vendredi 1 mars 2024

Ecole de musique de Riorges Bourg : un air de nostalgie issu des années trente.

Ils ont aujourd’hui la cinquantaine ou bien plus, et se souviennent des heures qu’ils ont passées dans les années soixante-dix et quatre-vingt au sein de cette vieille école de musique au bourg de Riorges, ayant accueilli jusqu’à 300 élèves et qui fut le tremplin du centre musical Pierre Boulez.

Mais combien savent encore que cette association fut créée le vingt avril 1933 à la salle municipale des Canaux !?
Ci-dessus, l'école des Canaux en 1947.

L’idée en revient à « un fervent de musique : Mr. Louis Robin, installé aux Canaux depuis 1911, (qui) avait toujours rêvé de propager cet art au maximum, et le 5 de la rue de Vichy où il habitait avait vu défiler déjà bien des boîtes à violon ». Nommée officiellement « Groupement musical de Riorges » l’association fut administrée entre autre à l’origine par sa fille, violoniste passionnée riorgeoise : Denise Robin ; lui en étant administrateur général. Au poste de trésorier : Mr Massacrier ; comme secrétaire : Mlle Lucienne Soisson. On note aussi la présence d’un « archiviste » le « modeste et brave » père Troncy, qui se « montra particulièrement efficace » afin, par le truchement de membres honoraires, à subvenir aux premiers frais d’organisation. Ce sera plus tard le père Vallières, « encaisseur zélé, qui fera un très appréciable recrutement ». (NDLR : il ne s’agit pas pour autant de gens d’église). Des cours de solfège et violon commencèrent : 56 élèves étaient alors inscrits. Une première audition eut lieu le 22 juillet 1933 à la salle Rejony du Bourg. En fin de programme se présentèrent, fraîchement sorties des Conservatoires de Saint-Etienne et de Lyon, avec leur prix et faisant leur début dans l’enseignement : Denise Robin et Madeleine Tête (1) . Ainsi commença une longue collaboration.

L’école va se développer peu à peu et voir grandir son nombre d’élèves ainsi que son niveau. Elle traversera la période mouvementée de la guerre, participant dans la mesure de ses possibilités aux manifestations organisées alors en faveur des réfugiés, des vieillards, de tout ceux qui souffrent. L’importance de l’école grandissant chaque année, son effectif ayant doublé, il fut procédé en 1955 à diverses modifications, dont le changement de nom, devenant « Ecole de musique » (de Riorges Bourg.) Son bureau fut renouvelé et le local de la rue Carnot aux Canaux devant être abattu, l’école dût trouver un nouveau local. En 1964, Mr Girard, ancien maire de Riorges, laisse une grande salle au rez de chaussée de la mairie, à l’emplacement de l’ancienne poste. Le préau des filles du groupe scolaire Beaucueil fut aussi transformé pour un soir en salle de concert.

(Extraits réadaptés d’un article paru dans le bulletin municipal N1 de la ville de Riorges, 1967).

Enfin, elle déménage à Riorges bourg, en 1973, dans l’ancienne école communale, aux côté de l’ancienne mairie, au même moment quasiment que commence le projet de réhabilitation du parc Beaulieu. Le bâtiment principal est divisé en deux parties au rez-de-chaussée , auxquelles on accède par un petit couloir, tandis qu’un escalier sur la droite mène à l’étage. Au fond à droite au rez de chaussée, on accède à la salle principale de solfège et de cours de piano. L’ambiance est studieuse et « à l’ancienne ». les élèves sont assis sur des bancs, devant les tables d’écolier en bois. On apprend le solfège (on ne parle pas encore de « formation musicale »), et régulièrement, la dictée musicale effraie celles et ceux ne pratiquant pas le piano. En effet, Jo joue un air en essayant de cacher au mieux ses mains, mais les élèves ne pratiquant pas l’instrument ne peuvent copier et décryptent laborieusement les mélodies. On y passe aussi les examens de chant, installés debout face au bureau du professeur et à un pupitre, mais surtout à une partition dont on doit chanter les notes en les nommant. Terrible souvenir là encore. Au fond à gauche du couloir : une marche nous permet d’accéder à une petite salle carrée, salle d’attente pour une autre salle souvent fermée, où se pratiquent les cours de violon. A l’étage, deux salles plus grandes : une à droite en haut des escaliers, réservée aux cours de flûte traversière, et à gauche, une autre grande salle où des cours de clarinette voire de solfège parfois sont assurés par Jo Parinello.

Les cours ont lieu surtout le mercredi, mais aussi en soirée, après l’école. Jo Parinello, professeur de clarinette et accordéon assure l’essentiel des cours de solfège. Ce jeune instrumentiste fraichement diplômé a créé l’école de musique de Charlieu avec sa sœur Cathy (aujourd’hui Valorge), en 1974 ; sœur qui s’en occupe toujours. Il a débuté à l’aube des années soixante-dix dans des orchestres de variété au synthétiseur (Inf’Trouble, Cadence, Flashdance, So Chic…) et a été l’élève de Bernard Forest, aussi accordéoniste et clarinettiste domicilié à l’époque à Pradines. C’est lui qui lui a donné le goût de ces instruments. Jo Parinello fondera en 1985 sa propre école de musique à Roanne. Parmi les autres professeurs de cette époque plus proche de nous, citons : Christian Ballansat (flûte traversière depuis 1973), madame Joanin (violon), Annick Foriot : piano ; madame Dinet (violon) ; Mlle Vignant (piano) ;Mr Jean Bardon : guitare classique ; Mr Servajean Christian : piano, Madame Meunier, institutrice et professeure de chant choral : bras droit de Mlle Tête. 

Ci dessous à droiite : Jo Parinello, lors du camp à Bully, en 1983, dans la grande salle du rez de chaussée. (Photo archives famille Guigue) 

Les examens se déroulaient dans la salle du bas, et des jurys assistaient les professeurs. Mlle Marthe Henri, professeure de violoncelle à Roanne et de maths au Lycée Jean-Puy, en faisait partie. Tout comme monsieur Déchelette, professeur de solfège, et clarinettiste. Les concours de fin d’année avec remise de prix, après être passés à l’hôtel de ville, finirent par se dérouler au gymnase Galliéni, inauguré en 1975. Les prix étaient pour la plupart des livres. On montaient les uns après les autres, à l’appel de notre nom, pour les recevoir. Une étiquette à l’intérieur dudit livre mentionnait la « note ». Au début des années quatre-vingt, le second bâtiment sur la gauche (ancienne mairie) sera aussi utilisé par l’association, avec une grande salle en haut des escaliers, où la flûte entre autre, sera pratiquée. Madeleine Tête, alors âgée de soixante-dix-ans, et directrice principale appréciée de tous, sera contrainte par son âge à laisser sa place à Jacques Boyer, professeur de musique au collège de Riorges Albert Schweitzer, à la rentrée 1982-1983. Les Palmes académiques lui auront été délivrées entre temps au gymnase Galliéni lors d’une cérémonie officielle le 22 mars 1981, avant une retraite bien méritée. Elle laissera un souvenir agréable mémorable à des centaines d’élèves ainsi qu’aux professeurs.

En février 1983 eu lieu le premier camp musical à Bully, sur plusieurs jours, dont beaucoup se souviennent émus des dortoirs de ce grand bâtiment centre de vacances et des jeux en extérieur sur le mini stade cimenté en terrasse à l’entrée du village. Puis l’école déménagera alors une dernière fois en 1989, afin de rejoindre le dit collège, pour ce qui deviendra le Centre musical Pierre Boulez, toujours géré par la même association. D’une école communale, l’association resta donc aux côtés d’un autre établissement scolaire, du second degré cette fois-ci. Une autre époque, mais des noms, des visages et des souvenirs inoubliables.

Franck Guigue

(Ancien élève flûtiste de 1977 à 1984). 


Jacques Boyer et des parents à la corvée patate, camp de Bully, 1983.
A droite au fond : l'élève violoniste Lautent Grégoire.


Cet article n’aurait pu être finalisé sans l’aide précieuse des archives d’Hubert Aupol (roannais puis saint-albanais, très impliqué dans le tissu associatif depuis février 1979, et entre autre trésorier du Gamec), celles de la ville de Riorges et l’aide de Laure Tolin et Sylvain Goutaland, et les témoignages de Jo Parinello et Christian Ballansat. professeurs.

Autres sources :

(1) Article sur Maurice Tête du 22 mai 2014 , sur Forez-info.com. Texte extrait de l'opuscule édité à  l'occasion de l'exposition consacrée à  l'artiste en 2013, conçue par l'association " Au Temps de Louis Caradot". https://www.forez-info.com/encyclopedie/le-saviez-vous/21255-maurice-tete.html

(2) Interview de Jean-Pierre Gilfaut, à l'origine du (re)lancement de l'association Les Enfants de la Côte (la société de musique datant de 1889), et fondateur du Printemps Musical en Pays roannais, le vendredi 25 mai 2018 dans l’Essor par Béatrice Perrod-Bonnamour.

 Madeleine Tête (21 juillet 1907 - 1er juillet 2001) en 1958.
L’une des trois filles de Maurice Tête, peintre local reconnu, pianiste diplômée de talent, elle devint vite directrice de l’école de Riorges (déjà en 1968), y consacrant pratiquement toute sa vie, en tous cas sa carrière. (Photo : archives Riorges).

Palmes académiques, 1981 Riorges
Photo : Charles Revon (archives mairie de Riorges).


Cet article complet a connu une version trés résumée dans le Pays roannais du 29 février 2024.

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