samedi 3 septembre 2016

Lucky Luke : 70 ans déjà ! (J'ai connu quatre Lucky Luke)

J'ai connu quatre Lucky Luke : (1949 - 1962) 


La pochette contenant ces éditions "souples" abimées

Lucky Luke fait partie de ces bandes dessinées classiques que j'ai eu la chance de connaitre assez tôt, dans ma jeunesse, et en rafale, grâce à la perspicacité et la gentillesse d'une marraine. Celle-ci travaillait en effet à la fin des années soixante dans un restaurant, dont les enfants des patrons, pas très soigneux, dépouillaient les nombreux albums de bande dessinée offerts par leurs parents. Ces derniers les jetaient donc assez facilement, et ceux-ci étaient récupérés avant de partir à la benne. Mis en vrac dans un gros carton, ces fines fleurs de la bande dessinée franco-belge de la fin des années soixante et du début des années soixante dix devenaient un cadeau fort apprécié lors de nos repas de famille annuels. 
C'est ainsi que j'ai découvert vers l'âge de six ans :  Blueberry, Rahan, Tanguy et Laverdure, Buck danny, Barbe rouge, Astérix, deux trois Tintin, et Lucky Luke.  (En plus des quelques albums déjà présents dans le début de "collection" de mon grand frère Patrick, né en 1964.)
L'élément rigolo, (et que je n'ai réalisé que bien plus tard, l'ivresse des cadeaux passée), c'est que la plupart de ces éditions du cowboy à la longue mèche, très abîmées, ne possédaient pour la plupart plus leur couverture. J'ai donc bénéficié d'un début de collection Lucky Luke mélangé Dupuis et Dargaud, les deux en format souple par "défaut" ;-) (cf photos). Un autre détail lié à ces éditions abimées : dans l'album «Rodéo», il me manquait la dernière page, et je n'ai su que bien plus tard l'issue du match de boxe de l'épisode «Le grand combat». 
La magie des vieilles éditions... 



Du Dargaud "souple" ;-)
C’est ce début fracassant dans le monde de la bande dessinée, puis mes visites en bibliothèque, à Roanne, qui m’ont permis de poursuivre la connaissance de la série. Je me suis ensuite mis en quête de tout ce que le milieu BD comptait de coloré, et ces éditions souples Dupuis, tellement plus sympathiques que les cartonnés classiques Dargaud.
Mais… Lucky Luke est aussi multiple pour moi. Je vous invite à lire pourquoi :





Le petit cowboy chantant :
Ce qui est évidemment étonnant de réaliser, lorsque l'on lit les premiers albums :
Arizona, Rodéo,...c'est le côté très enfantin et cartoony du héros. Celui-ci renvoie vraiment à une époque ancienne des éditions Dupuis (début des années 1950). Or le personnage déjà grand et bien propre sur lui de Western circus, la Diligence, Chasseur de prime....pour un lecteur élevé dans les années 70, n'a alors plus grand chose à voir avec ce petit bonhomme malingre au nez rond, tout droit sorti d'un film d'animation façon Mickey, qui déboule en chantant sur son cheval dans la première histoire "Arizona 1880", bizarrement publiée dans le troisième album /recueil : Arizona. 1er choc.

Le deuxième immédiat sera bien sur celui de sa mort prématurée, dès sa deuxième histoire (et donc le premier album ) : 
la mine d'or de Dick Digger. 



La mine d'or de Dick Digger


On verra ce pitch de vraie fausse mort ensuite ailleurs dans d'autres séries, et comment ne pas penser à Corto Maltese dans la Ballade de la mer salée,  Mortimer dans l'Affaire Francis Blake, ou bien d'autres plus anciennes, même si cette scène de cascade renverra bien sur de façon plus certaine vers LE classique fantastique :  la mort de Sherlock Holmes. Il n'en fallait pas plus dès la première aventure, pour s'attacher l'affection d'un nouveau personnage.

Le ténébreux dadais : Le deuxième choc est ressenti en voyant au milieu des pages de ces tout premières histoires un héros déjà différent, plus grand, avec une plus longue mèche, très maigre, et à l'air ténébreux. C'est le choix fait par l'éditeur de mélanger dès le départ les origines à des récits un peu plus "contemporains" pourrait-on dire, à une poignée d'années près. Il faut rappeler que les histoires ont été publiées dans Spirou dès 1946 alors que le premier album ne date que de 1949.

Les Cousins Daltons

Ce deuxième changement notable qui s'installera sur une dizaine d’année environ (jusqu’à « l’Evasion des Dalton » 1960, publié en album en 1962, à mon avis, (voir plus bas) présente un portrait un peu étonnant de notre héros, lui donnant plutôt l'attitude et l'aspect d'un anti héros. Morris n'avait pas encore abouti complètement son personnage, et il aura l'occasion, étant l'unique dessinateur longtemps, de lui donner encore un autre aspect. On le prend alors plutôt pour un dilettante, cowboy solitaire taciturne, un peu à l'image de ce barbu aux côtés duquel il est assis dans le début de  « Le retour de Joe la gachette", 8eme histoire de 1948, publiée dans "Sous le ciel de l'ouest", quatrième album, en 1952.

Toujours est il qu'il est presque difficile de voir en ce gaillard le défenseur de la veuve et l’orphelin qui rentrera ensuite dans la plupart des foyers français et que l’on présentera tel un label, dans les futurs albums, ou publicités.


Un gentil benêt :  

La troisième surprise provient de : "Nettoyage à Red city », de 1951, publiée dans le cinquième album « Lucky Luke contre Pat poker" en 1953. Il s'agit de la onzième histoire de notre héros, et celui-ci, embauché comme shérif dans une petite ville, arrive par la diligence dans une posture ridicule. Il s'est en effet voler ses vêtements et son cheval, et c'est habillé en petit garçon qu'il débarque, l'air penaud au milieu de la rue principale. Les gros bras en profitent et s'en donnent à coeur joie. Un portrait inédit du cow boy, qui donne à voir des scènes comiques et inédites depuis,  hallucinantes. 
Le héros est en mutation, et cet épisode marquera une pierre dans ses aventures, même si d'autres épisodes le verront en fâcheuse posture, quelque peu ridiculisé, mais jamais à ce point. (Cf : son arrestation musclée dans "Joss Jamon", son pseudo procès dans "le Juge" ....). 
Une arrestation musclée dans "Joss Jamon"


Goscinny mis en scène comme juge dans "Jos Jamon"

Une faculté d'auto parodie de Morris apprise lors de son séjour chez les collègues de la revue Mad à new York (1948-1949), auprès de Kurtzmann et Goscinny, rarement égalée par ses pairs, qui ont plutôt préféré généralement créé un sidekick (un partenaire) pour assumer le rôle du bouffon (voir Fantasio pour Spirou.)



Le beau redresseur de tort.


A partir de « l’Evasion des Dalton » (1962 en album), un évènement me permet de situer un changement qui va intervenir sur le personnage, en faisant un héros plus sûr de lui, et bien moins parodique.
Luke n'est pas pris au sérieux dans "l'Evasion", p.24
Ce n’est pas la première fois que Luke est pris dans un traquenard, et cette fois, on va jusqu’à l'assommer, le prenant pour un hors la loi. (P.24) Il faut dire que Joe Dalton a eu l’idée d’imprimer une affiche de recherche avec son portrait, et tous les villageois croisés craignent notre héros, le prenant pour un dangereux malfaiteur.
"L'évasion.". p.25

Mais dés la page 25, il se réveille et va s’expliquer, en colère. 



« La parodie, ça suffit ! « semble t’il dire, tout comme son créateur.





Même
si dans les pages 30,31, on a encore droit à de bien belles scène d'anthologie, avec un Lucky Luke reprisant les chaussettes des Dalton, ou portant un bandeau dans les cheveux et faisant la lessive.



Pas encore tout à fait le héros irréprochable futur ;-)



Mais sans plus tarder, dans l'album suivant : 'En remontant le Mississipi », et même si l'on remarque encore quelques scènes parodiques (cf combat au poing dans le bateau à roue, avec Tetenfer, où Luke chatouille son adversaire, juché sur son dos), elles sont bien moins ridicules pour lui que certaines précédentes. Le personnage a gagné une légitimité supplémentaire. Il a d'ailleurs droit à son portrait sur la couverture.

Ah..., qu'il est bien élevé ce beau cow-boy !

.. Jusqu’à ce que la bienséance le rattrape, (cf ces 3 images de l"Evasion des daltons"; et que la ligue anti-tabac lui demande de retirer son mégot, en 1983, pour le remplacer, comble de l’horreur, par une paille, bien plus morale.

Une page s'est tournée…


Toutes les images de cette page sont © : Dupuis, Dargaud, et Morris/Goscinny

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