samedi 7 mars 2009

Who watches the Watchmen ?

L'époque révolue où les comics étaient édités comme des BD franco-belges...

La sortie sur les écrans cette semaine du film The Watchmen de Zack Snyder, adapté du comics d'Alan Moore et Dave Gibbons rappelle des souvenirs et nous projette quelques vingt ans en arrière.
Un temps où la lecture de ce genre d'ouvrages n'était pas chose aussi évidente qu'aujourd'hui, et...
où Internet "n'existait pas".
Le milieu des années quatre vingt (les 80's) pour être plus précis.

Qu'en était-il alors ? Le comics américain, ouvert depuis peu à quelques bandes dessinées européennes et japonaises (grâce à Dargaud et aux Humanoides associés entre autres, avec Moebius, Mezière; Bilal..., ou Akira et Lone wolf and cub pour ne citer que deux mangas cultes) commencaient à reprendre du poil de la bête. Les super-héros avaient en effet un peu flanché dans les 70's, et, mis à part Deadman, Green lantern et quels autres scénarios intéressants, l'originalité n'était plus vraiment de mise et les collants beaucoup moins vendeur.
... C'est justement ce ton lié aux années new wave et cold que certains nouveaux auteurs vont développer :

Franck Miller, avec Elektra assassin, Dark Knight return (le retour du justicier de Gotham, Zenda 1987) ou Ronin (Zenda 1989, avec l'influence naissante du manga), mais aussi Michael kaluta (The Shadow), Bissette et Moore avec la reprise du Swamp thing de Len Wein, Dave Sims avec Cerebus the aardvark, Neil Gaiman et Dave Mc Kean (L'Orchidée noire : Zenda 1989), John Bolton (Marada la louve), Charles Burns, (Hard boiled), John Wagner (Judge Dredd), ou les frères Hernandez et leur "Love and rockets".

...Plus de sexe, plus de sang, plus de noirceur, mais aussi d'avantage de poésie et d'analyse sociale, à l'image de ces années synthétiques et déprimantes.

Kiosques
En France, ce sont des petits formats (Aredit-Artima par exemple ) mais le plus souvent des revues (en ce qui concerne ces premiers : Eclipse), mais aussi : Metal Hurlant, Special USA, les Cahiers de la bande dessinée, Epic (traduction de la version US), Spot BD édité par Dargaud, avec sa rubrique "Venus d'ailleurs" par Yellow kid et Vanina Vanini) qui vont nous parler ou nous révéler ces nouveaux venus.
Albums
En librairie, se seront les éditions : Zenda, Le Téméraire, Special USA/Albin Michel, Bethy, Les Humanoïdes associés, et les tout débuts de Delcourt. Toutes cartonnées, certaines (déjà) en format US (Le téméraire, Bethy, et la collection Super-héros de Comics USA), les autres, encore au format classique franco belge,... il ne faut pas trop choquer le lectorat.

Publicité pour Zenda. 4eme de couv Scarce annual 1990

C'est dans ce contexte que déboulera en 1987 "The Watchmen" (Les Gardiens), dans un grand format. Une BD ovni.
Six albums de 54 pages chacun (2 comics originaux par volume), publiés de 1987 à 1990, soit plus de 300 pages, pour un récit comme on en a encore jamais vu.
Mettant en scène des super héros ordinaires désabusés, aigris voir psychopathes, dans une ambiance mêlant science-fiction la plus imaginative et une critique sociale et politique frontale.
Ultra-violence et scènes érotiques crues, mais aussi conte poétique et méditation philosophique.


Une des plus belles scène de Watchmen
Alan Moore, puisque c'est de ce scénariste qu'il s'agit est anglais, mais travaille aux Etas-unis. Sa satire auto-critique est unique. Il vient tout bonnement de participer à sa façon à faire rentrer le comics et la bande dessinée en générale dans le 21eme siècle. Un sacré coup de pied au derrière qui laissera des traces.
Suivra par le même scénariste : "V pour Vendetta" (Zenda 1989) qui sera aussi adapté au cinéma de belle manière 15 ans plus tard.

Cet auteur est désormais considéré, tout comme ses pairs Neil Gaiman , Frank Miller ou Grant Morrison, Brian Michael Bendis et Warren Ellis plus récemment, comme un pape de la bande dessinée adulte anglo-saxonne contemporaine.
Car si il était de mise avant cela pour certains de critiquer la bande dessinée en arguant de façon implicite que des albums de 47 pages illustrés ne pouvaient être l'oeuvre que de fainéants (!...) c'est bien fini, et à l'instar d'ouvrages dit sérieux (essais, romans "difficiles"), il faut dorénavant se lever tôt afin d'appréhender ce genre de littérature.

Hétéroclisme.

Une diversité d'albums aux formats différents, des traductions pas toujours à la hauteur*, des suivis de séries approximatifs ou sans lendemain... c'était le lot de ces années 80 : Passionnantes, mais hétéroclites, et un peu imprévisibles.

(*) Les Gardiens, pour le coup ont bénéficié d'une bonne traduction de Jean Patrick Manchette et d'une maquette respectueuse.

Alors ?... c'est mieux aujourd'hui ?

Panini comics détient le quasi monopole de la traduction de comics (DC et Marvel) et publie à tire-larigo des tas de choses passionnantes depuis une poignée d'années. D'autres éditeurs détiennent néanmoins quelques bonnes licences et publient aussi des comics adultes ou des graphic novels, la plupart au format "trade paper back" (broché dos carré format US), ou cartonné, avec souvent reproduction des couvertures originales, préfaces...etc. (Delcourt, Le Seuil, ...)
Des (re) éditions raisonnées d'intégrales sont aussi devenues (enfin) monnaie courante : Spider-man, X-Men, Love and Rockets, Conan, Spirit, Peanuts.., chez Soleil, Dargaud, le Seuil...
La dernière édition intégrale française en date : (Fev 2009) à petit prix (15 euros !!) Une aubaine.

Bref, le lecteur n'a que l'embarras du choix (même trop) et n'a même plus besoin de lire des revues spécialisées pour être au courant des parutions, les diverses feuilles d'information, les catalogues, sites internet et autres forums offrant un service "avant vente" aux petits oignons.

Reste une question cependant :

... "Who watches the watchmen ? " (Qui garde les gardiens ? (du temple)
.... Peut-être Dave Gibbons, ...voir la vidéo *

Ps : Au fait : "Alors, The Watchmen, le film " ??
Une totale réussite. Incroyable et hallucinante adaptation, largement au dessus de beaucoup d'oeuvres modernes du 7eme art. Réalisé de plus dans un contexte aujourd'hui temporellement inversé. (Une science-fiction se passant en 1985, écrite à l'époque !!).
Alan Moore prouve donc à nouveau, à l'image de "V pour Vendetta", et même s'il refuse d'apparaître à chaque fois aux génériques, que ses scénarios sont diablement intelligents et efficaces.
Un film qui devrait faire date dans l'histoire du cinéma, comme le comic book d'origine l'a fait auprès de ses pairs il y déjà 23 ans.
Chapeau bas.

Bibliographie :

*Cahiers de la Bande dessinée # 79 (Janvier 1988), avec Watchmen : le crépuscule des faux dieux : Un très complet dossier avec 12 pages d'analyses par Paul Gravett, Thierry Smolderen, Jean Paul Jennequin; un entretien avec Jean Patrick Manchette et des extraits d'interview d'Alan Moore tirés du Comics journal.
*
Cbd #66 (nov-dec 1985), special USA, avec entre autre une découverte des auteurs : Frank Miller, Harvey Pekar, Les Frères Hernandez, Howard Chaykin, Steve Gerber et des entretiens avec Jeff Jones, Berni Wrightson...par Thierry Groensteen.
*
Cbd #73 , (janv-fev 1987) avec Batman/Elektra asssassin "Qui se cache derrière le masque" (5 p de T. Smolderen
Scarce Annual 1990 spécial UK : interviews d'Alan Davis, Neil Gaiman et Dave McKean, Simon Bisley, Kevin O'Neill, David Lloyd, Hunt Emerson
#
Scarce 32 : interview Archie Goodwin, dossier sur les justiciers des années 90 (the Spider, Deathstroke, Ghost Rider, Nomad, Watchmen, Marshal Law), articles sur la carrière d'Alfredo Alcala, Lobo's back, Jaime Hernandez, Calvin et Hobbes
Panini comics

Voir le site web.
Swof #28 Hiver 2000 : Alan Moore
Swof #11 : Mazzuchelli; Swof # 18/19 : Matt Wagner/Alan Moore;
Swof #25
: Frank Miller
Voir le site web


Mais aussi :
Comic box HS1 (Fev/Mars 2000) : "Retour vers le passé , 40 ans de comics en France" :
Où l'on pouvait lire en conclusion
(...) Le prochain siècle (...) sera donc rempli de comic-books. On ne pouvait pas rêver mieux." (2 pages par Eva Roggante)
Comic box #22 (Avril 2000) : Les scénaristes (enfin) au pouvoir ? (4 p. de Fabrice Sapolksy)
Wizard #4 (Oct 2000) : "Rétro comics les années 80", Interview Frank Miller, Neil Gaiman, Kurt Busiek, Mark Waid, et Les dix plus grands créateurs de comics. On peut y lire entre autre : "La meilleure année de la décennie pour les comics ? Sûrement 1986. Marvel et DC battent tous les records de ventes, l'engouement des fans est au plus haut et les médias commencent enfin à reparler des comics. " Suivi d'un récapitulatif des points forts (Watchmen, Batman Year one, Dark knight returns, Shadow de Chaykin, les 25 ans de Marvel, Daredevil born again de Miller, Maus de Spiegelman, Man of Steel de Byrne...

9eme Art # 6
(Janv 2001) : Enooorme dossier Alan Moore
Comic box annual #2
(Avril 2003) : "My comic book is rich . Le poids des auteurs anglais dans les comics américains." (Deux pages par Xavier Fournier)
Bang #5 (Hiver 2004) : Le retour des super-héros
Comic box (NF) #1 (Ete 2005) : "Les comics en France , la nouvelle donne". 4 pages concernant la seconde révolution du marché français en dix ans. Panini héberge désormais DC en plus de Marvel, l'arrivée en kiosque de Delcourt avec les catalogues d'Aspen, TMP (Spawn) et d'une partie de Top Cow. Quant à Semic, il se recentre sur les librairies. Plus l'entrée en scène de Wetta, Bamboo et Kymera.
(Dossier de Fabrice Sapolsky, XavierFournier, Antoine Maurel et Nicolas Lambret.)

Liens :
* L'excellent site de Comic box, avec en ce moment la vidéo de Dave Gibbons on Watchmen. Où l'on entend l'auteur dire entre autre que Alan Moore est très structuré. Qu'"il est un mozart du comic. Il vient avec la mélodie mais aussi toute l'orchestration" (...)

Mon précédent article sur "V pour vendetta" (Le Blog d'Hector)
Les Watchmen sur wikipedia


Cette note est humblement dédicacée à Jean Tristan Manchette (Doug Headline) des Éditions Zenda ainsi qu'aux Cahiers de la bande dessinée, sans qui ...

12 commentaires:

Raymond a dit…

Excellent billet.
J'étais très sceptique sur l'idée d'adapter au cinéma les Watchmen, même si mes enfants m'en disent du bien. Comment traduire dans un film la multiplicité des références et surtout le jeu sur le medium ? Il y a par exemple les histoire de pirates qui sont une véritable BD à l'intérieur de la BD. Ce que tu écris attise un peu la curiosité et je pense que je vais tout de même aller voir le fim.
Sinon, as-tu pu comparer les différentes éditions françaises ? Pour ma part, j'en suis resté à l'édition Zenda, avec ses 6 tomes qui sont en quelque sorte de grands comics books de luxe.

Hectorvadair a dit…

Ne soit plus sceptique et vas-y. C'est de l'excellent boulot qui me réconcilie avec Snyder dont j'avais trouvé l'adaptation de "300" un peu "pub pour huile de bronzage". (!...) Bon, il est vrai que le comic de Miller était déjà un peu limite sur le propos et le ton, donc le challenge était de toutes façon risqué.
Mais là... je suis scotché.
Déjà plus de 60 000 entrées france ce soir ! Ca fait plaisir. Même si je ne sais pas ce que les plus jeunes en penseront ou retireront.
En ce qui concerne les versions françaises: non, je n'ais pas encore fait de comparaison. Mail il est de notoriété publique que Zenda faisait du très bon boulot. (A l'inverse d'Aredit au pire).
je pense que la version Panini est bonne aussi. Il faut que je compare le début de mes deux tomes.

Hectorvadair a dit…

Je m'apperçois que je n'ai pas cité Comic Box et Wizard, qui ont pourtant réalisé de très bons articles et se posent aussi comme d'autres références incontournables du fanzinat sur les comics. Je rajoute les bons n° des que.

Christian a dit…

quelle chronique ! Très documentée et ma foi,sûrement complète par ce qu'on peut en juger quand on est ignare dans le domaine. Je ne connais malheureusement pas la BD, mais depuis que le film est sorti, et puisqu'elle est signée d'Alan Moore, je vais tâcher de rattraper le retard.
Bon, maintenant, deux points qui fâchent : hétéroclite (avec un "i", tout simplement), quant à "hétéroclysme", disons que c'est un néologisme intéressant, mais qui, j'espère, ne remplacera jamais "hétérogène".

Hectorvadair a dit…

Oups, je me disais bien que ce mot me semblait bizarre, et ma vérif a tourné court.
Je corrige cela dés que je fais ma petite mise à jour bibliographique.
Merci.

Hectorvadair a dit…

Voilà, c'est fait.
Sinon, au passage, "Hétéroclisme" prend bien un 'i" mais est bel est bien dans le dictionnaire français. Donc... il reste. Désolé.

Anonyme a dit…

Un petit commentaire qui n'a rien à voir avec le propos de ce billet, mais internet existait déjà dans les années 80 (voir intro). Le réseau dâte des années 60 (pour l'armée) et début 80 (pour le grand public).

Hectorvadair a dit…

Bein si il a à voir... sauf que, cher internaute, sauf le respect que je vous dois, le grand public est rarement en avance avec les nouvelles technologies, surtout en France. Alors oui, un article de wikipédia donne sans doutes des informations remontant aux années 80 pour le grand public, mais... franchement, dans les années 80, aviez vous un PC ? et vous faisiez quoi ? avec quel débit pour votre connexion Internet ?
Bref, tout ça pour dire que cela n'a rien à voir avec aujourd'hui. C'était ça l'objet de la note.

Li-An a dit…

Mon fils est allé voir le film avant de lire le comics (que je n'arrivais pas à trouver dans les librairies en version 15 euros. Ils ont été dévalisé. Et il est épuisé dans ce format). Visiblement ça l'a beaucoup impressionné et il a englouti le comics dès que j'ai réussi à me le procurer.
Je viens de le finir et j'en ferai une chronique sur mon blog mais je reste un peu perplexe sur l'idée de l'adaptation (venant de moi c'est très drôle comme phrase). En discutant avec le fiston, il semblerait que l'histoire ait été bien respectée. Du coup, je regrette un peu de ne pas l'avoir accompagné (mais je supporte de moins en moins les films de super héros).
Quoiqu'il en soit, j'ai beaucoup ri quand tu parles de "scènes érotiques crues". Sûrement pour le public US mais c'est très gentil comparé à ce que l'on pouvait lire en France à l'époque.

Hectorvadair a dit…

Par scènes "crues" je faisais surtout allusion au fait que les relations sont beaucoup plus réalistes que dans n'importe quel film pour ado qu'on nous sert depuis des décennies. A l'image d'un "Saturday night fever", qui décrivait de façon très réaliste la chose.
Remarquons deux passages : le premier où la relation n'est pas consommée dans l'appart du hibou (panne !) et la deuxième, meilleure, dans le vaisseau, où, là, c'est plus hot (avec les bottes), mais si tu regardes bien, l'héroïne porte les traces de la bagarre précédent le coït. (bleus sur les cuisses.) Et ça, c'est du détail qui tue et qui est érotique. (Surtout après une méga baston dans une prison) !!
Alors, c'est sûr qu'on est pas dans du porno, mais j'aime quand ce genre de choses sont traitées de cette manière..

Raymond a dit…

Li-An vient de publier son billet ici :
http://www.li-an.fr/blog/?p=3250
Le débat est entamé ;-) Il t'intéressera sûrement.

Maximiliano Kerszenbaum a dit…

Hola:

El blog es interesante. Muy lindo. Me gustó en contenido de la publicación. Muy bueno!!!

Adiós.

Max.

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