lundi 12 août 2019

Welcome back Conan ! By Jason Aaron.

Le 07 août est un jour très spécial pour moi. Il se trouve que ce jour-là parait aussi en librairie chez Panini comics cet album broché, magnifiquement illustré en couverture par Esad Ribic, correspondant au grand retour du guerrier et roi cimmerien, dans le giron de Marvel. 
Ayant eu l'occasion de lire les 6 premiers numéros en VO, correspondant, peu ou prou, à ce premier volume français, voilà ce que j'en retiens.
Conan a connu ses heures de gloire sous forme comics chez l'éditeur "merveilleux" dans les années soixante-dix et quatre-vingt, avec les passages exceptionnels et remarqués des grands noms : Roy Thomas, Gil Kane, John Buscema, Barry Windsor Smith, Alfredo Alcala, ...pour n'en citer que quelques uns. Une base référentielle pour tout amateur.
Les années quatre-vingt-dix n'ont pas été les plus mémorables, mais la décennie suivante aura été marquée par la couleur et quelques run authentiques, sous les auspices d'auteurs tels Kurt busiek et Cary nord, Brian Wood, Becky Cloonan, voire Bruce Jones et Richard Corben, entre autre. Mais cela s'est déroulé sous la bannière du cheval fougueux, alors que Dark Horse avait récupéré les droits du personnage en 2000. Ce retour "au bercail" si l'on peut dire, était donc attendu avec un mélange d'inquiétude et d'excitation par les nombreux fans, d'autant plus qu'il a été associé à une série d'albums inédits en France, quasiment au même moment, aux éditions Glénat, donnant l'opportunité (bienvenue ?) pour une poignée d'auteurs hexagonaux de confronter leurs univers respectifs à celui du héros howardien. Nous laisserons de côté cette expérience éditoriale afin de nous  concentrer sur  les aventures américaines.

Les premières images des illustrations couleur d'Esad Ribic, ou Alex Ross, pour les versions "originales" américaines de couvertures ont vite retiré toute appréhension, et c'était aussi sans compter sur le talent de scenariste de Jason Aaron, déjà fortement apprécié pour son excellent run surThor, toujours en cours de publication en France.
Ceci étant dit, le dessin de Mahmud Asrar, (All New X-Men), choisit pour la nouvelle série principale, est largement à la hauteur des nombreuses couvertures  proposées sur le titre, dont celles d'Esad Ribic, particulierement goûteuses, (et que l'on retrouve normalement logiquement dans cette édition française, puisqu'il s'agissait des "courantes"). Fluidité du trait de Mahmud Asrar, détails, proportions respectées, encrage souple au top, sont magnifiés par la colorisation très agréable de Matthew Wilson. Un mets de choix au plaisir visuel raffiné, qui est seulement bousculé le temps de l'épisode 4, dessiné par Gerardo Zaffino. Cet autre auteur, au style plus reche, procure néanmoins un bon moment de lecture, même s'il s'avère le moins original de l'ensemble. Conan, dont on suit en effet les aventures entremêlées, de sa jeunesse et de sa fin de vie, étant alors devenu roi, et se conduisant comme un simple tueur masqué, façon "Assasin's Creed" (le jeu), accompagné d'un lion.


Les autres épisodes (#1, 2, 3, 5, 6) sont nettement plus intéressant, et nous projettent dans trois dimensions temporelles différentes : la première : le présent, où Conan vient d'être capturé par les enfants de la Crimson Witch, grâce à une traîtrise. Ceux-ci vont se servir de son sang afin de ressusciter leur dieu : Razazel.  Chaque épisode nous conte une des aventures du guerrier cimmerien, dans une région qu'il a traversées, et tel que consigné dans les chroniques de Nemedie, tandis que la fin nous ramène inexorablement à sa situation présente semble t-il désespérée, avec le fameux "to be continued...".
Que ce soit en luttant dans les sombres forêts longeant la black River, aux côtés des Picts afin de se débarrasser de serpents géants monstrueux, au moment de sa pendaison sur la colline de l'arbre rouge, en Nemedie, sur le bateau fantôme des mers du sud-est, où l'a mené une étrange idole de bois, ou bien encore à Turan, combattant aux cite des troupes du roi Yezdigerd, les deux artistes nous entrainent avec eux dans de superbes aventures, parmi les meilleures que l'on a eu l'occasion de lire sur la licence. Ces "vies et morts de Conan", telles que racontées par Jason Aaron et Mahmud Asrar font honneur à leur créateur Robert E Howard, et à leur éditeur en comics historique. Chaque comics original est accompagné d'un chapitre de la nouvelle "Black Starlight", inédite, par John C. Hocking.
By Crom, au prix de lancement de 10 euros seulement, on aurait bien tort de s'en passer. "Welcome back Conan !"

FG


Conan the Barbarian ep 1-6
Marvel 2018-2019 (série en cours)

" Conan le barbare : vie et mort de Conan"
Éditions Panini comics (10€) -
ISBN : 9782809476804

mercredi 31 juillet 2019

Batman Kings of Fear VS The Maxx : deux folies, deux approches.

Deux mini séries paru depuis fin 2018 mais que je n'avais pas eu le temps de lire. Fan des dessins de Kelley Jones, continuateur du style gothique habité de Berni Wrightson, mais aussi de celui de Sam Kieth, il était quasi impensable de ne pas s'intéresser au dessinateur nous ayant réjouit avec la série des Batman Vampires ou à celui (Sam Kieth), révèlé  avec la série des Sandman dans les années quatre-vingt et responsable aussi, entre autre, de bons Aliens Ce dernier possède un trait fin et "tordu", s'arrangeant habituellement plutôt bien de récits fantastiques dérangés. De quoi piquer la curiosité.

Étonnamment, si ces 2 mini séries sont écrites et dessinées par deux auteurs différents, elles ont néanmoins pas mal de points communs.
L'un : "Kings of Fear" s'intéresse à l'asile d'Arkham et plus particulièrement à l'un de ses pensionnaire, Scarecrow, autrement dit l'épouvantail. Alors que Batman ramène le Joker à l'asile, il apprend l'évasion du savant fou, avec un otage. Les six numéros vont nous entraîner dans la psyché de l'homme chauve-souris, manipulé d'une certaine manière par son ennemi, qui l'oblige à prendre sur lui la situation dramatique des nombreux villains emprisonnés la, qui auraient, d'après lui, gagné à avoir été laissé tranquille. Qui serait devenu un spécialiste de la cryogénie spatiale (Mister Freeze), qui aurait éradiqué le crime dans Gotham (Double face), qui aurait obtenu le prix Nobel de la paix pour son travail auprès des femmes et enfants maltraités (Catwoman) ... Une accusation jetant le trouble sur le milliardaire de Gotham, et un scénario déjà vu, malheureusement de nombreuses fois dans la serie. Ne serait-ce que pour le dessin de Kelley Jones, ces six numéros sont donc loin d'être indispensables.

Un peu plus intéressant, car proposant deux univers "psychiques" plus originaux : ce début de mini série de Sam Kieth, mettant en avant, et comme sidekick, son personnage pas si souvent vu : the Maxx, dont la première apparition date de 1982  dans la revue Primer (#5), avant d'obtenir sa propre série en 1993 chez Image. The Maxx est une créature "imaginaire" créé par Julie, une jeune femme ayant été violée, et qui s'invente un monde, l'outback australien, afin de se construire une autre vie. Ce monde est peuplé de créatures plus ou moins dangereuses, toujours en lien avec la réalité.
Ici, c'est Batman, drogué à Àrkham, qui va faire connaissance avec the Maxx, tandis que les psychotiques de l'asile s'immiscent dans cet univers. D'abord le pingouin, le Joker, puis Harley Quinn..

Sam Kieth délivre un récit bien étrange, où "son" Batman hésite entre sérieux et caricature, ce qui donne tout le charme de ces trois premiers numéros, même s'ils tombent en même temps que la mini série de Scott Peterson, et se font donc un peu gâcher l'originalité du scénario "vrai-faux" - psychée defaillante-univers onirique.
À tout prendre, et si on devait donc comparer, j'accorderai un petit 6/10 au "Kings of Fear", en partie pour le dessin de Jones, bien qu'il s'autoparodie de plus en plus, et un bon 14/20 au Sam Kieth, plus alternatif, plus étrange, plus rigolo aussi. Enough said !

FG


"Batman Kings of Fear" par Scott Peterson et Kelley Jones (1-6, oct 2018)
DC comics

"Arkham Dreams, Batman/The Maxx", par Sam Kieth. (1-3, octobre 2018).
DC comics/Image

lundi 8 juillet 2019

The Killmasters : plus noir que le Metal...

Les éditions Ankama sont reconnues et appréciées pour le remarquable travail de mise en lumière qu'elles réalisent auprès de jeunes auteurs, que l'on pourra qualifier de "Rock'n'roll". Souvent frondeuses, toujours originales, la plupart des histoires ou séries labellisées Ankama surprennent par leur qualité.
« The Killmasters »,  histoire teintée d'horreur au fort parfum rock ne dépareille pas dans le catalogue, loin de là.


Alors que The Killmasters, un jeune  groupe de Black Metal (hommage aux vrais DarkThrone norvégiens), rentre d'un concert, à bord de son van, sur une route perdue serpentant au milieu d'une sombre forêt montagneuse, celui-ci est intrigué par un gros truck fou et décide de « le prendre en chasse ». Ce dernier roule en effet très dangereusement, et du sang semble s'échapper de sa remorque. Après un détour jusqu'à une carrière, proche du petit hameau de Rorok, leur course à tous deux s'achève, mais pas les problèmes...




Damian Campario Hernandez et Javier Hernandez Guerero sont deux auteurs espagnols peu connus du lectorat français, déjà vu cependant, sur « Blechkoller », chez 12bis éditions en 2012, ou « Gen Pet » ou « Les enfants de la colère » (Ankama 2016 et 2019, pour Damian, avec Alex Fuentes).

Avec ce récit nerveux, mêlant un peu de suspens, à surtout beaucoup d'action, le tout dans une tonalité moderne de Teen Movie d'horreur bien sentie, nul doute que le duo réussi un coup et devrait attirer à lui de nouveaux fans. D'autant plus que le scénario, présentant des personnages au fort caractère, assez typique des films d'horreur, est appuyé par un dessin à l'encrage ample et aux effets charbonneux du meilleur goût. Planches aérées, colorisation, semble t-il directe, au top, on se réjouit de cet album au style semi-réaliste, teinté d'humour, bien Rock'n'roll.


On aurait envie de retrouver les Killmasters dans de prochaines aventures...s'ils se sortent de cette histoire mélangeant dénonciation de sujets sociaux lourds (la traite des blanches et la prostitution), et  croyances démoniaques. ;-)  Un sans faute !



FG


 « The Killmasters » par Damian et Javier
Éditions Ankama (14,90 €) - ISBN : 979-1033509608

jeudi 16 mai 2019

Babyteeth T1 : le sacro sein au sang.

Après « Ghost Fleet », Donny Cates redonne du grain à moudre aux chasseurs de créatures infernales avec l'apparition d'un bébé buveur de sang. Un nouvel univers alternatif cohérent se mettrait-il en place ? ... Retour sur un bon album paru fin août 2018.

Réalisé dès 2013 et durant deux ans, « Ghost Fleet », chroniqué sur BDzoom, nous présentait le groupe Silhouette, qui embauchatt Ward et Trace pour conduire une flotte de trucks "fantômes". Revoilà cette organisation secrète, dans les  premiers épisodes de « BabyTeeth », un récit indépendant.

Saddie Ritter est une lycéenne de seize ans vivant avec sa grande sœur et son père, ancien marine. Si elle s'est isolée ces dernières semaines, c'est qu'elle a découvert qu'elle était  enceinte. Son bébé arrivé prématurément, dans des circonstances très étranges, et rapidement, il s'avère qu'il préfère boire du sang plutôt que du lait. Les tremblements de terre qui ont accompagné dans venue alertent l'organisation Silhouette, qui lance une tueuse à ses trousses...



On a déjà lu et vu quelques ouvrages traitant d'antechrist, mais ce récit mettant en avant la relation entre le bébé et sa mère, tout comme la protection de sa famille, apporte un ton indéniablement plus humain au drame se jouant sous nos yeux. Plus précisément,  il s'agit de ses ricochets, puisque nous sommes déjà dans le futur, en Palestine, un an après la naissance, et Saddie raconte ce qui s'est produit par le biais d'un enregistrement sur son smartphone.

Cette mise en bouche romanesque donne un ton agréable et intime à ce scénario original de Donny Cates, qui se permet de ramener au devant de la scène l'organisation qu'il avait présenté de manière assez théâtrale dans « Ghost Fleet ». Un lien plus qu'intéressant, puisque cela peut impliquer des rebondissements entre les deux histoires, ce qui aurait le mérite de complexifier l'univers d'une simple mini série teintée d'horreur.


Garry Brown, vu au préalable, entre autre sur « The Massive » (avec Brian Wood, chez Panini 2013-2014) ou « Five Ghosts » (avec Franck J Barbiere, 3 tomes chez Glénat, en 2016-2017) assure un dessin très agréable, dans un style moderne et alternatif un peu « nouvelle génération », dans l’esprit d’un Cliff Chiang par exemple,tandis que Mark Englert superpose une colorisation informatique aux petits oignons.

14 épisodes ayant déjà été publié aux Etats unis, le dernier en janvier 2019, on imagine qu'un quinzième pourrait peut-être conclure l'histoire...Toujours est-il que ces cinq premiers, offerts depuis fin août, en français par Snorgleux comics dans ce tome 1 cartonné, nous invitent avec talent vers la suite.  Ca tombe bien, le voilà qui arrive le 17 mai !

FG


« Babyteeth T1 » par Donny Cates et Garry Brown
Éditions Snorgleux comics (16,50 €) - ISBN : 978-2360140763



lundi 6 mai 2019

« Showtime » par Antoine Cossé : il est temps de jouer !

Un drôle de roman graphique, en noir et blanc, rend hommage au cinéma nouvelle vague et à M le magicien, l'air de rien. Antoine Cossé parle aux Français, mais il faut ouvrir grand ses yeux et son esprit...

Un journaliste prend la route, sous la pluie, pour se rendre à Ronin, où il doit interviewer le célèbre et énigmatique M le magicien. D'abord doublé par une voiture rapide, il retrouve ensuite ses trois passagers plus loin, accidentés, et les prend à son bord. L'un d'eux conduira...
Durant le voyage, le journaliste raconte comment il a déjà fait connaissance avec l'artiste et l'étrangeté de ses pouvoirs, dont le fameux épisode du paquebot lévitant...









Antoine Cossé m'était inconnu jusqu'à ce que je reçoive ce livre. Lui qui vit à Londres et publie plutôt à l'étranger: pour Breakdown Press, Retrifit comics ou l'Employé du moi, à aussi été vu dans des revues anthologies du type : Kramers Ergot, Volcan ou Lagon. Ses dessins sont aussi publiés dans le New York Times ou The Guardian. Finement ouvragé, avec couverture cartonnée deux couleurs, lettrage doré incrusté, tranche fil, sur 176 pages, l'objet surprend déjà par son aspect de roman classique. Ensuite, la mise en page hyper aérée, ou de simples dessins s'étalent en pleine page, en début d'histoire, donne un ton très particulier.



Le récit en lui-même, une fois lancée l'introduction, faite par une souris, évoque les films de Michelangelo Antonioni, ou certains récits graphiques de Blutch, où les frontières entre rêve et réalité s'estompent...Tout peut arriver dans ce road trip mêlant angoisse, suspens et magie...et même les vignettes des dessins de l'artiste se tordent et s'évaporent, pouvant nous laisser face à un vide presque total...

« Showtime », à l'image de sa couverture aux rayons solaires messianiques et aux tours de passe passe signifiés par trois paires de main roses, est une invitation au voyage et au lâcher prise en bande dessinée.  Pas sûr qu'il plaira aux amateurs de séries classiques (ah ah), non plus aux amateurs de gros seins, habitués de certaine collections des Requins marteaux, mais tous les autres pourront y trouver une fontaine de richesses insoupçonnées.
Un petit roman graphique d'ores et déjà culte.

F G




« Showtime » par Antoine Cossé
Éditions les requins marteaux (21 €) - ISBN : 9782849612477

dimanche 5 mai 2019

« VS : ligne de front » : ascenseur vers le sublime !

Un peu de retard pour cette chronique, même si j'en avais parlé sur les réseaux.
> Remarqué par ses superbes planches ou couvertures chez Marvel (Thor, Silver Surfer, Loki, Secret Wars, Avengers...), Esad Ridbic ravit nos mirettes avec sa première mini série indépendante paru en mars. En VO ou en VF, c'est à un feu d'artifice visuel dans la grande tradition des meilleurs récits SF auquel les lecteurs sont conviés, mais pas que...

Un futur plus ou moins proche. Tandis qu'un "protectorat" riche et tout puissant vit en orbite dans une station reliée à ce qui reste de la terre habitable (quelques blocs « forêt » en gravitation), par un ascenseur ultra protégée, le reste de la société humaine se régale de combats armés para militaires en direct sur grand écran, au rythme des messages publicitaires sponsorisés. Le lieutenant Satta Flynn est un héros populaire, ayant gagné de nombreux combats. Aujourd'hui, malgré sa grave blessure à la jambe gauche, il reste haut dans les sondages et compte revenir dans la course. C'est toute sa vie, et il le doit à ses coéquipiers.  Cependant, le protectorat, souhaitant protéger ses intérêts économiques et d'influence, ne voit pas d'un bon œil cette entorse à la logique froide des paris. Et si on tâchait de falsifier l'issu du nouveau combat ? ...



D'entré de jeu, Ivan Brandon et ses deux collègues, à 100 % impliqués artistiquement dans le récit donnent le ton : ce « VS » (« contre », en latin), sera ambitieux, magnifique graphiquement, et nerveux. Il se dégage de cette histoire des réminiscences de grands auteurs de science-fiction, qui sont d'ailleurs cités en avant propos : Phillip K Dick et William Gibson. On pensera aussi fortement à des auteurs hexagonaux, en citant « Exterminateur 17 »  et « La Foire aux immortels » de Dionnet et Bilal. Si l'ambiance de ces stations orbitales High tech ramène davantage à des récits modernes de comics tels « Rai » (éditions Bliss), ces références françaises sautent aux yeux du point de vue sociétal, avec les thématiques du pouvoir retranché, tirant les ficelles, du jeu, soupape pour le peuple, et des sociétés privées vantant le mérite de produits de grande consommation via écrans et messages discontinus interposés.
L'histoire ce ce lieutenant qui aurait pu rester une simple légende, mais qui revient au devant, aidé par certains de ces propres adversaires, parce qu'il a finalement une ligne de conduite, délivre un pouvoir d'attraction certain, et ces scènes de combat suivies en direct possèdent une attraction folle. Le rythme du récit, intercalé de flash back et des messages de publicité insérés soit au sein des planches, soit en pleine page à la fin de chaque chapitre, contribue aussi à l'accroche scénaristique.



C'est cependant, sans aucun doute le dessin d'Esad Ribic, largement remarqué ces dix dernières années et devenu rapidement un des chouchous des amateurs de comics, qui fait la différence. Cela sans oublier bien entendu la colorisation exceptionnelle de Nicolas Klein, sans laquelle le dessin de Ribic ne posséderait pas autant de pouvoir hypnotique.

Un album incontournable pour tous amateur de bonne science-fiction, et un des comics alternatifs les plus indispensables de l'année 2018-2019.

FG




« VS : ligne de front » par Ivan Brandon, Esad Ribic et Nic Klein
Éditions Panini comics (19 €) - ISBN : 978-2-8094-7716-0

mercredi 1 mai 2019

« Créatures sacrées » de Klaus Janson  : and Josh saw the angel...


Klaus Janson, célèbre dessinateur et/ou encreur, révélé pour ses travaux sur « Daredevil » ou Batman (Dark Knight Returns) publie depuis plus d'un an chez Image comics aux Etats Unis un comics de sa création. L'arc introductif étant terminé, les éditions Delcourt nous en proposent les trois premiers épisodes. Sacré départ en fanfare !



Étonnant comme ces dix dernières année auront été
marquées, dans la bande dessinée, française, comme étrangère, par une vague de récits racontant la présence sur terre de créatures ancestrales (antédiluvienne pourrait on dire), interférant sur nos vies. Créatures diaboliques (« Les Stryges »...) monstrueuses, peu réalistes (vampires...) , ou davantage proches de nous, mais machiavéliques. Ces dernières nous sont décrites comme des races d'êtres étant apparues avant l'homme sur terre et, ayant pris notre apparence, gèrent leurs affaires de manière plus ou moins discrètes. Des affaires philosophiques et sociales (« The  Wicked ° The Divine »), ou économiques, on le lit dans « Black Monday Murders », ou bien encore dans « The Dying and the Dead », ces deux derniers par Jonathan Hickman. Alors, qu'apporte « Créatures sacrées » à cette culture ?


La présence du célèbre Klaus Janson à l'écriture (écriture partagée avec Pablo Raimondi) est bien évidemment un élément notable. Un nom qui, a lui seul, permet d'envisager un scénario particulier. L'auteur a déjà une carrière longue et respectée.
Josh Miller, étudiant et jeune papa, est abordé dans la rue par une sans abri, qui, faisant mine de l'aider, lui touche la main. Ce simple geste va bouleverser sa vie, le plaçant au centre d'une confrontation ancestrale entre anges déchus, au sein de New York.
Les sept péchés capitaux servent de points cardinaux à Klaus Janson pour décrire les Nephilims, ces sept individus à apparence humaine ayant en effet décidé d'éliminer Naviel, l'ange gardien les surveillant depuis tout ce temps et utilisant Josh afin d'arriver à leurs fins. Complètement perdu, celui-ci pourra néanmoins compter sur le « père » Adrian, un autre ange opposé à ce projet...
Récit en flash back, style nerveux, personnages charismatiques, suspens serré, même si l'on sent poindre une naissance messianique dans « Créatures sacrées », Klaus Janson frappe fort pour sa première création.
Le dessin de Pablo Raimondi, au trait assez fin et l'encrage ample, très agréable, surmonté par des couleurs informatiques plutôt finement appliquées par Chris Chuckry, et bénéficiant de cadrages dynamiques, se situe dans la mouvance d'artistes tels Sean Phillips. Nombreuses sont les planches sur lesquelles on s'attarde, pour leur beauté inhérente. L'artiste est donc la deuxième très agréable surprise de ce titre. 

Recueillant les épisodes 1 à 3 de la mini série, il est à ce stade difficile de dire comment celle-ci va évoluer. L'intrigue est bien installée et le suspens à son comble en dernière page, aussi attendons nous avec hâte le tome deux programmé en juillet. Si la suite se révèle au moins intéressante et bien écrite, il ne fait aucun doute que l'on tiendra là un must-have. Une des très belles surprises du mois d'avril.

FG



« Créatures sacrées T1 » par Klaus Janson et Pablo Raimondi
Édtions Delcourt (15,95 €) - ISBN : 978-2-413-01315-0


samedi 6 avril 2019

« White Ghost #1 » : un coup de piston, et ça repart ?


J’ai commandé ce comics français, financé par une opération Ulule en 2018, après coup, par le biais des réseaux sociaux, qui ont cet avantage de faire ressortir parfois certaines bonnes choses. 
Xavier Duvet est un auteur dessinateur de bandes dessinées érotico-porno, révélé dans les années deux-mille par ses créations réalisées à l’aérographe. S’il bénéficie d’un succès certain dans ce domaine et est publié à l’international, il est aussi amateur de comics depuis son adolescence. Or, en retrouvant dans ses cartons une vieille histoire de super héros, il a eu l’envie de se lancer dans une réadaptation de son histoire, début 2018. Une campagne Ulule financée à 143 %, plus tard, le voilà présentant un début de mini série plutôt sympa, épaulée par une mise en page relativement soignée et un dessin noir et blanc personnel de qualité.
L’histoire : Un futur plus ou moins lointain… A-Lan et Kein sont deux sortes de scientifiques, quelque peu rebelles, luttant contre une sorte de dictature. Kein bénéficie d’un costume équipé de technologies lui permettant d’agit tel un super héros. Suite à une attaque de forces spéciales qu’ils déjouent, ils fuient par les égouts dans une super voiture, genre Batmobile. Leur objectif : « la Source », lieu de tout les possibles, et coeur d’une sorte de Matrice générant un univers de réalité virtuelle, qu’ils compte démonter...
© White Ghost/Xavier Duvet 2018

Si le début de ce thriller, oscillant entre références à peines voilée à « Judge Dredd » ou aux
«
X-Men » (voir les dialogues : Les Mutos, le Dome, le Vid-plaisir, le Crédit-Neg, les régulateurs, les Pigs …) et « Matrix » (La déformation de la réalité, entre autre) peine un peu à se mettre en place dans les quatre premières pages, celui-ci parvient néanmoins à nous embarquer, jusqu’à la page 22, nous laissant en plein cliffhanger dans une jungle habitée par au moins un dinosaure pas très gentil. Une manière assez sympa d’happer le lecteur, et l’occasion d’une scène un peu étrange (celle aux pistons), objet de la couverture de ce numéro 1.

Avec d’avantage de relecture (dès l’édito, les fautes de français s’enchaînent, et portent préjudice à l’ensemble du fascicule), ce comics, bien réalisé par ailleurs, mériterait un 17/20. Néanmoins, ce détail, associé à un délai d’un an explosé entre le numéro 1, paru en mai 2018, et le 2 toujours invisible aujourd'hui, fait que « White Ghost » reste pour l’instant un pis aller, malheureusement
«
Fantôme », vous avez-dit ?
FG

« White Ghost #1 » par Xavier Duvet
Auto édité, campagne Ululé mai 2018
(8 € pc) chez Xavierduvet.com



dimanche 24 mars 2019

« Come Into Me » : le viol est aussi mental !


Que se passerait-il si un laboratoire pouvait nous permette de se « glisser » littéralement dans le corps de quelqu'un ? Le trio formé par Zac Thompson, Lonnie Nadler et par Piotr Kowalski dérange, avec une mini série à tendance horrifique se déroulant dans le milieu clinique. Froid mais fascinant...


Les expériences du professeur Sebastian Quinn l'ont mené à mettre au point Inbeing, un système permettant à deux personnes de partager le même corps. Cela se fait dans un hôpital privé, avec des personnes volontaires, par paires consentantes. Or Becky, une jeune femme seule, demande à tester la méthode, moyennant une forte somme d’argent. Le professeur Quinn accepte et se propose comme « Hôte ». Cependant, Becky décède peu après d’un cancer qu’elle avait caché, tout en étant maintenue en état de coma artificiel au sein de l'hôpital. Comment les choses vont-elles alors évoluer... à l’intérieur de Sebastian ?







Les amateurs de David Cronenberg (« Videodrome »,
« Faux semblants », « Crash » , « ExistenZ »....) ne seront pas déroutés par le ton et le scénario de cette mini série. Les couvertures de Piotr Kowalsky disent d'entrée l'horreur et le malaise de ce comics alternatif. Le principe même de « connexion » du professeur, une gaine à apparence biologique, terminée par une sorte de couteau, s'enfonçant dans le tronc cérébral à l'arrière du coup, rappelle fortement le film « ExistenZ ». 



Les thèmes chers à ce réalisateur se retrouvent dans cette histoire assez glauque mais bien écrite, où le rêve d'un praticien se transforme en cauchemar éveillé. Les frontières entre réalité et perceptions de son être disparaissent, laissant la place à un déclenchement monstrueux, hors de tout contrôle. L’occasion de scènes oniriques et « psychédéliques » particulièrement saisissantes.


Si le découpage des scénaristes est suffisamment clair pour nous emmener jusqu'au bout de leur histoire, l'idée de génie du trio créatif à été de donner un aspect flou au graphisme de certaines cases, comme un scannage d'image qui aurait bougé, afin de mieux « rendre » l'effet de déphasage de la réalité. Le procédé est assez rare, voire inédit, et il confère un atout majeur au comics. On est d'abord désemparé et étonné, croyant à une erreur d'impression, puis on comprend le stratagème.
« Come Into Me » est un comics indépendant osé, dérangeant, glauque, mais réussi. Il nous permet de découvrir le travail de cette équipe d'artiste, tout comme le label Black Mask (1). À suivre donc assurément de près.

FG


(1) Black Mask studios, créés entre autre par Brett Gurewitz, Steve Niles, et Matt Pizzolo, affirment sur leur site « apporter l’éthique punk rock dans les comics. Black Mask aide les créateurs racontant des histoires incroyables et importantes



« Come Into Me 1-4 » par Zac Thompson et Lonnie Nadler (scénario), dessiné par Piotr Kowalski
Black Mask studios, 2018





samedi 23 mars 2019

« Génération Gone » : hacker n'est pas jouer !


Hi comics n'en finit pas de surprendre, proposant des titres originaux par des auteurs peu connus.
« Generation Gone » deuxième titre personnel du scénariste portugais André Lima Araujo étonne par sa maturité scénaristique et graphique.


2020 : trois copains jeunes adultes férus d'informatique passent leur temps ensemble à hacker des sites web. Leur but : être suffisamment bons pour dévaliser une banque centrale, sans être repérés. Malheureusement, un service gouvernemental militaire développant une arme stratégique ultra secrète les hack à leur tour, diffusant par le réseau un virus les affectant personnellement...


Le trait de Alès Kot surprend en premier lieu par sa texture très fine, rappelant le dessin de la série
« John Prophet ». Un style graphique un peu clinique rendant bien les atmosphères froides d'une science fiction aux environnements souvent dangereux. C'est le cas ici avec un trio constitué de Baldwin, un jeune afro américain, sportif et engagé humainement, Elena, belle jeune femme cumulant deux boulots pour essayer de contribuer aux traitements de sa mère atteinte d'un cancer, et Nick, petit ami d'Elena, solitaire introverti et psychotique. Ce dernier met déjà en danger ses amis, mais va devenir incontrôlable après leur accident.



Si le thème de super héros malgré eux fait partie intégrante de l'univers des comics, (la plupart des premiers des éditions Marvel, il faut bien commencer un jour), mais on pourra aussi citer «The Cape », chez IDW, ou la série « Heroes » de Tim Sale, bien sûr, sans oublier « Rising Stars » de Joe Michael Straczynksi, et si le cinéma avec « Chronicle » par exemple, a déjà abordé le thème et ses problématiques, André Lima Araujo insiste avec « Generation Gone » sur le malaise ressenti par les jeunes d'aujourd'hui, évoluant au sein d'une société qu'ils jugent à la fois dépassée et irresponsables vis à vis de son avenir. On a vu ces dernières semaines le déferlement dans les rues d'adolescents défendant une vision écologique plus réaliste de nos gouvernants, cela rentre en phase avec cette volonté d'agir, coûte que coûte sur le monde qui nous entoure, quitte à provoquer des catastrophes. Rien ne serait donc trop énorme pour déclencher un changement dans les habitudes.



C'est tout le propos de ce comics social et de politique fiction, qui n'omet à un aucun moment,  malgré les nombreuses scènes d'action bien menées, les relations humaines. Celles-ci sont abordées de manière très frontales et développées habilement, en prenant le temps, donnant à « Generation Gone » tout son potentiel émotionnel. On pourra lui trouver des aspects "déjà vu". Cela n'enlève rien à sa qualité intrinsèque.
Une très bonne mini série.

FG

Images : © Lima Araujo et Alès Kot/Hi comics 2019



« Generation Gone » par André Lima Araujo et Alès Kot
Éditions Hi comics (17,90 €) - ISBN : 9782378870751

jeudi 21 mars 2019

Dept H T4 : un abysse de remords pour Mia, ou la vie, tout simplement ?...


Remontée dangereuse des abysses pour une partie seulement des « naufragés » de la station Dept.H et conclusion d'un récit graphique majeur du talentueux Matt Kindt.(Lire les chroniques des précédents tomes sur BDzoom.com (1))


Mia et ces cinq co équipiers sont coincés dans un sous marin de poche échoué, en manque de batterie, alors qu'ils tentaient de rejoindre une des bases posées le long de la fosse sous-marine d'où ils tentent de s'extraire. De miraculeux petits robots en forme de crabes viennent les sauver in extremis afin de leur permettre d'avancer d'un pas vers la surface. Qui est leur sauveur, et cela suffira-t-il ? C'est l'objet de ce dernier tome, concluant en beauté une mini série haletante et bourrée de superbes moments scénaristiques et graphiques.








Lorsque l'on débute la lecture de « DeptH », il apparaît clairement et très vite que l'on a à faire à une œuvre majeure, dont les thématiques, nombreuses : enquête policière, fantastique, survie de l'humanité, recherches scientifiques, conquêtes (spatiale, marine), écologie...mais aussi le ton et la forme, laisseront des traces. Il fallait néanmoins que celle-ci se conclue afin de pouvoir confirmer ce sentiment.

Ce tome 4, regroupant les comics originaux 19 à 24, répond à toutes les questions en suspend, donne de nombreux détails sur les différents protagonistes de l'histoire, et file sans se perdre, malgré quelques flashback, vers le grand final. Matt Kindt, dans sa grande maîtrise scénaristique, continuant à nous impliquer, presque physiquement, dans le drame se jouant en direct. À cet égard, les scènes finales du dernier chapitre, que l'on ne dévoilera pas, offrent des sensations rarement ressenties dans un roman graphique, mais plutôt au cinéma. Il est quasi certain que l'oeuvre connaîtra une adaptation cinématographique d'ailleurs, tant le potentiel est fort.





Quant au dessin de l'artiste, s'il était déjà remarquable dans les précédents épisodes, on a l'impression qu'il se surpasse ici, en nous offrant un découpage hyper efficace, rendant la narration très fluide. Il se dégage de certaines cases une grande sensibilité, une grande douceur aussi. Et cela, sans évoquer leur traitement en  pleine page, dont les couvertures originales, colorisées en aquarelles, rappelons-le, par Sharlene Kindt. Ces dernières nous sont, notons-le au passage, présentées sans leur titre, en vis à vis (recto verso pour la version US) en tête de chapitre. L'occasion de se régaler,  sans compter les seize pages de sketchbook ajoutées en bonus.
Un roman graphique d'ores et déjà culte, chaudement recommandé.

FG

(1) Chroniques des tomes précédents :

Dept H T1 

Dept H T2 

Dept H T3



« Dept H T4 » par Matt Kindt et Sharlene Kindt
Éditions Futuropolis (22 €) - ISBN : 9782754822343 

mercredi 20 mars 2019

Hit Girl au Canada : piège à loup et grizzli redemption, pour une mini série coup de poing


Le personnage d'Hit Girl est bien connu des amateurs de la série
« Kick Ass » de Mark Millar, puisqu'elle en est un des éléments centraux. Dans sa série homonyme, la jeune Mindy, super héroïne ayant perdu son père, mentor dans la course contre le crime, se retrouve seule. Elle oeuvre aussi désormais au sein de mini séries parallèles, écrites par divers binômes d'auteurs. Mark Millar et Ricardo Lopez Ortiz l'ont déjà emmené en Colombie dans un premier tome, Jeff Lemire s'associe à Eduardo Risso pour la mettre cette fois-ci aux prises d'un trafiquant de drogue, dans un Canada enneigé et hostile.



Le scénariste canadien, habitué de ces contrées, (voir entre autre son excellent « Winter Road »), déroule un thriller tendu et violent, comme il était nécessaire avec cette héroïne adolescente quelque peu psychopathe. En quatre comics bien équilibrés, celui-ci parvient à nous appâter avec un récit de chasse à l'homme dans les forêts enneigées, à la manière d'un « Button Man » (« l’Exécuteur » chez Délirium éditions) mâtiné du film de Lee Tamahori : « À couteaux tirés » avec Anthony Hopkins, sans baisser le rythme ni la tension. Supporté par le dessin clair, dynamique et subtil d'Eduardo Risso, lui-même magnifié par la colorisation de Patricia Mulvihill, ce récit réussi un pari difficile : apporter une nouvelle version au genre.



On aime le ton, mix entre action et réflexions sur le sens de la vie, les moments de pause développant les relations humaines (entre Mindy et son père, lors d'une scène de coma et mouvante), ou celle avec le vieux trappeur qui la recueille, et la cruauté bien rendue de cette gamine, inhérente à la série. Le sang ne manque pas, mais l’émotion remonte à la surface souvent.
Un petit épisode au top, par un duo de tonnerre. Pari réussi.

FG



« Hit Girl au Canada » par Jeff Lemire et Eduardo Risso
Editions panini comics (15 €) - ISBN : 978-2809476347

Il n'y a pas que du sang dans Hit Girl,
mais aussi de superbes scènes oniriques...
© Jeff lemire /Eduardo Risso /Panini comics 2019



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