vendredi 18 novembre 2011

Spirou, la revue ! : "the best wild west stories published !"

Actuellement et depuis au moins trois ans, la revue belge bien connue a retrouvé une modernité, des couleurs et du dynamisme, qualités qui lui ont fait si défaut durant quelques années. (Voir l'évolution sur BDoubliées)
La maquette est plus attractive, les séries sont de bonne qualité...et on prend plaisir à tout lire.. Étonnant, non ?

Dans les séries les plus agréables, on peut citer : Seuls, le carton Dupuis de Vehlmann et Gazotti, commencé en 2006, mais aussi Zombillenium, de Arthur De Pins, (2 tomes parus), Ralph Azham de Trondheim.. Animal lecteur, petit strip vertical très fin sur le monde des libraires BD, en début de numéro, par Sergio Salam et Libon...et j'en passe...

Mais ce qui  m'a personnellement accroché dans les tout derniers numéros, en tant qu'adulte, parce que ce qui fait la force de cette revue et de cet éditeur, c'est qu'ils réussissent à intéresser plusieurs générations...(!!),  ce sont la nouvelle série "Uchronia" de SF humoristique de Kris et Bruno Duhamel, un futur "classique", où deux zigotos sont chargés de remonter le temps pour supplanter à l'adversité des espagnols en 1492. Le pauvre Christophe Colomb a en effet été zigouillé sur place par les indigènes lors de son débarquement légendaire.. glup !

.. et.. le "mini" récit (à suivre) de Trondheim et Mathieu Bonhomme : "Texas cowboys", même si celui-ci est exclusivement réservé aux abonnés. Il se trouve en effet encarté en lieu et place des suppléments habituels, de très bonne facture généralement, doit-on le préciser par ailleurs. (Des petits trésors d'ingéniosité ou de gentilles bêtises, ou les deux, bref, des indispensables.)

Un projet particulièrement gouteux ici en tous cas.
...Imaginez un petit format 16 pages façon vieil illustré western américain, avec une présentation à l'avenant, un scénario au petits oignons et le dessin très fluide de Bonhomme, et vous aurez une idée de l'originalité et de la qualité de la chose.

Sur le blog de Trondheim, ce projet en cours est prévu pour une parution en album en Août 2012 apparemment, mais on peut dores et déjà promettre une belle carrière collector à ces petits fascicules dans un futur plus ou moins lointain, pour ceux qui les auront gardé.
Un peu l'effet des récits Comics A suivre originaux de la revue du même nom dans les années 90.. 

Un réel plaisir d'attendre son numéro chaque Mercredi (...Lundi pour les abonnés !)

J'adjoins les trois premières couvertures, très belles. (n°3831, 3835, 3840)

Ps : On en discute ça et là sur le web : scenario.com (belle chronique), ou sur le forum Pimpf des petits formats.

mercredi 16 novembre 2011

De la nostalgie dans le Sud... un coup de cœur tardif.

La maison d'ether
Christian Durieux, Denis Larue
Futuropolis
Août 2009

Tout d'abord, la couverture aux tons pâles jaune gris et rose , montrant un homme en train de couvrir une femme endormie dans la  rue intrigue. Puis la maquette soignée, avec ses culs de lampe floraux en tête de chapitre, ainsi que le dessin rond aux couleurs douces très agréables finissent d'attiser notre curiosité.

C'est une histoire de nostalgie, de recherche d'homme, de "frère", comme on a déjà eu l'occasion d'en voir, dans d'autres œuvres, mais celle-ci se passe au Maroc, via Bruxelles à son tout début.
Martin Mesner vit en Belgique avec sa femme Anna et leur petit Leo. Mais il est hanté par un souvenir d'adolescence à Tetouan et va précipitamment s'y rendre en avion pour retrouver les fantômes qui l'oppressent...

Christian Durieux est déjà bien implanté dans le milieu de la Bande dessinée avec plusieurs titres chez divers éditeurs en tant qu'auteur ou dessinateur. Il nous offre ici un récit intéressant tout en poésie sourde, dans une atmosphère qui m'a personnellement beaucoup fait penser au film "Un balcon sur la mer" de Nicole Garcia, ou le même genre de quête (se déroulant à Oran) avait déjà abordé la thématique du souvenir devenu flou, des faux semblants, du temps qui efface les détails...
Un autre titre Fururopolis "Les Marins perdus" (Clément Belin et JC Izzo, 2008) abordait aussi de belle manière un genre un peu similaire, dans un registre plus "maritime" puisque basé sur la dérive sentimentale de marins en rade a Marseille... Du coup on est tenté de se demander si le sud et les villes portuaires de passage et de brassages ne sont pas plus soumises à cette thématique de la nostalgie et de l'oubli que d'autres endroits. (...)

Page 85 du récit
Pellejero
En tous cas le dessin inoubliable et très agréable de Denis Larue, dont on pourrait rapprocher le style de celui de l'espagnol Ruben Pellejero*, et que l'on avait perdu  l'habitude de voir depuis bien longtemps (en fait quelques récits de la revue A suivre) surprend par son intemporelle et douce faculté à nous happer dans son univers éthéré et humain.
 Ce qui, ajouté à ce scénario bien construit, fait au final de la Maison d'Ether un album très attachant.


(*) lui aussi publié dans A suivre...
L'image ci-dessus tirée de l'album "l'impertinence d'un été", et de la note du blog : http://sacapapier.canalblog.com

A lire : une petite interview de Denis Larue sur le site de Futuro

dimanche 6 novembre 2011

La descente aux enfers d'Asterios Polyp

Asterios Polyp
David Mazzucchelli

Casterman
2010

Il n'a sans doute pas échappé , à tout ceux qui ont un peu suivi l'actualité des romans graphiques en 2010, que Asterios Polyp, du grand auteur américain David Mazzucchelli a obtenu de prestigieux prix, dont 3 Eisner Awards, et a été primé à Angoulême par le prix spécial du Jury en Janvier 2011.

Comment ?, vous ne l'aviez néanmoins pas encore lu ? ... comme moi alors ?
II faut dire que même avec envie, lorsqu'on est conscient de la qualité intrinsèque et évidente d'un livre ou d'une œuvre artistique en général, on ne se presse pas, et l'on savoure l'attente qui nous sépare de sa découverte réelle.
Une manière de saliver...et de trouver LE bon moment qui nous permettra de nous installer confortablement pour accorder à l'œuvre le temps et le confort de lecture qu'elle mérite. (260 pages le méritent !)

Asterios Polyp, originellement publié par Panthéon books et entièrement réalisé par l'auteur,  fait partie de ces grands crus : aucune mauvaise surprise à redouter, mais des surprises quand même : de l'élégance, un niveau exigeant, mais pas pompeux... de l'auto dérision, et beaucoup de références culturelles.
Quelle beauté et quelle intelligence du propos.

On avait pas vu telle symbiose entre le traité graphique et celui des idées depuis...des titres comme Hicksville (Dylan Horrocks), Wimbledon green (Seth),  ou... (liste non exhaustive) *
Les planches 144 à 146 (2 extraits ci-dessus) sont à elles seules un traité politique, se servant d'un défilé du Independance day joyeux pour dénoncer l'héritage conservateur et prude de l'Amérique. Superbe.
Quand aux pages 162-164, l' humanisme et la dure réalité de leur propos sur la maladie les laissent sans commentaires... (voir les nombreux scans déjà disponibles sur le web)

...A propos de  l'aspect graphique très stylisé, voire architectural, (normal, il s'agit du métier d'Asterios, le narrateur), Chris Ware vient évidemment aussi à l'esprit, mais les  trouvailles narratives picturales de Mazzucchelli, qui signe là son premier grand roman graphique** mettent en exergue leur originalité propre. Un bonheur de lecture "aérée" sur l'ensemble de l'ouvrage, pour tout ceux qui apprécient l'Art en général, et l'art moderne en particulier.
Jouer sur le graphisme des personnages suivant leur humeur respective était une trouvaille géniale, qui marquera son temps. La superbe descente onirique et "Dantesque" aux enfers, traitée, dans un autre registre, "à la Piranèse" (1745) est tout aussi surprenante et agréable.


 
De ce fait, David Mazzucchelli donne aussi une grande leçon de narration graphique, et s'ajoute, aux côtés de Will Eisner et Scott Mc Cloud (pour n'en citer que deux), aux auteurs exégètes pédagogiques du média.

Quant aux thème abordés, il sont nombreux : réflexions sur l'art, sur l'absence d'un proche et la raison de vivre, ...l'engagement politique, la réussite professionnelle... la relation en couple...
L'histoire d'amour qui sous tend le tout est à ce propos décrite avec tellement de réalisme et de justesse (et d'inventivité), que la fin ne peut que nous émouvoir... même si sa poésie nous déchire le cœur.
...Un livre "Coup de foudre"


(*) d'autres titres aussi novateurs et/ou remarquables viennent à l'esprit, dont les les satires de Art Spiegelman entre autres, ou le Body world plus récent de Dash Shaw.
** On peut néanmoins citer  "Cité de verre" avec Paul Auster (2005 Acte sud), "Géométrie de l'obsessions" ou "La Soif", "Big man "(1995, 1997, 1998 tous chez Cornelius), où l'auteur avait commencé à se dégager de son travail pourtant déjà intéressant et novateur sur les super héros, pour s'engager dans une voix encore pus personnelle.
- Voir quelques planches scannées de l'artiste, période 80's-90's sur Theartistchoice

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