil administratif, qu'il a abandonné depuis 2011 pour se consacrer uniquement à ses histoires. Boom Studios publie ou a aussi publié, entre autres, les licences « Adventure Time », « Warhammer », « 28 Days Later » « Hellraiser » et « Planet of the Apes »


« La Malédiction de Rowans » par Mike Perkins et Mike Carey
Éditions Delcourt (15,95 € ) - ISBN 978-2-7560-8296-7

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