jeudi 31 août 2017

« Winter Road » par Jeff Lemire : l'alternative excellence.


Jeff Lemire est un auteur canadien qui, en l'espace de sept ans s'est imposé dans le paysage du comics alternatif avec un style d'écriture passionnant qui a su séduire de nombreux éditeurs et dessinateurs américains. La plupart de ses albums (principalement publiés chez DC, Darkhorse et Image) ont été traduits en France.
Son propre dessin au trait fin et aux colorisation réalisées en légère touche d'aquarelle se démarque aussi considérablement du reste de la production et c'est toujours un plaisir de le trouver combiné. D'autant plus que les nombreuses et régulières collaborations de l'auteur avec d'autres artistes devraient ne laisser finalement que peu d'occasions pour cela. 
"Winter road" fait heureusement partie de ces exceptions, aux 
côtés d' « Essex County » , « Mr Nobody », « Jack Joseph soudeur sous-marin » , « Trillium », « Sweet Tooth », et son actuel « Royal City », actuellement en publication aux États-unis.
Je ne vais pas vous mentir : je l'adore, et ce bouquin est l'un des rares que je n'avais pas encore lu de lui, d'où cette chronique tardive.

Derek est un ancien joueur de hockey canadien un peu bourru, qui a un jour répondu un peu trop violemment a l'agression d'un joueur adverse sur le terrain. Sa carrière ruinée, il a sombré dans l'alcool et traîne ses guêtres dans la petite ville paumée (imaginaire) de Pimitamon.
Son passé le rattrape souvent lorsqu'il est un.peu provoqué, et fait souvent le coup de poing. 
Il vit dans la loge du gymnase local et bosse comme cuisinier au snack du coin. Son avenir est bien compromis lorsque débarque sa soeur, aussi paumée que lui, pas vue depuis treize ans. Ensemble, ils vont affronter leur passé.


Paysages gris bleutés et blancs du Canada enneigé, ambiances lourdes des pas crissant sur l'épaisseur des cristaux, plans cinématographiques de film indépendant, ...tout est maitrisé superbement, et en même temps délicieusement léger et alternatif. C'est ce qui fait le charme de ce gros pavé de 280 pages aux tons pastels. La violence est sourde, mais tout comme la poésie : liée à la nature du nord bien présente. On s'attache à ce gaillard, sa soeur et la communauté qui les entourent avec beaucoup de plaisir. 
Le sentiment de tenir un bon bouquin, qui ferait aussi pourquoi pas un petit film bien agréable (1) est là, et c'est tout le talent de cet auteur sympathique : proposer une patte reconnaissable entre mille où chaque nouvelle oeuvre ne décevra pas. Combien en sont vraiment capables ?  


(1) A noter que c'est le roman graphique de 2012 « Underwater Welder », publié en France sous le titre "Jack Joseph soudeur sous-marin » qui devrait être adapté au cinema. Le film serait produit par Ryan Gosling, Ken Kao et Anonymous Content. (Info blog de l'auteur). 


« Winter Road » par Jeff Lemire
Editions Futuropolis, Septembre 2016

(Le comics a été publié aux USA sous forme de roman graphique en Avril 2017 sous le titre « Roughneck » par Simon & Schuster au Canada et Gallery 13 Book aux États-unis)

« Eternal Warrior, la colère du guerrier éternel » et « Ninjak T3 » chez Bliss Comics

Avec « Wrath of the Eternal Warrior » (titre américain), Robert Venditi nous invite dans l’intimité de celui qui, à chaque mort, doit quitter son paradis et sa famille et franchir inlassablement le royaume des enfers afin de revenir à la vie. Dans les quatre premiers numéros de cet épais volume en regroupant 14 consacrés exclusivement à ce héros immortel, on assiste d’abord à sa résurrection. Sa famille nous est à l’occasion présentée. Sa femme : Leena, et ses trois enfants : Timeus, Eveleene et Kalam. Ensuite, c’est le chapitre nommé « Le labyrinthe » qui nous est proposé, où Gilad se réveille emprisonné dans un complexe ultra moderne construit sous terre expressément pour lui, afin de comprendre et lui arracher son pouvoir de résurrection. Enfin, « Un pacte avec le diable » expose comment le Guerrier éternel va s’associer avec le démon : l’Énorme, contre le Berger pâle, autre démon hantant les enfers qu’il traverse, et s’associer à l’occasion avec son fils aîné. Un régal scénaristique et graphique, dans un épais volume de 392 pages.

« Eternal Warrior, la colère du guerrier éternel » par Raul Allen, Juan Jose Ryp, Robert Gill, Robert Venditi




Ce serait mal le connaître d’imaginer que Colin King, agent du MI6 connu sous le nom de code Ninjak est juste un gars super entraîné connaissant parfaitement les techniques ninja. Lors de précédentes histoires, il a déjà prouvé sa faculté d’adaptation aux situations extrêmes. L’occasion de combats contre, puis auprès de Xo Manowar, lui a aussi permis de perfectionner ses techniques. Dans cet épisode, il va faire équipe avec Punk mambo, une jeune adepte de magie un peu olé olé, dont on nous présente les origines en fin de tome (1). Tous deux vont s’introduire dans le fameux monde des morts de l’univers Valiant (cf « Shadowman ») justement pour combattre celui que l’on a un jour nommé : la Pie. Bon épisode magnifiquement dessiné par le maintenant moins rare mais toujours aussi excellent Doug Braithwaite, tandis que les inserts « La Légende de la pie » le sont par le non moins talentueux Juan José Ryp (« Bloodshot Reborn »).


FG

(1) « Punk Mambo : naissance d’une teigne » est scénarisé par Peter Milligan et dessiné par Robert Gill.


« Ninjak Tome 3 : Opération : Au-delà » par Doug Braithwaite, Juan José Ryp, Robert Gill et Matt Kindt, Peter Milligan. 


Articles originellement parus sur le site BDzoom.com en complément de la chronique de « Raï intégrale T2 » 

vendredi 4 août 2017

Secrets de famille : l'amour des comics de la famille Griffith

L'amour des comics de la famille Griffith

Paru en novembre 2016, « Secrets de famille » est l'oeuvre de Bill Griffith, auteur de comics pourtant culte aux États-Unis mais peu connu des lecteurs français. L'été étant propice aux lectures et redécouvertes, focus sur cet étonnant roman graphique, et son créateur.


Je n'ai jamais lu "Zippy the Pinhead", le personnage culte underground de Bill Griffith, créé à la fin des années soixante psychédéliques, pour la simple et bonne raison qu'il n'a jamais été traduit en français. Bill Griffith est tout simplement passé à côté du public français.  Pourtant de la même génération et culture underground que Robert Crumb (tous deux ont publié dans le fanzine « Weirdo » des années quatre-vingt*), mais trop typé sans doute, trop bizarre. J'aurais pu m'y intéresser quand même davantage et le lire en version originale,  mais...non, l''opportunité ne s'est pas présentée.
Bref, c'est pourquoi lorsque je suis tombé sur ce roman graphique à la médiathèque locale, j'ai été interpellé : quoi ? Bill Griffith fait aussi du dessin "réaliste" et a sorti un bouquin "autobiographique ?


Dans un style proche de ce qu'on peut trouver chez Harvey Pekar : dessin semi réaliste assez classique au trait, en noir et blanc, "Secrets de famille" attire par son côté indépendant et peu ordinaire. Il rappellera aussi un peu, dans le ton, le roman graphique d'un autre auteur américain peu traduit chez nous : Howard Cruse ("Un monde de différence", Vertige graphic 2001)
Bill Griffith, se représentant en jeune homme, alors qu'il est âgé aujourd'hui de 73 ans, raconte sa découverte en 1972 de la liaison extra conjugale de sa mère. Celle-ci livre dans un journal intime qu'elle lui laisse à sa mort, en 1998, les détails, à peine romancés, de ses seize années avec un dessinateur de comics professionnel : Lawrence Lariar. Cette relation avait débuté alors que son père, décédé d'un accident de vélo en 1972 était souvent loin, responsable d'une administration militaire en Corée.


L'auteur nous embarque avec lui dans une enquête qui lui fait remonter le temps, depuis son enfance jusqu'aux débuts de sa propre carrière artistique. C'est l'occasion de documenter les débuts de l'industrie du comic book, par le biais de la vie de Lariar. Celui-ci a en effet connu toutes les périodes d'un dessinateur de presse humoristique, tentant inexorablement de placer ses propres bandes hebdomadaires dans un journal.
Griffith reproduit un tas de strips et de dessins d'époque, nous montrant aussi des scènes de studio (d'ateliers) rendant son documentaire encore plus enrichissant. On le suit dans la découverte des nombreux articles sur Lariar qui parsèment le web, ou la collection de l'Université de Syracuse à laquelle il avait fait un don, mais aussi les courriers de son père, laissés chez son oncle Al, et qui n'avaient jamais été ouverts.
Une découverte  fascinante, sous forme de mise en abîme, puisque dévoilée à la fois par le carnet de sa mère et un des romans de Lariar.



 « Secrets de famille » se révèle être, en dehors de son aspect social un peu "voyeur" une lecture enivrante et documentée, sur le monde du comics et des arts au milieu du vingtième siècle aux États-Unis, remettant en selle un auteur qu'on aurait pu juger, à tort, en fin de carrière.
Coup de cœur rétroactif !

« Secrets de famille, une histoire écrite à l'encre sympathique  » par Bill Griffith
Editions Delcourt, collection Outsider
Paru en novembre 2016

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