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vendredi 14 octobre 2022

Sergio Tisselli : les dernières aquarelles...

C'est un drame survenu juste après le festival d'Angoulême 2020 et alors que le dessinateur italien apprécié de tous s'était attaché à commencer le troisième tome des aventures du sergent Keller, entamées en 2017 avec Le Chemin du couchant, créées avec son ami François Corteggiani. Tous deux avaient été mis en contact par Michel Jans, des éditions Mosquito, quelques temps avant et je l'attendais avec impatience et avec toute l'équipe à Roanne, où il était prévu qu'il vienne avec son autre ami et compatriote Lele Vianello, dans le cadre du festival BD d'Ambierle, se déroulant en septembre. Décédé subitement en mai, cela ne put se faire, et Lele vint seul.

Je me souviendrai toujours avec émotion de la gentillesse de ce monsieur, de cet artiste aux aquarelles flamboyantes, auprès duquel j'eu la chance et l'honneur de partager un repas cette année là à Angoulême, grâce à Michel Jans, mais dont je ne pu me faire dédicacer un album, profitant pleinement du moment présent, et souhaitant laisser ses fans, nombreux sur le stand de l'éditeur, mais surtout trop certain de pouvoir en profiter plus avant quelques mois plus tard...

Sergio content de m'assurer de sa présence à Ambierle...
© Photo : Franck Guigue

Ce mois d'octobre 2022, les éditions Mosquito publient, à l'occasion de la parution du tome 3 de ce western très sympa (1), une brochure hommage spécialement dédiée à l'ami de Michel et François parti trop tôt. De nombreux autres copains témoignent, avec des textes entourés de nombreux inédits, des photos, au sein d'une publication limitée à 250 exemplaires offerte pour l'achat de deux albums Mosquito. Celle-ci se rangera évidemment aux cotés de la précédente, consacrée à Sergio Toppi.
Deux Sergio, deux très grands artistes, deux pertes immenses, dont Michel Jans poursuit la sauvegarde de la mémoire.

FG

(1) Voir ma chronique de L'ange exterminateur sur Planete BD

Le 4eme de couverture.



Ci-dessus les travaux préparatoires et premières aquarelles de l'album inabouti.

Un style flamboyant, c'est ça.
©Sergio Tissellli/éditions Mosquito
(Image ci-dessus tirée du "Chemin du couchant")
Les autres : tirées de la brochure hommage.  
 
 

L'affiche du festival BD de Grenoble 2018

Sergio Tisselli et Lele Vianelo sur le stand Mosquito, Angoulême 2020
© Photo : Franck Guigue


lundi 21 mars 2022

La Victoire du « Loup blanc » ! Le cas Renata De Barba/Renato Polese et de l’influence d’Il Vittorioso sur les périodiques Spirou et Tintin après-guerre

Les lecteurs de sites consacrés au patrimoine BD sont habitués aux histoires malheureusement un peu tristes, d’auteurs souvent talentueux, qui n’ont pas vraiment connu le succès qu’ils méritaient. Plus pragmatiquement, peut-on évoquer le cas d’artistes ayant été richement publiés dans tel ou tel pays, dans telles ou telles revues, et n’ayant qu’effleuré le lectorat d’autres contrées. C’est le cas du duo responsable d’une série western, que les lecteurs du journal Spirou ont découvert en 1956, dans le n° 930 du 9 février. Celui-ci dévoilait en effet un nouveau récit intitulé Loup blanc. Aucun crédit n’était cependant apporté à cette bande dessinée de facture très classique se déroulant au Canada, qui proposera d’une à quatre pages chaque jeudi, en couleurs et/ou en noir et blanc, jusqu’au n° 951 du 5 juillet 1956, avant de disparaître comme elle était venue. 
 


 

L'histoire
Nous sommes en 1789, au Canada. L’Anglais Alexandre Mac Kenzie, travaillant pour la compagnie nord-ouest du commerce des peaux est basé au fort Chipewya, sur les bords du lac Athabaska, et est chargé d’une expédition pacifique devant suivre le cours du fleuve sortant du lac et coulant vers le nord. Leur communauté va cependant être attaquée par un Indien de la tribu des Couteaux jaunes (Plume de corbeau), alors qu’Elisabeth Baker et son fils Edward sont descendus chercher de l’eau le long du fleuve. Henri, le père, intervient, mais trop tard. Sa femme meurt, étant tombée à l’eau. Un peu plus tard, la tribu de Plume de corbeau, vindicative, attaque le fort, et tandis qu’Henri Baker défend une position à l’extérieur, un peu en recul, son fils Edward et sa nourrice indienne Manua s’enfuient en canoë. Cependant, les pans de glace flottant les font naufrager, et seul Edward survit, recueilli et protégé par un loup blanc le réchauffant sous son flanc. Il sera ensuite récupéré par des membres de la tribu indienne les Sarcis, dont le chef (Serpent bleu) a aussi un fils du même âge : Shawnese. Pendant ce temps, Plume de corbeau, ayant échoué dans son attaque du fort, est banni de sa tribu. Il sera suivi plus tard par quelques guerriers, car nourrissant une haine et un désir de vengeance féroces contre les Blancs. Il rejoint le campement Sarcis et ment sur les évènements, annonçant la mort du père d'Edward. Serpent bleu décide alors d’adopter officiellement Edward et le nomme Loup blanc. Pendant ce temps, l’intervention de Mac Kenzie dans un jeu cruel entre deux Indiens (Natou de la tribu des Montagnais et Herbe odoriférante des Athabaska) va alimenter les conflits entre les protagonistes. Les Sarcis sont obligés de fuir, à la suite de l'attaque des Couteaux jaunes, et de passer sur le territoire des Athabaskas, qui en profitent pour enlever le Sarcis Croc aiguisé. Libéré par Petite Lune, montagnaise esclave, cette dernière est sacrifiée à Witiko, esprit des eaux, mais sauvée in-extremis par Loup blanc, à qui elle révélera alors la vérité.


Parution originale francaise
Ces planches ont paru à ce rythme dans
Spirou :

n° 930 : bandeau titre « Le Loup blanc » et quatre pages dont deux en couleurs, deux en noir et blanc

n° 931 : idem
n° 932 : une seule page noir et blanc et titre changé en « Loup blanc »
n° 935 : deux pages noir et blanc
n° 936 : deux pages en couleurs
n° 937 : bandeau titre  et deux pages en couleurs
n° 938, 939 : une page en couleurs, une page noir et blanc
n° 940 : deux pages en couleurs
n° 941 : une page en couleurs et annonce de défi de la tribu Castors.
n° 942, 943 : deux pages en couleurs
n° 944, 945: une page noir et blanc, une page en couleurs
n° 946, 947, 948, 949, 950, 951 : une page noir et blanc

Soit 36 planches.

Les lecteurs de Spirou n’ont eu que peu d’indices sur la provenance de cette bande à l’époque, ni au sein de la bande dessinée elle-même ni lors d’une annonce, ni dans la rubrique « Le Fureteur vous dira », où un jeu de questions réponses aurait pourtant pu les y aider. Tout au plus aujourd’hui, avec le recul, peut-on imaginer qu’elle a peut-être, comme beaucoup de parutions westerns, et surtout dans les petits formats pockets, une origine transalpine : l’Italie étant alors un grand fournisseur de western. Rappelons que l’époque ne citait que très peu les auteurs de bande dessinée, et si on reprend ses classiques des petits formats, il est bien difficile, sans encyclopédie et le travail acharné de spécialistes (comme Gérard Thomassian, pour n’en citer qu’un), de retrouver les noms de chacun. Partant donc sur cette piste italienne, et essayant de trouver un Lupo bianco quelque part, sur l’année 1956 ou juste avant, on tombera assez facilement sur la référence « Lupo Bianco » (« White Wolf ») : un comic book créé par Ivo Pavone avec des histoires écrites par Pier Carpi et publiées par Geis Renzo Barbieri, mais cela est une fausse piste, qui ne correspond en rien à ce que nous cherchons. L’encyclopedie.net de Gérard Thomassian apporte cependant une piste plus intéressante en citant, avec ces mots clefs, le petit format western Prairie et son sommaire du n° 63 (01.06.1955) : dont le récit italien « Loup blanc » (début) – trois planches (Il Vittorioso n° 42 (18.10.1953) à 15 (11.4.1954) : Lupo Bianco – 38 pl.) – Scénario de Renata De Barba et dessins de Renato Polese. Il fournit de plus une image qui laisse peu de doute sur la ressemblance avec les planches parues dans Spirou. Il informe aussi et enfin de la présence de cette série dans un autre pocket dénommé Classics illustrated où Loup Blanc paru dans les numéros 63 à 73 : (Lupo Bianco : hebdomadaire Il Vittorioso), en précisant qu’il a aussi paru dans Spirou.
Quant à une recherche sur le fameux journal de BD italien
Il Vittorioso lui-même, un petit tour sur son site très bien fait, avec l’accès à un PDF détaillant les archives , confirme les 38 numéros de Lupo Bianco sur une parution du 18 octobre 1953 au 11 avril 1954 dans le journal. 



 

 

 

 

 

 

 

Une influence "évidente" ?
Explorant les couvertures et l’intérieur de la revue, il est assez étonnant de constater l’influence de l’Italie
sur la bande dessinée franco belge au sein des journaux, puisque certaines bandes ont été passées dans Spirou, telles de rares Jacoviti (n° 698 au 720 en 1951), mais encore, de voir la qualité de certaines couvertures, qui ont été aussi reprises en Belgique et France. Par exemple celle « au Rinocéros » du numéro de Spirou 941, du 06 avril 1954, reprenant celle d’Il Vittorioso #3, de 1954. Magnifique peinture, bien plus clinquante d’ailleurs que celle éditée en Belgique et France. Gageons que les imprimeries italiennes alors étaient autrement équipées. On se posera encore la question de l’influence interalpine, à la vue de la couverture du numéro #1 d’Il Vittorioso, par Jacovitti, (03 janvier 1954) qui semble « reprise », quelque peu à un certain Hergé, ayant produite la sienne en octobre 1951 pour Tintin numéro 157 (et elle-même déjà utilisée sur la couverture du Petit Vingtième en 1938). On savait les rapports entre l’Italie, l’Angleterre et la France au sein des récits pockets, un peu moins peut-être celle au sein des journaux.




 

 

 



 

 


Éléments bibliographiques


Le dessinateur de bandes dessinées romain Renato Polese (27 avril 1924 - 9 mai 2014), a commencé à travailler dans le domaine de la bande dessinée à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ses premiers travaux ont été publiés dans les magazines italiens Giramondo et Il Vittorioso. En 1954, il se rend en Angleterre, où il travaille pour plusieurs éditeurs (Fleetway, Hulton, IPC), réalisant plusieurs genres, du western à la
science-fiction. De retour en Italie, il commence à travailler sur La Storia del West avec Gino d'Antonio pour Bonelli (5 volumes L’histoire de l’ouest chez Clair de lune), et des livres illustrés dans la collection Collana Rodeo. Il a également illustré des séries comme Safari dans Il Vittorioso (script Claudio Nizzi) et Bella e Bronco. En 1970, il entame une longue collaboration avec Il Giornalino, tout en continuant à travailler pour le groupe britannique Fleetway. Pour Il Giornalino, il a travaillé sur de nombreuses séries jusqu'au début des années 1990, dont Babe Ford (avec Mario Basari), Pony Express (avec Gianni Caratelli), Mister Charade (avec Alfredo Castelli), Sheriff (avec Alberti), Angeli del West (avec Longi), Cheyenne (avec De Angelis), Susanna (avec D'Antonio) et quelques adaptations de Jules Verne. Toujours pour Bonelli, Polese a dessiné L'Uomo di Pechino dans la collection Un Uomo, un'Avventura (L’homme de Pekin, Christian Chalmin 1986). De plus, il a collaboré à des séries comme Ken Parker, Nick Raider et Zagor.

Quant au (à la) scénariste, l'hebdomadaire Il Vittorioso en 1953, en présentant sa collaboratrice, raconte à
propos de Renata Gelardini, mariée à De Barba, qu’elle est une femme de détermination et de passion. « Sa devise », lit-on dans le texte, est : «il n'y a de repos qu'après avoir atteint le sommet».
Née en 1920, Renata Gelardini a signé un nombre impressionnant de scénarios, romans, textes scolaires, nouvelles et recueils de contes et légendes de différentes peuplades, et une série infinie d'éditoriaux pour les différents journaux avec lesquels elle a collaboré, dont les principaux : Il Giornalino et Il Vittorioso. Parmi ses multiples activités, on trouve également des traductions du français pour certaines histoires de la série Iznogoud d'Albert Uderzo & René Goscinny parues dans Il Messaggero dei Ragazzi dans les années 60 (les histoires parues dans les années 80 dans le magazine Pilote seront plutôt traduites par Tiziano Sclavi). Les informations la concernant sont rares, voire très rares, et quand elle doit parler de son travail, elle botte rapidement en touche, reportant l'attention sur les créateurs, souvent du plus haut niveau, avec lesquels elle a collaboré. Elle a beaucoup usé de pseudonymes, ce qui complexifie la recherche bibliographique. (De Barba ou des abréviations telles que Rengel, Erregi, Re Di Bi, Reny, voire H. Sitar, Gelbas ou Gerheart) et, dans un cas, on retrouve un « S. Gelardini », de son deuxième prénom : Sofia.

Gelardini, passionnée d'histoire et d'archéologie depuis toujours, montre une prédilection pour les thèmes et les décors historiques, pour les récits d'aventures et aussi pour les thèmes de science-fiction dont subsistent, malgré la vaste production, deux joyaux dessinés par César : Les pionniers de Vénus (1959) et Pirates des dunes rouges (1960). Elle ne dédaigne pas le genre western et est la première scénariste à apporter des thèmes sportifs à Il Vittorioso avec son Maglie Blue (sic !) de 1952. Caractère fort, amoureux des classiques de l'aventure comme les œuvres d'Alexandre Dumas et d'Emilio Salgari, elle a également proposé aux lecteurs des personnages féminins comme protagonistes, ce que la rédaction d'Il Vittorioso a accepté à contrecœur, mais qui s'est avéré être une ressource précieuse dans l'élargissement du cercle des lecteurs. Pour l'hebdomadaire Paolino elle créée, en plus d'Amar Singh, la série entre thriller et roman policier Dev Bardai, d'abord pour les pinceaux d'Antonio Sciotti puis ceux d'Otello Scarpelli. 


Gelardini a également créé pour les excellents crayons de Ruggero Giovannini la série d’aventure Les loups blonds de la mer, située entre les fjords et les terres glacées de la Scandinavie, où l'histoire, les mythes et les légendes des anciens peuples nordiques sont abordés. Parmi ses collaborations, citons également celle de science-fiction Kriss Boyd, imaginée et réalisée graphiquement par Nevio Zeccara. Pour le Giornalino, Renata Gelardini aborde la réinterprétation en bande dessinée de la grande littérature, en commençant par les classiques : de Ben Hur de Lew Wallace à Silver Skates de Mary Mapes Dodge. De Emilio Salgari, elle réécrit en bandes dessinées Le corsaire noir, La reine des Caraïbes et Les mystères de la jungle noire, puis assure aussi les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, quelques histoires tirées des Mille et une nuits dessinées par Gino Gavioli et Quo Vadis ? par Henryk Sienkiewicz.

Particulier et savoureux : l'ouvrage sur les histoires du Père Brown de Gilbert Keith Chesterton avec les splendides créations graphiques de Lino Landolfi (qui l'avait déjà accompagné dans la réinterprétation des voyages de Gulliver) : 115 tableaux, raffinés tant dans l'écriture que dans le rendu graphique. Enfin, n’oublions pas l'épopée des mythes germaniques avec le Siegfried conçu par Alfredo Brasioli en 1980 et la collaboration avec Tommaso Mastrandrea pour l'écriture de Paulus, transformé en chef-d'œuvre par l'extraordinaire création graphique de Gianni De Luca, un ancien camarade de bandes dessinées pour lequel elle a écrit le splendide Cineromanzo sur la civilisation étrusque Rasena (publié dans Il Vittorioso du n. 52 de décembre 1955 au n. 17 d'avril 1956). Renata Gelardini est décédée en 2012, à l'âge vénérable de 92 ans. Une figure gigantesque de la bande dessinée italienne qu'il faut redécouvrir. Pour l'instant, avec la parution en volume de sa série Amar Singh, qui contribue à faire connaître, découvrir
ou redécouvrir son œuvre prolifique et de qualité, mais aussi avec la parution en 2020 par les éditions Vitt de l’album Lupo Bianco (enfin), (10€) https://www.ilvittorioso.it/index.php/acquista

Les éditions Allagalla ont également publié deux histoires dans Storie del West  et une dans Ombre Selvagge. Un autre volume sera bientôt publié : la série de nouvelles du Père Brown, adaptée par Gelardini pour les dessins de Lino Landolfi et parue dans Il Giornalino.


Loup blanc se révèle être très bon western lorsque l'on y réfléchit bien, en comparaison avec d'autres bandes dessinées du genre, même si l’on est cependant un peu sceptique au début de la lecture, cela du en partie surement au dessin très classique, mais cela dit efficace de Renato Polese, le descriptif des indiens, aux costumes si traditionnellement éclatant qu’on les jurerait sortis tout droit d’une vitrine de  musée, et sans doute aussi aux couleurs d'une autre époque, pourtant assez agréables. On notera d’ailleurs que si les pages de Spirou sont nettement inférieur en taille à celle d’Il Vittorioso (voir comparatif d’images), la qualité d’impression reste au rendez-vous. En fait, les amateurs de western classique au cinéma y retrouveront sans doute encore plus d'ingrédients faisant la saveur de ces années cinquante, tout de même la quintessence du genre sur grand écran. Néanmoins, ne nous y trompons pas : la qualité du scénario, basé sur une histoire sans doute vraie, issue des nombreux récits ayant émaillés ces longues années d'exploration de grands espaces, fonctionne parfaitement, d'autant plus que Renata De Barba sait alterner les ambiances et les points de vue. On passe ainsi des différents camps indiens aux préoccupations des colons, le tout dans une fluidité remarquable. Le simple fait de découvrir des noms et us et coutumes de tribus du Canada suffisant à lui seul à assurer un intérêt. Cela dit, les personnages sont très bien traités, et les drames se jouant sous nos yeux au fil de l'histoire assurent à chaque page le suspense nécessaire. Nul doute que cette série a du ravir un paquet d'enfants en 1956, attendant le dénouement de cette belle mais dramatique histoire familiale chaque jeudi dans Spirou. Une série à redécouvrir.


FG


Nb : Le texte consacré à Renata De Barba est traduit à partir d’un document de Stefano Gorla paru à l’origine dans un article complet initialement publié dans le volume Amar Singh (2019, Allagalla). Stefano Gorla est le directeur en charge de l’Area ragazzi du groupe de magazines San Paolo (https://www.g-web.it/) et ancien directeur de l'hebdomadaire Il Giornalino.

Les éléments bibliographiques de Renato Polese sont quant à eux adaptés des sites Lambiek.net et Bedetheque.

Dessin de Renata Gelardini aimablement emprunté sur : https://www.fumettologica.it/

Autres sources :

http://www.encyclo-bd.fr/encyclocs/Imperia/prairie/prairie.html

https://www.ilvittorioso.it/


lundi 10 janvier 2022

Wanted Lucly Luke : transport des sens d'un héros immortel

"Patronimo, Patronimo..." Ça me dit quelque chose... ;-)
Quel bon dans le temps nous fait vivre Mathieu Bonhomme, avec cette réinterprétation du chef Apache un peu loufoque, découvert dans le classique Canyon Apache de 1970 paru aux éditions Dargaud (depuis peu alors) originellement. Même si dans cette aventure Wanted Lucky Luke de 2021, il nous fait un peu moins rire pour le coup.


 




 
 
 



 
Une rencontre fortuite, (quoi que ?), comme cette autre avec Phil Defer ou plutôt son fils, tenant toutes ses promesses. Ce hors la loi à l'apparence de Jack Palance défie à nouveau Lucky Luke, 65 ans après son duel mortel... Et cette vue entre jambes de la couverture d'époque, quasi impossible à reproduire dans la réalité au cinéma, va cette fois être assaisonnée par Mathieu Bonhomme aux...petits oignons.


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L'auteur convoque un paquet d'années cinquante dans ce deuxième album d'une série ("Lucky Luke vu part") ouverte à d'autres dessinateurs, dont la fameuse bande de bras cassés de Joss Jamon, (apparue dans la revue Spirou en octobre 1956), qui peut au moins se vanter d'avoir pris deux fois le cowboy au lasso à son arrivée en ville. 










Et dire que Goscinny lui-même faisait partie du Posse, alors qu'il n'était pas encore scénariste. Sacré Morris !


 
Matthieu Bonhomme, dans Wanted Lucky Luke, a réussi le tour de force d'emmener notre héros de 74 ans dans l'univers de la bande dessinée "nouvelle vague" moderne, tout en lui gardant ses attributs (entre autre la fameuse brindille, dont il use dans le cadre d'une moquerie à la limite du respectueux -bpas envers lui d'ailleurs mais plutôt de la censure qui lui a imposé - cela en gardant néanmoins une grande tendresse pour le personnage et en lui attribuant au passage une dimension quasi mythique, qui était sans doute indispensable. C'est pourquoi d'ailleurs il lui garde un visage presque effacé, tout juste rempli, à l'inverse des autres protagonistes, plus détaillés, afin de lui assurer une part d'aura symbolique. A cela s'ajoute une profondeur psychologique qui, si elle était déjà présente dans certains épisode, est décuplée par l'aspect du dessin encore plus semi réaliste et les relations entre personnages. Ceci dit, l'auteur a bien compris l'importance de l'humour de la série originale, et en joue avec malice, introduisant des clins d'œil puissants et bien trouvés.

Verdict : j'avais aimé le premier tome, mais...je kiffe à 200% ce second One Shot de Mathieu Bonhomme sur notre cowboy solitaire préféré et je le range juste à côté du Blueberry de Christophe Blain. Yep m'dame. 

 

vendredi 31 décembre 2021

Le massacre de la dernière caravane (deux Westerns avec des Apaches)

Les deux derniers Westerns de cette année 2021, vus en DVD l'un derrière l'autre; et mixés pour le coup dans le titre à l'occasion de cette petite chronique.

Tout d'abord : Fort massacre de Joseph M. Newman (1958), avec entre autre Joel Mc Crea et John Russell. Un autre western pris à la médiathèque, et qui n'est pas inintéressant.
L'attrait principal de ce film, d'un réalisateur qui en a semble t-il déjà fourni d'autres bons - Joseph M. newman ayant réalisé Tonnerre Apache, Les Bannis de la sierra, La Dernière Flèche (avec la police montée du canada), que je n'ai malheureusement pas encore vus -réside dans son ambiance au suspens assez ténu, pour un scénario se déroulant dans le désert d'Arizona, en territoire apache.

Une troupe décimée, menée par le sergent Vinson (Joel mc Crea) doit rejoindre un colonne de cavalerie, et se diriger vers le fort Crane. Cependant les apaches sont sur leurs traces. Il faudra faire avec cette menace, bien réelle, et la caractère de ce sergent, ayant perdu quelques années plus tôt sa femme et ses deux enfants dans une attaque indienne.
Par vengeance, il risque en effet de mener sa petite troupe à sa perte.


Le décor désertique, fait de mesa et de plateaux rocailleux est omniprésent, donnant toute sa chair au film ; les apaches sont plutôt bien représentés et interprétés, (on en a vu dans d'autres films plus ridicules) et la tension est palpable. Le passage dans un Pueblo presque abandonné apporte un rebondissement inattendu, mais tardif, permettant tout juste d'apporter à ce western le souffle dramatique qu'il entend servir. On reste un peu sur sa faim.
Bien, mais sans plus.
 
 
 
 
Plus intéressant et réussi : la dernière caravane, de Delmer Daves (1956)

Delmer Daves a réalisé quelques uns des meilleurs westerns des années cinquante, au sein d'une filmographie déjà fournie en classiques, parmi lesquels Les passagers de la nuit. On se souvient surtout de la colline des potences, de 3 h 10 pour Yuma, et de L'aigle solitaire avec Charles Bronson, évoquant déjà le drame d'un famille indienne (Apache). Dans La Dernièrecaravane, réalisé un an avant 3 heures 10 pour Yuma, Felicia Far est déjà présente au casting, et rayonne aux côtés de Richard Widmark, interprétant un homme élevé enfant par les comanches, après avoir subi l'assassinat du reste de sa famille par les trois frères Harper. 
 

 
1873 : Escorté, après qu'il se soit vengé, jusqu'à un tribunal par l'un des trois frères devenu shérif, tous deux vont tomber sur une caravane de colons, en pleine traversée du territoire Apache, alors en train de se soulever. Tension extrême, d'autant plus que "Todd le Comanche", attaché à une roue de chariot, déchaîne les passions auprès des colons. Ces bons chrétiens prennent en effet pitié pour cet homme certes assassin, mais semblant plus humain que son gardien. Finalement libéré, sous surveillance, lui et quelques uns vont subir la pression d'un environnement de plus en plus dangereux.



Beauté des décors naturels (Delmer Daves est reconnu pour ça), interprétation au top de tous les acteurs, dont un Richard Widmark magnifique en comanche aguerri, relations humaines finement traitées, tension palpable et des Apaches réalistes juste comme il faut, même la fin réserve une séquence particulièrement intéressante, évoquant avec émotion la notion de justice. Un film et un western au top.

 
"Je suis désolé d'avoir trouvé cet insigne"
- Moi aussi. (La Dernière caravane).

 

mercredi 22 décembre 2021

C'est arrivé entre midi et trois heures : un cauchemar eveillé ?

Vu ce soir en DVD l'excellent film C'est arrivé entre midi et trois heures, de Frank Daniel Gilroy, scénariste, dramaturge et réalisateur récompensé en 1965 pour sa pièce The Subject was Rose, qui donna le film Trois étrangers en 1968.

Dans ce Western, le couple à la ville Charles Bronson et Jill Ireland brûle la toile en interprétant un duo improbable puis maudit, dans un registre détonnant et blindé d'éléments surprenants.
 
 
Nous sommes en 1975 au niveau réalisation et l'on découvre tout d'abord une scène de rêve assez inédite (surtout en western), un décor inattendu (la même maison que celle des Moissons du Ciel de Terrence Malik quelques mois plus tard !?), mais aussi une scène de quasi viol à la charge érotique indubitable, que l'on dira "dans l'air du temps de l'époque" et une relation sado maso étonnante... 
 
Sans parler de l'étrange gramophone antique, façon boîte à musique, participant au sel de ce genre de film vraiment "pas comme les autres". Tout cela, sans dévoiler tout le propos ni la fin, fait indubitablement de ce film une œuvre culte, à découvrir absolument.

 

dimanche 24 janvier 2021

La dernière chance des amazones, dans le fort (western)

Le Fort de la dernière chance,  réalisé par George Marshall en 1957: Comment je suis tombé sur ce western déjà ? A cause du comics Nemesis le sorcier, vous y croyez, vous ?
Et oui, parce que Torquemada, méchant de cette histoire, publiée chez Délirium éditions,  a été une incarnation du colonel John Chivington, responsable du massacre (historique) de Sand Creek, le 29 novembre 1864, prétexte des rebellions des tribus Cheyennes et Arapahos au début de ce film...
Ce dernier est plutôt réussi, mais c'est surtout du côté de l’aspect féministe, donnant un rôle primordiale à une vingtaine de fermières, retranchées dans une mission, en plein territoire soulevé, que se joue son originalité. Celles-ci sont en effet juste aidées par le lieutenant sudiste Frank Hewitt, lui-même déserteur du camp ayant lancé le massacre original. 
 
  
Des femmes contre des indiens remontés, un seul homme... cela m'inspire une sorte de nanar pas désagréable du tout. Et son réalisateur est en l'occurrence le même que celui  de La Vallée de la poudre, l'année suivante, avec Glen Ford ! Vous vous souvenez ? ce film où l'acteur est éleveur de moutons, si je ne m'abuse...
Cela m'inspire aussi un morceau des (60's) Renegades : "13 Women" (and Only One Man in Town) que je vous propose ce soir en version française par notre Schmoll national 😉
> Nanard, parce que ces indiens ne sont pas les mieux représentés de tous les westerns que l'on a pu voir, et ne servent au final que de prétexte à ce film d'action. Ah oui, la trahison est aussi un thème abordé, bien sûr : celle des blancs vis à vis des indiens, en début d'histoire, et celle des mêmes vis à vis de leurs semblables... Un peu comme le titre au final, qui ne rend pas franchement hommage à l'original "The Guns of Fort Petticoat". Parce que la dernière chance, elle est pour qui en fait ??
(Et notez le superbe titre italien, avec ses "amazones" ;-))

Vous pouvez voir ce film en entier sur Youtube (qualité pas ouf.)
 


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