jeudi 23 décembre 2021

Le Secret de l'Espadon. T 1, 2, 3 édition le Monde 2007 avec hors textes

... une aubaine patrimoniale à redécouvrir !

La parution d'un nouvel album de Blake et Mortimer : Le Dernier espadon, tombe précisément à l'occasion de l'anniversaire des soixante quinze ans de la série cette année 2021, et est justement accompagnée de deux tomes exceptionnels de cette histoire mythique telle que débutée dans le journal Tintin belge en septembre 1946.
                                               A droite :  Le tome 1 de l'édition anniversaire "spécial Tintin"


Celle-ci m'a amené à compléter ma collection avec l'achat des tomes 2 et 3 du Secret de l'Espadon éditions du Monde parues en 2007. Pourquoi ?
Parce que les deux tomes anniversaire "spécial Tintin", s'ils sont très beaux, proposant les planches non remaniées, telles que parues dans la revue, sous deux couvertures reprenant respectivement les couvertures "inédites" du numéro 47 de 1947 et le 07 de 1949 du journal, s'adressent en priorité aux bibliophiles. On avait déjà eu l'occasion d'ailleurs d'apprécier ce genre d'opportunité avec l'édition du même principe concernant l'album la Marque jaune en 2012.
 

 Les couvertures des revues
Tintin belges originales.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Si l'on souhaite cependant ne pas lire l'édition "journal", mais avoir l'histoire telle que parue en album, dans une édition toutefois plus lisible que celles mises sur le marché entre 1950 et 1983 où les textes étaient sur fond blanc et imprimés en lettres capitales peu séduisantes, (voir comparatif photo) peut-être dès lors n'est il pas inutile de se tourner vers ces éditions anniversaire du Soir et du Monde parues en 2007. 

 
La couverture déjà remaniée de l'édition en album du tome 2 (futur 3)
datée 1970, avec un dessin différent.

 
Édition courante de 1970 avec les textes en LETTRE CAPITALE D'IMPRIMERIE (T1)

 Édition le Monde (2007) du T1 avec les textes remaniés (depuis 1984 cela dit).

Les textes y sont en effet remaniés, plus modernes et plus esthétiques, et surtout, elles incluent de super hors textes pleine page reprenant l'intégralité des couvertures du journal Tintin d'époque, avec ses phrases d'accroche.
Leur répartition en photo ci-dessous : 
6 dans le tome 1 (pages 7,22,30,38,44,54)







3 dans le Tome 2 (pages 8,23,49)
 



 
Et 10 dans le T3 (dont 6 pages 3 à 8 en guise de résumé) puis le reste pages 15,28,48,53. 






    La reprise, à droite du dernier HT résumé : 







Si le forum Centaurclub et le web en général abordent le sujet d'éditions différentes,je n'ai trouvé aucune information reprenant cette particularité de HT, qui m'apparaissait pourtant plus qu'intéressante, d'où cet article. En espérant 
qu'il vous aura passionné autant que moi. FG

Lire mon précédent article sur les 63 ans de la série Blake et Mortimer:
http://1caseenmoins.canalblog.com/archives/2009/06/01/13932007.html

Maj du 24 décembre 2021 :

Comparaison des pages finales publiées dans la revue Tintin et celles de l'album de 1970 au Lombard.

On remarque effectivement le fameux remaniement de planche, en plus de couleurs très différentes, qui seront refaites dans une colorisation proche de l'originale dans les éditions futures (dont celles du Monde).











 

A gauche : version "Tintin" du 13 octobre 1949. A droite et ci-dessous : version album 1970 scindée en deux planches.
Remaniement total, et ajouts, comme pour certaines planches de l'ensemble du récit semble t-il.


Ci-dessous à gauche : dernière planche dans Tintin du 20 octobre 1949.
A droite : dernière planche de l'album 1970.
Seules les couleurs changent
.




Iznogoud, moi calife…(ou plutôt : Moi, Jupiter !)

31eme album du vizir de Bagdad, créé par René Goscinny et Jean Tabary, ce Moi calife, introduit de nouveaux scénaristes et de nouveaux dessinateurs. Une « reprise » plutôt réussie, pour une série qui dure…

- Iznogoud et le contrat de Calife : Iznogoud embauche un conseiller véreux qui lui propose de mécontenter le peuple à l’aide de contrats de services publics plus ou moins intéressants dans la capitale, qui doivent séduire les habitants, avant de les supprimer, créant ainsi l’impopularité du Calife en place. Mais c’est sans compter avec les mouvements sociaux modernes...
- Un jour affreusement banal : Iznogoud veut transformer le calife en gros matou afin de le faire enfermer par la fourrière, mais par un jeu de succession familial, il devient Sha de Perse, ainsi, lorsqu’à l’heure dite, l’agent arrive, c’est lui qui est embarqué.
- Echec et mat : un jeu offert au calife par Iznogoud doit transformer ce dernier en pièce d’échec lorsqu’il prononcera le mot du gagnant.
- L’examen du calife : le calife Haroun El Poussah a t-il passé seulement son bac de Calife ? Et non, Iznogoud cherche donc les formulaires pour lui soumettre cette obligation. Mais lui-même, at -il le diplôme nécessaire pour exercer la fonction de vizir ??
- La toile du Djinn : Un peintre aux pouvoirs magique à la particularité de proposer des portraits, qui, lorsqu’on les regarde, nous transforment en zombie. Iznogoud va donc essayer de faire portraitiser son calife.



59 ans que cela dure… René Goscinny et Jean Tabary on créé cette épique série humoristique dans les pages de la revue Record en 1962, avant de passer chez Pilote puis Pif Gadget. Une série qui a connu un succès assez important, se plaçant parmi les plus rentables de l’univers BD français. Il faut dire que l’on y retrouve ce qui a fait le sel de sa cousine les Aventures d’Astérix et Obélix, avec un humour des calembours et des références bien françaises, pour ne pas dire franchouillardes, qui on du donner du fil à retordre lors de ses traductions dans certains autres pays (quoi que…)

Car ce qui est décrit dans la série, à savoir l’hypocrisie politicienne, et les réactions de la population qui est souvent montrée à l’œuvre dans les histoires, soit d’une naïveté béate ou un peu plus revendicative d’ailleurs, peut évidemment concerner tout pays, quelque soit le régime. Ce 31eme album a la particularité de proposer plusieurs petites histoires, et de jouer à fond sur l’atmosphère moderne de notre société (Covid en moins). On pense davantage à la présidence de 2007, (bien que le titre fasse référence à la suivante), mais aussi aux futures élections et surtout aux malversations ayant récemment fait l’objet de soucis avec la justice.

Jul, célèbre scénariste depuis 2007 de Lucky Luke, ouvre le bal avec le premier récit, tandis que Laurent Vassilian, auteur de sketches pour Laurent Gerra, et déjà adepte de la série, en écrit aussi une. Olivier Andrieu, plutôt auteur de documentaires sur l’univers BD habituellement, endosse pour la première fois la casquette de scénariste avec les deux derniers. Du côté dessinateurs, Nicolas Tabary, le fils de Jean, assume comme il le fait depuis déjà depuis 2008, assurant les trois premières histoires. L'autre originalité vient du nouveau venu Elric (Dufau), auteur de série personnelles depuis 2011, croquant avec talent et dans un style graphique irréprochable, tout le sel semé par son ainé créateur. Une belle prouesse. Ce dernier fait commenter chaque semaine l’actualité par Iznogoud dans la newsletter de La Vie Française, mais le dessine aussi dans la reprise 2021 de Pif Gadget !

En bref, si cet album ne révolutionnera pas la bande dessinée, il réussi néanmoins le pari de proposer un bon condensé de ce qu’Iznogoud a pu apporter comme plaisirs et joies à des millions de lecteurs depuis 1962, leur donnant la possibilité de se moquer, et peut-être de réfléchir, sur les travers politiques de nos sociétés. Ce qui est déjà pas mal pour un senior.
A noter que les éditions Imav, créées en 2003 par Anne Goscinny et son mari Aymar du Chatenet, sont désormais éditrices de la plupart des tomes de la série, ainsi que de trois intégrales. Elles éditent aussi d’autres titres du patrimoine Goscinneien, à savoir Le Petit Nicolas et Valentin le vagabond.


FG




Iznogoud, moi calife…par Jul, Laurent Vassilian, Olivier Andrieu, et dessiné par Nicolas Tabary et Elric.
Éditions Imav. Oct 2021  (11,90 €) - ISBN : 9782365901581

mercredi 22 décembre 2021

C'est arrivé entre midi et trois heures : un cauchemar eveillé ?

Vu ce soir en DVD l'excellent film C'est arrivé entre midi et trois heures, de Frank Daniel Gilroy, scénariste, dramaturge et réalisateur récompensé en 1965 pour sa pièce The Subject was Rose, qui donna le film Trois étrangers en 1968.

Dans ce Western, le couple à la ville Charles Bronson et Jill Ireland brûle la toile en interprétant un duo improbable puis maudit, dans un registre détonnant et blindé d'éléments surprenants.
 
 
Nous sommes en 1975 au niveau réalisation et l'on découvre tout d'abord une scène de rêve assez inédite (surtout en western), un décor inattendu (la même maison que celle des Moissons du Ciel de Terrence Malik quelques mois plus tard !?), mais aussi une scène de quasi viol à la charge érotique indubitable, que l'on dira "dans l'air du temps de l'époque" et une relation sado maso étonnante... 
 
Sans parler de l'étrange gramophone antique, façon boîte à musique, participant au sel de ce genre de film vraiment "pas comme les autres". Tout cela, sans dévoiler tout le propos ni la fin, fait indubitablement de ce film une œuvre culte, à découvrir absolument.

 

Les filles sages vont en enfer, d'après Thora Sherman-Friedman

Un roman graphique exigeant, car traitant du sujet du mal être d'une jeune femme Israélienne dans les colonies Cisjordaniennes. Sec, mais agréable, sincère et émouvant.

Tohar est le septième enfant d'une famille heureuse, dont le seul problème réside dans le fait que cette petite fille nait je jour de la mort de sa grand-mère maternelle. Si cet événement l'a apparemment marqué, elle va surtout connaître beaucoup de difficultés à s'intégrer dans une communauté et une société assez rigoristes. Bien qu'ayant été éduquée comme ses frères et sœurs, celle-ci va ressentir un mal être grandissant, qui l'amènera à remettre totalement en cause les préceptes, entre autre religieux, familiaux. Un évènement tragique survenu avec son copain terminera de précipiter cette "mue".

Tohar Sherman-Friedman est une jeune autrice inconnue en France, et dont c'est semble t-il le premier ouvrage dessiné. Elle passe d'avantage de temps apparemment a réaliser des tatouages dans son pays, comme on peut le constater sur son compte Instagram. Elle surprend en tous les cas avec une œuvre imposante, de 130 pages, très personnelle, où se dégage un style engagé remarquable car assez rare, que l'on aimerait retrouver. Son dessin, fin, au trait, est plutôt fluide, et évoque  quelque peu la scène alternative menée par des auteurs tels Adrian Tomine. Les couleurs sont douces et agréables. Autant dire que cette artiste est prometteuse et que l'on comprend pourquoi Leslie Perreau ait choisi de l'éditer dans cette exigeante collection Encrages. Des notes glossaire sont incluses en fin d'album permettant de mieux appréhender la culture yiddish.
Un album moderne marquant, féministe s'il en est, à découvrir.

FG

 
Les filles sages vont en enfer, par Tohar Sherman-Friedman
Éditions Delcourt Encrages (18,95 €) - ISBN : 9782413042389

samedi 18 décembre 2021

L'odyssée d'Alix : un pilon sauvé (Mes cases en stock 9)

Quelle émotion de se replonger dans ce bel et très grand album. Il faut dire qu'il tient une place particulière dans mon cœur, depuis que, sauvé d'un pilon désastreux, il a pu rejoindre ma collection en 2005. Il s'agit de l'édition originale de 1987, dont j'avais admiré avec envie à l'époque la présentation dans le catalogue des éditions Casterman, aux côtés d'Avec Alix (1984), autre indispensable ouvrage des amateurs de la série phare de Jacques Martin.
Émotion, parce qu'il est difficile de rester insensible à ces lettres, écrites dans le style de celles bien réelles, arrivées jusqu'à nous par le biais de Pline ou de Cicéron et que beaucoup d'entre nous ont étudié au collège...

Jacques Martin, accompagné par Pierre Forni, est revenu sur les traces du jeune héros gallo-romain, imaginant des courriers qu'il aurait écrit, à différents destinataires, déroulant le fil de ses aventures passées. Il fallait y penser. Pierre Forni, historien, homme de lettre et connaisseur de la bande dessinée, lui qui a créé avec d'autres amateurs l'association Clovis, promouvant l'histoire et le médium, apporte un style - une poésie même, serait-on tenté de dire - à ces correspondances, leur insufflant une note mélancolique exquise. 

 

Nous sommes en 1987 et l'Empereur de Chine est l'un des deux derniers albums paru avec Vercingetorix. Laissant libre cours à ses pérégrinations mentales, et a une logique épistolaire, l'auteur déroule des échanges basés sur des épisodes vécus par Alix, lui permettant d'évoquer là des anecdotes, là des souvenirs d'amis chers, vivants ou disparus, quand ce n'est pas des amitiés contrariées, comme celle d'avec Karidal, devenu Vizir de Zur-Bakal, à qui Alix donne un conseil de bienveillance pour son peuple. Quant au souvenir d'Appolonia, cette citée perdue où lui et Enak avaient été fait prisonniers dans l'épisode le Dernier Spartiate, cette lettre à Astyanax en fait ressortir tous les sentiments. Cela est toutefois le cas pour quasiment l'intégralité de ce bel ouvrage, au sein duquel les magnifiques dessins couleur imprimés en pleine page de Jacques Martin étalent toute leur majestueuse clareté.

Oui, cette Odyssée d'Alix m'émeut, et se dire qu'elle aurait dû finir dans une poubelle, déchirée en mille morceaux, au cours d'un pilon scélérat, comme malheureusement encore beaucoup sont pratiqués en biblio de nos jours, cela  m'attriste aussi sûrement. Ce jour là néanmoins, j'ai pu passer à temps à côté de ce sac noir, récupérer l'objet vandalisé, et le donner à réparer à un collègue spécialiste...

Veni, Vidi, Vici !  ;-)


 
Les marques du sacrilège : 


Un dos entièrement refait :



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